Le saule pleureur, avec sa silhouette iconique et ses branches qui semblent caresser le sol ou l'eau, est l'un des arbres les plus appréciés dans les jardins spacieux et près des zones humides. Sa capacité de régénération est telle que le multiplier devient un projet accessible à tous les passionnés de jardinage, du débutant au professionnel. En effet, bouturer le saule c'est terriblement facile. Cette plante possède une vigueur exceptionnelle, au point que l'on peut même bouturer des morceaux de plusieurs cm de diamètre sans grande difficulté. La réussite repose sur une compréhension fine de la biologie de l'arbre et sur le respect de quelques principes fondamentaux de plantation.

Sélection de la bouture : choisir entre l'ossature et les larmes
Face à un saule majestueux, une question fondamentale se pose pour tout jardinier souhaitant structurer son jardin : la bouture doit être prélevée sur une des grosses branches, ou plutôt sur l'une des branchettes qui justement….pleurent ? Sur un saule pleureur, il y a ce que l'on pourrait appeler "l'ossature de l'arbre" composée de bonnes grosses branches de plusieurs centimètres de diamètres, et il y a, plus bas, les petites branchettes qui pleurent parfois même jusqu'à atteindre le sommet de nos crânes, et qui elles, ne font jamais plus d'1 ou 2 centimètres de diamètre.
Le choix dépend essentiellement de la rapidité avec laquelle vous souhaitez obtenir un résultat visible. Si tu veux un saule rapidement, tu coupes une grande branche bien formée, de la hauteur du tronc que tu veux, avec plusieurs départs équilibrés en haut qui constitueront les branches de ton arbre. Cette méthode permet de sauter l'étape de la croissance juvénile et de donner naissance à un nouvel arbre à partir d'un simple rameau de grande taille. À l'inverse, prélever des branchettes plus fines demande plus de patience, mais permet de manipuler des boutures plus légères et de suivre le développement complet de l'arbre dès son plus jeune âge.
Bouturer le saule en plançon
Le calendrier du bouturage : saisons et conditions idéales
Déterminer le moment idoine est crucial pour assurer la pérennité de votre futur arbre. Bien que certains jardiniers affirment l'avoir fait à toutes les saisons et que ça a marché à chaque fois dès l'instant où le sol est humide et qu'il y a suffisamment d'ensoleillement, il existe des périodes plus propices que d'autres. Le printemps est souvent cité comme le moment idéal, car la sève monte et la plante est en pleine explosion de vie. Plus précisément, les mois de mai/juin sont d'excellentes périodes pour l'enracinement.
Cependant, il faut rester vigilant face aux aléas climatiques. Une jeune pousse est toujours susceptible de subir les affres du gel s'il survient tardivement ou trop tôt dans la saison. Le saule affectionne particulièrement les sols plutôt humides, bien drainés et riches en matière organique. La réussite du bouturage est intimement liée à la disponibilité en eau : sans une humidité constante au début du processus, la branche ne pourra pas développer son système racinaire avant que ses réserves ne s'épuisent.

La technique professionnelle de la bouture à talon
Il existe des méthodes plus élaborées que la simple coupe droite pour maximiser les chances de reprise. Une technique plus professionnelle consiste à choisir des rameaux issus d'une branche plus importante et d'en garder la base : on obtient ainsi un petit "T" que l'on plante. Cette méthode, que certains appellent la plantation de saule en croix, est très intéressante car elle augmente la surface de contact avec le sol et offre une meilleure stabilité mécanique à la bouture.
Dolly44 précise d'ailleurs que cette technique s'appelle prélever une "bouture à talon". Le "talon" est cette petite portion de bois plus ancien (issu de la branche mère) qui reste attachée à la base du rameau. Ce bois plus dense est moins sujet au pourrissement et contient des réserves d'hormones naturelles qui favorisent l'émission de racines adventives. C'est une précaution à prendre pour n'importe quel bouturage sérieux, car elle solidifie l'ancrage de la future plante.

La plantation directe en pleine terre de grosses branches
Pour ceux qui ne souhaitent pas s'encombrer de seaux ou de pots, la plantation directe en terre est une option extrêmement efficace, surtout pour les grosses sections. Si l'on choisit cette voie, il convient de prélever une bonne grosse branche, et non une des brindilles retombantes, afin d'assurer une rigidité immédiate. L'un des seuls impératifs est de choisir un saule parfaitement sain car beaucoup sont malades, et les parasites ou champignons se transmettent facilement par le bouturage.
Une fois la branche sélectionnée et coupée proprement (avec un diamètre pouvant atteindre plusieurs centimètres), on la plante en terre directement. L'expérience de nombreux jardiniers confirme qu'il est préférable de choisir la mise en terre sans racines car si on les fait raciner avant dans l'eau, une grande partie des racines se cassent lors de la manipulation ou du tassement de la terre. En plantant directement, le saule développe un système racinaire directement adapté à la structure physique de son sol d'accueil, ce qui le rend plus résistant à long terme.
Bouturer le saule en plançon
L'alternative du bouturage dans l'eau : du seau à la terre
Pour les amateurs de l'observation biologique ou pour les rameaux de taille plus modeste, le bouturage dans l'eau reste une valeur sûre. Prends un branche qui te plaît, mets-la dans un seau d'eau. On peut aussi utiliser un vase ou d'un autre contenant transparent pour suivre l'évolution de la croissance racinaire. La règle de base est simple : la partie supérieure du rameau doit être au-dessus de l'eau pour permettre la respiration des tissus, tandis que la base est immergée sur plusieurs centimètres.
Un point critique dans cette méthode est l'entretien de l'eau. Il est conseillé de changer l'eau quotidiennement ou tous les deux jours pour éviter la stagnation et le développement de bactéries anaérobies qui pourraient faire pourrir la tige. Mais combien doivent mesurer les racines avant de pouvoir envisager de placer la bouture en terre ? Il n'est pas nécessaire d'attendre une forêt chevelue de racines ; dès que quelques racines de quelques millimètres ou centimètres apparaissent, la transition peut être envisagée, tout en sachant que la fragilité de ces jeunes racines demandera une douceur extrême lors de la mise en terre définitive.

Préparation du terrain et mise en place définitive
Que vous partiez d'une bouture racinée dans l'eau ou d'une branche fraîchement coupée, le soin apporté à l'emplacement final est déterminant. Il faut commencer par éliminer les mauvaises herbes de l'emplacement que vous avez choisi pour éviter toute concurrence nutritionnelle durant les premiers mois. Si votre terrain est pauvre, l'apport de compost est ainsi conseillé pour enrichir la terre et favoriser un démarrage vigoureux.
Lors de la mise en terre de la branche, une règle de proportionnalité doit être respectée pour assurer la stabilité et l'accès à l'humidité profonde : seulement un tiers de sa longueur doit être à l'air libre. Cela signifie que les deux tiers inférieurs sont enfouis dans le sol. Cette profondeur permet à la branche de ne pas se dessécher et de rester stable face au vent sans nécessiter de tuteurage complexe dès le premier jour. On termine l'opération en arrosant généreusement pour chasser les poches d'air et coller la terre aux tissus de la branche.
Bouturer le saule en plançon
Utilisation du saule pour structurer le paysage : haies et bords d'eau
Le bouturage de grosses branches n'est pas seulement destiné à créer des arbres isolés. Dans la continuité de cette facilité de multiplication, on peut envisager de faire une haie de saules. Si vous souhaitez faire une haie de 1m80 minimum, le choix de boutures de grande taille est judicieux. Une question revient souvent : si je bouture du saule de grande taille, s'étoffera-t-il à la base ? La réponse est positive, à condition de pratiquer des tailles de formation régulières pour encourager la ramification latérale dès les premières années.
Le saule est également l'allié parfait pour stabiliser les berges. On peut faire ça tout autour d'une mare, à l'ouest du jardin par exemple, là où l'humidité est constante. En plantant des branches de fort diamètre à intervalles réguliers, les racines s'entrelaceront rapidement pour créer un réseau dense qui retiendra la terre contre l'érosion. C'est une solution écologique et esthétique pour structurer votre jardin si un sujet s'épanouit déjà chez vous et que vous disposez de matière première à volonté.

L'hormone de bouturage naturelle : l'eau de saule
Un aspect fascinant du bouturage du saule réside dans ses propres capacités biochimiques. Si vous avez prélevé quelques brindilles superflues lors de la préparation de vos grosses branches, ne les jetez pas. On peut les utiliser pour se fabriquer un ersatz d'hormone de bouturage. Les jeunes rameaux de saule sont riches en acide salicylique et en substances favorisant la rhizogenèse.
Pour fabriquer cette "eau de saule", il suffit de laisser tremper des morceaux de branchettes dans de l'eau pendant quelques semaines jusqu'à ce qu'une substance un peu visqueuse se dégage. Cette solution peut ensuite être utilisée pour arroser d'autres boutures de plantes plus capricieuses, facilitant ainsi leur enracinement. C'est un exemple parfait de la résilience et de la générosité du saule, qui aide non seulement à sa propre multiplication mais aussi à celle de ses voisines dans le jardin.

Précautions sanitaires et entretien à long terme
Bien que le saule soit robuste, il n'est pas indestructible. Un conseil judicieux est de toujours partir sur une base saine plutôt que de devoir essayer de réparer les éventuels dégâts plus tard. Inspectez minutieusement l'arbre donneur à la recherche de chancres, de taches inhabituelles sur les feuilles ou de galeries d'insectes dans le bois. Une branche malade donnera un arbre chétif qui pourrait mourir prématurément.
L'entretien après la plantation se résume principalement à une surveillance de l'arrosage. Durant les deux premières années, le système racinaire, bien qu'étendu, n'est pas encore assez profond pour résister à de longues sécheresses. Maintenir le sol frais, surtout pendant les étés caniculaires, garantira que votre branche de plusieurs centimètres de diamètre devienne véritablement l'ossature d'un futur géant. En suivant ces étapes simples mais rigoureuses, le passage de la simple branche à l'arbre majestueux se fera avec une facilité déconcertante.