Les Plantations de Palmiers au Brésil : Diversité, Défis et Innovations

Le Brésil, vaste pays aux écosystèmes variés, abrite une richesse remarquable en termes de palmiers, qu'il s'agisse d'espèces natives exploitées traditionnellement ou d'espèces introduites pour des usages spécifiques. Des palmiers talipot, véritables géants d'une floraison unique, aux vastes monocultures d'huile de palme et aux initiatives de reboisement, le paysage des plantations de palmiers au Brésil est complexe et en constante évolution.

Carte du Brésil avec les zones de plantation de palmiers

Le Palmier Talipot : Une Splendeur Éphémère

Le palmier talipot (Corypha umbraculifera), originaire du sud de l'Inde et du Sri Lanka, est une espèce fascinante introduite au Brésil dans les années 1960 par l'architecte paysagiste Roberto Burle Marx. Ces arbres, âgés d’environ 65 ans et poussant dans l’immense parc de l’Aterro do Flamengo et au Jardin botanique de Rio de Janeiro, ont fleurissent pour la première fois le 8 décembre. Le palmier talipot est l'une des plus grandes espèces de palmiers au monde, dont les spécimens les plus hauts dépassent 30 mètres.

Sa caractéristique la plus emblématique est qu'il ne fleurit qu'une seule fois au cours de sa vie, entre 40 et 70 ans. "Le palmier talipot ne fructifie qu’une fois dans sa vie et peut produire jusqu’à 5 millions de fruits", a expliqué Marcus Nadruz, de l’Institut de recherche du Jardin botanique de Rio de Janeiro. Les grappes de fleurs portées par des tiges commencent à se déployer en octobre, formant d’énormes couronnes au sommet des palmiers, grouillant de millions de minuscules fleurs jaunâtres. L'ensemble du processus, de l'ouverture des premières fleurs à la maturation des fruits, prend environ un an. Cette floraison unique marque la fin de vie du palmier, qui meurt après avoir dispersé ses graines.

L'Exploitation Forestière au Brésil : Un Panorama Diversifié

Au-delà des palmiers ornementaux, le Brésil déploie une activité forestière significative, axée sur diverses espèces pour des usages variés. Si les palmiers à huile occupent une place prépondérante dans l'économie agricole, d'autres espèces ligneuses sont également cultivées intensivement, confrontées à leurs propres défis et opportunités.

L'Eucalyptus : Entre Essais et Adaptations Locales

L’eucalyptus est une essence largement plantée au Brésil, bien que sa culture présente des particularités régionales. Dans l'Acre, par exemple, les plantations sont soit de l’ordre expérimental, soit exceptionnel. Lors d'un voyage à Rondônia, des propriétaires se sont lancés dans l’eucalyptus depuis peu, chacun testant un peu de son côté pour le choix des clones et le développement de données pour calculer le volume par exemple. Toutes les données existent pour les plantations du sud du Brésil, et la recherche avance encore doucement sur ces questions dans les régions du Nord. Les producteurs font donc avec les informations disponibles.

Un propriétaire rencontré avait choisi les deux meilleurs clones du sud du Brésil, et était en train de constater que l’un d’eux, le GG100, qui est le clone qui croit le plus vite, est en train de sécher sur pied après 4 ans d’âge. Les parcelles plantées à l’Embrapa, et qui font l'objet de recherches, ont pour but de tester 4 types de clones d’Eucalyptus (qui sont les 4 clones les plus utilisés au Brésil, issus du croisement E. grandis x E. urophylla, communément appelé urograndis) et de voir lequel est le plus adapté à la région. Pour l’instant, les résultats ne sont pas encore clairs, mais il y a effectivement des clones plus adaptés que d’autres, ou plus résistants tout simplement.

Diagramme comparatif des clones d'eucalyptus

La production de l'eucalyptus est de 50 m³/ha/an, et la durée de rotation moyenne est de 5 ans. L’usage du bois est principalement pour le chauffage, la cellulose et parfois la construction.

Le Pin : Une Ressource Polyvalente

Le pin est la deuxième espèce la plus importante plantée au Brésil, avec 1,8 millions d’hectares de forêts. La production est de l’ordre de 27,35 m³/ha/an, et les coupes sont effectuées tous les 17 ans. Le cycle de production fournit alors 465 m³ de bois par hectare. La majorité des plantations ont comme visée la production de bois cellulose et de matériaux, mais il existe aussi au Brésil un marché pour la production de résine de pin. Celle-ci est exportée vers des pays tels que l’Hollande et le Portugal, où la résine est transformée pour produire une gomme et de l’essence de térébenthine.

Lors d'une visite d'une exploitation de la sorte à Vilhena, il a été constaté que l’exploitation de la résine commence aux 7 ans de la plantation et se poursuit jusqu’à environ 12 ans ou plus selon la santé du peuplement. Ils réalisent une coupure de l’écorce et du bois externe sur une bande de 2 cm à 20 cm du sol, puis ils placent un sac en plastique sous la coupure. La résine dégouline alors et se déverse progressivement dans le sac. Au bout de 12 jours, les sacs sont prélevés et l’opération est recommencée en réalisant une coupure 2 cm plus haut que la précédente. La production de résine est un bon investissement pour les Brésiliens.

De plus, les entrepreneurs aiment cette espèce de par sa résistance aux conditions climatiques et à sa très faible exigence face à la pauvreté du sol. « C’est comme de la pierre ! » selon M. Pepino, un exploitant. Il explique les étapes délicates de la plantation et les principales menaces : le FF « Fogo, Formigas », soit le feu et les fourmis. Il raconte que les fourmis font des dégâts considérables dans les plantations. Elles se nourrissent du mycélium des racines, ce qui finit par tuer les arbres. Il insiste sur la première étape de prévention avant de commencer une plantation : détecter s'il y a présence de ces fourmis et les exterminer dans ce cas.

La récolte de résine de pin

Le Teck : Un Bois Précieux en Expansion

Les plantations de teck se sont développées dans le monde entier, et en Amérique Latine, c’est surtout au Costa Rica et au Brésil qu’il est présent. Le teck vient en troisième position dans le rang des plantations du Brésil. La production moyenne est de 10,5 m³/ha/an, et le cycle dure environ 20 ans. Le teck peut atteindre 25 à 35 mètres de hauteur, avec 1 mètre de DAP (diamètre à hauteur de poitrine). Il a un tronc bien droit recouvert d’une écorce épaisse, résistante au feu. C’est une espèce caduque. Son bois dur, de haute qualité et extrêmement résistant, est très apprécié par les entrepreneurs privés. Il est stable, et ne bouge quasiment pas lors du séchage. Il est à la fois léger et résistant au poids et aux tractions/flexions. Il résiste très bien aux variations de l’humidité de l’air. Sa culture au Brésil est surtout développée dans l’état du Mato Grosso, où sont plantées 90% des plantations brésiliennes de teck, soit 20 000 hectares. Dans l’état d’Acre, on trouve 2 000 hectares, incluant les systèmes agro-forestiers où il est présent.

Le Parica : Une Espèce Native à Croissance Rapide

Le Parica, ou Schizolobium excelsum var. amazonicum, est une espèce native. Il peut mesurer jusqu’à 40 mètres de hauteur et 1 mètre de DAP, avec parfois présence de racines à contrefort. Une parcelle a été explorée lors d'un voyage à Vilhena. La production est de l’ordre de 30,83 m³/ha/an et le cycle de rotation dure 6 ans. Le bois est très léger et doux. Son traitement est facile mais il a une faible durabilité naturelle, étant sensible aux attaques de champignons et aux insectes xylophages. Il est utilisé pour les emballages, les maquettes, et majoritairement pour la cellulose et pour les panneaux de bois reconstitué. Le Parica présente également divers usages culturels. Sa croissance est rapide et pour cela, étant également une espèce native, il est conseillé pour la reforestation d’aires dégradées.

M. Pepino a expliqué que le cycle de rotation du Parica ne va pas au-delà de 7 ans car la plantation a un ennemi redoutable et invincible qui l’attaque à partir de cet âge-là. Il s’agit d’une sorte de cigale. Lorsque les arbres sont assez gros, avec un diamètre de 40 cm à 7 ans, ces cigales creusent sous l’arbre et attaquent les radicules, jusqu’à la mort de l’arbre.

Le Mogno (Acajou) : Une Espèce Menacée et Précieuse

De son nom latin, Swietenia macrophylla, le Mogno est une espèce native présente dans les forêts tropicales du Brésil. Il fait partie de la liste des espèces d’arbre menacées au Brésil du fait de son utilisation irraisonnée il y a quelques années. Le Mogno peut atteindre de grandes dimensions, 70 mètres de hauteur et 1,30 mètre de DAP. Des plantations ont été développées, mais en monoculture le Mogno subit de graves attaques de la larve de Hypsypyla grandella, la broca do Mogno en brésilien. Les œufs sont déposés à l’apex de la plante et la larve se développe dans celui-ci, mangeant le tendre tissu végétal. Son bois est très apprécié, de par sa durabilité, sa facilité à travailler, et son aspect brun-rougeâtre et brillant une fois lustré. Il est majoritairement utilisé pour la fabrication de meubles de luxe, d’instruments de musique, et autres objets à forte valeur ajoutée. Le développement des forêts plantées incluant le Mogno pourrait être une solution pour la baisse de la pression exercée sur les forêts tropicales naturelles, satisfaire la demande et baisser les coupes illégales. Malheureusement la demande est toujours aussi forte.

Le Bambou : Une Option Durable pour la Construction

Un autre type de forêt plantée, spécifique à l'Acre, fait son entrée. Les plantations sont cependant encore à l’état expérimental. Les besoins en ce type de matériau semblent se développer dans la construction puisque des projets d’urbanismes durables récents dans Rio Branco ont utilisé le bambou. Un projet d’usine construisant des toits en bambou est aussi sur le point de se concrétiser. Les coupes dans les forêts de bambou sont adaptées selon les usages. Généralement, la rotation minimale est de 4 ans, pour la consommation des fibres pour la cellulose et le papier, et pour la construction les coupes peuvent s’étaler jusqu’à 7 ans. Néanmoins, chaque espèce a un diamètre et une hauteur bien spécifique. La croissance du bambou est ultra rapide ! Elle peut aller jusqu’à 1 mètre en 1 jour ! Toutes les espèces atteignent leur taille adulte en environ 6 mois. Il reste encore bien des mystères quant au comportement et à la phénologie de certaines espèces. Il existe des espèces qui ont par exemple des floraisons complètement synchrones à l‘échelle de tous les individus d’une région, et qui, quand elle se termine, dépérissent là encore de manière synchrone.

Les Plantations de Palmiers à Huile : Un Enjeu Mondial et Brésilien

L’industrie de l’huile de palme aime vanter les rendements élevés de son produit. Ce dont elle et de nombreux gouvernements parlent moins, par peur de mauvaise publicité, est de la taille concrète de la zone envahie par les monocultures de palmiers à huile aujourd’hui dans le monde.

L'Expansion des Plantations d'Huile de Palme

Selon les chiffres officiels, les cultures d’huile de palme s’étendent sur au moins 26 millions d’hectares dans le monde, dont 16,4 millions d’hectares pour la seule Indonésie. Le pays d’Asie du Sud-Est est le premier producteur mondial d’huile de palme et un triste précurseur en matière de destruction de la forêt tropicale. Le ministère américain de l’agriculture produit régulièrement des rapports et des mises à jour sur l’industrie de l’huile de palme. Dans la réalité, la superficie mondiale des cultures d’huile de palme est beaucoup plus importante. La raison est simple : le ministère américain de l’agriculture utilise uniquement les données et les statistiques officielles publiées par les autorités et gouvernements des pays producteurs. La proportion des plantations illégales, qui ne possèdent pas de permis, est particulièrement élevée en Indonésie. Selon les estimations de l’organisation environnementale et sociale Sawit Watch, la superficie totale des plantations de palmiers à huile serait en réalité de 22,2 millions d’hectares en Indonésie.

L’octroi de concessions agricoles, le défrichage et la conversion des terres, qui rendent possible la culture de l’huile de palme, s’accompagnent très souvent de corruption, de conflits fonciers et de violations des droits humains, comme l’expulsion hors des terres ancestrales ou la destruction des moyens de subsistance des populations. Par ailleurs, "légal" ne veut pas dire respectueux de l’environnement et socialement acceptable. Les autorités continuent d’accorder des permis de déboisement et des concessions pour la culture d’huile de palme dans des zones forestières et au mépris des Autochtones.

Le Palmier à Huile : Caractéristiques et Culture

Originaire d’Afrique tropicale, le palmier à huile est largement cultivé dans les zones tropicales, notamment en Asie. De tout temps, il a procuré vivres, matériaux et produits de soin et d’hygiène. Premier fournisseur de corps gras végétal, il produit deux huiles simultanément : l’huile de palme et l’huile de palmiste. Le palmier à huile est un élégant palmier originaire du golfe de Guinée. Il doit son nom d'espèce, Elaeis guineensis, au grec ancien elaia qui signifie olive, en raison de ses fruits riches en huile. De tout temps, il a été exploité en économie de cueillette, pour l’alimentation en Afrique tropicale. Il est arrivé en Amérique du Sud au XVIe siècle et seulement au début du XXe siècle en Asie, à Sumatra d’abord puis en Malaisie, où il a pris son essor à partir des années 1960.

Les feuilles, ou palmes, entourent et protègent le bourgeon végétatif. De nouvelles feuilles sont émises en continu au centre de la couronne alors que les plus vieilles sont élaguées ou se dessèchent. Elles mesurent de 6 à 9 mètres et comptent plus de 300 folioles lamelliformes disposées sur plusieurs plans. La base de la feuille, ou pétiole, est bordée d’épines acérées. Le tronc, ou stipe, de diamètre constant et non ramifié, présente les sections losangiques des feuilles qui ont été coupées, disposées en spirales. Les fleurs sont réunies en inflorescences, les unes mâles, les autres femelles, et apparaissent à l’aisselle de chaque palme, excepté en cas d’avortement précoce. Les fruits, très riches en huile, sont des drupes ovoïdes, charnues, réunies en « régimes » pouvant peser de 1 à 60 kilos. À l’âge adulte, un régime mûr pèse en moyenne 15 à 25 kilos et porte environ 1 500 fruits. Les fruits présentent une peau lisse qui protège une pulpe huileuse et fibreuse, elle-même recouvrant une coque noire très dure. Cette coque, percée de 3 pores germinatifs, contient une amande ovoïde pleine appelée « palmiste ». L’ensemble coque et amande constitue la graine du palmier.

Il existe trois types principaux de palmier à huile, qui se distinguent par l’épaisseur de la coque de leurs fruits : le type dura est caractérisé par sa coque épaisse ; le type pisifera est reconnaissable à son absence de coque, mais ce palmier est femelle stérile, et ne produit des fruits que très exceptionnellement ; le type tenera, hybride des deux précédents, est caractérisé par sa coque mince. C’est la pollinisation d’une inflorescence d’un palmier dura par du pollen d’un palmier pisifera qui donne 100 % de semences de l’hybride tenera, utilisées dans toutes les plantations aujourd’hui.

On différencie aussi les types par la pigmentation des fruits. Le type nigrescens, le plus courant, est noir puis brun rouge à maturité. Le type virescens, vert avant maturité, devient orange. Le type albescens a une pulpe qui ne contient pas de caroténoïdes. Originaire d’Amérique latine, Elaeis oleifera est une espèce voisine d’Elaeis guineensis. Croisé avec son cousin africain, ce palmier donne un hybride interspécifique à croissance en hauteur lente, résistant à certaines maladies. Sa production d’huile est en cours d’amélioration.

Schéma des différents types de palmier à huile

Le Cycle de Récolte et les Défis

Les meilleures productions sont obtenues sur des sols profonds. Après 1 an de pépinière et 3 ans de croissance végétative, la récolte peut commencer. En augmentation jusqu’à l’âge de 8 ans, la production se stabilise ensuite, puis décline après 20 ans de culture. La récolte est réalisée tous les 10 à 15 jours. Du fait de cette fréquence, la mécanisation n’a jamais réussi à s’imposer ni techniquement ni économiquement. Le récolteur, équipé de son outil, observe chaque palmier afin de détecter les régimes mûrs, les couper et les sortir de la parcelle en même temps que les fruits détachés. Les régimes doivent être récoltés à bonne maturité, lorsque les premiers fruits se décrochent spontanément : la synthèse de l’huile est alors achevée et la quantité d’huile maximale. Les régimes sont ensuite acheminés à l’huilerie.

Tant que les régimes sont à hauteur de récolteur, ils sont coupés avec un ciseau de récolte ou une machette. Dès que les régimes apparaissent plus hauts, on utilise une faucille fixée à l’extrémité d’une perche. Ce n’est pas le déclin de la production qui oblige à replanter vers 25 ans, mais la grande difficulté de récolte de palmiers de plus de 12 mètres de hauteur.

Maladies et Ravageurs

Le palmier à huile compte de nombreux ravageurs et maladies, qui peuvent avoir des conséquences graves sur la croissance et la production. Les rongeurs (rats, agoutis…), porcs-épics et sangliers s’attaquent aux très jeunes palmiers en dévorant le bourgeon terminal. Les insectes Limacodidae provoquent des défoliations entraînant des baisses de production. Un gros coléoptère, Oryctes spp., s’attaque au palmier dès la plantation. Il creuse une galerie au niveau du bourgeon terminal et la nouvelle feuille émise présente une découpe en arête de poisson. La multiplication des gîtes larvaires, constitués par les stipes en décomposition des palmiers abattus pour la replantation, favorise la prolifération du ravageur. Les dégâts peuvent être considérables dans une jeune plantation si une lutte intégrée n’est pas appliquée. En Afrique, le palmier à huile est victime d’une maladie fongique, la fusariose. En Asie du Sud-Est, la pourriture basale du stipe à Ganoderma a une incidence croissante en replantation.

La Transformation de l'Huile de Palme

Premier fournisseur de corps gras végétal devant le soja, le palmier à huile produit deux huiles. L’huile de palme rouge est extraite de la pulpe du fruit. L’huile de palmiste, de couleur ivoire, est issue de l’amande, ou palmiste. L’huile de palme est extraite sur les lieux mêmes de production, dans les 48 heures qui suivent la récolte, après cuisson des régimes (stérilisation), égrappage puis pressage des fruits et décantation. Les huileries modernes sont de grande capacité ― 20 à 120 tonnes de régimes frais par heure ― tandis que les huileries artisanales traitent moins d’une tonne par heure, sinon par jour.

L’huile de palme est utilisée à 80 % pour l’alimentation humaine : margarine, matière grasse végétale de base, huile alimentaire, huile de friture et graisses spécialisées. Elle entre aussi dans la fabrication de dérivés à usages industriels : acides gras, savons et cosmétiques, savons industriels, encres, résines, esters méthyliques. L’huile de palme rouge doit alors être raffinée, blanchie et désodorisée, puis séparée en ses différents composants. L’industrie agroalimentaire est une grande consommatrice d’huile de palme et de ses dérivés : pâtisseries industrielles, produits de chocolaterie, confiseries, glaces et même substituts de repas diététiques. Bien souvent ces produits sont fabriqués avec des mélanges d’huiles végétales (palme, soja, colza, tournesol), les unes pouvant se substituer aux autres en fonction de leurs prix relatifs. Dans de nombreux pays d’Afrique, l’huile de palme sert traditionnellement d’huile de cuisson. Résistante aux hautes températures, l’huile de palme est surtout utilisée dans les bains de friture. Elle se comporte comme les huiles de maïs, tournesol, soja ou colza, riches en acides gras essentiels. Le raffinage n’affecte que peu sa teneur en antioxydants (tocophérols et tocotriénols). À l’état brut, sa forte teneur en caroténoïdes accroît le taux de vitamine A du sang d’où son effet préventif sur certaines maladies des yeux. L’huile produite en Amérique latine à partir de l’hybride interspécifique E. guineensis x E. oleifera.

L’huile de palmiste fait partie des huiles lauriques, au même titre que l’huile de coco, avec 39 à 54 % d’acides gras lauriques. Dans les huileries de palme, après pressage et extraction de l’huile de palme, les coques de noix sont cassées, les amandes récupérées et séchées. Elles sont ensuite acheminées vers de grandes unités de trituration de graines pour l’extraction de l’huile de palmiste (50 % du poids sec d’amande de palmiste).

Valorisation des Sous-produits

Dans le domaine des bioénergies, les fibres sont brûlées dans des chaudières spéciales qui produisent de la vapeur d’eau sous pression pour la stérilisation des régimes et la fabrication de l’énergie électrique nécessaire au fonctionnement de l’usine. Les huileries de palme sont autosuffisantes en énergie et contribuent à l’électrification des villages voisins. La fermentation des effluents d’huilerie produit du gaz méthane utilisable pour le fonctionnement de groupes électrogènes ou de motopompes. Les rafles, ce qui reste du régime après égrappage, sont riches en matière organique et éléments fertilisants. Elles sont retournées dans les palmeraies en l’état ou après compostage comme amendement, réduisant d’autant les besoins d’engrais chimiques dans la plantation.

Le Caoutchouc : Une Histoire Mouvementée et un Renouveau

Le caoutchouc (borracha en portugais) est récolté en réalisant des sillons dans l’écorce de l’arbre, le Hevea brasiliensis, par lesquels s’écoule le latex qui se dépose dans un petit récipient accroché sur le tronc de l’arbre. Les personnes qui récoltent le caoutchouc, les Seringueiros, doivent faire ces sillons à l’aube dans la nuit, car à la chaleur le latex se solidifie, ce qui empêche son écoulement. Il est récolté quelques heures plus tard, et une nouvelle rainure est ouverte sur le tronc de l’arbre le jour d’après. Le caoutchouc récolté se solidifie rapidement et est récupéré sous forme de pain solide. Ils sont alors pressés jusqu’à obtenir des gros rectangles solides, qui se transportent mieux (la borracha était traditionnellement transportée sous forme d’une grosse bale ovale).

Les premières utilisations sont apparues en 1870 dans l’État du Paraná, à l’est du Brésil. Le développement de cette culture se fait alors très vite, au point que des cultures de Seringueira sont importées dans l’Acre, qui possède les mêmes conditions climatiques qu’au Paraná, suivie par une migration d’une partie de la population du Paraná, encore apparente dans la mixité des cultures à Acre. À l’époque, les besoins en caoutchouc sont très forts, avec le développement de l’automobile. La communauté des seringueiros, les récolteurs de caoutchouc, devient très forte dans l’état d’Acre. Leurs conditions de vie sont très dures, du fait du rythme de leur travail. Chaque jour, ils se lèvent à 3h du matin pour commencer la récolte. Au tout début, il ne s’agissait pas de forêts plantées. Les seringueiros parcouraient une quinzaine de kilomètres dans la forêt, la nuit et éclairés par une lanterne au gasoil posée sur leur tête.

Chico Mendes fut le premier à reconnaître les droits de cette communauté et à les défendre face à la destruction de la forêt par les accaparements de la terre, la déforestation, et le développement de l’élevage bovin. Après son assassinat, fut créée la première réserve extractiviste qui protège une zone de forêt et garantit l’activité et la survie des seringueiros de l’époque.

En 1910, le seringueira est exporté en Asie. Et là, c’est le drame, les rendements sont meilleurs là-bas ! Tous les projets de plantation de seringueira sont alors abandonnés au Brésil. Puis, en 1942, la demande en caoutchouc et en latex atteint des sommets avec la Seconde Guerre mondiale. Mais en 1970 l’engouement pour le Seringueira retombe comme un soufflet. Ce n’est que depuis peu que le gouvernement Brésilien octroie des aides pour le relancement de la culture de seringueira et la sauvegarde de ce patrimoine culturel. Il finance par exemple le fonctionnement d’une usine de préservatifs à base de latex naturel, implantée dans une communauté pauvre d’Acre.

Les Palmiers Nataux : Richesses de l'Amazonie

L'Amazonie brésilienne est un réservoir de palmiers natifs, dont plusieurs espèces sont exploitées pour leurs fruits, leurs fibres ou d'autres produits. Ces usages sont souvent ancrés dans des traditions ancestrales et contribuent à la subsistance des populations locales.

L'Açai : Un Super-Aliment Amazonien

L’Açai, ou Euterpe precatoria, est un palmier qui produit des petites baies noires extrêmement consommées au Brésil, sous forme de jus ou plus couramment sous forme de glace. On trouve des « bars » à Açai ou des petites échoppes à tous les coins de rue ! Il est très apprécié par les étudiants car il rassasie et réveille en même temps ! Idéal le matin ou au goûter, agrémenté de céréales ou de toutes autres gourmandises. C’est une espèce native, dont l’exploitation est traditionnelle dans toutes les forêts de l’Amazonie. Sa récolte est encore effectuée à la main. D’agiles grimpeurs se hissent au sommet du palmier pour en cueillir les grappes de fruits.

Photo de grappes d'açaï sur un palmier

Le Buriti : Fibres et Fruits Traditionnels

Le Buriti, ou Mauritia flexuosa L.f., est un arbre natif, présent en grande quantité dans les forêts naturelles. On utilise surtout les fibres, qui servent à la vannerie et à la fabrication de tout l’artisanat de cette partie du pays. Les fruits peuvent aussi être consommés, sans grande plus-value. Mais la demande devient de plus en plus forte, due au développement du tourisme dans certaines zones.

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