La gestion des plantes adventices, souvent qualifiées de « mauvaises herbes », constitue l'un des défis majeurs pour tout jardinier souhaitant optimiser ses zones de culture. Comprendre le comportement de ces plantes, leur besoin vital en lumière et les interactions avec les caractéristiques physiques du sol permet de mettre en place des méthodes de contrôle efficaces, respectueuses de l'écosystème et moins éprouvantes physiquement.

Le principe fondamental de l'occultation par le paillage
Le paillage est un excellent moyen pour venir à bout de la plupart des adventices sans trop d’efforts, si ce n’est l’effort logistique pour l’amener jusqu’à la zone de culture. Le principe est tout simple : une plante pour vivre a besoin de lumière. C’est grâce à elle que la photosynthèse a lieu. Si on prive une plante de lumière, elle finit par mourir. Ainsi, en occultant votre sol avec un paillage, vous allez empêcher les plantes de voir la lumière.
On parle souvent d’une occultation de 8 mois en période poussante (de mars à octobre) pour obtenir un désherbage total de la prairie en place. Alors si vous faites cela en automne, vous n’obtiendrez que très rarement un résultat parfait en avril, période où les semis reprennent. Si vous souhaitez créer une nouvelle zone de culture et désherber avec du paillage, il faudra miser sur une bonne quantité. Visez à minima 10 cm tassés. Mais si vous le pouvez, montez jusque 20, 30 cm ! Là, vous obtiendrez un superbe résultat.
Diversification des matériaux de couverture
N’hésitez pas à mélanger les matériaux, diversifiez vos apports. Le carton est très pratique pour cette technique de désherbage avec du paillage. On commence par une couche de carton et on charge par-dessus. Le carton va empêcher les herbes de remonter durant quelques semaines, ce qui va bien les épuiser. Vous aurez souvent un résultat légèrement supérieur qu’un simple paillage.
Si le paillage traditionnel était autrefois constitué de paille, aujourd’hui, la tendance est au recyclage des déchets verts de jardin : feuilles mortes, tontes de gazon, broyats de rameaux d’arbustes ou de chaumes de graminées ornementales. Dans les allées ou entre les plantes acidophiles, on peut utiliser de l’écorce de pin. Une épaisseur de 5 à 10 cm est nécessaire pour faire écran à la lumière. Si vous combinez plusieurs matériaux, il est judicieux de commencer toujours par celui qui se décompose le plus vite : gazon séché, puis feuilles mortes, puis rameaux broyés. viter d’épandre une large épaisseur de gazon humide qui va pourrir.

Limites et gestion des espèces persistantes
Cette technique n’est pas magique. Il y aura souvent des repousses, de graminées notamment. Les Rumex acetosella adorent également ces milieux et y prolifèrent. Il faudra donc tout de même prévoir du désherbage la première année. Mais les herbes s’enlèveront facilement car le paillage rend le sol plus meuble, plus aéré. Ne désespérez pas : vous finirez par obtenir une zone propre et facilement cultivable. Et avec moins d’efforts qu’en retournant le sol !
Il y a tout de même quelques adventices pour lesquelles ce paillage ne suffira généralement pas, notamment le liseron ou encore le chiendent. Il faudra alors les épuiser. Arrachez constamment, empêchez ces plantes d’avoir accès à la lumière. Tout ce que vous trouverez : fougères, foin, feuilles, paille, tonte, bâche d’ensilage de récupération, ou autre… tout est bon pour occulter ! L’important est de déposer son paillage sur une bonne épaisseur.
La bâche d’ensilage reste le meilleur paillage que l’on puisse utiliser pour désherber : elle est en plastique, donc rien ne peut la traverser (en théorie, car elles sont souvent percées lorsqu’on ne les achète pas neuves). À vous de voir en fonction de votre sensibilité : ces bâches ne sont pas très esthétiques (mais on peut les masquer à la belle saison avec un fin paillage de paille ou de tonte). Vous avez également de très bons résultats avec des paillages organiques. Ces derniers, qui plus est, améliorent le sol contrairement aux bâches.
La tonte au potager : une méthode peu conventionnelle
Voilà une méthode peu commune. D’ailleurs la tonte au potager est souvent suivie d’un conseil : « Ne dépassez jamais 5 cm ! ». Détruire ? C’est précisément ce qu’on cherche à faire dans le cas présent… ! On cherche à éliminer des plantes non désirées sur une zone de culture. Ainsi, la tonte convient très bien pour ce type de désherbage. La tonte va se tasser, chauffer, devenir un peu visqueuse. Elle va détruire assez rapidement tout ce qu’il y a en dessous, sans trop de séquelles.
Alors, n’hésitez pas, si votre but est de désherber, à empiler une bonne épaisseur de tonte. Vous aurez tout le loisir par la suite de venir aérer ce mélange, ajouter d’autres matières, plus sèches, décompacter un peu le sol et cultiver. Encore une fois, même la tonte n’est pas magique : vous aurez souvent des repousses, mais l’effort à fournir sera bien moindre qu’en retournant le sol à la bêche. Cette méthode reste dans la plupart des cas super efficace.
Le paillage au potager : comment améliorer vos récoltes de manière écologique ?
Techniques de désherbage mécanique et thermique
Pour les jardiniers souhaitant intervenir directement sur la végétation, plusieurs méthodes existent, chacune avec ses avantages et ses contraintes :
- Binage et sarclage : À l’aide d’une binette, vous pouvez arracher les mauvaises herbes à quelques centimètres de profondeur dans le sol. Le binage est très efficace pour éliminer les mauvaises herbes en très peu de temps. Néanmoins, vous devez faire attention à ne pas endommager les racines de vos plantes vivaces. De plus, il peut arriver que les racines de la mauvaise herbe restent dans le sol. Le sarclage, pour peu qu’il soit effectué tôt dans la saison et régulièrement, n’est pas aussi fastidieux qu’on le laisse entendre. Un certain nombre de jardiniers y trouvent une grande satisfaction. Pour un meilleur résultat, pratiquez un binage 48 heures après une pluie ; puis opérez une fois par semaine. Pour sarcler les mauvaises herbes annuelles, utiliser un outil à fer plat (serfouette, ratissoire, binette) et couper la plante d’un coup sec en la tranchant juste au-dessous du collet.
- Arrachage manuel : Vous pouvez simplement supprimer les mauvaises herbes manuellement, mais c'est un job fastidieux. De plus, il est possible que les racines restent dans le sol et que les mauvaises herbes réapparaissent rapidement. Travaillez par temps sec, mais en sol encore humide. L'arrachage est plus facile !
- Désherbage thermique : Les mauvaises herbes seront chauffées au-dessus du sol à l'aide d'air chaud, de rayonnement infrarouge, de vapeur, d'eau chaude ou d'une flamme chaude. Un tel traitement endommage le tissu de la mauvaise herbe. Cependant, de tels appareils ne produisent pas une température assez élevée pour détruire les parties souterraines de la mauvaise herbe. Il est recommandé d'effectuer plusieurs traitements pour les épuiser. Les brûleurs permettent de rapidement et efficacement détruire les mauvaises herbes. Ils les exposent à une très haute température, ce qui permet une mort lente des cellules végétales. Cependant, cette technique présente un grand risque de brûlure, en particulier pour les plantes avoisinantes. De plus, suite à la grande quantité de combustible requise pour les brûleurs, cette technique n'est pas du tout écologique.
- Brossage : Les brosses de désherbage frottent la couche organique sur laquelle les mauvaises herbes abondent jusqu'à la supprimer. En utilisant une brosse de désherbage à tresses en fil d'acier, il y a un risque que le carrelage ou le trottoir soient endommagés. Les brosses doivent être remplacées régulièrement en cas d'utilisation fréquente.
Utilisation de solutions de contact
Si tous les remèdes ci-dessus ne vous aident pas, vous pouvez utiliser des désherbants. Il existe de nombreux désherbants à base d’acide pélargonique, à la fois sous forme concentrée (à dissoudre dans l’eau - idéales pour les grandes surfaces) et prêtes à l’emploi (idéales pour de petites surfaces et les traitements localisés). L’acide pélargonique est naturellement présent dans les plantes telles que le pélargonium. La substance agit par contact. La matière active pénètre dans la couche cireuse de la feuille traitée et détruit la membrane.
Prévention : la gestion des graines et des cycles
Ne laissez jamais fleurir les mauvaises herbes : éliminez-les le plus tôt possible ! La plupart des fleurs produisent des graines très rapidement et en très grand nombre : 30 cm² de terre peuvent en accueillir jusqu’à 5 000. Un pied de grand plantain en libère jusqu’à 14 000 à lui seul ; un laiteron deux fois plus ; le chénopode blanc atteignant ce qui semble un record, à savoir 70 000 !
Le fait de travailler le sol ramène souvent en surface de très nombreuses graines de mauvaises herbes qui n’attendent que cette occasion pour germer, parfois depuis plusieurs dizaines d’années… Un semis effectué à ce moment risque d’être envahi, voire compromis car les adventices peuvent germer de façon massive et rapide. Préparer le sol comme pour un semis classique : ameublir, retirer les mauvaises herbes visibles, griffer et ratisser pour obtenir une surface de terre très fine. Patienter quelques jours avant la levée des graines de mauvaises herbes et les arracher dès qu’elles forment un petit tapis vert. Il ne faut pas biner ou sarcler plus profondément.
Intégration des engrais verts
Un engrais vert est ici considéré comme un paillage végétal vivant. En complément d’un travail du sol, un semis de seigle achève le nettoyage de vivaces coriaces (chardon, rumex). Il s’enracine profondément et pousse vite étouffant la végétation présente. Au potager, la phacélie est idéale car elle n’appartient à aucune famille de légumes et ne perturbe pas la rotation des cultures. Semer les engrais verts après avoir travaillé le sol en septembre pour le seigle. Au potager ou ailleurs, quand un carré doit rester vide un moment, semer sans attendre (selon les espèces, du printemps à l’automne).

Mise en place d'une culture sur zone paillée
On peut, la première année, pailler toute une nouvelle zone. Si l’on souhaite cultiver rapidement, on peut en profiter pour cultiver de la pomme de terre sur gazon. On peut aussi « scalper » des carrés de prairies avant de pailler. Dans ces petits carrés de 30 cm de côtés par exemple, on pourra venir planter des tomates ou des courges. Elles s’en sortiront. Vous obtiendrez ainsi une récolte en attendant que le paillage fasse lentement son travail de désherbage tout autour des plants. En fin de saison, vous aurez une terre à peu près propre. Pour que le chevelu racinaire soit totalement décomposé, il faudra parfois attendre plus d’un an. Enfin, une fois que votre sol est désherbé grâce à votre paillage, n’hésitez pas à passer un coup de grelinette ou autre décompacteur pour aérer le sol avant de planter.