Valorisation du broyat de résineux et usage de la cendre : Guide complet pour un jardin durable

Illustration d'un jardin avec paillage de broyat de résineux et de cendre

La gestion des déchets de jardin, en particulier ceux issus des conifères tels que les thuyas, sapins et pins, devient de plus en plus urgente dans le contexte actuel de préservation de l’environnement. Les stratégies innovantes pour la valorisation de ces déchets représentent non seulement une opportunité de réduire leur impact écologique, mais aussi de les réutiliser efficacement au sein des jardins. Loin d’être des éléments à évacuer, ces déchets peuvent servir à créer des aménagements durables, à enrichir le sol ou à concevoir des sentiers, tout en participant à la diversité biologique des espaces verts. La gestion des déchets arbustifs, notamment ceux générés par les conifères, représente un enjeu environnemental majeur. L’utilisation des déchets de conifères tels que les thuyas, sapins et autres résineux est souvent négligée, alors qu’elle offre un potentiel considérable. Cet article propose de découvrir des astuces pratiques et des méthodes innovantes pour valoriser ces déchets de manière efficace et respectueuse de l’environnement. Nous explorerons divers usages tels que le paillage, le compostage, ainsi que la création de sentiers, tout en soulignant les précautions nécessaires pour éviter les effets indésirables du broyat de résineux. En complément, nous aborderons les multiples facettes de l'utilisation de la cendre de bois au jardin et au-delà.

Le broyat de bois : une ressource précieuse pour le jardin

Utiliser du broyat de bois comme paillage, voire du BRF, devient monnaie courante dans les jardins. Il est vrai que ce matériau est particulièrement bénéfique pour le sol, et qu’il permet de recycler le bois issu des diverses tailles réalisées au jardin. Nous allons voir quels sont ses avantages et surtout comment obtenir ce broyat grâce à un broyeur de végétaux et l’utiliser.

Qu'est-ce que le broyat de bois et pourquoi l’utiliser ?

Le broyat est composé de tout type de bois, vieux ou jeune, feuillus ou résineux, branches mortes ou vivantes. La décomposition du bois dans le sol est un processus complexe. Le bois est composé pour une part de cellulose et pour l’autre part de lignine, en proportions variables selon l’essence et selon l’âge. La cellulose est souple, constituée de glucose, elle est facile à décomposer et à digérer. La lignine, elle, est constituée de “tanins”, c’est l’élément durcisseur qui donne au bois sa solidité. Elle est difficile à décomposer, d’ailleurs seuls les champignons (les basidiomycètes du sol, ce que l’on appelle souvent “la pourriture blanche”) sont capables de la décomposer.

Infographie comparant la composition de la cellulose et de la lignine dans le bois

Le broyat de bois utilisé en paillage va apporter d’innombrables bénéfices à votre jardin :

  • Il constitue un hôtel-restaurant grand luxe pour nombre d’organismes vivants : oiseaux, petits mammifères, insectes, mais aussi bactéries, champignons et autres micro-organismes. Cette biodiversité est importante car elle constitue un écosystème, dont fait aussi partie le sol de votre jardin. Il s’agit en effet d’une chaîne alimentaire, dans laquelle chaque élément a sa place et qui va enrichir la vie du jardin et du sol.
  • Cette faune du sol (la pédofaune) va considérablement modifier le sol, qui va être constamment brassé et aéré par des quantités de travailleurs. Résultat : un sol décompacté, meuble, dans lequel air et eau vont circuler facilement et qui va faciliter l’enracinement des plantes.
  • Grâce à tout ce petit monde et au broyat de bois, va se former un humus stable, et donc un sol fertile, riche en nutriments directement assimilables par les plantes que vous y cultivez.
  • Ce type de sol a d’importantes capacités de rétention d’eau, il est comme une éponge qui peut restituer lentement, par capillarité, l’eau qu’elle contient dès que son environnement est plus sec. Cela permet donc de notables économies d’eau, et de travail pour le jardinier !
  • La décomposition du broyat faisant intervenir des champignons, la présence de mycélium et de champignons mycorhiziens est acquise. Les champignons mycorhiziens sont ceux qui sont capables d’établir une relation symbiotique avec les racines des plantes. Relations bénéfiques à chacune des parties puisque le champignon est capable d’aller chercher très loin eau et nutriments (contrairement à la plante) qu’il va fournir aux racines en échange de sucres que la plante fabrique grâce à la photosynthèse. Qui dit champignons dit plantes bien nourries !
  • Bien sûr, en sus de tous ces bénéfices spécifiques, il y a les bénéfices de tout paillage organique : limitation du lessivage et de l’érosion, protection contre le froid et la chaleur, limitation de l’évaporation.

Broyat vs BRF : quelle est la différence ?

L’acronyme BRF vient de bois raméal fragmenté. Bois fragmenté est synonyme de bois broyé, c’est le mot raméal qui est important : il s’agit de bois provenant de rameaux, c’est-à-dire de branches. Celles-ci sont vivantes, fraîchement coupées, de faible diamètre, et principalement issues de feuillus. Le broyat est composé de tout type de bois, vieux ou jeune, feuillus ou résineux, branches mortes ou vivantes.

En résumé, le BRF est un broyat, mais tous les broyats ne sont pas du BRF ! La différence vient du fait que les bois raméaux sont très riches en nutriments et qu’ils sont encore mal lignifiés. Le broyat peut être utilisé de deux façons : pour pailler le sol ou pour l’amender, même si les deux sont liés.

Fabriquer son propre broyat de bois

Pour fabriquer soi-même du broyat de bois à utiliser comme paillage, il faut un broyeur bien sûr, à acheter, louer ou se faire prêter, ainsi que du bois.

Quel bois utiliser ?

De nombreuses théories et débats existent sur tel et tel bois qu’il serait déconseillé d’utiliser comme broyat en raison de la présence de substances allélopathiques ou de tanins. Il semble cependant d’après nombre d’expériences que tous les bois, y compris les bois de résineux et de noyers, peuvent être employés. Peut-être pour éviter des excès en tel ou tel composé est-il judicieux de broyer divers bois ensemble.

À savoir : il n’a à ce jour jamais été démontré qu'apporter uniquement du broyat de résineux pouvait provoquer une acidification du sol.

Pour du BRF : prélevez entre octobre et février des rameaux de feuillus de 7 cm de diamètre maximum, âgés de 2 ou 3 ans, idéalement en lune descendante. Broyez ce bois dans les 15 jours qui suivent la coupe. Le BRF doit être épandu juste après avoir été broyé (dans les 24 h).

Quelle taille ?

Il est généralement conseillé de broyer en morceaux de 2 à 10 cm. Cependant, plus le broyat est fin, plus rapidement il se décompose car les champignons vont pouvoir se développer plus rapidement.

Le broyeur

  • Préférez un broyeur électrique pour un jardin de superficie petite à moyenne (jusqu’à 500 m2). Affichant entre 2000 et 3000 watts, vous serez en mesure de broyer des rameaux et des branches jusqu’à 45 mm.
  • Un broyeur thermique sera adapté pour des jardins plus grands et sa puissance, jusqu’à 6600 watts, viendra à bout de branches de 75 mm.

Utilisation du broyat de résineux comme paillage

Le paillage est l’une des techniques les plus simples et bénéfiques pour valoriser les tailles issues des conifères. En effet, le broyat de conifères, comme celui provenant des thuyas, peut servir à protéger et nourrir le sol. Cependant, il convient de rester vigilant car certains composés présents dans ces déchets, tels que les terpènes, peuvent inhiber la croissance des plantes si le broyat est utilisé seul.

Photo d'un paillage de broyat de résineux autour de plantes

Pour éviter cette problématique, il est recommandé de mélanger les déchets de conifères à d’autres matières organiques comme des feuilles mortes, des tontes de gazon ou encore de la paille. En obtenant un rapport de 20% de déchets de conifères pour 80% d’autres matières, on peut finalement créer un paillis équilibré qui apportera de nombreux bienfaits au jardin. Ce mélange peut être étalé en couches de 3 à 5 cm autour des plantes, assurant ainsi une bonne rétention d’humidité et limitant la pousse des mauvaises herbes.

Denis Pépin dans son livre Composts & Paillages explique qu’il utilise du broyat de conifère dans le jardin et même au potager. Ce qui compte, c’est de varier les types de broyat utilisés. Le broyat de résineux procure des avantages identiques à celui de feuillus lorsqu’on l’utilise en paillage :

  • Amélioration de la vie et de la structure du sol sans l’acidifier plus une fois décomposé.
  • Limitation de la perte en eau du sol.
  • Empêchement du développement des plantes indésirables.
  • Limitation des variations de températures du sol.

Sa particularité est qu’il se décompose plus lentement que les feuillus, le paillage dure donc plus longtemps. Les terpènes contenus dans les aiguilles retardent la germination des potentiels adventices, mais l’effet est de courte durée.

Pour quel type de sol ?

L’utilisation du broyat de bois comme paillage est très efficace pour restaurer un sol appauvri ou pour “créer” un sol fertile dans des zones de remblai. Il va donc être épandu 1 à 2 fois sur un terrain, mais une fois celui-ci redevenu vivant, l’utilisation du broyat devient inutile, des ajouts réguliers de compost suffisent à maintenir un bon taux de matière organique. Le broyat de bois est également plébiscité pour le paillage des fraisiers. Ceux-ci sont en effet des plantes qui poussent en sous-bois et ce paillage est celui qui leur convient le mieux, que ce soit en terme de production de fruits que de production de stolons.

Avantages ET Inconvénients du PAILLAGE et du NON TRAVAIL DU SOL

Quand et comment appliquer le broyat ?

En paillage simple

Le broyat est tout simplement étalé au sol et laissé tel quel jusqu’à sa décomposition, avec ajout régulier pour compenser la matière décomposée dans le cas d’un paillage permanent (pour les fraisiers par exemple). Pour pailler des arbres, vous étalerez le broyat de bois sur 3 à 10 cm sur toute la surface de leur couronne. Cette matière organique très riche en carbone sera mise en place comme couverture entre la fin de l’hiver et le printemps.

En amendement

Il est possible d’intégrer le broyat sur quelques centimètres, à condition que ce soit superficiel et que la terre ne recouvre pas le broyat. Vous intégrerez le broyat dans le sol en automne plutôt qu’au printemps. En effet, au printemps, vous risquez de provoquer une importante faim d’azote : les bactéries qui décomposent la matière organique ont besoin d’azote pour faire leur travail. Or, le broyat est riche en carbone mais très peu en azote. Tout ce qui est disponible dans le sol va être puisé pour la décomposition, et il n’y en aura plus de disponible pour les plantes qui poussent ou sont mises en place à cette période clé de l’année. Cette carence va durer environ 6 mois, autant dire que les plantations de l’année seront assez mal loties !

En automne par contre, beaucoup d’azote est présent dans le sol (toutes les plantes herbacées en fin de culture qui meurent au sol, y compris leurs racines, en apportent beaucoup). Et il n’est pas utilisé donc il finit par être lessivé et partir dans les nappes phréatiques sous forme de nitrates. Il est alors judicieux de mettre beaucoup de broyat sur et dans le sol, cela va mobiliser cet azote qui ne sera donc pas perdu. Si vous utilisez en même temps d’autres méthodes de fertilisation, vous pouvez apporter du broyat en amendement même en fin d’hiver. Par exemple, vous pouvez le mettre en place au pied d’engrais verts ou de cultures de pois et autres légumineuses.

Le BRF

En ce qui concerne le BRF, voici ce qui est préconisé : prélevé et broyé entre la fin de l’automne et le début de l’hiver, il est épandu au sol sur 3 cm, un sol même enherbé. Il est conseillé d’avoir réalisé un semis de légumineuses pour assurer par la suite la présence d’azote. Il pourra avantageusement être recouvert de paille qui maintiendra une certaine chaleur et protégera toute la faune qui vit dans le sol. La paille favorisera de ce fait la décomposition qui sera plus rapide.

Après 3 à 4 mois, au printemps donc, sa décomposition a commencé et de nombreux champignons doivent l’avoir colonisé. Certains l’enterrent alors dans le sol, dans les 10 premiers centimètres, mais cela n’est pas recommandé. En effet, tous ces organismes décomposeurs, les champignons ici, sont des organismes aérobies. Cela signifie qu’ils ont besoin d’oxygène pour vivre et se multiplier. Et en enfouissant la matière organique dans le sol, vous les privez d’oxygène, et le travail de décomposition s’arrête. Il suffit de regarder le sol d’une forêt et de s’en inspirer : la matière organique (feuilles, branches) tombe au sol, et elle y reste, elle n’est jamais enterrée. L’intégration, si elle est faite, sera donc superficielle et le BRF ne sera pas enterré. Un apport de fumier bien composté pourra être fait en l’absence de culture de fèves et autres pois (toujours pour l’azote). Il sera alors possible de cultiver normalement votre sol, sans avoir besoin de le travailler.

Schéma illustrant la décomposition de la matière organique à la surface du sol dans un écosystème forestier

Compostage des conifères

Le compostage des déchets de conifères représente une autre voie intéressante pour leur valorisation. Lorsque ces déchets sont compostés, les substances toxiques qu’ils contiennent se décomposent, rendant le compost final sain et nutritionnel pour le sol. Il est conseillé de laisser fermenter les déchets de conifères pendant environ trois mois avant de les intégrer à d’autres matières compostables. Ce temps de dégradation permet de transformer les terpènes et autres substances indésirables en éléments fertiles.

Les jardiniers doivent cependant faire preuve de prudence lors de l’introduction des déchets de conifères dans le compost. Un rapport approprié doit être maintenu, en ajoutant une variété de matières comme des épluchures de légumes, du marc de café ou des feuilles de jardin. Cette diversité garantira un bon équilibre azote/carbone, créant ainsi un compost riche en nutriments.

Une fois le compost terminé, il peut être utilisé pour enrichir le sol des jardins, potagers et même des espaces en milieu urbain. Le compost de conifères est particulièrement bénéfique pour les plantes acidophiles, telles que les rhododendrons, azalées ou hortensias. Cela représente également une alternative écologique pour réduire le besoin d’engrais chimiques en fournissant un apport naturel et durable.

Construction de sentiers avec les broyats

Les tailles de conifères broyées peuvent également être utilisées pour créer des chemins dans le jardin. En effet, le broyat grossier peut être répandu sur une épaisseur de 10 à 25 cm pour réaliser des sentiers bien définis. Outre son aspect esthétique, cette technique possède des vertus pratiques. Ces sentiers, en plus d’être visuellement agréables, limitent la pousse des mauvaises herbes et facilitent la circulation dans le jardin.

Utiliser du broyat de conifères pour caresser les chemins offre également une sensation unique lors des promenades. En marchant sur ce type de matériau, on peut apprécier une ambiance naturelle et apaisante, tout en étant en phase avec la gestion durable des déchets.

Chemin de jardin recouvert de broyat de conifères

Que faire lorsque les thuyas meurent ?

Les thuyas, bien qu’ils soient couramment utilisés pour former des haies, peuvent parfois dépérir, laissant des troncs dénudés. Une fois que la partie supérieure a été touchée, il est crucial de réagir pour restaurer l’esthétique du jardin. La première option consiste à retirer le bois mort, conservant ainsi une apparence soignée durant l’année suivante.

Si cela ne suffit pas, le jardinier peut envisager d’autres solutions telles que l’arrachage des thuyas ou la plantation d’arbustes à feuilles ou de petites haies de fruits à la place. Il est conseillé d’opter pour des arbres à feuilles caduques qui enrichiront la biodiversité du jardin et assureront un bien meilleur équilibre écologique.

Avantages ET Inconvénients du PAILLAGE et du NON TRAVAIL DU SOL

Créer un nouvel espace jardinier

Pour éviter de remplacer les thuyas par d’autres conifères, il serait judicieux de repenser l’aménagement. Incorporez des plantes grimpantes autour des anciens troncs, créant ainsi un coin fleuri agréable et esthétique. En façonnant un nouvel espace avec des plantes annuelles ou même des herbes aromatiques telles que la sauge, non seulement le jardin devient plus vivant, mais il soutient également la biodiversité en attirant pollinisateurs et insectes bénéfiques.

Les tailles et déchets issus des conifères ne doivent pas être vus comme de simples déchets, mais comme des ressources à valoriser et réutiliser. En adoptant ces pratiques innovantes, les jardiniers peuvent transformer leur manière de voir la gestion des déchets verts tout en contribuant à la protection de l’environnement.

Jardin diversifié avec plantes grimpantes sur d'anciens troncs

La cendre de bois : un atout multifonctionnel au jardin et à la maison

La cendre, uniquement si elle est issue de la combustion de bois sain sans peinture, ni colle ni traitements, peut être utilisée au jardin à raison de 2 à 3 poignées par m² et par an. Toutes les parties du jardin peuvent en recevoir sauf les plantes de bruyère étant donné la forte proportion de chaux qu’elle contient. Si vous avez trop de cendre (ce qui est souvent le cas lorsqu’on se chauffe au bois), vous pouvez l’évacuer en déchetterie ou en transformer une partie en lessive.

Propriétés et composition de la cendre de bois

Une fois vos cendres bien refroidies et récoltées, il suffit de les tamiser et de les conserver dans un récipient hermétique à l’humidité. La plupart de ses constituants étant alcalins, le pH de la cendre est assez élevé (9 à 13). Sa haute teneur en silice en fait une poudre abrasive issue d’une combustion (et donc stérile !). La cendre de bois contient principalement du carbonate de potassium et de la chaux, deux composés fortement alcalinisants.

Impact de la cendre sur le pH du sol

Le pH d’un sol va grandement influencer les cultures que l’on peut faire dessus. L’idéal étant une terre légèrement acide (6,5) qui convient à la majorité des plantations. Un sol au pH élevé est toxique pour des plantes acidophiles, à l’inverse, un sol acide (pH<5,5) est néfaste pour presque toutes les autres plantes. L’acidité de votre terre dépend principalement de la nature de la roche mère qui se trouve en-dessous ; si celle-ci est acide, votre sol aura naturellement un pH bas, si celle-ci est calcaire, votre sol le sera aussi.

Par contre, le pH naturel d’un sol peut être perturbé en surface par des éléments qui vont l’acidifier. C’est le cas par exemple, lorsqu’il y a des pluies acides ou si on a abusé des engrais chimiques (ou qu’on les utilise sur une longue période). Un autre élément non négligeable qui provoque l’acidification des sols est la mauvaise décomposition de la matière organique (et la matière organique se décompose mal s’il y a trop d’acidité… cela peut devenir un cercle vicieux), le sol est le système digestif de la Nature et comme pour nous, parfois la digestion se passe mal.

Lorsque les microorganismes du sol digèrent la matière organique, ils libèrent des substances acidifiantes, un peu comme notre estomac. Ce phénomène est flagrant sous une sapinière. Le sol y est acide et pratiquement rien n’y pousse. Cela s’explique par la mauvaise décomposition de la litière. Sous une sapinière, la litière est composée des aiguilles des conifères, et celles-ci sont difficilement biodégradables, elles ont une cuticule cireuse, sont bien rigides (C/N 30) et ont tendance à se tasser et à asphyxier le sol. De plus, le couvert des sapins est très dense, de sorte que l’eau de pluie n’atteint le sol qu’en coulant le long du tronc et non pas sur l’ensemble de la surface du sol. Une autre source d’acidification des sols, ce sont les plantes elles-mêmes. En effet, les racines en plein développement émettent des ions H⁺ pour se frayer un chemin.

La cendre a un pouvoir alcalinisant sur le sol mais d’assez courte durée. Pour corriger le pH d’un sol naturellement acide, il vous faudrait une grande quantité de cendres, or on a vu que la cendre était un engrais à utiliser avec parcimonie, ce qui n’est absolument pas compatible avec les doses et la répétition de leur ajout qu’il faudrait pour influencer significativement et durablement le pH du sol. En plus de la correction légère de l’acidité, le calcium a un rôle actif dans le bon fonctionnement du complexe argilo-humique et donc dans la fertilité du sol, raison de plus pour en ajouter un peu (si votre sol n’est pas calcaire, sinon vous obtiendrez l’effet inverse et une destruction de l’humus !).

La cendre de bois comme "désherbant" : mythe ou réalité ?

La cendre de bois désherbant attire de plus en plus de jardiniers soucieux d’adopter des méthodes naturelles pour lutter contre les mauvaises herbes. Si cette approche écologique semble prometteuse, son efficacité réelle fait débat parmi les experts du jardinage. La cendre de bois peut-elle vraiment remplacer les désherbants chimiques ? Quelles sont ses limites et comment l’utiliser correctement ? La cendre de bois fascine les jardiniers pour son côté écologique, mais son rôle dans la lutte contre les adventices mérite d’être clarifié.

La cendre de bois n’est pas un désherbant direct au sens strict du terme. Son action se limite principalement à perturber la germination des graines d’adventices sur les surfaces nues. Cette action reste toutefois limitée dans le temps. Les premières pluies dissolvent rapidement la cendre, réduisant son effet barrière. L’impact principal de la cendre réside dans sa capacité à modifier le pH du sol. Sa nature alcaline peut créer un environnement défavorable à certaines adventices acidophiles comme l’oseille sauvage ou la petite oseille. Un excès de cendre peut également bloquer l’assimilation de certains nutriments essentiels comme le fer ou le manganèse, affaiblissant ainsi l’ensemble de la végétation, cultures comprises.

L’utilisation de cendre de bois comme désherbant présente plusieurs contraintes importantes. Sa durée d’action très courte nécessite des applications répétées, ce qui peut rapidement déséquilibrer la chimie du sol. Par ailleurs, l’efficacité varie considérablement selon le type de sol et les conditions climatiques. Privilégiez exclusivement la cendre issue de bois non traité, de préférence des feuillus comme le chêne, le hêtre ou le frêne. La cendre de résineux, bien que naturelle, reste trop acide et moins riche en potasse. Laissez refroidir complètement les cendres avant usage et stockez-les dans un récipient étanche pour préserver leurs propriétés. Appliquez la cendre par temps sec, en couches très fines d’environ 2 millimètres d’épaisseur maximum. Concentrez-vous sur les allées, les zones entre les rangs de légumes et les espaces où la germination pose problème. L’idéal consiste à saupoudrer la cendre sur un sol légèrement humide, puis d’arroser délicatement pour favoriser sa pénétration.

La cendre trouve sa meilleure efficacité en complément d’autres méthodes naturelles. Associée à un paillage organique, elle peut freiner la germination des adventices tout en nourrissant progressivement le sol. L’alternance avec le binage mécanique, l’eau bouillante sur les zones ciblées ou la pose de cartons temporaires crée une stratégie de désherbage plus complète et durable.

Illustration montrant l'application de cendre comme complément au paillage

Autres usages de la cendre de bois au jardin

Au-delà de son usage présumé contre les mauvaises herbes, la cendre de bois impacte profondément la chimie et la biologie du sol.

  • Amendement calcaire : La cendre excelle comme amendement calcaire sur les sols acides, apportant potassium et phosphore aux cultures gourmandes comme les tomates ou les courges.
  • Au compost : Au compost, elle accélère la décomposition et équilibre l’acidité des matières organiques. Une poignée de cendre par couche de déchets verts optimise le processus de compostage. De part sa texture fine la cendre a tendance à gêner la bonne aération d’un compost et à ralentir l’activité bactérienne et donc sa bonne décomposition.
  • Engrais : L’apport de cendre pour engraisser les plantes se fera au printemps (mars-avril) pour les vivaces, arbres et arbustes et en amont des semis/plantations (mars-avril) ou bien encore en cours de culture (été) pour les légumes gourmands et les oignons. Pour épandre la cendre, la période idéale traditionnelle est la toute fin de l’hiver (mars-avril), car la potasse soluble des cendres est facilement lessivable par les pluies et n’est pas absorbée par les plantes durant leur période de repos. Mais ça c’est valable pour des sols nus et avec un griffage du sol pour y incorporer la cendre. Si votre sol est mulché, ce qui vous permet d’épandre vos cendres directement sur le paillis en place dès l’automne et durant tout l’hiver sans craindre le lessivage du phosphate, mais toujours sans excès (2 poignées/m²/an maximum).
  • Contre la mousse : Contrairement à ce que racontent certaines légendes, la cendre ne permet pas de détruire la mousse, mais elle permet d’en limiter son apparition. Par contre, apportée en petite quantité en automne sur votre pelouse, la cendre va être bénéfique pour l’activité microbienne du sol et celle des vers de terre. Et des vers de terre et bactéries en forme, c’est la garantie d’obtenir un sol bien drainé et aéré.
  • Barrière anti-limaces (mythe !) : Une des utilisations les plus connue de la cendre au jardin est certainement la « barrière anti-limace ». Même si l’effet caustique des cendres déplait aux limaces (elles se moquent de son effet abrasif sur lequel elles glissent), celui-ci disparait dès que la cendre devient un peu humide. Il faut donc renouveler régulièrement votre muraille de cendre pour que celle-ci soit efficace… et donc utiliser de grandes quantités de cendre au même endroit.
  • Au verger : Au verger, la cendre de bois remplace également le lait de chaux traditionnellement badigeonné sur le tronc des arbres fruitiers pour étouffer les parasites et insectes vecteurs de maladies réfugiés dans les anfractuosités de l’écorce. Pour cela, il vous suffit de délayer un peu d’eau dans la cendre tamisée jusqu’à obtenir la consistance d’une pâte à crêpe et d’appliquer votre mélange sur toute la hauteur du tronc. L’opération sera à renouveler tous les 3 ou 4 mois environ car les pluies ont tendance à lessiver l’enduit de cendre. Le badigeon possède également des propriétés légèrement isolantes, il protège un peu les troncs des dégâts que peut faire le gel. Je ne vous conseillerais toutefois cette pratique que si votre production de fruitiers est vraiment menacée. Le badigeon de cendre va certes étouffer les parasites, mais il ne fera aucune distinction avec d’autres insectes inoffensifs ou même utiles qui auraient choisi l’endroit pour s’y abriter. En tuant les indésirables, on tue aussi leurs prédateurs et d’autres petits êtres qui participent à l’équilibre du jardin.
  • Pour les plantes aquatiques : Les nutriments présents dans la cendre (particulièrement le potassium) vont favoriser le développement des plantes aquatiques et leur enracinement, ce qui les rends plus apte à concurrencer les algues. De plus, la croissance des algues sera aussi ralentie par l’apport de cendres. Mais comme toujours, attention aux quantités !
  • Dégel : La cendre de bois est également particulièrement efficace en cas de gel car elle fait fondre la glace grâce à sa richesse en carbonate de potassium. Plutôt que du sel, épandez de la cendre pour dégeler vos allées, escaliers, cours, devants de porte ou trottoirs. L’avantage par rapport au sel, c’est que la cendre n’est pas corrosive et est bien plus écologique.

Avantages ET Inconvénients du PAILLAGE et du NON TRAVAIL DU SOL

La cendre de bois pour l'entretien et la maison

Si vous êtes amateur de feu de bois et que votre cheminée crépite tout l’hiver, vous n’aurez pas assez de votre jardin pour recycler vos cendres.

  • Nettoyant vitres : Prenez quelques feuilles de papier journal (ou un chiffon), faites-en une boule que vous humidifiez légèrement. Trempez-la ensuite dans la cendre de bois bien tamisée et frottez !
  • Lessive maison : On a tendance à l’oublier, mais les cendres de bois, de par leur richesse en potasse (qui dissout les graisses), ont longtemps été utilisées pour la fabrication de savon. Pour réaliser votre lessive maison, versez dans un seau 50 gr de cendres et 1 litre d’eau puis mélangez. Laissez ensuite la mixture reposer une bonne journée. Vous pouvez utiliser de l’eau chaude pour un temps de macération plus court. Le lendemain, le liquide doit être un peu visqueux, sinon, remuez-le une nouvelle fois et laissez-le macérer encore une nuit supplémentaire. Si la consistance est bonne, filtrez le mélange eau et cendre avec un tissu. S’il reste des particules de cendres à la surface, laissez le liquide reposer pour que les cendres tombent au fond et récupérez seulement le liquide à la surface. Pour l’utiliser, il suffit de verser 1 verre de votre lessive dans la machine à laver pour 5 kg de linge. Pas besoin de mettre de l’assouplissant : la lessive à la cendre est très douce avec les fibres textiles, elle ne les agresse pas, contrairement aux lessives industrielles. Par contre, tout comme la lessive au lierre, elle n’a aucune odeur, ce qui peut en dérouter plus d’un. Pour parfumer votre linge, vous pouvez ajouter quelques gouttes d’huile essentielle de lavande ou de citron à votre lessive. Quoiqu’il en soit, cette lessive 100% naturelle lave parfaitement bien le linge, elle est particulièrement efficace sur les taches organiques comme les taches de sang, de nourriture ou d’huile mais montre ses limites face aux taches de boue. La lessive à la cendre a par contre une fâcheuse tendance à griser le linge blanc.
  • Dégraissant vaisselle et abrasif : Les cendres sont aussi parfaites pour ravoir une casserole ou un plat carbonisé. Il vous suffit de recouvrir la partie cramée d’eau, d’y mettre de la cendre et de laisser bouillir quelques minutes. La cendre est un puissant dégraissant comestible. On peut donc aussi l’utiliser pour faire le reste de sa vaisselle. Il suffit d’un petit volume d’eau auquel on ajoute une poignée de cendres de bois. Utilisez cette mixture grise pour frotter votre vaisselle puis rincez, ce sera propre. Attention toutefois, il n’est pas recommandé de nettoyer en permanence la vaisselle avec des cendres, car si celles-ci sont dégraissantes, elles ne sont pas antibactériennes. Cette pâte grise, mélange de cendres bien tamisées et d’un peu d’eau, vous servira pour bien plus que la vaisselle, je l’ai testée et approuvée ! C’est une crème à récurer dégraissante qui vous sera utile dans bien des cas : on peut l’utiliser pour nettoyer les plaques de cuisson (vitrocéramiques aussi), l’évier, la baignoire,… . même sur les meubles en bois, utilisez simplement cette pâte à base de cendre et d’un peu d’eau avec un chiffon et… frottez.
  • Désodorisant : Saupoudrez directement de la cendre sur les endroits qui sentent mauvais (la litière du chat, du lapin, le pelage du chien, les toilettes sèches …). De surcroît, si vous utilisez une litière biodégradable, son assimilation se fera mieux au compost puisque les cendres vont aussi corriger l’acidité de l’urine. Pour éliminer les odeurs tenaces dans le frigo, mettez-y une assiette de cendres.
  • Répulsif insectes et rongeurs : À l’intérieur aussi la cendre peut vous aider à vous prémunir de quelques indésirables. Elle permet de dérouter les fourmis en l’épandant sur leur piste. Pour faire fuir les souris et les rats et les insectes indésirables (cafards, blattes, …), faites des petits tas de cendres de bois dans les coins de votre maison et les recoins de votre placard. Dans le panier du chien ou du chat contre les puces, tiques ou poux et/ou en frottement dans leurs poils (toujours comme pour de la terre de diatomées). Pour protéger vos vêtements contre les mites durant des années, saupoudrez un peu de cendres sur les vêtements de votre penderie.
  • Conservation et aromatisation alimentaire : La cendre peut aussi servir pour conserver et aromatiser des aliments. Vous avez déjà tous entendus parler du fameux « œuf de 100 ans », mais sans allez jusque-là, sachez que vos œufs se conserveront bien plus longtemps dans de la cendre, tout en les aromatisant cependant d’un léger goût de moisi au bout de quelques mois. Certains fromages (gruyère et pâtes dures), saucissons, jambons, et autres peuvent être conservés (et gagner en saveur) grâce à la cendre.
  • Fabrication de colle : On peut même fabriquer de la colle à partir de cendres de bois et plus exactement de lessive à la cendre (recette plus haut). Pour cela, faites chauffer du lait entier, retirez-le du poêle et ajoutez suffisamment de vinaigre pour le faire cailler, puis retirez les solides à la cuillère. Pressez-les pour les sécher puis mettez-les dans un bol propre.

Produits ménagers fabriqués à partir de cendre de bois (lessive, pâte à récurer)

Vers un avenir durable

En intégrant des stratégies de valorisation des déchets de conifères au jardinage quotidien, on participe à la création d’un cycle biologique vertueux. Utiliser les déchets de manière créative offre des solutions tant pratiques qu’esthétiques, sans oublier leur impact positif sur l’environnement.

StratégiesAvantages
Broyage des taillesTransforme les déchets en matière utile pour le paillage.
Utilisation en paillagePréserve l’humidité du sol et limite la croissance des mauvaises herbes.
Création de cheminsAméliore l’esthétique et réduit l’érosion du sol.
CompostageTransforme les déchets en humus enrichissant le sol.
Support pour plantes grimpantesFournit un habitat naturel tout en recyclant le bois mort.
Économie circulaireMaximise l’utilisation des ressources et réduit les déchets.
Utilisation de bioénergieProduire de la chaleur ou de l’électricité à partir des résidus.

La gestion des déchets de conifères, notamment les tailles de thuyas, représente un défi écologique majeur. Cependant, de nombreuses stratégies innovantes permettent de valoriser ces déchets tout en respectant l’environnement. Tout d’abord, le recyclage des tailles en broyats offre une multitude d’applications, que ce soit comme paillis pour les plantations ou pour la création de sentiers dans les jardins. Ce type de transformation permet de réduire le volume de déchets tout en enrichissant le sol.

Ensuite, l’utilisation de ces déchets pour le compostage constitue une option particulièrement intéressante. En mélangeant les tailles de résineux avec d’autres matières organiques, telles que les feuilles mortes ou les tontes de gazon, il est possible de créer un compost riche qui permettra d’amender le sol. De plus, cette méthode contribue à la transformation des composés toxiques produits par les conifères, rendant les déchets inoffensifs pour d’autres plantes.

Ainsi, encourager l’usage de solutions de valorisation adaptées aux déchets de conifères est essentiel. Cela non seulement améliore la gestion des déchets mais favorise également la biodiversité et la santé des écosystèmes locaux.

tags: #broyat #de #resineux #cendre