La pourriture grise, causée par le champignon pathogène Botrytis Cinerea, représente l'un des défis les plus redoutables pour tout cultivateur de cannabis, qu'il opère en intérieur, en serre ou en extérieur. Ce parasite opportuniste est capable d'attaquer plus de 225 variétés de plantes, et la marijuana est particulièrement vulnérable, surtout durant les étapes critiques de fin de floraison et de séchage. Comprendre son cycle de vie, ses conditions de développement et les méthodes pour le limiter est essentiel pour protéger sa récolte d'une destruction totale.

Qu'est-ce que le Botrytis Cinerea ?
Le Botrytis Cinerea est un champignon capable de coloniser les tissus végétaux sains des plantes (parasitisme), ceux déjà infectés (opportunisme), ainsi que les tissus morts (saprophytisme). Les spores de ce champignon, disséminées très efficacement par le vent, sont capables de rester en dormance plusieurs années dans le sol ou l'environnement, jusqu'à ce que les conditions lui soient favorables. Il s'agit hélas de la moisissure la plus souvent rencontrée dans les cultures.
Il est intéressant de remarquer que le champignon Botrytis Cinerea est utilisé volontairement dans certaines cultures vinicoles, afin de produire des vins liquoreux appelés "nobles" ou "vendanges tardives". Le Sauternes, le Barsac, ou le Monbazillac sont des exemples de vins obtenus grâce à l'action du champignon sur les grappes de raisin. La moisissure augmente le taux de sucre, en développant certains arômes riches et complexes très appréciés par les connaisseurs.
Les facteurs favorisant le développement de la moisissure
Le paramètre le plus important pour le Botrytis est l'humidité, qui est indispensable à son développement. Plus l'hygrométrie sera élevée et plus les risques seront donc importants. La température idéale pour le développement du Botrytis se situe entre 17 et 25ºC, bien que des attaques soient aussi possibles sous des conditions plus chaudes.
Un grand écart de température entre le jour et la nuit favorise également cette moisissure, car une diminution rapide de la température en fin de journée provoquera une forte augmentation de l'humidité ambiante. En extérieur, le Botrytis provoque de très gros dégâts, surtout sur les récoltes les plus tardives. En automne, les nuits qui deviennent plus fraîches et les pluies plus fréquentes favorisent fortement son développement.
Humidité et moisissures, comment les éviter ?
Symptômes et identification de la pourriture grise
Toutes les parties de la plante peuvent être touchées : racines, tiges, feuilles, fleurs et fruits. Le premier signe visible sera un changement de couleur et de texture sur la plante. Sur les feuilles, cela se traduira par des nécroses, puis un séchage rapide de la feuille. Si le champignon attaque la tige, celle-ci deviendra brune, fragile et ulcérée.
C'est bien souvent sur les buds que l'on remarquera le plus facilement la moisissure. Leur couleur devient pâle, grise, leur texture devient rapidement sèche et friable, et l'intérieur se remplit d'un épais duvet cotonneux. Si vous détectez dans votre espace de culture une grande différence de température entre le jour et la nuit, cela pourrait donner lieu à une plus grande humidité.
Stratégies de prévention et réduction des risques
Pour réduire l'hygrométrie, il faudra augmenter la puissance de la ventilation (extraction, brassage) et/ou utiliser un déshumidificateur. Laissez suffisamment d'espace entre chaque plante, afin que l'air puisse bien circuler. De mauvaises conditions d'hygiène augmenteront fortement les risques de moisissure, il sera donc important de nettoyer régulièrement tout l'espace de culture, et ne surtout pas y laisser de matière végétale ou organique en décomposition.
Il est aussi très important de ne jamais toucher les buds ! Le Botrytis profite bien souvent de blessures des plantes pour s'y attaquer. Maintenir des plantes en pleine santé permettra donc de réduire les risques. Retirez les feuilles fanées, pour éviter qu'elles ne moisissent sur place. Il est très important de ne surtout pas laisser sur la plante de reste de branche morte, ou de morceau de pétiole de feuille, car le Botrytis profitera de cette porte d'entrée pour attaquer la plante.
- Arrosage : Arrosez plutt le matin que le soir, pour éviter une forte augmentation de l'hygrométrie durant la nuit. En fin de floraison, faites très attention d'éviter tout sur-arrosage. Attendez que la terre soit bien sèche et le pot très léger avant d'arroser à nouveau.
- Taille : Le Botrytis ayant souvent tendance à s'attaquer aux plus gros buds, un moyen de limiter les dégâts sera de tailler l'apex des plantes pour éviter un gros bud central sensible. Taillez également les petites branches du bas de la plante qui sont très proches du sol.
- Protection : En extérieur, évitez que les plantes ne soient à l'ombre durant une longue période ; placez-les de façon à ce qu'elles reçoivent un maximum de soleil direct.
Variétés de cannabis et résistance naturelle
D'une manière générale, les variétés à dominance Indica qui font des buds très compacts résisteront beaucoup moins au Botrytis que les variétés à dominance Sativa, qui font des buds beaucoup plus aérés, retenant donc moins l'humidité. Il existe cependant quelques exceptions, car tout dépend de la sélection des plantes utilisées pour créer la variété.
La Serious 6 est une variété connue pour sa résistance. Vous pouvez sinon essayer la Acid Dough de Ripper Seeds qui sera aussi puissante et productive, avec le même temps de floraison mais avec des têtes plus aérées ce qui pourrait éviter les problèmes de moisissures. Parmi les variétés les plus résistantes, on trouve également la Green Poison, la High Level ou la Tropicanna Auto XXL.
Conduite à tenir en cas d'infection
La première chose à faire sera de couper toutes les parties atteintes par le champignon, avec plusieurs centimètres de marge de sécurité. Il faudra ensuite utiliser un maximum de ventilation pour limiter l'humidité, et récolter rapidement en surveillant très régulièrement que la moisissure ne revienne pas. Les parties de la plante touchées par le champignon ne devront surtout pas être consommées, car il y a alors risque d'infection pulmonaire.
Après la récolte, il faudra nettoyer tout l'espace de culture ainsi que le matériel au Javel, pour éliminer toutes les traces du Botrytis. Il existe certains produits fongicides très efficaces contre le Botrytis, le meilleur étant sans doute le Botryprot. Il est également possible d'utiliser de la vie microbienne bénéfique qui luttera directement contre le Botrytis, comme par exemple Trichoderma Harzianum, Ulocladium Atrum ou Gliocladium Roseum, en pulvérisation directe sur la plante.
Vigilance durant le séchage et le curing
Les cannabiculteurs qui sous-estiment la phase de séchage pourraient être grandement surpris avec des infections de champignons. Pour le séchage, le plus simple serait de suspendre les fleurs vers le bas sur une corde à linge, en évitant toujours que les branches ne se touchent. Pendant cette période, la clef sera de contrôler la température (20ºC serait l'idéal) et l'humidité (la stabiliser autour de 50%).
Si vous remarquez un début d'apparition de "fils duvet" autour des têtes lors du curing, il faudra impérativement retirer les parties touchées par les moisissures. Lors d'un problème de pourriture, un water curing ne sera pas la solution. Si vos têtes sont vraiment touchées par ce duvet blanc, il faudra vraiment éviter de les consommer.

Interactions avec d'autres pathogènes
Le Botrytis n'est pas le seul danger. La fonte des semis est un problème fongique courant qui affecte le plus souvent les plantules, généralement provoquée par les champignons Pythium, Botrytis et Fusarium. Le Fusarium est un champignon mortel capable de détruire toute une culture de cannabis, ciblant directement les racines.
La prévention reste toujours la meilleure option pour combattre ces champignons. L'utilisation de Trichoderma permet de protéger les racines en colonisant l'espace disponible, empêchant ainsi les champignons nocifs de s'installer. Une mauvaise gestion de l'environnement, comme un air stagnant ou une mauvaise sélection de substrat, ouvre la porte à ces infections dévastatrices. Il est donc crucial que tous les aspects de la culture soient bien contrôlés avant de commencer, afin d'éviter la mort prématurée des spécimens.