Le tournesol, culture emblématique de nos paysages agricoles, représente un enjeu majeur pour de nombreux producteurs. Reconnu pour sa bonne tolérance à la sécheresse et son faible besoin en intrants, il s'impose comme un choix judicieux, notamment dans les parcelles non-irrigables. Cependant, comme toute culture, le tournesol requiert une attention particulière et une stratégie agronomique bien pensée pour garantir des rendements stables et optimaux.

Connaissance Approfondie des Stades du Tournesol : Clé de la Réussite
La maîtrise des différents stades de développement du tournesol est cruciale pour les agriculteurs soucieux d'améliorer le rendement et la durabilité de leur culture. De la germination à la maturité, chaque étape est sensible et demande une surveillance attentive. Se familiariser avec ces étapes clés permet de prendre des décisions pertinentes concernant le désherbage, la fertilisation et l'éventuelle irrigation, optimisant ainsi les ressources et minimisant l'impact environnemental.
La Gestion des Adventices : Un Défi Constant
L'ambroisie, l'orobanche, la lampourde et le datura figurent parmi les adventices les plus nuisibles pour le tournesol. Pour lutter efficacement contre ces indésirables, les agriculteurs disposent d'une gamme étendue de solutions. Le désherbage peut être effectué en pré-levée ou en post-levée, voire une combinaison des deux. Des méthodes complémentaires comme le désherbage mécanique, notamment le binage, offrent une alternative ou un complément précieux aux herbicides. Les pratiques agronomiques préventives jouent également un rôle essentiel. Par exemple, le tournesol, qui est un atout dans les rotations à base de cultures d'hiver, offre davantage de fenêtres de faux-semis et de modes d'action alternatifs contre les graminées. Le binage peut être une solution complémentaire ou alternative aux herbicides. Maxime Gautreau, producteur en Vendée, témoigne de l'efficacité de son approche : « un désherbage chimique, complété par un binage et un apport de 40 à 50 u d'azote ». Tanguy Fourdinier, quant à lui, résume son itinéraire technique de l'an passé sur le territoire samarien : « semis au 15 avril, un désherbage chimique qui a très bien fonctionné, un passage d'engrais de fond et un apport d'azote (60 u), en plus de l'amendement organique après la récolte du blé ».

La Protection Fongicide : Stratégies et Innovations
La protection fongicide du tournesol repose principalement sur la génétique. Le choix d'une variété résistante ou peu sensible au sclérotinia ou au phomopsis constitue le meilleur moyen de se prémunir contre les attaques de ces maladies. Toutefois, cette approche n'est pas valable pour le phoma, contre lequel un traitement fongicide est recommandé. La lutte contre les maladies du tournesol s'articule autour de quatre piliers essentiels : une bonne connaissance de la pression maladie du secteur et des parcelles, une limitation du risque par des pratiques culturales adaptées, le choix de variétés résistantes aux maladies cibles et l'adaptation de la stratégie fongicide à la pression maladie.
Concernant le verticilium, Maxime Gautreau souligne qu'il n'existe aucune solution fongicide pour lutter contre. Le producteur agit alors en préventif avec l'allongement de la rotation (retour tous les 6 ans) et un choix variétal adapté. Des attaques de phomopsis sont régulièrement observées dans le Sud-Ouest, et il est alors recommandé de privilégier des variétés résistantes ou très peu sensibles. Il faut également veiller, en particulier dans les parcelles à sol profond, à maîtriser au mieux la croissance du tournesol en évitant les semis trop précoces et les densités de peuplement trop élevées. La lutte fongicide contre le phoma peut se justifier dans les situations où de fortes attaques ont été observées au cours des années précédentes et dans les parcelles dont le potentiel est supérieur à 20-25 q/ha. Dans la mesure où les solutions fongicides actuelles ciblent à la fois le phomopsis et le phoma, le raisonnement de l’application fongicide contre le phoma doit d'abord tenir compte du risque phomopsis, qui est le plus nuisible. L’apport de bore peut se faire conjointement au traitement fongicide. Comme dans le cas du phomopsis, l’enfouissement et le broyage des cannes de tournesol sont très efficaces pour limiter la pression du phoma, à condition d’être étendus à l’échelle du secteur de production.
Le mildiou provoque des symptômes d'autant plus graves que l'attaque est précoce. La rouille blanche se caractérise par des taches boursoufflées vert jaune sur les feuilles, disposées plutôt dans la partie apicale du limbe et des croûtes blanc crème sont visibles sur la face inférieure de ces boursoufflures. Concernant le botrytis, les spores du champignon germent sur les fleurons durant la floraison. Le mycélium provoque une pourriture beige se recouvrant de spores grises (à ne pas confondre avec le sclérotinia) qui, suivant sa précocité, peut envahir l’ensemble du capitule, face fleurie comprise. Récolter tôt est le moyen le plus efficace pour éviter les attaques nuisibles.
Maladies fongiques : quels impacts sur l'agriculture ?
La Lutte contre les Ravageurs : Oiseaux et Insectes
Les dégâts d'oiseaux représentent l'un des principaux freins pour la culture du tournesol. Maxime Gautreau observe que "les effaroucheurs visuels et/ou sonores peuvent diminuer la nuisance, mais il n'y a pas de solution miracle !" Il insiste sur l'importance d'une "présence humaine régulière sur la parcelle (…) entre la germination et le stade 2 feuilles". Tanguy Fourdinier, dans la Somme, rencontre également des problèmes avec les pigeons et les corbeaux. L'institut technique recommande de positionner les effaroucheurs juste avant la phase sensible (levée pour les pigeons, semis pour les corvidés) et de les déplacer régulièrement pour éviter l'accoutumance. Dès la levée, la culture est soumise à l'attaque de plusieurs ravageurs, dont les taupins et les limaces. Comme avec les oiseaux, les dégâts seront d'autant plus faibles que la levée est rapide et homogène.
Les noctuelles terricoles (ou vers gris) sont à surveiller dès la levée de la culture. Leurs larves sont actives la nuit et enfouies au pied des plantes le jour. Les pucerons, principalement le puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi), provoquent des crispations du feuillage. L'observation des pucerons étant délicate, c'est souvent le seuil de risque de 10 % de plantes avec ces symptômes qui est utilisé à la place du dénombrement des pucerons. La vigilance s'étend de la levée à la formation du bouton floral. À noter que les insectes auxiliaires peuvent contenir efficacement le développement des populations de pucerons, malgré leur arrivée en décalé. L'institut technique conseille de ne pas intervenir trop rapidement au risque de détruire ces auxiliaires qui auraient pu éviter un traitement et de suivre l’évolution des populations tout en considérant le développement de la culture : une culture avec une croissance dynamique sera moins impactée.

Fertilisation et Apports Spécifiques
Le tournesol est moyennement exigeant en potasse et peu exigeant en phosphore. Le sol est en général en mesure de couvrir les besoins de la plante. La dose d'azote à apporter est également à raisonner en fonction des reliquats et de l'objectif de rendement. L'azote doit être apporté de préférence en cours de végétation, entre les stades 6 et 14 feuilles. Un apport préventif de bore est recommandé dans les situations à risque, telles que les parcelles où des carences en bore ont déjà été observées au cours des dernières années, les sols superficiels ou peu profonds (argilo-calcaires, limons peu profonds, boulbènes, sols filtrants, sols sableux, etc.), les situations à risque de mauvais enracinement suite à un travail du sol effectué dans de mauvaises conditions, ou les parcelles en rotation courte (1 tournesol tous les 2 ou 3 ans).
Implantation et Choix Variétal : Les Fondations d'une Bonne Récolte
L'implantation est une étape primordiale pour obtenir un tournesol robuste et limiter les stress biotiques et abiotiques tout au long du cycle. Il est conseillé d'attendre le réchauffement du sol avant de semer et de semer à la bonne date. Il est également important d'adapter sa vitesse de semis, idéalement 4 km/h, voire 6 km/h maximum, et de préférer un écartement de 50 cm par rapport à 75 cm. Le choix variétal constitue également un point d'attention majeur, notamment pour résister aux maladies. Pour Tanguy Fourdinier, "le choix de la variété, ainsi que la date de semis et la fertilisation, doivent également être adaptés pour éviter une récolte au-delà de septembre" dans son secteur. Les objectifs sont d'assurer de bonnes conditions de récolte et une bonne organisation des chantiers, évitant par exemple que cela coïncide avec les arrachages de pommes de terre.
Le Rôle de l'Irrigation : Un Intérêt Modéré mais Ciblé
Bien que le tournesol soit mis en avant pour sa bonne tolérance à la sécheresse, l'irrigation peut avoir un réel intérêt, selon Terres Inovia, avec des quantités d'eau modérées dans les situations où cela est possible, si le tournesol est peu vigoureux et le sol sec. Cela peut contribuer à soutenir la croissance de la plante dans des conditions particulièrement arides ou pour optimiser le potentiel de rendement.
La Récolte : Optimisation et Organisation
Le tournesol doit être récolté dès que la majorité de la parcelle a atteint le stade optimal. Une récolte précoce est un moyen efficace pour éviter certaines attaques nuisibles, comme celles du botrytis. L'organisation des chantiers de récolte est également essentielle, comme le souligne Tanguy Fourdinier, pour éviter les coïncidences avec d'autres cultures importantes, assurant ainsi une meilleure fluidité des opérations.
