L’agriculture mondiale, pilier fondamental de notre économie, traverse des périodes de turbulences marquées par une instabilité climatique croissante et des répercussions géopolitiques complexes. La gestion des nouvelles récoltes, qu’il s’agisse de céréales, d’oléagineux ou de fruits, révèle une vulnérabilité accrue des systèmes de production face aux extrêmes météorologiques, tout en soulignant l’interdépendance des marchés internationaux.

Les fluctuations du marché des oléagineux et l’impact climatique
Les cours du colza évoluaient à nouveau en ordre dispersé ce jeudi à la mi-séance sur Euronext, avec un retrait du contrat mai 2026 mais des échéances nouvelle campagne orientées à la hausse. Cette divergence illustre la complexité des anticipations de marché. Les pluies torrentielles qui se sont abattues en France et outre-Rhin ces derniers jours auraient en effet provoqué de nombreux dégâts dans les parcelles. Parallèlement, en Ukraine, une nouvelle chute de températures inquiète à nouveau les producteurs locaux après une récente première vague de froid qui aurait déjà causé quelques dégâts dans les parcelles.
Le complexe oléagineux est par ailleurs de nouveau emporté à la hausse par les cours du brut, qui ont encore accéléré à la hausse ces deux derniers jours en réaction à un regain de tensions entre Washington et Téhéran. L’huile de palme a de son côté rebondi de 2,5 % ce matin à la Bourse de Malaisie, après deux jours de fermeture, sous l’impulsion d’une rapide reprise de la demande indienne constatée le mois dernier. Vers 13h30, le colza Euronext à terme mai 2026 diminuait de 0,75 €/t, à 486,75 €/t, tandis que l’échéance août 2026 grimpait de 1,50 €/t, à 468,25 €/t.
La filière arboricole face à la précocité des récoltes
La gestion du calendrier de récolte est un enjeu crucial pour les producteurs. À Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, le coup d'envoi de la cueillette des pommes a été donné un peu plus tôt que prévu. Croquante et juteuse, acidulée ou plutôt douce, la pomme est le fruit le plus consommé par les Français avec, en moyenne, 18 kilos par personne par an.
Dans le Tarn-et-Garonne, premier département producteur de pommes, on en trouve plusieurs variétés. Au marché, celles qui sont fraîchement cueillies se vendent 2,80 euros le kilo. Les pommes françaises sont également très appréciées à l'étranger. Elles s'exportent en Europe, en Asie ou encore au Moyen Orient. Et chaque pays a sa préférence. Ce dynamisme à l'exportation souligne l'importance de la qualité et de la logistique pour maintenir la compétitivité des produits nationaux sur le marché mondial.
Récolte exceptionnelle de pomme en Alsace
Crise de la pomme de terre : le spectre de la sécheresse
La sécheresse n'a pas épargné les champs de pommes de terre et la production va s'en ressentir. L'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) s'attend ainsi à une récolte « catastrophique », avec un recul « d'au moins 20 % par rapport à la moyenne des vingt dernières années ». Selon les producteurs de pommes de terre, cette année pourrait voir « la plus mauvaise récolte depuis 2000 ».
Chiffrant les pertes pour les producteurs à « plus de 200 millions d'euros », l'UNPT demande « une réunion d'urgence » au ministre de l'Agriculture pour engager, dès à présent, de premières mesures d'aide « qui permettront à la France de conserver son rang de premier exportateur mondial de pommes de terre ». En 2021, la France a produit environ 8 millions de tonnes de pommes de terre, pour un chiffre d'affaires de près de 4 milliards d'euros dans un secteur qui dégage un excédent commercial de plus de 500 millions. Les producteurs évaluent les pertes à 1,5 million de tonnes, avec des pertes de rendements moyens de 20 %.
L'impact localisé des conditions extrêmes
Les disparités de rendements sont frappantes. Ces pertes pourraient aller jusqu'à plus de 30 % voire 50 % localement pour les pommes de terre non irriguées, du fait « des chaleurs extrêmes corrélées à une forte sécheresse, qui ont littéralement stoppé le développement des tubercules ». Sur une exploitation près de Compiègne, où il n'y a pas de système d'irrigation, l'impact est très fort : c'est 50 % de production en moins.
Pour garantir la pérennité économique des exploitations et assurer les plantations futures, l'UNPT appelle dès à présent à la revalorisation des prix payés aux producteurs et une meilleure répartition de la valeur ajoutée, notamment avec la grande distribution. Elle demande également l'assouplissement contractuel des volumes engagés non livrés par les producteurs - qui se voient infliger des pénalités si les volumes livrés sont inférieurs à ceux engagés - et à l'amorce rapide d'une réflexion sur la mise en place d'un dispositif d'aide d'État exceptionnel. « Les producteurs ne prendront pas seuls la responsabilité des pertes exceptionnelles engendrées par cet épisode climatique hors norme », prévient l'UNPT.

Perspectives mondiales et défis structurels
Au-delà des filières spécifiques, l'agriculture fait face à une multitude de défis transversaux. Les récoltes mondiales de céréales sont attendues en repli pour 2026. Parallèlement, dans un contexte où les épizooties sont de plus en plus fréquentes, la gestion sanitaire devient une priorité budgétaire pour les gouvernements. Les recherches scientifiques, comme l'analyse de plus de 2 000 tiques envoyées par les citoyens, participent à une meilleure compréhension des risques environnementaux.
Le secteur laitier, quant à lui, a vu sa collecte française rejoindre son niveau habituel depuis la mi-avril. Dans le domaine de l'équipement, les innovations technologiques comme le combiné de fauche Disc A D de Sip, qui se décline en trois largeurs de 7,20 à 8,80 m, visent à améliorer l'efficacité opérationnelle malgré des conditions de travail parfois difficiles.
Les tensions géopolitiques continuent d'influencer directement les intrants agricoles. Le blocage persistant d’engrais dans le détroit d'Ormuz risque de provoquer des hausses de coûts significatives pour les agriculteurs. De plus, les estimations d'Agreste sur les grandes cultures montrent des surfaces de maïs grain en évolution, tandis que le ministère de l'Agriculture déploie des mesures d'urgence, avec des aides financières annoncées pour soutenir les producteurs face aux aléas structurels et climatiques. La coordination entre les instances européennes, les ministères nationaux et les syndicats agricoles reste l'unique levier pour stabiliser un secteur dont l'équilibre repose sur une multitude de variables imprévisibles.