L'art et la technique du bouturage : guide complet pour multiplier vos végétaux

Le bouturage est une méthode simple et économique qui permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un fragment de la plante mère. Contrairement à ce que l’on croit parfois, c’est un geste simple, à la portée du jardinier débutant. Il suffit de connaître la marche à suivre et de se lancer ! Le bouturage consiste à couper une partie d’une plante pour qu’elle fabrique de nouvelles racines. C’est une méthode de clonage : on obtient la même plante, avec les mêmes caractéristiques (couleur, odeur…), ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on fait un semis.

Schéma illustrant les différentes parties d'une plante pouvant être bouturées : tige, feuille, racine

Les principes fondamentaux du bouturage

Une plante ne se reproduit pas nécessairement au moyen d’une fleur ou d’un fruit ; en effet, certaines variétés n’en ont pas besoin et poussent à partir d’une branche, d’une feuille ou d’une racine. Quand une branche ou une feuille est coupée, la plante peut fabriquer des racines à partir de la coupure. Le bouturage permet de reproduire des végétaux à l’identique. Il peut s’agir d’un fragment de tige ou de rameau, dans plus de 90 % des cas, d’une feuille ou d’un fragment de feuille (succulentes, saintpaulia, certains bégonias…) ou d’un fragment de racine (cœur de Marie, pavot d’Orient, corète du Japon…).

Le bouturage de tige est la technique la plus répandue puisqu’elle est adaptée à un grand nombre de plantes d’intérieur mais aussi de plantes d’extérieur. Pour bouturer une tige, la plante doit former un nœud, c’est-à-dire l’endroit où la feuille ou le rameau forme un point d’attache avec la tige. Le nœud est important car c’est la seule zone capable de développer de nouvelles racines, car c’est ici que se concentre un grand nombre d’hormones qui favorisent le développement de la plante. La règle est donc de toujours couper en dessous d’un nœud.

Sélectionner les plantes et le bon moment

Certaines plantes sont plus faciles à réussir que d’autres. En voici quelques exemples : les plantes d’appartement comme le coléus, la misère, le papyrus ; les plantes de balcon, géraniums de balcon (pélargoniums) et bégonias ; les vivaces, anthémis, asters, aubriète, corbeilles d’argent, lavande, lupins, népétas, œillets, penstémons, santoline ; les plantes grimpantes comme le chèvrefeuille, le lierre, la vigne vierge ; les plantes aromatiques, thym, romarin, basilic, menthe, sauge. Les arbustes, abélia, buddléia, buis, camélia, forsythia, fuchsia, groseillier à fleurs, hibiscus, hortensias et hydrangeas, laurier rose, lavatère arbustive, lilas, millepertuis, rhododendron, seringat, skimmia, spirées, sureau, troène, viornes, weigelia, certains rosiers ; les arbustes à fruits rouges comme le groseillier ou le framboisier ; les arbres d’ornement et arbres fruitiers, saule, érable, marronnier, thuya, olivier, figuier, poirier, pommier. En revanche, les annuelles ne se bouturent pas.

Les boutures de feuilles et de racines peuvent se faire toute l’année. En revanche, les boutures de tiges ou de rameaux se font à trois périodes privilégiées. Au printemps, en mai-juin, on réalise des boutures à partir de tiges ou de rameaux verts et tendres : on parle de boutures herbacées ou encore de boutures en vert. De manière générale, celles-ci seront effectuées à « l’étouffée ». En été, et en début d’automne, de mi-août à mi-octobre, on réalise des boutures semi-ligneuses, encore appelées boutures semi-aoûtées, à partir de rameaux de l’année qui commencent à durcir et à changer de couleur, prenant une teinte brune à la base. En fin d’automne ou en début d’hiver, on réalise des boutures de bois sec, encore appelées boutures ligneuses ou boutures sur bois dormant. Elles se font à partir des rameaux de l’année qui ont pris une texture de bois.

La préparation technique de la bouture

Pour prélever des boutures, utilisez soit un greffoir, soit un sécateur très tranchant, que vous aurez stérilisé au préalable avec de l’alcool à 70°. Sur une plante mère parfaitement saine, sélectionner une tige ou un beau rameau de l’année, défleuri ou n’ayant pas porté de fleurs. Prélever à l’extrémité de la tige ou du rameau un fragment de 10 à 15 cm de long, en le coupant en biais sous un départ de feuille ou un bourgeon. Pour multiplier les chances de réussite, prélever plusieurs boutures sur une même plante.

COMMENT BOUTURER UN FIGUIER ?

La base de la bouture doit être prélevée juste sous un nœud ou bourgeon. Éliminer toutes les feuilles sauf deux ou trois au sommet. S’il s’agit de grandes feuilles, les couper en deux pour limiter l’évaporation. Dans certains cas, une « bouture à talon » a plus de chances de réussir : elle se fait à partir d’un rameau secondaire, en conservant à la base un fragment du rameau principal (« talon »). Ce type de bouture se pratique en particulier pour les arbustes fruitiers tels que la vigne, et parfois pour des arbustes comme le lilas. Le moment de la coupe est décisif pour le succès de la pousse. En effet les boutures doivent avoir des tiges fermes mais élastiques. Si les pousses sont encore trop molles, elles restent dormantes. Si elles commencent déjà à se lignifier, les pousses s’enracinent péniblement.

Méthodes de plantation : terre ou eau ?

Une fois préparée, la bouture doit être plantée immédiatement dans un pot rempli à l’avance d’un substrat léger (mélange de terreau et de sable ou terreau de bouturage). À l’aide d’un crayon, creuser un trou dans le substrat, puis glisser la bouture dedans. Tasser légèrement le substrat autour de chaque bouture, arroser sans noyer la bouture, et placer le pot à mi-ombre, dans un endroit du jardin abrité du vent. Humidifier de temps en temps la ou les boutures jusqu’à l’enracinement. Pour planter des boutures, il est préférable d’utiliser du terreau de semis, du terreau à herbes prêt à l’emploi ou du terreau de culture comme substrat.

Photo comparative : boutures dans un verre d'eau versus boutures dans un pot de terreau

La technique la plus simple et rapide est le bouturage dans l’eau. Elle est idéale pour la majorité des plantes d’intérieur tropicales (hors succulentes). Prélever une bouture d’une dizaine de centimètres à l’extrémité d’une tige. Débarrasser de ses feuilles toute la partie de la bouture qui sera dans l’eau. Mettre la bouture à tremper dans un verre d’eau (à changer tous les 3-4 jours). Patienter le temps que des racines apparaissent et se développent. Lorsqu’elles atteignent environ 4 cm, replanter délicatement la bouture dans un terreau léger.

Les soins et l'entretien des boutures

Un certain nombre de boutures (rosiers, hortensias, lavande, buis…) s’enracinent plus facilement lorsqu’elles sont placées dans un milieu chaud et saturé d’eau. À cet effet, recouvrir le pot d’une cloche transparente (une simple bouteille en plastique coupée à moitié fait très bien l’affaire). Humidifier régulièrement la bouture à l’aide d’un pulvérisateur. Laisser la cloche en place une quinzaine de jours, en veillant à aérer tous les deux jours pour éviter à la bouture de pourrir.

Concernant l'utilisation d'hormones, celles-ci ne sont pas indispensables et peuvent être réservées aux boutures les plus difficiles. Pour un grand nombre de végétaux, la période de bouturage commence dès lors que les jeunes pousses de l’année se lignifient. Si vous utilisez de la poudre d’hormone, prenez la précaution de tapoter légèrement la bouture avec le doigt pour éviter un surplus néfaste. Veillez à ce que la terre ne sèche pas, mais qu’elle ne devienne pas non plus trop humide. Retirez le couvercle pour aérer dès que vous constatez de la condensation. Après environ deux à trois semaines, les boutures forment de nouvelles racines.

Le repiquage et les spécificités par espèce

Quelques mois après que la bouture ait donné des signes de reprise, avec des bourgeons qui se développent, c’est le moment de la rempoter dans un substrat horticole ou de la replanter directement en pleine terre, selon sa vigueur. Au cours du repiquage, les racines sont arrachées ; elles iront « goûter » au terreau enrichi de terre du jardin. Ce stress physiologique peut causer la perte de la jeune plante. Pour éviter une reprise difficile, rabattez les rameaux les plus longs, afin de conserver un port compact mais aussi de réduire la demande en sève.

Illustration montrant le rempotage d'une jeune bouture enracinée dans un pot plus grand

Les boutures de feuilles sont généralement constituées d’une seule feuille avec ou sans tige. La plupart du temps, il est nécessaire d’inciser les nervures des feuilles au niveau des ramifications. L’inconvénient des boutures de feuilles est qu’elles sont plus souples et sujettes à la pourriture. Cette technique est principalement dédiée aux succulentes, mais fonctionne également avec quelques autres plantes. Il suffit de détacher quelques feuilles de la plante-mère et de les disposer horizontalement sur du terreau et de brumiser une fois par jour autour de la feuille sans la toucher pour éviter la pourriture.

Pour les rejets qui sortent de terre, gratter le substrat autour du bébé sur quelques centimètres pour pouvoir le séparer de la mère sans risque. Avant de couper les rejets il faut s’assurer qu’ils aient au moins 3 feuilles bien développées. Le bouturage est une pratique gratifiante qui, avec seulement quelques ustensiles, permet de multiplier ses variétés préférées. Si tous vos plants s’enracinent, profitez alors des bourses aux plantes pour troquer votre surplus, et ainsi faire découvrir vos variétés préférées.

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