Les fondements de la mesure et de la gestion des surfaces viticoles

La gestion d'un vignoble repose sur une précision technique rigoureuse, où la maîtrise des surfaces plantées constitue le socle de toute stratégie agronomique et financière efficace. Pourtant, une disparité persistante existe entre la perception qu'ont les vignerons de leur terroir et la réalité des mesures géométriques de leurs parcelles. Cette méconnaissance, souvent corrélée à une confusion entre différentes méthodes de calcul, entrave l'optimisation des intrants, la précision des plans de fumure et la justesse des rendements.

Schéma illustrant les différentes méthodes de mesure d'une parcelle de vigne : pied à pied, avec tournières et surface totale travaillée

La complexité des méthodes de calcul de surface

Il existe plusieurs façons de calculer ces superficies, ce qui peut prêter facilement à confusion. La première méthode est la superficie pied à pied : c'est la superficie de vignes calculée au ras de chaque souche des rangs extérieurs de la parcelle. Cette superficie est peu utilisée. Une approche plus pertinente est la superficie pied à pied avec demi-rang : c'est la superficie de vignes calculée au ras de chaque souche à laquelle est ajoutée la largeur d'un demi-rang. C'est la méthode de mesure que nous préconisons car elle permet de connaître le nombre de pieds plantés en connaissant superficie et écartements entre pieds et entre rangs.

À titre d'exemple, une parcelle plantée à 1 m x 2,5 m et dont la superficie mesurée avec cette méthode est de 1,0000 ha contiendra exactement 4000 pieds. À l'opposé, la superficie avec tournières intègre parfois une largeur de tournières de 5 m environ au bout de chaque rang. Si elle permet de tenir compte de surfaces qui sont travaillées lors du travail du sol notamment, elle ne nous paraît pas adaptée car les travaux viticoles les plus chronophages (taille, ébourgeonnage et vendanges) ne font pas intervenir ces superficies. De plus, elles peuvent constituer un biais pour les parcelles avec de nombreux rangs de faible longueur, et qui possèdent donc une superficie de tournières élevée.

Enfin, il convient de distinguer la superficie totale travaillée, utilisée lors des travaux de préparation avant plantation. Cette superficie est plus élevée que la superficie plantée d'une part à cause des tournières mais également à cause des zones qui ne seront pas plantées (création de chemins, zones plus humides, longueurs de rangs trop courtes). Cette superficie est cependant importante à connaître car la plupart des prestataires de préparation de terrains appliquent des tarifs à la surface. Ces superficies interviennent également dans les calculs de Surfaces Agricoles Utiles (SAU) qu'il est intéressant de connaître lors des transactions.

La confrontation avec le Cadastre Viticole Informatisé (CVI)

Le casier viticole informatisé (CVI) est un outil que les États membres de l'Union européenne doivent tenir obligatoirement. Il contient notamment toutes les informations relatives aux entreprises vitivinicoles, aux parcelles plantées ou arrachées, les niveaux de production et de stock. L’information est partagée par les administrations partenaires et les professionnels de la filière viti-vinicole. Il ne s'agit pas d'une méthode de mesure en soi mais de la superficie administrative officielle utilisée pour les déclarations de plantation, d'arrachage, ou encore pour les déclarations de récolte.

Cette valeur est bien souvent différente de la superficie réellement plantée, surtout pour les vignes âgées. Des mesures de superficies sur de nombreuses parcelles nous ont permis de constater qu'il existait des différences en moyenne de 15 % entre superficies réelles (calculées pied à pied avec demi-rang) et superficies CVI. Ces écarts ont des conséquences administratives (droits de plantation utilisés parfois inutilement) mais surtout techniques et financières : 15 % de produits phytosanitaires utilisés en trop, 15 % des frais de prestataires supplémentaires lorsqu'ils travaillent à façon, plans de fumures mal adaptés, rendements mal interprétés.

Infographie comparant les écarts de mesure entre la réalité terrain et les données cadastrales officielles

Intégration des éléments paysagers et environnementaux

La notion de superficie plantée en vigne à retenir est celle occupée par les plants de vigne ainsi que celle nécessaire à la bonne exploitation de la parcelle viticole. À ce titre, elle comprend les tournières qui visent à permettre aux engins agricoles de manœuvrer en bout de rang, ainsi que les bandes latérales visant à protéger le voisinage contre la diffusion indésirable de produits phytosanitaires. Pour apprécier la nécessité de la tournière ou de la bande latérale pour la bonne exploitation de la parcelle, et donc leur qualité de surface productive, il convient d’examiner la typologie des lieux, notamment l’existence d’une pente, et le type de mécanisation.

Pour la bande latérale, la création volontaire d’une zone tampon sans pieds de vigne permet la circulation d’équipements de pulvérisation. Par ailleurs, la circulaire intègre la notion d’îlot cultural, en admettant qu’une parcelle cadastrale ne comportant pas de pieds de vigne puisse être déclarée comme plantée, si elle est utilisée comme tournière utile à une autre parcelle exploitée par un même vigneron. Les fossés et talus font également l'objet d'une prise en compte spécifique. Le fossé est, selon la douane, une tranchée creusée dans le sol pour faire circuler et drainer de l’eau, tandis qu'un talus est une surface pentue de terre ou de pierre. Ils sont pris en compte car les fossés jouent un rôle important pour la récupération et la filtration des eaux de ruissellement, et les talus limitent l’érosion tout en permettant la mécanisation.

Technologies de mesure et précision géospatiale

Pour connaître au mieux ces superficies, le Cabinet d'Agronomie Provençale s'est doté d'un GPS fonctionnant en mode différentiel avec une précision de mesure de l'ordre de 50 cm. Un relevé de vos superficies de vignes peut être effectué grâce à cet appareil, qui permet également de cartographier tous les éléments stratégiques de votre propriété, tels que fossés, chemins, puits, forages ou arbres remarquables. Couplés à des photographies aériennes haute résolution achetées à l'IGN et aux planches cadastrales calquées sur ces photographies, ces relevés sont un atout précieux dans la gestion de votre propriété.

Plantations viticoles par GPS et guidage laser

L'importance de la densité pour la physiologie de la vigne

Au-delà de la surface géométrique, la question de la surface foliaire est primordiale pour la qualité du vin. On se limite généralement à la surface des feuilles exposée à la lumière, car leur activité photosynthétique permet l’essentiel de la production de sucre : 90% de l’interception du rayon lumineux se fait par la couche de feuilles directement exposée. La surface de feuilles exposée est estimée sur vignes palissées par une mesure de gabarit de la végétation que l’on appelle SECV : Surface Externe du Couvert Végétal.

Cet indicateur intègre la notion d’équilibre physiologique de la vigne, dont découle le potentiel de maturation. Les études réalisées par l’IFV Sud-Ouest ont montré que pour le cépage Colombard, il est suffisant de se situer à un niveau d’indice SECV/PRr voisin de 1 m²/kg pour obtenir le profil de vin recherché dans la zone de production. Pour les cépages rouges de Midi-Pyrénées comme le Côt, la Négrette ou le Duras, l’indice devra se situer entre 1 et 2 m²/kg.

Planification d'une nouvelle plantation

Planter vos vignes ne se limite pas à poser des ceps au hasard : connaître précisément le nombre de plants de vigne à commander est crucial pour la réussite de votre projet viticole. Un calcul précis permet d'assurer la maîtrise de votre budget en évitant les surcoûts liés à l’achat de plants en trop ou les retards dus à un manque de plants. La densité de plantation influence directement la santé et le rendement de votre vignoble, car une répartition homogène assure une meilleure exposition, une ventilation optimale et un développement équilibré des plants de vigne.

Certaines démarches, comme les déclarations FranceAgriMer ou l’éligibilité à certaines subventions, requièrent de connaître la surface réellement plantée, en déduisant les zones non plantables. Estimer correctement le nombre de plants dès votre projet de plantation vous aide à anticiper vos besoins en matériel végétal, en main-d’œuvre et organisation sur le terrain. Le calcul repose sur quatre paramètres essentiels : la surface cadastrale en hectares, l'écartement entre rangs, l'écartement entre ceps et le pourcentage de tournières. Dans la pratique, la surface réelle plantable diffère toujours légèrement de la surface cadastrale, notamment à cause des tournières, zones d'accès ou reliefs.

Diagramme illustrant l'impact de la densité de plantation sur la ventilation et l'exposition du feuillage

Les écartements entre rangs varient généralement entre 1 m et 3 m, selon les régions, le matériel et la méthode de conduite, tandis que les écartements entre ceps se situent habituellement autour de 0,8 m à 1,2 m selon le cahier des charges. Les tournières représentent les zones non plantables dues aux allées de manœuvre, accès, zones techniques ou marges de sécurité, et ces surfaces doivent impérativement être déduites pour obtenir une estimation réaliste, au plus juste de vos besoins.

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