Stratégies de désherbage du maïs et du sorgho : gestion intégrée et alternatives au S-MOC

La protection des cultures de maïs, de maïs semence et de sorgho constitue un défi agronomique majeur, particulièrement en ce qui concerne la gestion de la flore adventice. La maîtrise des graminées estivales - telles que les panics, les sétaires et les digitaires - a longtemps reposé sur l’usage du S-MOC (présent dans des spécialités comme le Mercantor Gold ou le Camix). Cependant, l’évolution réglementaire et environnementale pousse les agriculteurs à repenser leurs stratégies.

Schéma illustrant les différentes étapes de développement des graminées estivales (panic, sétaire, digitaire) dans une parcelle de maïs.

Évolution du paysage herbicide : du S-MOC au DMTA-P

Le retrait du S-MOC engendre une crainte légitime de report massif vers le DMTA-P (famille des chloroacétamides, commercialisé sous des noms tels qu’Isard ou Spectrum). Bien que cette molécule soit homologuée à l’échelle européenne jusqu’en 2034, son utilisation accrue soulève des questions de durabilité. Il est fort probable que la fréquence de détection de ses résidus dans les eaux brutes augmente proportionnellement aux surfaces traitées, imposant une gestion rigoureuse.

Outre le maïs, le DMTA-P trouve des usages marginaux en tournesol (Dakota-P) et en colza (Alabama, Anitop), ce qui renforce la nécessité d’un raisonnement agronomique global. Le choix d’utiliser le DMTA-P ne doit pas être automatique ; il doit impérativement se baser sur l’inventaire de la flore présente ou attendue sur la parcelle.

Analyse des pressions et seuils de décision

L’analyse des bases de données des essais d’Arvalis-Institut du végétal offre une grille de lecture précise pour optimiser les interventions. Pour des pressions faibles à modérées (évaluées entre 20 et 50 plantes par m², toutes espèces confondues), le recours au DMTA-P n’est pas indispensable. Des solutions racinaires alternatives, telles que l’Adengo Xtra ou le Merlin Flexx, suffisent généralement à constituer une base de prélevée efficace.

À l’inverse, dès que la pression dépasse 50 graminées par m² - ou 20 graminées lorsque les sétaires sont majoritaires - le recours au DMTA-P devient une nécessité pour garantir la propreté de la parcelle. Dans ces situations, le positionnement en post-levée précoce, au stade 2 à 3 feuilles du maïs, permet d'améliorer la persistance d'action, un atout majeur notamment pour les semis précoces.

Gestion des résistances herbicides en grandes cultures

Précautions environnementales et zones sensibles

La protection de la ressource en eau est une priorité, notamment pour les parcelles situées en aires d’alimentation de captages. BASF a établi des recommandations spécifiques pour limiter les risques de transfert vers les eaux souterraines :

  • Ne pas dépasser une dose de 864 g de DMTA-P par hectare par passage (équivalent à 1,2 litre d’Isard au maximum).
  • Respecter un plafond de 1 152 g sur deux ans, ce qui correspond à une application limitée à 0,8 litre d’Isard chaque année.

Le cas particulier du sorgho : une nouvelle approche

La gestion des graminées en sorgho a longtemps été complexe en raison du manque de solutions disponibles en post-levée. Historiquement, le DMTA-P ne pouvait être utilisé qu’à partir du stade 2 feuilles du sorgho. Aujourd'hui, l'utilisation de semences traitées avec un phytoprotecteur spécifique (Concep C) permet d'envisager une application au post-semis ou en prélevée.

Toutefois, cette opportunité impose des contraintes strictes :

  • Le sol doit être frais, sans prévision d'abats d'eau violents, et exempt de chocs thermiques importants.
  • L'usage est proscrit sur les sols très filtrants (plus de 80 % de sable), les sols pauvres en argile (moins de 15 %), les sols battants ou très pauvres en matière organique.
  • La dose doit être maintenue entre 0,8 et 1 l/ha.

Il convient de garder à l’esprit que cette dose est modulée par rapport à celle pratiquée sur maïs ; l'anticipation de l'application reste un facteur limitant pour gérer les levées tardives.

La lutte contre l'apparition de résistances

Le recours systématique aux mêmes familles chimiques favorise l'émergence de résistances chez les adventices. Les produits foliaires de rattrapage, par leur mode de métabolisation, sont particulièrement sensibles. Le nicosulfuron, par exemple, a vu son efficacité décroître de plus de 20 % au cours des vingt dernières années, malgré les progrès en formulation et en matériel de pulvérisation.

Il est impératif de varier les modes d’action, tant à l’échelle de la parcelle que sur l’ensemble de la rotation. Le nicosulfuron et le foramsulfuron appartiennent à la famille des sulfonylurées ; leur usage répété, parfois renforcé par l’emploi de molécules proches sur d’autres cultures (comme le mésosulfuron sur céréales), augmente drastiquement la pression de sélection.

Stratégies de semis et gestion des conditions climatiques

Les conditions sèches observées depuis plusieurs semaines dans de nombreuses régions (Beauce, Île-de-France, Auvergne) favorisent les semis précoces, mais rendent le désherbage de prélevée plus délicat. Néanmoins, l'application de produits racinaires reste indispensable pour contrôler les graminées résistantes, notamment dans le bassin parisien.

Lors du semis, il est crucial d'identifier précisément le stade de développement du maïs. Les applications sur un stade "pointant" sont à proscrire ; il est préférable d'attendre le stade deux feuilles, en s'assurant que la culture est en bon état végétatif.

Infographie comparant l'efficacité des différentes stratégies de désherbage en fonction du cumul de précipitations après application.

Optimisation des programmes de traitement

Pour les parcelles où la flore est simple (maîtrise des dicotylédones et prévention des graminées), l'objectif peut être atteint en un seul passage. L’utilisation d'un herbicide à large spectre est possible. L'isoxaflutole (Merlin Flexx), associé à un chloroacétamide, constitue une solution robuste. La pendiméthaline (Prowl 400 ou Atic-aqua) représente une alternative, mais elle nécessite une humidité du sol suffisante et persistante. Attention : elle est phytotoxique pour le maïs en cas de contact direct avec les racines (phénomène de racines en "massue") et doit être évitée sur sol filtrant ou si le semis est superficiel.

L'usage du Camix, seul ou renforcé par de l'IFT ou de la pendiméthaline, est une stratégie efficace. Cependant, elle peut être mise en défaut par la sécheresse. Pour contrer ces aléas, le report en post-levée précoce (stade 1 à 3 feuilles) d'associations à base de Dual Gold ou d'Isard avec une tricétone (Camix) et/ou une sulfonylurée offre une meilleure résilience face aux conditions climatiques. La thiencarbazone-méthyl (Adengo), combinée à un chloroacétamide ou à une sulfonylurée (nicosulfuron), constitue également une option fiable pour sécuriser les programmes en post-précoce. Ces stratégies, éprouvées par les réseaux d'essais, permettent de pallier les insuffisances d'un passage unique lorsque les conditions de levée sont perturbées.

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