L'arboriculture fruitière, telle qu'elle s'est structurée au cours du 19ème siècle, représente un âge d'or incontestable pour la pomologie. Cette période charnière a vu naître des méthodes de culture, des techniques de sélection et une diversité variétale qui continuent, encore aujourd'hui, de fasciner les passionnés et les professionnels. À travers les catalogues d'arbres fruitiers de cette époque, nous découvrons non seulement des fruits oubliés, mais aussi une philosophie de la terre où la patience et l'observation étaient les maîtres mots.

L'Essor de la Pomologie Belge
Pendant le 19ème siècle, la Belgique occupe, en matière pomologique, une place enviable en Europe, et même dans le monde. Le rôle tenu par Charles Morren dans l'essor de l'horticulture liégeoise fut certainement prépondérant. Dès son arrivée à Liège, il occupa la chaire de botanique à l'Université de Liège. Il réussit la fécondation artificielle de la vanille en 1836 et obtint le premier fruit qui eut mûri en Europe en 1837.
Précédemment, des créateurs de fruits, surtout des poires, tels l'abbé Nicolas Hardenpont (1705-1774) de Mons et Jean-Baptiste Van Mons (1765-1842) de Bruxelles et ensuite Louvain, vont faire école. De leurs milliers de semis, ils sélectionnent les meilleures variétés. Ceux qui vont leur succéder ne seront pas en reste. Barthélemy-Charles Dumortier (1797-1878), naturaliste et académicien à Tournai, crée lui-même de nombreuses variétés de poires et publie, en 1869, la Pomone tournaisienne.
En 1874, Charles Gilbert, président de la Société de Pomologie d'Anvers, publie son ouvrage Les fruits belges, où il recense environ 1100 variétés de poires et une soixantaine de pommes seulement. Curieusement, bien peu de liégeois figurent dans ses listes, alors que Charles et Edouard Morren éditent depuis 1851 La Belgique Horticole où sont décrits et figurés par d'admirables chromolithographies de G. Severeyns, de nombreux fruits, créations de pépiniéristes et d'amateurs liégeois.
La Diversité des Variétés Anciennes
Les variétés anciennes d'arbres fruitiers, comme celles proposées aujourd'hui par Gamm vert ou Leaderplant, sont des trésors de biodiversité. Les poiriers anciens portent des noms qui font voyager dans le temps : "Comtesse de Paris", "Conseiller à la Cour" ou bien "Duchesse d'Angoulème" vous ramèneront aux temps des rois. Les poires "Louise-Bonne d'Avranches" plaisent car elles sont juteuses et contiennent peu ou pas de pépins. Enfin, les "Conférence" et "Williams" sont les poires stars.
Bien éloignées des standards calibrés des étals de supermarchés, les pommes de variétés anciennes n'en restent pas moins savoureuses. (Re)découvrez le "Belle Joséphine", la "Grand Alexandre" ou encore la "Calville blanc" dans notre boutique en ligne. Parmi les cerisiers, des variétés de Bigarreau font partie des arbres fruitiers incontournables. Reines claudes, pêchers, abricotiers existent aussi en variétés d'arbres fruitiers anciens. Il y en a pour tous les goûts !

Avantages et Entretien des Fruitiers Rustiques
Les arbres fruitiers anciens sont rustiques et donc très résistants aux maladies. C'est un avantage indéniable pour leur entretien au quotidien. De nombreuses variétés anciennes se taillent très bien. Il est alors possible de leur donner une forme de palmette oblique, simple U ou encore double U. Ainsi, les arbres pourront, par exemple, être plantés le long d'un mur. C'est l'idéal pour les petits espaces, mais aussi pour jouer sur l'aspect esthétique de ces tailles et habiller un mur.
Par ailleurs, planter des arbres fruitiers de variétés anciennes est un véritable acte de conservation du patrimoine végétal. Vous pouvez utiliser les fruitiers anciens pour constituer un verger conservatoire, border un chemin en les alignant le long d’une allée ou tout simplement pour le plaisir de la dégustation. Pour leur plantation en pleine terre, préférez l’automne ou le printemps pour les installer au jardin. Ajoutez au fond du trou de plantation une bonne pelletée de compost deux semaines avant.
Techniques de Culture et Méthodes Historiques
Tous les manuels anciens d’arboriculture consacrent une place importante à la multiplication et à la production d’arbres par les méthodes génératives et végétatives. On a pu constater qu’avec le temps la multiplication végétative par greffage ou par marcottage prenait de plus en plus d’importance au détriment de la multiplication générative par semis. Le greffage est considéré comme un « art » qui a pu rebuter certaines personnes. Plusieurs ouvrages lui sont exclusivement consacrés comme par exemple « L’art de greffer les arbres » publié en 1869 par Charles Baltet.
Les différents systèmes de culture peuvent se classer en trois catégories principales : les vergers extensifs (haute-tige), les vergers intensifs (basse-tige) et les formes palissées. Les vergers extensifs se situent dans des exploitations mixtes où, en Belgique, la production de fruits est un complément à l’élevage. Ce système a été la norme durant une grande partie du 19ème siècle, sauf dans la région herbagère, pour la production de fruits destinés à l’industrie comme les siroperies et cidreries.
Le regreffage en fente
Les Acteurs de l'Horticulture Liégeoise
Le paysage pépiniériste liégeois était particulièrement dynamique. Les variétés de fruits citées dans les catalogues des arbres fruitiers cultivés dans les pépinières de L. J. Galopin et fils se comptent par centaines. Le nombre d'arbres plantés à demeure, pour la production de greffons, laisse rêveur : 690 variétés de poiriers, 270 pommiers, 110 pruniers, 120 vignes, 112 groseilliers épineux.
Henri Galopin, troisième génération de pépiniéristes, sortit de l'école d'horticulture en 1891 avec le plus grand succès. Il eut la joie de se voir attribuer le grand prix à l'Exposition universelle de Liège de 1905. Ses créations, telles que les pêches "Triomphe de St.-Laurent" et "Souvenir de Gérard Galopin", témoignent de l'excellence de son établissement.
D'autres figures, comme Hyacinthe Haquin, horticulteur faubourg Hocheporte et trésorier de la SRHLg, ont marqué l'époque. Il créa un Camélia qu'il dédia à Marie Morren, l'épouse de Charles Morren. Il obtint aussi, de semis, une variété de fraisier nommée par Ch. Morren. Ces passionnés ont su transformer le verger en un véritable laboratoire de recherche et de création botanique.
Vers une Agriculture Biologique et Durable
Dans le paysage verdoyant du Lot-et-Garonne, la Pépinière Terra’Terre redonne vie à un trésor oublié : les variétés anciennes d’arbres fruitiers. Cultivés selon les principes de l’agriculture biologique, ces arbres rustiques offrent bien plus que de simples fruits ; ils sont les piliers d’une biodiversité riche et équilibrée.
Opter pour des variétés anciennes d’arbres fruitiers cultivés en bio offre de nombreux avantages pour votre jardin et votre palais. Rusticité exceptionnelle, adaptation au terroir, biodiversité accrue et absence de pesticides font de ces arbres le choix idéal. Les fruits issus de l’agriculture biologique offrent une qualité nutritionnelle exceptionnelle. Sans résidus de pesticides, ces fruits conservent toute leur richesse en vitamines, minéraux et antioxydants. Leur consommation contribue ainsi à une alimentation plus saine et équilibrée.
Conservation et Mémoire du Fruit
La récolte et la conservation des fruits de variétés anciennes requièrent une attention particulière pour préserver leurs qualités gustatives uniques. Le « Traité de la Taille et de la Culture des Arbres fruitiers » publié en 1901 par Léopold-Guillaume Gillekens, mentionne une technique originale de conservation des pommes et des poires. En novembre, les fruits sont placés dans du sable très sec dans des caisses ou des tonneaux entreposés dans une cave ou un cellier abrité de la gelée.
Pour les techniciens et les amateurs de notre temps, la lecture de livres anciens consacrés à l’arboriculture fruitière est toujours une source de plaisirs, de découvertes et d’enseignements. Il faut concilier les techniques anciennes qui sont avérées et les connaissances et les techniques nouvelles qui étaient autrefois inconnues. En choisissant de planter des arbres fruitiers de variétés anciennes, vous participez à bien plus qu’un simple embellissement de votre jardin. Vous devenez un acteur clé dans la préservation d’un patrimoine fruitier précieux et contribuez activement au soutien de la biodiversité locale.

L'héritage pomologique du 19ème siècle n'est pas une relique du passé, mais un guide pour le futur. En redécouvrant ces variétés, nous ne nous contentons pas de planter des arbres ; nous restaurons un lien vivant avec l'histoire, la science et la nature. Que ce soit dans un verger professionnel ou dans un petit jardin de ville, chaque arbre fruitier ancien est une promesse de saveurs authentiques et un hommage aux pionniers qui ont façonné le paysage fruitier d'aujourd'hui.