L'élevage contemporain est confronté à des défis majeurs, exacerbés par les limites d'un modèle productiviste qui a dominé la seconde moitié du XXe siècle. Ce modèle, axé sur l'augmentation de la production animale via la sélection génétique intensive, l'utilisation massive d'intrants et la standardisation des pratiques, a permis des gains de productivité à court terme. Cependant, ses conséquences à long terme sont aujourd'hui bien documentées, notamment le déclin de la biodiversité, y compris l'agrobiodiversité, et une remise en question de la capacité d'adaptation des systèmes de production aux changements globaux. Face à cette situation, l'agroécologie émerge comme une voie prometteuse, postulant que la biodiversité, et en particulier l'agrobiodiversité animale, constitue un levier essentiel pour assurer la durabilité des fermes d'élevage et accroître leur résilience dans des environnements non optimaux et variables.
Malgré le potentiel avéré de la diversité animale, son intégration en tant qu'atout dans la gestion des élevages reste un défi pour de nombreux éleveurs, conseillers, enseignants et chercheurs. Cette difficulté s'explique en partie par un manque de formalisation et de compréhension partagée de ce que recouvre cette notion et de sa gestion à l'échelle des systèmes d'élevage. Cet article vise à développer un cadre conceptuel pour analyser de manière intégrée la gestion de la diversité animale en élevage et à proposer des pistes de recherche pour identifier les conditions dans lesquelles elle est bénéfique sur le long terme.
Les Limites du Modèle Productiviste et l'Émergence de l'Agroécologie
Le développement de l'élevage sur un modèle productiviste a été caractérisé par plusieurs facteurs clés. Premièrement, il a mis l'accent sur la sélection des plantes et des animaux sur des traits de production spécifiques. Deuxièmement, il a favorisé l'utilisation d'intrants, tels que les aliments concentrés et les produits phyto-zoo-sanitaires, dans le but de réduire l'hétérogénéité environnementale et les effets des facteurs limitant la production. Troisièmement, la standardisation et la rationalisation des modes de production, ainsi que la spécialisation des fermes et des régions, ont été des piliers de ce modèle.
Les limites de ce modèle sont désormais bien établies. Il a fortement contribué au déclin de la biodiversité, y compris l'agrobiodiversité - la diversité des végétaux cultivés et des animaux domestiques. Cette érosion de la diversité remet en cause la capacité d'adaptation des systèmes de production aux changements globaux. De plus, l'augmentation à court terme de la productivité, souvent mise en avant, est fréquemment corrélée négativement à la productivité à long terme. Par exemple, la forte productivité animale des vaches laitières, obtenue par la sélection sur la production laitière annuelle, a entraîné une détérioration des performances de reproduction, une réduction de la longévité, et une plus grande sensibilité aux problèmes sanitaires, aux variations de l'environnement climatique et aux fluctuations des apports alimentaires.
Face à ces contraintes, les orientations et les pratiques agricoles ont été infléchies. Des aptitudes fonctionnelles, par exemple, sont désormais intégrées dans les schémas de sélection des vaches laitières. Cependant, la capacité de ces évolutions à s'affranchir pleinement des limites du modèle productiviste est remise en question. C'est dans ce contexte que des systèmes d'élevage alternatifs ont émergé, soulignant la nécessité et la faisabilité d'une transition agroécologique en élevage. L'agroécologie repose sur l'hypothèse fondamentale que la biodiversité, notamment l'agrobiodiversité, est un levier essentiel pour assurer la durabilité des fermes d'élevage et accroître leurs capacités d'adaptation dans des environnements non optimaux et variables. Bien que des travaux de recherche prouvent cette hypothèse, la majorité d'entre eux se concentrent sur l'agrobiodiversité végétale, en particulier celle des prairies, tandis que les études portant sur l'agrobiodiversité animale sont moins nombreuses, plus récentes et dispersées. Cette situation est en partie due à un manque de formalisation partagée par les zootechniciens de la notion de diversité animale et de sa gestion à l'échelle des systèmes d'élevage.

Un Cadre Conceptuel pour Analyser la Gestion de la Diversité Animale
Afin de mieux appréhender la gestion de la diversité animale en élevage, un cadre conceptuel intégré a été développé. Ce cadre se construit en plusieurs étapes. La première étape a consisté à examiner de nombreux travaux de recherche où la diversité animale en élevage était en jeu, en utilisant une grille de lecture initiale basée sur l'expertise. Cette démarche a permis de stabiliser les différentes composantes du cadre conceptuel et d'identifier leurs déclinaisons. La deuxième étape a sélectionné quatre études de cas contrastées en termes de diversité animale considérée, ainsi que de manière et de degré d'instruction des différentes composantes du cadre. Cette étape a permis de tester la pertinence du cadre conceptuel pour analyser l'ensemble de ce que recouvre la gestion de la diversité animale en élevage dans chaque étude. Enfin, la troisième étape a mené à une analyse croisée de ces quatre études, révélant des régularités et des différences dans la manière d'instruire les composantes du cadre et faisant émerger des besoins en recherche pour analyser de façon intégrée la gestion de la diversité animale en élevage.
Le cadre conceptuel repose sur quatre composantes principales, illustrées schématiquement. Deux de ces composantes visent à analyser la diversité animale en questionnant sa forme et les niveaux organisationnel et temporel où elle se construit et s'exprime. Les deux autres composantes se concentrent sur les modalités de gestion de la diversité animale en élevage et les bénéfices que l'éleveur en retire ou en attend. Il est important de préciser que si le niveau de la population animale est fondamental pour gérer sur le long terme la diversité animale au sein des espèces et des races, l'accent est mis ici sur sa gestion à l'échelle du système d'élevage.

Les Formes de Diversité Animale en Élevage
La diversité, en tant que caractère de ce qui est varié, hétérogène ou différent, s'oppose aux notions d'uniformité, d'homogénéité et de ressemblance. Dans le contexte de l'élevage, plusieurs formes spécifiques de diversité animale peuvent être identifiées :
La diversité génétique : Elle représente le degré de variété ou de polymorphisme des gènes au sein d'une même espèce, race ou lignée. C'est le support fondamental de la sélection génétique, dont le principe est de choisir, parmi la variabilité existante, les animaux porteurs des versions (allèles) favorables aux gènes d'intérêt pour les faire se reproduire. Cette transmission d'allèles favorables d'une génération à l'autre permet l'amélioration génétique de la population animale concernée, qu'il s'agisse d'une espèce, d'une race ou d'une lignée. Les gènes d'intérêt peuvent concerner des caractères de production ou des aptitudes fonctionnelles, telles que la résistance à des agents pathogènes ou la capacité de reproduction dans un milieu donné, contribuant ainsi à l'amélioration de la robustesse des animaux. La diversité génétique est également essentielle pour les actions de conservation et de valorisation des races à petits effectifs.
La diversité phénotypique : Elle décrit la variabilité des traits observables et mesurables chez un animal. Ces caractères peuvent être physionomiques (gabarit, couleur de la robe, cornes), physiologiques (âge, parité, efficacité digestive, production de lait, poids, conformation), comportementaux (activité au pâturage, relation à l'Homme), ou biochimiques (groupes sanguins). La diversité phénotypique est le résultat conjoint de la diversité génétique et des effets de l'environnement physique, chimique et social. Elle peut également induire une diversité de produits animaux à commercialiser, tels que la vente d'animaux vifs pour la reproduction ou l'engraissement, le lait, les œufs, la viande, le poisson et leurs dérivés.
La diversité spécifique : Cette forme de diversité renvoie aux associations d'espèces animales au sein d'un même élevage. Des études ont porté sur les associations bovins-ovins et bovins-équins, soulignant les complémentarités possibles. En revanche, peu de travaux se sont penchés sur les associations entre espèces de ruminants et espèces monogastriques, malgré leurs rôles complémentaires dans la chaîne alimentaire des écosystèmes. Les ruminants, par exemple, sont adaptés à l'ingestion de fourrages et à la dégradation des polymères des constituants pariétaux des végétaux, tandis que les monogastriques se caractérisent par l'ingestion de graines et de tubercules et la dégradation d'autres constituants.
La diversité fonctionnelle : Potentiellement soutenue par les trois formes de diversité précédentes, la diversité fonctionnelle est souvent citée comme particulièrement pertinente en élevage. Elle se réfère à l'association d'entités animales ayant des fonctionnements ou aptitudes biologiques ou écologiques différents (par exemple, race à viande versus race laitière) ou des réponses biologiques et écologiques différentes aux perturbations (par exemple, phénotype tolérant au stress climatique versus phénotype sensible). Cette forme de diversité est cruciale pour la résilience et l'adaptabilité des systèmes d'élevage.

Niveaux Organisationnels et Temporels de la Diversité Animale
Les différentes formes de diversité animale, leur coexistence et leur emboîtement au sein des systèmes d'élevage sont intrinsèquement liées au fait que ces derniers sont des systèmes biologiques pilotés, ou systèmes biotechniques. Ces systèmes sont en effet constitués d'un emboîtement de niveaux d'organisation du vivant, où le fonctionnement et la dynamique d'ensemble résultent du fonctionnement et de la dynamique de chacun des niveaux sous-jacents et de leurs interactions, le tout étant piloté par les pratiques de l'éleveur. Par exemple, le fonctionnement dynamique d'un atelier de production animale découle de celui des groupes d'animaux qui le composent, et le fonctionnement dynamique d'un animal résulte de celui des différents systèmes d'organes qui le constituent (système digestif, reproducteur, respiratoire, etc.).
À cet emboîtement de niveaux d'organisation du vivant s'ajoute un emboîtement des échelles de temps. Le fonctionnement dynamique des systèmes d'élevage repose sur des processus spécifiques à chaque niveau d'organisation, s'inscrivant différemment dans le temps. Par exemple, tandis qu'au niveau cellulaire, les processus métaboliques s'opèrent à l'échelle de la minute, au niveau du troupeau, le processus de renouvellement s'opère à l'échelle de plusieurs années.
Pour caractériser la diversité animale en élevage et la gérer efficacement sur le long terme, il est crucial d'appréhender la complexité liée à l'intrication de ces différents niveaux. Il s'agit de distinguer :
- Le niveau organisationnel et temporel auquel se construit la diversité animale, c'est-à-dire les niveaux où des éléments constitutifs interagissent par le biais de processus biologiques. L'analyse de ce niveau est étroitement liée à la forme de la diversité animale.
- Le niveau organisationnel et temporel auquel la diversité animale s'exprime, c'est-à-dire le niveau plus englobant où la diversité animale est bénéfique pour le système. L'analyse de ce niveau permet de comprendre ses modalités de gestion et les bénéfices que l'éleveur en attend ou en retire.
Dans les modèles d'élevage développés pour tester les bénéfices de certaines modalités de gestion de la diversité animale, ces niveaux d'organisation et de temps sont clairement identifiés. Par exemple, en élevage caprin, la question de l'intérêt de la diversité animale pour la résilience du troupeau a été abordée en construisant un modèle combinant le niveau animal et le niveau troupeau. Au niveau animal, à l'échelle d'une campagne de production, la diversité phénotypique des chèvres se construit selon leurs stratégies d'allocation des ressources alimentaires aux fonctions biologiques de reproduction et de lactation. Les chèvres "généralistes" affichent de bonnes performances de reproduction (90 % de taux de mise bas) et des performances laitières moyennes (700 L/lactation) quel que soit l'environnement. Les chèvres "spécialistes", en revanche, présentent des performances de reproduction moyennes (70 % de taux de mise bas) et des performances laitières élevées en environnement favorable (1 000 L) mais faibles en environnement défavorable (600 L). Le troupeau, à l'échelle de plusieurs campagnes de production, est le niveau d'organisation où la diversité des animaux s'exprime et où les bénéfices qui en sont retirés sont évalués.
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Modalités de Gestion de la Diversité Animale
Pour décrire et comprendre la gestion de la diversité animale, il est essentiel d'identifier les gestionnaires de cette diversité, les modalités de gestion - c'est-à-dire les pratiques d'élevage liées à la diversité - les indicateurs de gestion et les déterminants de ces modalités.
L'éleveur, ou le collectif de travail de la ferme, est le principal acteur gestionnaire de la diversité animale. Cependant, selon l'organisation de la sélection dans la filière de production concernée, il est utile de spécifier le type d'éleveur en question. Cela est particulièrement pertinent dans les filières porcine ou avicole, où il est nécessaire d'identifier comment la diversité animale est gérée à chaque niveau : sélectionneurs, multiplicateurs et producteurs.
L'éleveur gère la diversité animale via une combinaison de pratiques :
- Les pratiques de conduite de troupeaux : Elles englobent la reproduction, la santé et l'alimentation.
- Les pratiques de configuration de troupeaux : Cela inclut le renouvellement, la réforme, la gestion des accouplements.
- Les pratiques de commercialisation : Elles concernent l'exploitation et la valorisation d'un ensemble de produits animaux, tels que les animaux vendus en vif pour la reproduction ou l'engraissement, le lait, les œufs, la viande, le poisson et leurs dérivés.
Ces pratiques permettent de créer ou d'acquérir la diversité animale, de l'utiliser (l'orienter, la valoriser, la segmenter) et de la renouveler ou non (la réduire, l'amplifier, la maintenir). Par exemple, un éleveur vendant l'ensemble de ses agneaux sous Signe d'Identification de la Qualité et de l'Origine à une organisation de producteurs peut chercher à réduire la diversité phénotypique dans son élevage. Il peut y parvenir en regroupant les naissances ou en complémentant davantage les agneaux doubles, afin de constituer des lots de vente aussi homogènes que possible en poids, conformation et état de gras. À l'opposé, un éleveur vendant des agneaux en vente directe peut chercher à augmenter la diversité phénotypique par l'organisation des naissances et l'élevage des jeunes, en particulier par des pratiques de reproduction et d'alimentation. L'objectif est d'avoir, tout au long de l'année, des animaux hétérogènes, adaptés aux demandes variées de consommateurs individuels.
Parmi les pratiques d'élevage, le choix des animaux reproducteurs, l'alimentation différenciée entre lots ou les pratiques d'allotement sont les plus fréquemment mobilisées pour gérer la diversité. Cette gestion s'organise à différents niveaux, à différents moments de l'année ou d'une série d'années, et dans l'espace. Ainsi, dans des systèmes d'élevage associant bovins et ovins, les surfaces peuvent être pâturées de manière séparée, alternée ou simultanée, en fonction des objectifs de l'éleveur en matière de niveaux de production de chaque troupeau et de valorisation des ressources. Dans d'autres situations, les pratiques mises en œuvre par l'éleveur peuvent ne pas tenir compte de la diversité animale. C'est le cas des éleveurs qui alimentent toutes les vaches laitières de leur troupeau de manière identique, même si elles sont de race et/ou de potentiel laitier différent. Enfin, il est pertinent de distinguer la diversité animale subie, c'est-à-dire celle qui échappe au contrôle direct de l'éleveur, des formes de diversité gérées activement.
Le Rôle de Cécile Semence et le Crédit Foncier : Une Divergence Thématique
Il est important de noter que les informations fournies dans le texte se concentrent exclusivement sur la diversité animale en élevage et les enjeux liés à l'agroécologie. La mention "cecile semence credit foncier rôle" dans l'intitulé de la requête semble faire référence à un sujet complètement distinct, potentiellement lié à des aspects financiers, immobiliers ou à des personnalités spécifiques dans un contexte non agricole. Le Crédit Foncier était une institution financière française spécialisée dans le financement immobilier, notamment les prêts immobiliers et les prêts aux collectivités locales. Par conséquent, il n'existe aucune information pertinente dans le texte fourni qui permettrait de développer un contenu sur "cecile semence credit foncier rôle" en lien avec la diversité animale en élevage.
Ce cadre d'analyse détaillé pour la diversité animale en élevage, s'il est appliqué rigoureusement, offre une compréhension approfondie des mécanismes en jeu et des leviers d'action pour une transition vers des systèmes plus durables et résilients. La capacité à gérer cette diversité, qu'elle soit génétique, phénotypique, spécifique ou fonctionnelle, est un enjeu majeur pour l'avenir de l'élevage.