Le cervelet, le blocage cervical chez l’enfant et l’approche ostéopathique

Le système nerveux central, pilier du développement psychomoteur de l’enfant, repose sur une anatomie complexe dont l’intégrité est indispensable à la bonne vie et au bon développement de l’organisme. Parmi ces structures, le cervelet occupe une place centrale, situé sous le cerveau, à l’arrière du crâne, dans la région occipitale. Il est le centre de l’équilibre et de la coordination des mouvements. Il joue un grand rôle dans l’adaptation des postures (syndrome cérébelleux statique) et dans l’exécution des mouvements volontaires (syndrome cérébelleux cinétique). Il permet de maintenir et de moduler la force d’un geste, la longueur d’un pas, la courbure d’un mouvement, la durée d’une action de manière adaptée. C’est aussi une horloge interne qui marque le temps. Il informe le cerveau des adaptations à mettre en œuvre pour initier le mouvement, l’arrêter, le répéter ou en diminuer la vitesse. Il communique également avec les organes de la vision et de l’audition. Le cervelet participe à l’appropriation par l’enfant d’apprentissages scolaires tels que le dessin, la lecture, l’écriture, les mathématiques et le sport.

Schéma anatomique du cervelet et de ses connexions avec le tronc cérébral

Les enjeux cliniques du cervelet et du tronc cérébral

Le syndrome cérébelleux comporte un certain nombre de signes cliniques et de symptômes, variables selon l’origine de l’atteinte du cervelet. Les personnes atteintes souffrent généralement de troubles de l’équilibre (démarche titubante, dite « pseudo-ébrieuse »), de troubles de la coordination des mouvements et de problèmes d’élocution. Un manque de précision et une lenteur d’exécution dans le geste sont observés : tous les gestes sont lents et décomposés, les gestes fins et précis sont maladroits. Dans cette activité de contrôle de précision, la réponse se fait dans l’hémicorps homolatéral à l’hémisphère cérébelleux atteint ; en effet, l’hémisphère droit mobilise l’hémicorps gauche ; mais si l’hémi-cervelet gauche est atteint, c’est donc le même côté du corps qui sera perturbé.

Sur le plan médical, certaines pathologies nécessitent des interventions lourdes. Par exemple, la chirurgie de la région pinéale ou du tectum mésencéphalique est une chirurgie délicate en raison des multiples centres nerveux d’importance vitale, en rapport notamment avec la respiration et l’alimentation. Elle a pour buts le diagnostic histo-pathologique, la décompression des structures nerveuses et la libération des voies d’écoulement du LCS, et si possible la cure tumorale. Les lésions intra-axiales qui affleurent au plan pial peuvent être abordées par une craniotomie occipitale médiane, avec dépose de l’arc de C1 et en élargissant la craniotomie du côté de la lésion. Cette voie d’abord nécessite une dissection soigneuse des nerfs mixtes et de l’artère vertébrale.

La naissance et la mécanique crânienne

Au moment de la naissance, le crâne de l’enfant n’est pas ossifié. Le système nerveux central est contenu dans le sac membraneux constitué par les méninges qui assure une certaine solidité et protection pour le cerveau. Les os du crâne sont constitués de noyaux d’ossification et ils évoluent un peu comme des plaques non soudées entre elles et tenues par ce sac membraneux méningé. Cet agencement confère au crâne une grande souplesse lui permettant de se déformer et de s’accommoder au modelage subi lors de la naissance, mais si les contraintes mécaniques dépassent le seuil de solidité de l’ensemble membraneux, rien n’empêche des déformations importantes et parfois irréversibles de se produire.

La base du crâne reçoit la poussée des forces de travail de l’utérus appliquée sur le corps de l’enfant. À ce niveau, les forces sont transmises sur deux petits points, les articulations de la première vertèbre cervicale avec l’occiput. Il convient donc de regarder plus en détails comment est constitué l’occiput au moment de la naissance. À ce moment du développement normal de l’enfant, l’occipital est constitué de quatre parties, les noyaux d’ossification, réunis entre eux par de la membrane. Ces quatre parties créent le pourtour du trou occipital, orifice servant de passage à la moelle épinière, au sortir du crâne, vers la colonne vertébrale.

Schéma de la base du crâne et du trou occipital

Les structures nerveuses et vasculaires de la base du crâne

À proximité de ces noyaux d’ossification passent des structures nerveuses pouvant être comprimées par la déformation de l’os lors d’une naissance traumatisante. Au centre, la moelle épinière passe dans le trou occipital. De chaque côté des parties condylaires, au niveau de leur partie postérieure, se trouve un orifice ménagé entre la partie condylaire et l’os temporal, le trou déchiré postérieur. Par cet orifice passent trois nerfs crâniens très importants :

  • Le nerf glosso-pharyngien (IXème nerf crânien), contrôlant une partie de la phonation et de la gludition.
  • Le pneumogastrique (Xème nerf crânien), constituant 90 % du système parasympathique et participant au contrôle du fonctionnement des systèmes cardiaque, respiratoire et digestif.
  • Le spinal (XIème nerf crânien), contrôlant une partie de la musculature de la nuque et des épaules.

D’autres nerfs, passant plus en avant, au niveau de l’apophyse basilaire, peuvent eux aussi se trouver lésés lors de traumatismes importants. Il s’agit des nerfs moteurs de l’œil. Enfin, le trou déchiré postérieur sert de passage à des structures vasculaires veineuses. Par ces structures, passe 95 % du sang veineux issu du crâne, ce qui correspond à l’essentiel du drainage veineux crânien. L’intégrité des structures de la base du crâne est donc indispensable à la bonne vie et au bon développement du système nerveux central.

L’approche ostéopathique du syndrome de KISS

Le syndrome de KISS (Kopfgelenk Induzierte Symmetrie Störung) signifie « troubles de symétrie induits par des vertèbres cervicales ». Il s’agit d’une gêne positionnelle et fonctionnelle de la colonne cervicale chez le nouveau-né, touchant environ 1 enfant sur 4. C’est un dysfonctionnement rotatoire des deux premières cervicales sous le crâne entraînant des tensions en permanence dans le corps qui peuvent se traduire par une hyperextension de bébé et divers autres symptômes.

Ce syndrome n'est pas reconnu scientifiquement et est compliqué à diagnostiquer car souvent confondu à tort avec d'autres pathologies comme le torticolis congénital, le bassin asymétrique congénital ou encore la plagiocéphalie. Une prise en charge médicale par le pédiatre est importante pour exclure toute pathologie organique de l’enfant. Après la visite médicale, une approche multidisciplinaire est fortement conseillée. L'ostéopathie est une thérapie manuelle efficace pour traiter le syndrome de KISS. Le traitement consiste à réaliser des techniques douces, non agressives pour bébé, qui permettent de redonner de la mobilité à une articulation dans le respect de la physiologie. L'ostéopathe ne fera pas craquer bébé. Dans le cas du syndrome de KISS, il s'agit de ré-harmoniser la jonction cranio-cervicale, les parties molles qui s'y attachent et bien évidemment vérifier qu'il n'y ait pas de tension sur l'axe cranio-sacré et le bassin.

L'osteopathie c'est aussi pour les bébés

Le torticolis congénital : diagnostic et accompagnement

Le torticolis congénital est une malposition de la tête et du cou présente à la naissance. Sur le plan musculo-squelettique, c'est la troisième pathologie la plus fréquente chez les bébés, touchant environ 16 % des nouveaux-nés. Un examen clinique permet de diagnostiquer la cause, qui peut être musculaire, posturale ou osseuse. Le torticolis musculaire est le résultat d'une tension trop forte du muscle SCOM (Sterno Cléido Occipito Mastoïdien). Le torticolis postural est dit souple et réductible, car il est possible de positionner la tête droite de l'enfant. Le torticolis osseux est beaucoup plus rare et fait suite à une malformation comme le syndrome de Klippel-Feil.

La prise en charge ostéopathique doit être rapide, car plus la consultation se fait tôt, plus le risque de répercussions des déséquilibres se réduit. On conseille généralement de voir les nourrissons à une semaine. La kinésithérapie est également essentielle, notamment pour les torticolis musculaires, en utilisant des bandes de kinésio taping pour guider la position de la tête et détendre les muscles. Des exercices quotidiens, comme stimuler la rotation de la tête lors du bain, des jeux ou des changes, sont cruciaux pour éviter l'aplatissement du crâne (plagiocéphalie) qui survient dans 70 à 90 % des cas de torticolis non traité.

La croissance et les déformations du squelette

L’ostéopathie accompagne l’enfant tout au long de sa croissance. La croissance est une étape longue, parfois entravée par des obstacles. La scoliose, par exemple, est une déformation permanente de la colonne vertébrale dans les trois plans de l’espace, souvent liée à une rotation des vertèbres. Pour détecter les débuts d’une scoliose, il est important de vérifier le dos de l’enfant lorsque celui-ci se penche vers l’avant. Si une gibbosité apparaît, une scoliose est à priori installée.

Par ailleurs, les ostéochondroses constituent un groupe de maladies affectant l’os en croissance, et plus précisément le cartilage de conjugaison. Elles sont souvent observées chez les enfants et les adolescents en raison des changements rapides dans le squelette en lien avec une sollicitation excessive. Le suivi régulier et une approche préventive permettent de limiter les adaptations secondaires et de favoriser un développement harmonieux du système musculo-squelettique et nerveux, garantissant ainsi une meilleure qualité de vie dès le plus jeune âge.

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