L'Escalade dans le Chablais : Un Guide Complet des Sites et Voies d'Abondance et Environs

Panorama sur les montagnes du Chablais avec des grimpeurs en action

Le Chablais français, riche de ses massifs montagneux et de ses falaises calcaires, offre un terrain de jeu exceptionnel pour les amateurs d'escalade. Des dalles adhérentes aux dièdres complexes, en passant par des murs verticaux impressionnants, la région propose une diversité de voies qui satisfera les grimpeurs de tous niveaux, du 4c au 8a. Cet article explore en détail les opportunités d'escalade autour d'Abondance, en mettant en lumière les caractéristiques uniques de chaque site, les accès, et les particularités des voies.

Le Mont Brion : Entre Aventure et Modernité

Le versant méridional de la vallée d’Abondance, bien que moins propice à l'escalade, abrite quelques joyaux, notamment dans la face est du Mont Brion. Nichée dans le complexe massif du roc de Tavaneuse, cette face rocheuse, haute de 250 m, surprend par son grain rocheux particulièrement adhérent, contrastant avec la prédominance de la végétation alentour. Bien que des gazons escarpés soient présents, ils n'altèrent en rien l'impression de verticalité des lieux. La face, généreusement exposée au soleil, sèche généralement très rapidement après la pluie, ce qui en fait un site intéressant même après des intempéries.

Le Mont Brion propose trois voies orientées est, d'une hauteur variant de 250 à 300 mètres, avec des difficultés classées de D+ à TD-. L'accès à ce site se fait depuis Abondance, en empruntant la route de Prétairié, puis en montant à l’alpage des Serranants, et enfin en suivant le vallon en direction du pas de Savolaire. Le port du casque est fortement recommandé.

La Voie "Dian de Ouatapan" : Rééquipement Moderne et Grimpe Engagée

Parmi les voies du Mont Brion, la "Dian de Ouatapan", anciennement connue sous le nom de "La Chamois", se distingue. Il s'agit de la première voie ouverte dans cette face, passant à droite des grands toits. Suite à un rééquipement moderne sur spits, elle n'est plus classée comme un terrain d’aventure pur, mais requiert néanmoins une certaine maîtrise, les points étant parfois assez éloignés. Un jeu de coinceurs et quelques sangles peuvent compléter utilement l'équipement. La cinquième longueur est particulièrement réputée pour sa beauté.

Pour la descente, il est aisé de rejoindre le sommet à quelques dizaines de mètres, puis de poursuivre sur l’arête aérienne. Avant son extrémité nord, on trouvera des pentes d’herbes sur la main gauche, en contrebas. Il faut descendre droit dans ces pentes d’herbes, raides mais sans difficulté, puis tirer sur la droite pour rejoindre l’arête et le sommet du couloir nord du Brion. En suivant l’arête herbeuse main gauche, on atteint, après quelques passages dans des vernes, le col de Damoz les Moulins (1837 m). Un sentier, sur le flanc est, ramène alors aux Serranants puis à Prétairié, pour une descente d'environ une bonne heure.

"Q." : Un Cocktail de Fissures et Dièdres

La voie "Q." offre un joli cocktail de fissures, dièdres et dalles, le tout sur un excellent rocher. La dernière longueur, d'une cinquantaine de mètres, en fait la voie la plus abordable de la face et, par conséquent, la plus fréquentée. En octobre 2003, toutes les plaquettes de la voie ont été changées (sans ajout de points supplémentaires), et les relais R2 et R3 ont été rééquipés sur chaînes, garantissant ainsi une sécurité optimale.

La Voie "La Solitude" : Longue et Athlétique

Grimpeur sur une dalle calcaire ensoleillée

La paroi de la Solitude, bien visible depuis la route montant à Abondance, est particulièrement frappante en fin d’après-midi, lorsqu’elle est inondée de soleil. C'est un itinéraire moderne, mais conservant un caractère de terrain d’aventure. La voie débute tranquillement par une rampe facile et étonnamment propre, suivant logiquement les lignes de faiblesses du rocher. Le mur jaune, situé dans la partie centrale de la voie, est constamment sec et protégé de la pluie jusqu’à R6. C'est une voie longue et esthétique, offrant une belle ambiance dans des longueurs bien raides, sur un joli rocher jaune, le tout à portée d'une route carrossable, ce qui en fait une option très attrayante. Le casque est recommandé.

Le Mont Chauffé : Une Longue Échine de Voies

Le Mont Chauffé se présente comme une longue échine rectiligne s'étendant sur près de trois kilomètres. Ce massif calcaire propose pas moins de 168 voies, réparties sur plusieurs secteurs, avec des cotations allant de 4b à 8a et des longueurs de 20 à 450 mètres. Les secteurs offrent des voies intéressantes, en une ou plusieurs longueurs, sur diverses falaises.

L'accès pédestre aux premières voies se fait en environ 15 minutes de marche, depuis le parking le Sauvage ou le parking les Côtes au Mont.

La Face Nord Côté Ubine : Un Mur Vertical Impressionnant

La face nord du Mont Chauffé, côté Ubine, est une muraille impressionnante, parfaitement verticale et haute de 400 mètres. Elle offre des défis de taille pour les grimpeurs expérimentés.

Le Secteur Cercle : Des Voies de Haut Niveau

Le Secteur Cercle est une falaise d'ampleur, reconnue pour ses voies de haut niveau, qui attire les grimpeurs en quête de difficultés.

La Grande Dalle de la Raille : Technique et Adhérence Surprenante

La grande dalle de la Raille, souvent mal orthographiée, est clairement visible depuis une section dégagée du large chemin menant au chalet du même nom. Son accès est rapide mais éprouvant, avec un sentier mal tracé à travers des éboulis et des pentes d'herbes raides. Les escalades y sont principalement sportives, à l'exception de la voie "Camille", plus ancienne et plus abordable. Le rocher, très compact mais étonnamment adhérent et pourvu de micro-structures, exige une grimpe très technique mais globalement peu athlétique, sollicitant fortement la détermination.

L'ensoleillement généreux de la paroi rend ce secteur infréquentable durant les périodes les plus chaudes de l'été, mais en contrepartie, il permet la grimpe presque toute l'année, même par temps froid. La proximité de la Petite Raille assure une tranquillité propice à la concentration sur les grattons.

C'est à l'été 1975 que Patrick Delale et Jean-Louis Urquizar, avec leur œil averti, ont inauguré la belle dalle de la Raille avec une voie tracée dans le dièdre qui la borde sur sa partie gauche. Pendant plus de dix ans, l'exploration de la Raille a été quasi-nulle. La formidable compacité du rocher, rendant illusoire toute protection à l'aide de coinceurs et de pitons, est certainement à l'origine de ce manque d'intérêt. L'arrivée de la perceuse, qui affectionne particulièrement le rocher compact, allait mettre fin à ce regrettable mépris.

Laurent et un autre grimpeur ont monté au pied de la dalle pour évaluer les perspectives d'ouverture. La surprise fut sublime : le caillou s'est avéré fantastique, propre, travaillé et surtout, incroyablement adhérent. Excités par cette aubaine, ils se sont lancés sans tarder dans l'ouverture, du bas, d'une première voie : « Hématome ». Cette ligne évidente suit, dans sa deuxième longueur, une fissure oblique qui semblait propice à la pose de bonnes protections, un détail rassurant pour l'équipe. Lors de l'ouverture de la première longueur d'« Hématome », ils ont affiné leur technique de pose de gollots en milieu hostillement compact. Plus aguerris, ils ont enchaîné, en décembre et janvier, aidés par un hiver incroyablement sec, avec les ouvertures de « Camille » et de « Tchao-Sescu ».

Un incident malheureux est survenu lorsqu'un des grimpeurs a fait un caprice et a tenté, sans succès, le vol libre, explosant pitoyablement sur le socle rocheux, ce qui a temporairement interrompu l'exploration de la paroi. L'action a repris au printemps 1990, avec l'ouverture de « De Charybde en Scylla », une voie très typée terrain d'aventure, située sur l'extrémité droite de la paroi. Se fiant à des crochets du ciel, l'équipe a entrepris la difficile « Incertitude » au centre de la dalle, avec néanmoins un gros doute sur la possibilité de pouvoir la passer en libre. Pendant ce temps, Thierry Perillat et Claude Sanchez, en balade dans la région, en ont profité pour s'offrir, juste sur la gauche d'« Incertitude », l'excellentissime « Ubac », et sur la partie droite de la dalle, la très belle « Bacounet ».

Une anecdote mémorable relate un moment tendu : "Je suis mal ! Le dernier spit est loin derrière moi, décalé sur la droite avec la perceuse accrochée dessus. Il ne me reste pas plus de 30 centimètres à faire sur la gauche pour atteindre cette réglette. Tirer la chignole. Seulement voilà, je ne trouve pas la solution et ça fait un moment que je la cherche. Résultat, je transpire un max, je suis moite, même mes semelles sont moites. Redescendre, je n'y pense même pas. Laurent, en dessous, qui tout en baillant, flaire le grabuge, me lance un dérisoire « calme, calme ». Bon, au moins il ne dort pas. Je coule de plus en plus des semelles et me lance dans un mouvement qui, je le sais, ne va pas réussir. Je dépasse la chignole. Je sais que ça va faire mal. Et ça fait mal. Je roule deux ou trois fois sur moi-même et à chaque fois le hérisson de plaquettes et de goujons que j'ai accroché avec application sur mon baud me laboure fesse et cuisse. Quand je m'arrête je suis sûr d'avoir le fessier déchiqueté. Le docteur Dezu ne diagnostique qu'une vague grosse rougeur. Il ponctue son auscultation rapide d'un « c'est bon tu peux y retourner ». Les jours suivants, la vague rougeur s'est transformée en un hématome géant."

Schéma de l'équipement d'une voie d'escalade sur spits

"Q." : Une Première Partie Intéressante

La voie "Q." sur la Raille présente une première partie intéressante qui parcourt un système de dièdres et de fissures rayant le grand triangle du ressaut inférieur. L'escalade est majoritairement en dalles plus ou moins raides et sculptées, offrant des écailles, des fissures et des trous. Par endroits, le rocher est plus compact, avec quelques pas plus techniques. C'est une splendide voie soutenue en dalle dont nombre de passages mettent les chaussons à rude épreuve. Il ne faut pas hésiter à naviguer autour des points pour trouver la solution, particulièrement dans la troisième longueur. La première longueur, exceptionnelle, met les nerfs à rude épreuve. La traversée finale de la première longueur est plus facile à négocier en tête qu'en second, car en tête, dans la succession de pas d'adhérence plutôt aléatoires de la fin de longueur, le simple tirage sur la corde suffit à donner un salvateur point d'appui supplémentaire. C'est une voie inégale où alternent les passages résolument splendides et d'autres nettement moins agréables. Le bilan est cependant positif et la voie mérite d'être parcourue, à l'exception de la dernière longueur qui n'est composée que d'un empilement d'énormes blocs instables. La descente se fait en rappel dans la voie.

"S." : Un Dénivelé Important et un Caractère Aventureux

La voie "S." est une voie variée qui suit un empilement évident de dièdres, fissures et dalles. Elle offre le plus grand dénivelé du secteur. Le rocher n'est pas toujours très propre après R1. Au regard de l'équipement en place, c'est une voie orientée terrain d'aventure, comme on dit dans les milieux autorisés. La première répétition a été réalisée par Georges Gauthier et Patrick Mégevand en avril 1990. Depuis, les parcours de la voie doivent se compter sur les doigts des deux mains, témoignant de son caractère engagé.

Rocher des Moutons : Un Site en Évolution

Le Rocher des Moutons est une falaise d’ampleur où l’on trouve, pour l’instant, essentiellement des couennes (voies courtes) mais aussi quelques voies d’envergure. Il semble évident que les ouvertures de longues voies vont s'enchaîner à l'avenir. L’accès est correct, avec une sente qui se bonifie progressivement pour les sections du bas. Pour les sections supérieures (à partir de « l’ami des Bêtes »), il faut avoir le pied « montagnard », mais cela devrait s’améliorer avec le temps.

L'équipement de toutes les voies ouvertes a été réalisé par le haut, à l'exception de « L’ami des Bêtes » et de la première longueur de « Merci Notre Dame ».

Accès aux Différentes Sections

Pour les sections accessibles du bas, il faut prendre immédiatement à droite la raide sente qui longe la paroi et donne accès aux différents secteurs.

  • Section « Comme un Enfant » (1350 m) : Depuis « 30 Millions d'Amis », longer la paroi en montant sur des roches fracturées jusqu'à atteindre un petit collet (exposé).
  • Section « Ave Maria » (1380 m) : Du collet précédemment cité, redescendre quelques mètres (désescalade facile) jusqu'à retrouver la sente mal marquée qui longe d'abord la paroi à l'horizontale, puis monte en naviguant dans un terrain escarpé et exposé.
  • Section « Virgo Maria » : Poursuivre sur le bon chemin qui monte aux chalets de Tigneret. Quelques mètres avant que le chemin ne parte sur la gauche pour rejoindre les chalets (1300 m), prendre, au niveau d'un poteau rouge, une bonne sente sur la droite. La sente (incomplète sur IGN), parfois raide, monte dans la forêt d'abord vers le nord avant de revenir nettement au sud. Vers 1650 m, à la sortie de la forêt, on croise un premier poteau rouge. Au quatrième poteau rouge, vers 1690 m sur un replat, laisser la sente et traverser sur une quarantaine de mètres en légère ascendance, droit vers le sud-ouest, jusqu'à un bosquet d'arbres situé au bord de la falaise. On y trouve une corde fixe de 15 m qui donne accès au premier rappel de « Pater Noster ». Le casque est recommandé.

Orientations et Températures : Choisir sa Voie selon la Saison

La plupart des voies dans la région sont orientées sud à sud-ouest. L’escalade peut donc être parfois peu supportable en plein été en raison de la chaleur intense. Cependant, quelques voies à l’intérieur de La faille offrent une alternative intéressante : large de 1,5 à 3 mètres, le soleil y pénètre peu, et l'on y est à l'ombre presque toute la journée, permettant de grimper même lors des fortes chaleurs estivales.

Ressources et Contributions Communautaires

Ce site ne prétend pas offrir un inventaire exhaustif de tous les topos, voies et sites d’escalade du Chablais français. Pour une recherche plus approfondie, des sites tels que Chablais Grimpe, Escalade 74 ou Camp to Camp sont d'excellentes ressources. Les topos d’escalade du Chablais présentés ici sont le fruit d'un travail personnel, toutes les voies ayant été ouvertes et/ou faisant l’objet d’un suivi périodique par les contributeurs. Les cotations des escalades décrites s'étendent du 4c au 6a obligatoire, à une exception près.

Atelier fissure

L’équipement de ces voies résulte d’une initiative et d’un investissement purement personnels, tant en temps qu'en argent, sans aucune subvention de la part des communes, des fédérations ou des clubs. Néanmoins, un soin particulier est apporté à la mise en place d'un équipement permettant l’évolution des cordées en toute sécurité, à la montée comme à la descente. La décision a été prise de partager gratuitement toutes les informations en ligne plutôt que d'éditer un topo papier et de le vendre, afin d'en faire profiter un plus grand nombre de grimpeurs.

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