L'art du bonsaï : Maîtriser la culture du Chamaecyparis

Créer un bonsaï en 7 étapes, du choix de l’espèce à la présentation en exposition, c’est le voyage qui est proposé ici. Il a pour principal objectif de gagner du temps sur la formation de l’arbre en évitant les erreurs qui nécessitent des retours en arrière et allongent la durée du travail. Si vous êtes débutant, commencez avec un bonsaï d’essence locale de quelques années et déjà formé pour vous faire la main. « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. » Lao-Tseu, philosophe chinois, VI - V siècle av. J.C.

Schéma illustrant les étapes de formation d'un bonsaï, de la sélection du plant à la mise en pot finale.

Le choix de l'espèce : Pourquoi le Chamaecyparis ?

Le faux cyprès, ou Chamaecyparis, est un conifère élégant très apprécié en bonsaï pour son feuillage fin, sa croissance dense et son port naturellement graphique. Bien conduit, il permet de créer des bonsaï raffinés, à l’esthétique japonaise marquée. Le genre Chamaecyparis appartient à la famille des Cupressacées. Son feuillage naturellement serré permet de former rapidement des plateaux bien définis. Il est très apprécié pour des bonsaï contemporains ou des compositions plus graphiques.

Le cyprès du Japon, aussi connu sous le nom de cyprès Hinoki, est un conifère au port étroit, conique, qui peut atteindre entre 20 et 40 mètres. Son écorce d’un brun rougeâtre se desquame en fines languettes écailleuses, surtout sur les jeunes sujets. Pendant des siècles, le bois du Chamaecyparis obtusa, très odorant et résistant à la pourriture, a servi à construire des temples et des artefacts servant aux rites Shinto. Le cultivar C. obtusa ‘Nana Gracilis’ est un faux cyprès nain au port globuleux quand il est jeune et pyramidal par la suite. Plus de 200 cultivars sont connus.

Principes fondamentaux de la culture en pot

Avant tout vous devez savoir que plus un pot est petit plus il faudra l'arroser car la quantité de terre est restreinte. Un bonsaï boit beaucoup et souvent, paradoxalement il ne supporte pas d’avoir les pieds dans l’eau en permanence dans une soucoupe. Un arbre ne vit que rarement dans un espace restreint : son système racinaire s’étend largement dans le sol. Seules les radicelles assurent l’alimentation en eau et en nutriments.

Dans l’espace limité de son pot, un bonsaï ne dispose d’autre source d’eau ni de nutriments que celles que nous lui apportons. Un substrat drainant et aéré est indispensable pour éviter l’asphyxie racinaire. Le cyprès du Japon aime le plein soleil, mais s’accommode d’un emplacement semi-ombragé une partie de la journée. En hiver, il peut rester dehors sans problème.

La mise en forme : De la plante « normale » au bonsaï

Il nous faut pour commencer une plante « normale » mais de petite taille, aux tiges encore souples que nous allons pouvoir mettre en forme. Le but est de lui donner un air japonisant. Avec des ciseaux fins, commencez par supprimer une grande partie des feuilles sur toutes les branches de bas en haut jusqu’à voir apparaitre la forme des petits troncs. Otez les feuilles une par une en les coupant proprement au ras des tiges. S’il le faut, n’hésitez pas à supprimer quelques tiges pour aérer la plante.

À l’aide de tiges de fil de cuivre fin, donnez une forme tortueuse à quelques branches. Commencez par entourer le fil de cuivre autour d’une branche assez solide puis prolongez jusqu’à une branche souple. Étalez les branches et guidez-les pour les répartir équitablement, par strates, jusqu’à obtenir la silhouette souhaitée.

Mise en forme d’un pin sylvestre : travail complet de ligature

La gestion du système racinaire et le rempotage

Quand la partie verte est taillée, passez aux racines. Faites tremper le pot entier dans un récipient d’eau quelques minutes. La terre lorsqu’elle est trempée est plus facile à ôter. Étirez les racines nues que vous étalez sur une table de toute leur longueur pour réduire les plus longues d’une bonne moitié, voire plus. Conservez bien le chevelu qui a une bonne capacité d’absorption de l’eau.

Les rempotages sont également l’occasion de construire la partie visible des racines, juste à la base du tronc. Cette zone, « départ des racines » ou « nebari » en japonais, donne une image d’ancrage solide du bonsaï au sol. Placez des grilles très fines pour boucher les trous du fond du pot ; elles retiendront la terre mais laisseront passer l’eau. Mon astuce pour que la terre sèche moins vite : placez ensuite le pot sur sa soucoupe dans laquelle vous aurez déposé une fine couche de granulés de pouzzolane.

Entretien et suivi au fil des saisons

Arrosez dans le pot délicatement et par petites touches pour ne pas faire déborder la terre. Vaporisez de l’eau de pluie à température ambiante plusieurs fois par semaine lorsqu’il fait chaud dans la maison. Un bonsaï d’extérieur ne sera pas vaporisé en saison froide, il préfèrera passer une heure ou deux sous la pluie. Au printemps prochain, donnez-lui de l’engrais par très petites doses une fois par mois, jusqu’en octobre, car l’hiver la plante est en dormance.

Le cyprès du Japon supporte bien la taille de structure. Tailler pour permettre à la lumière de pénétrer à l’intérieur, sinon le feuillage près du tronc jaunira. Il est très difficile de faire bourgeonner sur le vieux bois. Ligaturer à l’automne ou pendant l’hiver. Les Chamaecyparis ont tendance à reprendre leur forme aussitôt le fil enlevé. Une bonne aération et un arrosage maîtrisé sont les meilleures préventions.

Photo macro montrant la densité du feuillage d'un Chamaecyparis et la structure des plateaux.

La construction de la structure ligneuse

La taille de structure est destinée à mettre en place l’architecture du bonsaï. Elle est l’occasion de finaliser la construction des branches primaires et du tronc. À cette étape, les seules choses qui nous intéressent sont le développement de l’épaisseur du tronc pour les jeunes plants, le positionnement et le développement des branches primaires, celles qui partent directement du tronc.

Le principe est simple en théorie : plus on laisse pousser, plus le flux de sève est important et plus le tronc ou la branche grossit. L’arbre va donc devenir hirsute pendant quelque temps, jusqu’à obtenir la grosseur désirée. La taille interviendra ensuite. La ligature constitue un complément presque indispensable à la taille pour les conifères. Les branches secondaires (qui partent du tronc) et les tertiaires qui s’ancrent sur les secondaires assurent la ramification, obtenue par pincements successifs qui favorisent la division en deux de chacune des branches.

L'approche artistique et la présentation

La plupart des espèces d’arbres et d’arbustes conviennent à l’obtention d’un bonsaï. Certains critères doivent cependant être respectés : bonne réaction à la taille des racines, bonne cicatrisation lors de la taille des branches, capacité à réduire la taille des feuilles en cohérence avec les futures dimensions du bonsaï.

Au-delà d’un loisir certes prenant mais passionnant, la création d’un bonsaï est avant tout une démarche artistique sur le vivant. À ce titre, un bonsaï abouti mérite d’être partagé. Tablettes de présentation, plantes d’accompagnement (« shitakusa »), estampe suspendue (« kakemono »), pierre remarquable (« suiseki ») et alcôve (« tokonoma ») dans des agencements codifiés constituent autant d’éléments qui participent à la présentation d’un bonsaï au Japon. Le faux cyprès est un excellent choix pour la culture du bonsaï, aussi bien pour les amateurs éclairés que pour les passionnés expérimentés.

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