Tout savoir sur le chantier de récolte du maïs

La culture du maïs, qu'elle soit destinée au fourrage, au grain, aux semences, au biogaz ou encore au maïs doux, exige une planification et une exécution précises à chaque étape, du semis à la récolte et au stockage. Une bonne gestion de l'itinéraire technique cultural (ITK) conditionne directement les rendements, la qualité de la production et la durabilité des sols. Cet article explore en détail les pratiques optimales pour chaque type de récolte de maïs, en insistant sur les enjeux clés et les méthodes pour optimiser chaque phase.

I. L'itinéraire technique cultural du maïs : les fondations d'une récolte réussie

La réussite de la culture du maïs repose sur un ensemble de décisions et de bonnes pratiques qui doivent être adaptées aux spécificités de chaque exploitation et aux conditions climatiques locales.

1. Préparation du sol et choix des variétés : les premières étapes cruciales

La préparation des sols et le choix des variétés de maïs constituent la base de tout itinéraire technique réussi. Le maïs, culture exigeante en azote et en gestion hydrique, demande une attention particulière dès les premières étapes. La rotation des cultures, la parcelle choisie et la qualité de la préparation vont directement influencer le potentiel de la culture. Avec son système racinaire superficiel, le maïs exige un enracinement efficace pour capter l’eau et les nutriments nécessaires à son développement. Un temps de retour de 3 à 4 ans entre deux cultures de maïs est recommandé. Le maïs s’adapte mieux aux sols profonds ayant une bonne capacité de rétention d’eau. Des sols bien structurés, sans obstacles ni zones compactées, sont la garantie d’une levée homogène et d’un enracinement profond. Les agriculteurs devraient également prêter attention à la porosité et à l’état de surface. En revanche, les variétés précoces s’adaptent mieux à des cycles courts et aux zones où les stress hydriques sont fréquents, malgré le fait qu’elles donnent moins de rendement.

Schéma de la structure du sol et de l'enracinement du maïs

2. Le semis : assurer une levée rapide et homogène

À ce stade, la priorité est d’assurer une levée rapide et homogène afin que la culture résiste au mieux aux ravageurs et puisse devancer les adventices. Par ailleurs, la température du sol doit idéalement atteindre 10°C avant de semer, mais ce paramètre doit être vérifié avec précision, notamment en tenant compte de la profondeur et des variations journalières. Enfin, il faut aussi tenter d’anticiper les conditions météorologiques extrêmes, comme le risque de froid tardif après le semis.

3. Fertilisation : répondre aux besoins nutritionnels du maïs

Le maïs est une culture particulièrement exigeante en azote (N), en phosphore (P) et en potassium (K). Il nécessite environ 2,2 kg d’azote par quintal produit (150 unités/ha en moyenne). La stratégie d’apport doit être basée sur la méthode des bilans pour évaluer la fourniture naturelle des sols et le coefficient d’utilisation par la plante. Le maïs est très sensible à la carence phosphorique. Elle se manifestera par une coloration violacée des feuilles. L’apport en phosphore (P) est donc largement recommandé, surtout qu’il présente l’avantage de procurer un effet starter pour une levée plus rapide de la plante. Le potassium joue un rôle majeur dans la régulation des fonctions vitales de la plante, notamment la photosynthèse, la croissance et le transport des nutriments. Bien que le maïs soit moyennement exigeant en potasse, des apports sont indispensables dans les sols pauvres, notamment sableux et filtrants. Le soufre agit en synergie avec l’azote pour optimiser l’assimilation de ce dernier et la synthèse des protéines. L’apport de soufre au semis est recommandé, notamment après des automnes et hivers très pluvieux, pour compenser les pertes par lessivage. Le zinc participe au développement racinaire, à la régulation de la croissance et à la synthèse des protéines et des glucides. Le manganèse est un oligo-élément essentiel pour le maïs qui entre en jeu dans la photosynthèse, la formation de chlorophylle et l’activité enzymatique.

4. Gestion des adventices et de l'eau : optimiser la croissance

Le maïs est une culture particulièrement sensible à la concurrence des adventices, et ce, jusqu’au stade 10 feuilles. Arvalis et les chambres d’agriculture recommandent d’intervenir le plus tôt possible par le biais d’un désherbage mécanique afin d’empêcher les adventices de développer des racines profondes. La largeur des inter-rangs se prête plutôt bien à cette technique, notamment le binage à partir du stade 2 feuilles, pour nettoyer les inter-rangs tout en favorisant la structure du sol.

Contrairement à certaines idées reçues, le maïs n’est pas une plante particulièrement gourmande en eau. Cependant, sa sensibilité au déficit hydrique pendant l’été le rend vulnérable dans les zones à pluviométrie insuffisante ou irrégulière. À noter que certaines variétés sont mieux adaptées aux conditions de stress hydrique en France. Afin d’évaluer avec précision les besoins en eau des parcelles de maïs, le programme d’irrigation devrait s’appuyer sur l’utilisation d’outils de suivi de stress hydrique. De cette manière, il est possible d'optimiser les apports, limiter les gaspillages et préserver la ressource en eau. La sonde capacitive d’irrigation Météus se révèle particulièrement utile pour le maïs, culture sensible aux stress hydriques estivaux. En croisant les données météorologiques locales avec les mesures d’humidité du sol, elle permet une gestion de l’irrigation en temps réel.

Infographie sur l'impact de la gestion de l'eau sur le rendement du maïs

5. Gestion des maladies et ravageurs : anticiper pour limiter les pertes

Le maïs est une culture relativement épargnée par les attaques fongiques. La clé, c’est l’anticipation. Avec une rotation réfléchie, des résidus bien gérés et des leviers comme les trichogrammes ou l’utilisation de semences traitées, il est possible de limiter les pertes tout en réduisant l’impact des interventions.

II. Le maïs fourrage : un chantier de récolte et de conservation stratégique

Le maïs fourrage traverse 4 grandes phases de développement, du semis à la récolte, pour une durée de cycle de végétation totale allant de 4 à 6 mois : la phase végétative, la montaison, la floraison et fécondation puis le remplissage et maturation des grains. Si chaque année toutes ces phases se répètent, les plantes ne les atteignent pas forcément aux mêmes dates ni au même niveau de qualité. Réalisé au bon moment, le chantier d'ensilage du maïs garantit à l'agriculteur à la fois un haut niveau de rendement, un fourrage de qualité et une bonne conservation de ce dernier au silo.

1. Définir la date de récolte optimale

Les évolutions climatiques, telles que les années précoces ou celles localement tardives, mettent en avant la nécessité de bien définir la date de récolte. L’objectif est de récolter entre 30 et 35 % de matière sèche (MS) lors de la récolte de l’ensilage. Ce stade est le meilleur compromis entre la conservation et la digestibilité des fibres. À moins de 30 % de Matière sèche (MS), la perte de rendement est inexorable. À plus de 35 % de MS, des problèmes de conservation sont à attendre, notamment avec des échauffements du front d’attaque.

Les analyses de maïs fourrage

Plusieurs méthodes permettent d’estimer la date optimale de récolte :

  • Observation des grains : Le seul aspect visuel de la plante entière ne suffit pas à évaluer efficacement le développement, et plus particulièrement, le stade de maturité de ses variétés de maïs ensilage. L’apparition de la lentille vitreuse à l’extrémité des grains des couronnes centrales de l’épi correspond au stade 23-27 % de MS. À ce stade, les besoins sont de 24 degrés-jours pour gagner un point de MS. Environ trois semaines après la floraison femelle (apparition des soies), examinez les grains situés au milieu de l'épi. À 32 % MS, les trois types d’amidon sont répartis en trois tiers dans les grains des couronnes centrales de l’épi : c’est le moment idéal pour ensiler. Il est plus confortable de surveiller l’apparition de la lentille vitreuse, un stade à partir duquel il faut 20 à 24 degrés-jours (dj) pour gagner un point de MS. Une visite régulière au champ, observant les grains des couronnes centrales de plusieurs épis successifs, situés plutôt au milieu des parcelles, permet de se rendre compte de l’avancement du remplissage des grains.
  • Suivi thermique : La date de floraison (sortie des soies) est le premier indicateur de la précocité de la parcelle. À partir de là, selon la précocité variétale, 550 et 700 degrés-jours (base 6-30°C) sont nécessaires pour atteindre le stade optimal de récolte plante entière, soit 45 à 70 jours selon les régions et le climat. Après la floraison, accumulez les degrés-jours (base 6-30 °C) pour estimer la progression vers la maturité.
  • Outils d'aide à la décision (OAD) : L'outil de pilotage LG, disponible gratuitement dans votre espace personnel Mes services LG, permet de connaître la date de récolte optimale de ses maïs. Cet outil prend en compte divers paramètres locaux tels que la météo, la variété semée et la date de semis. Afin d'obtenir une estimation encore plus précise, il est également possible de renseigner soi-même la date de floraison de la culture ainsi que les éventuels tours d'eau réalisés. Les analyses de MS avant récolte sont également une aide précieuse pour déterminer la date de récolte.

2. Réglages de l'ensileuse et finesse de hachage

Les machines actuelles permettent une facilité de réglages tant sur la longueur de coupe que sur l’éclatement des grains. Cependant, la vérification du résultat sortie goulotte peut être très utile pour s’assurer des bons réglages. Ensileuse performante, réglages précis de la machine et couteaux bien affûtés sont autant de critères importants pour réussir la coupe du maïs fourrage, qui doit être nette et franche. Le hachage doit ainsi répondre à deux objectifs : obtenir une finesse de brin suffisante pour un tassement optimal et en même temps, des brins suffisamment longs pour faciliter la mastication des animaux. Selon les recommandations, l’idéal est de viser autour de 14 mm de longueur.

La longueur de la coupe (environ 10 à 20 mm selon la MS) permettra un bon tassement au silo tout en assurant une ration propice à la rumination. Les particules grossières (> 20 mm) sont indésirables car elles gênent le tassage du silo, provoquent des refus à l’auge entraînant une baisse de consommation des vaches et doivent être évitées. Le simple test de la bassine, qui consiste à déposer une poignée d’ensilage à la surface d’une bassine d’eau, permet d’avoir un aperçu très rapide de l’éclatage des grains. Limiter leur présence améliore le tassement, surtout si la teneur en MS du maïs dépasse 35 %, mais pénalise la rumination des vaches.

Dans le cas des maïs qui ne se dessèchent pas facilement (récolte en octobre, dans les régions voisines de la Manche, par exemple), il est envisageable d’augmenter la longueur de coupe jusqu’à 15 à 20 % de particules moyennes, mais avec un risque de baisse d’ingestion. La longueur des particules n’est pas le principal facteur de maîtrise de l’acidose. D’autres paramètres ont également leur importance. La coupe des particules doit être franche et nette, ce qui nécessite l’affûtage régulier des couteaux de l’ensileuse. L’attaque des grains est à adapter à la maturité. Les particules moyennes (de 10 à 20 mm) doivent représenter 10 % à l’auge.

Des brins de plus de 20 mm sont à éviter : mauvais tassement du silo et refus à l’auge, et donc alimentation réduite des animaux. S’ils sont trop courts, trop fins et trop défibrés, cela mène à une rumination insuffisante chez les animaux qui sont alors exposés au risque de sub-acidose. Cette pathologie se traduit par un trouble de la fermentation ruminale avec une diminution du pH. Difficile à diagnostiquer, elle peut être repérée à partir de plusieurs signes comme des troubles digestifs, une baisse du taux butyreux… avec des conséquences sur l’état des animaux et leurs performances. Pour une ration avec des pulpes surpressées, il est intéressant d’essayer de hacher le maïs le plus long possible (18-19 mm avec une ensileuse conventionnelle et 25 mm avec la technologie shredlage). Ne pas oublier que la priorité reste l’éclatement du grain. En vache laitière, un grain simplement « touché » ne sera pas digéré suffisamment, car les transits sont trop rapides.

Schéma des différentes longueurs de coupe du maïs ensilage

3. Le tassage du silo : l'étape cruciale pour une bonne conservation

Pour une bonne conservation, l'objectif à viser est une densité de 240 kg MS/m3. Le silo permet de conserver pendant plusieurs mois de l’ensilage, dont la conservation dépend directement de la qualité du tassage. Pour éviter que des tonnes de fourrages soient gaspillées, que l’on se retrouve trop juste en fourrage l’été suivant, et que le compte n’y soit pas en quantité et qualité, il est essentiel d’organiser le chantier pour bien tasser. L’élaboration du silo demande une attention particulière pour favoriser les fermentations lactiques, éviter les échauffements, les moisissures, et donc les pertes, et ainsi préserver la valeur énergétique et l’appétence de l’ensilage.

Le tassement se fait par couches successives de 20 cm maximum d’épaisseur. Pour cela, il faut prendre soin d’étaler le fourrage en couches de 10 à 20 cm d’épaisseur et de "tasser, tasser, tasser". Et ceci à vitesse lente, 3 à 4 km/h maximum, pour chasser l'air du tas. C'est bien cette étape qui doit conditionner le débit du chantier. Il est inutile donc de tasser longuement en fin de chantier en espérant se rattraper. Juste avant le bâchage, si vous nivelez manuellement, n'oubliez pas de faire un dernier passage d'engin.

L’objectif est d’obtenir une densité d’au moins 220 à 230 kilogrammes de MS par mètre cube tassé. Pour cela, il faut déjà prévoir un nombre suffisant de véhicules pour tasser. Selon les recommandations, prévoir 400 kg de poids tracteur pour 1 tonne de MS rentrée par heure. Sachant que les rendements varient entre 10 et 18 t de MS/ha selon les régions et les modes de culture. Tout va donc dépendre du débit de l’ensileuse à la récolte. Pour assurer un travail correct, il peut être nécessaire de prévoir plusieurs tracteurs tasseurs ou de confectionner plusieurs silos simultanément avec le nombre de tracteurs correspondant. Avec des ensileuses de dix ou douze rangs, le rythme des chantiers est rapide (souvent trop). Actuellement, le facteur limitant est clairement le tassage, c’est donc au tasseur d’imposer son rythme. Pour tenir celui-ci, il faut adapter le nombre de tasseurs et la masse totale des tracteurs selon le débit. Pour faire simple, dans la majorité des situations, il faudrait deux tasseurs. Ainsi, le premier met en place le fourrage pour que le deuxième le tasse correctement. L’organisation a également son importance. Ainsi, le chantier débutera par les parcelles les plus proches. En effet, c’est lorsque les silos sont vides que les tasseurs sont capables d’absorber le débit le plus élevé. Le tassage est efficace lorsqu’il est réalisé par couche de 20 cm maximum avec une vitesse réduite (environ 3 à 4 km/h) et continue.

Un bon tassement est aussi une histoire de pneumatiques : éviter le jumelage des roues et favoriser des pneus bien resserrés pour exercer un maximum de pression sur la surface de contact, en les regonflant régulièrement. Une étude menée en Bretagne par les chambres d'agriculture et les OCEL, portant sur 90 silos a permis de mesurer des densités variant de 173 à 299 kg MS/m3, avec une proportion d'un silo sur trois insuffisamment tassé. Or, entre un silo d'une densité de 320 kg MS/m3 et un silo d'une densité de 160 kg MS/m3, le taux de pertes double : il passe de 10 à 20 % après 180 jours de stockage.

Pour 40 ha de maïs, 10 % de pertes occasionnées par un mauvais tassage, ce sont 4 ha jetés sur le tas de fumier, et plusieurs milliers d’euros envolés sur une année ! Alors, il ne faut pas hésiter à ralentir le chantier si nécessaire pour se caler avec les besoins du tassage. Mieux vaut payer une heure de chantier supplémentaire que de s'exposer à des pertes excessives.

Photo d'un tracteur en train de tasser un silo

4. La fermeture du silo : garantir l'herméticité

La bonne conservation du tas d’ensilage passe par la pose d’une couverture parfaitement hermétique. La récolte de l’ensilage est terminée, le silo a bien été confectionné : vient le moment de procéder à sa fermeture, la plus étanche possible vis-à-vis de l’air. Plusieurs systèmes de couvertures existent. L’idéal est d’avoir deux couches, par exemple deux bâches, ou une bâche avec un sous-film. La première couche, au contact de l’ensilage, vise à chasser le maximum d’air en surface. La seconde a pour rôle de protéger le silo de la pluie, du soleil et des ravageurs. La qualité est donc essentielle : choisir des matériaux aux bonnes dimensions, avec une épaisseur et une microporosité adéquate, résistants à la perforation et/ou à l’étirement, anti-UV…

Concernant le lestage autour du silo, opter pour des boudins de sable, des sacs remplis de sable ou de cailloux ou encore, des tapis de caoutchouc. Exemple : La pose sur le tas d’une première bâche noire neuve (le film imperméable) recouverte avec celle de l’an passée. Vient ensuite un filet anti-perforation (grille ou toile tissée). Le tout est lesté par les sacs à silo, boudin (rempli de sable - gravier) : une rangée en continu sur toute la périphérie, puis, tous les 5 mètres, des lignes parallèles d’un mur à l’autre.

Schéma de la couverture et du lestage d'un silo

5. La fermentation et l'ouverture du silo : des étapes critiques

Une fois l’ensileuse et les chauffeurs partis, le chantier d’ensilage n’est pas fini ! L’idéal serait de bâcher le silo aussitôt pour le rendre hermétique et ainsi lancer le processus de fermentation. Son principe est basé sur la baisse du pH en dessous de 4. Pour cela, les bactéries lactiques, naturellement présentes dans le maïs, vont produire des acides lactiques en se nourrissant de l’oxygène et des sucres solubles. Il faut compter quatre semaines pour la fermentation totale et que le silo soit stabilisé. L’ensilage doit fermenter au moins trois mois pour obtenir un amidon stable et une fermentation homogène. En pratique, c’est plus compliqué. Il faut tout de même prévoir une transition de trois semaines minimum. Plus le grain est mûr (amidon vitreux), plus l’amidon va évoluer dans le temps pour devenir plus rapide (six à huit mois).

Le processus de fermentation aboutissant à la stabilisation du fourrage intervient en milieu anaérobie (en absence d’oxygène). Plus le maïs fourrage est récolté vert et humide, moins le silo tassé conserve de porosité et plus vite le peu d’oxygène retenu dans le silo est consommé par la respiration du végétal ou l’activité microbienne. À 30 % de MS, 1 kg de matière sèche enferme environ 1 litre d’air. En revanche, un maïs fourrage plus sec (plus de 35 % de MS) est plus difficile à tasser. L’air enfermé dans le silo représente 2 à 4 litres par kg de matière sèche et beaucoup plus en haut du tas. Le processus de fermentation démarre alors plus lentement et, en présence d’oxygène, les levures et moisissures se multiplient. En condition hermétique leur activité est ralentie et cesse d’échauffer le silo.

Les pertes les plus importantes de matière sèche se produisent quelques semaines après la récolte, à l’ouverture du silo. L’ouverture du silo est un moment stratégique qui conditionne la qualité du fourrage. La remise au contact de l’air du front d’attaque « réveille » les levures et moisissures naturellement présentes. Celles-ci étaient en veille par l’absence d’oxygène et la baisse du pH dans la masse du fourrage. Les pertes de matière sèche sont estimées à 0,23 % par degré d’échauffement et par jour. Ainsi, un mètre cube d’ensilage de maïs (230 kg de MS) qui chauffe, c’est 3 à 5 kg MS par jour en moins.

Pour limiter l’échauffement du front d’attaque, il faut limiter au maximum la pénétration en profondeur de l’air qui réactive les fermentations. Pour cela, la vitesse d’avancement dans la masse du fourrage doit être suffisamment rapide : 10 cm par jour en hiver, 20 cm en été. Elle dépend de la quantité de matière consommée quotidiennement et de la surface du front d’attaque du silo. Les échauffements du fourrage peuvent également être limités en assurant une reprise propre, nette et sans vibration. Il faut donc éviter les outils vibrants qui déstabilisent la masse du silo et augmentent la porosité. Une partie des pertes, plus faible cependant, provient de la poursuite de la respiration des plantes entre la fauche et la disparition de l’oxygène dans la masse du silo fermé. Les dimensions du silo - longueur / largeur / hauteur - sont également un paramètre à prendre en compte. Elles vont dépendre de la vitesse d’avancement du front d’attaque prévue à l’ouverture, selon les besoins saisonniers des animaux. Celle-ci s’élève à environ 10 cm par jour en hiver et va jusqu’à 20/25 cm par jour en été.

6. Cas particulier : l'ensilage de maïs versé

La verse, causée par des vents forts ou une pluviométrie importante, va pénaliser le gain de maturité du maïs. Si les plants sont déracinés, sectionnés ou plaqués au sol avec une cassure à moins de 15 cm, il n’y aura plus d’alimentation hydrique, le transfert des sucres vers le grain sera stoppé. « Ce qui veut dire qu’il n’y aura plus de progression de rendement, ni de maturité. Il faut alors déclencher la récolte du maïs fourrage dès que possible », conseille Silvère Gélineau sur le site d’Arvalis. En cas de plants déracinés ou fortement plaqués au sol, la qualité du fourrage se détériore rapidement, avec des risques sur la qualité sanitaire du maïs. Il faut l’ensiler dès que possible.

Si les pieds sont seulement pliés, à une hauteur supérieure à 15/20cm, les plantes resteront, plus ou moins, alimentées. La maturité va un peu progresser. L’ensilage du maïs versé est moins urgent. Il est même judicieux d’attendre que les sols ressuient un peu pour limiter les risques de contaminations par la terre et préserver la structure du sol.

Comme la maturité va cesser de progresser, les maïs versés sont souvent ensilés avec un taux de matière sèche en-dessous des 32 à 35% recommandé. Ce qui donnera des ensilages coulants, avec plus de risque de butyriques.

Pour préserver la qualité de son ensilage en cas de verse, plusieurs mesures sont à prendre :

  • Commencer par ensiler les maïs versés les plus proches de la maturité : Si c’est possible, il faut commencer son chantier par des parcelles à maturité qui constitueront le fond du silo et absorberont les jus des maïs ensilés avec moins de matière sèche, comme c’est souvent le cas des maïs versés. Si ce n’est pas possible, il faut constituer un fonds de silo absorbant en réétalant de l’ensilage de maïs restant ou de l’ensilage d’herbe du printemps.
  • Privilégier la coupe haute pour les maïs versés : Si le besoin en stocks fourragers est assez bien couvert, mieux vaut laisser un peu de tiges au sol en coupant haut plutôt que de ramasser du végétal souillé par la terre. En plus, ça permet de gagner un peu en matière sèche.
  • Des conservateurs pour les maïs ensilage les plus humides : Avec des maïs humides, il faudra être très attentif au tassage et envisager d’incorporer un conservateur (acide organique ou bactéries homofermentaires).

Quant au matériel, les cueilleurs rotatifs peuvent, en théorie, récolter des maïs dans n’importe quel sens. Dans des maïs versés, les petites toupies sont moins efficaces que les grandes. Dans les parcelles versées, il peut être nécessaire de retirer certains éléments, comme les cônes, afin que les plantes rentrent mieux dans la machine. Sur un maïs ensilage complétement à plat, le chauffeur va devoir faire preuve d’habilité pour redresser au mieux la base des plantes pour faciliter la coupe sans pour autant être trop à ras, pour ne pas prendre trop de terre.

La solution des kits “maïs versé” : Certains constructeurs proposent des kits « maïs versé » qui prolongent les doigts releveurs des becs rotatifs en relevant légèrement les plants avant de les couper. Pour limiter les bourrages, les becs devront être parfaitement entretenus : éléments de coupe affûtés, éléments nettoyeurs propres.

Réutiliser les becs à chaînes : Pour ceux à qui il en reste au fond d’un hangar, les anciens becs à chaînes avec leurs pointes prolongées avaient l’avantage de plus relever les plantes que les toupies actuelles. Cela peut valoir le coup de les réinstaller.

Après la récolte, comme il sera difficile de ramasser toutes les plantes, il faudra broyer les résidus, avant la mise en place du couvert ou de la culture suivante. Entre le taux de matière sèche insuffisant et les risques de contamination par la terre, l’ensilage de maïs versé est à suivre de près. Encore plus qu’un autre, il faudra analyser sa valeur alimentaire. Attention au risque d’échauffement à l’ouverture.

III. Les différentes finalités de la récolte du maïs

L’utilisation du maïs ne se limite pas à l’ensilage de la plante entière. La récolte et le stockage du maïs demandent une gestion précise pour tirer le meilleur parti de votre production, qu’elle soit destinée à l’alimentation animale, humaine ou industrielle. Selon la finalité - grain, fourrage, semences, biogaz, bioéthanol… - les stratégies diffèrent.

1. Maïs grain : la quête de la maturité physiologique

Le moment optimal de la récolte du maïs grain est atteint à la maturité physiologique, lorsque le grain présente un point noir à sa base. Celui-ci indique la fin du remplissage en matière sèche et une humidité du grain d'environ 32 %. Le taux de dessiccation dépend des conditions climatiques, notamment de la température et de l'humidité ambiante. En septembre, le maïs peut perdre entre 1 et 2 % d'humidité par semaine, tandis qu'en octobre, ce taux diminue à 0,5-0,75 % par jour. Ce temps d’attente permet de faire des économies sur le temps de séchage en silo. En stockage temporaire : ne laissez pas le maïs humide (> 32 % d’humidité) en attente plus de 24 heures. Pour un séchage en silo : le séchage doit être progressif pour éviter d’endommager les grains d’amidon et de protéines.

2. Maïs ensilage épi (Corn-Cob-Mix) : un concentré énergétique

Entre récolte plante entière et récolte en grain, il existe des formes intermédiaires de conservation du maïs. Il est possible également d’ensiler uniquement l’épi entier. La conservation sous forme d’ensilage finement broyé ne pose pas de difficulté. L’ensilage d’épis doit être considéré comme un concentré complémentaire (1,05 UFL/kg MS) d’une ration plus riche en fibres. Sa richesse en amidon (environ 58 % de la matière sèche en moyenne) et son apport modéré en fibres en font un bon concentré énergétique. Le moment optimal pour récolter le maïs épi se situe lorsque la teneur en MS de l’épi atteint entre 50 et 60 %, soit une humidité des grains autour de 35 %. Ce stade est atteint environ 200 degrés-jours (base 6-30 °C) après que le maïs plante entière atteigne 32 % de MS. Selon les conditions climatiques, cela peut prendre de 15 jours en région chaude à plus d’un mois en climat froid. Le processus nécessite l’utilisation d’un cueilleur adapté monté sur une ensileuse classique. La longueur de coupe doit être réduite au minimum (entre 3,5 et 7 mm) pour un hachage fin, et l’éclateur de grains doit être réglé avec un écartement serré (0,75 à 1,5 mm). Le stockage du maïs épi ensilé peut être réalisé dans différents types de silos : couloirs, boudins ou balles enrubannées.

3. Maïs pour la méthanisation : une production d'énergie renouvelable

Grâce à son excellent rendement en biomasse et son fort pouvoir méthanogène, le maïs peut aussi être destiné à la méthanisation pour la production de biogaz, en tant que CIVE (culture intermédiaire à vocation énergétique). Les récoltes doivent avoir lieu lorsque la plante entière atteint 30 à 35 % de matière sèche. Le choix de la variété de maïs sera déterminant pour optimiser la production de biogaz. Ce sera notamment le cas pour les semis tardifs ou dérobés, réalisés après des céréales ou des cultures industrielles. Il faut alors choisir des variétés ultra-précoces (indice inférieur à 200) capables d’atteindre la maturité avec seulement 1 200 à 1 300 degrés-jours (base 6°C).

4. Maïs doux : une récolte à un stade immature

Le maïs doux exige une toute autre organisation de production. Celui-ci est récolté à un stade immature, lorsque les grains sont tendres et juteux. Les grains doivent être bien développés mais toujours tendres, brillants et non ridés, avec une humidité d’environ 70 %. La fraîcheur du produit est essentielle. Le cycle de production est conçu pour échelonner les récoltes de mi-juillet à mi-octobre et garantir un approvisionnement continu des usines.

5. Production de semences de maïs : un processus délicat

La production de semences de maïs repose sur les plantes femelles. Ces dernières sont soigneusement castrées pour éviter toute autofécondation. La récolte est réalisée à l’aide d’équipements réglés spécifiquement pour ne récolter que les épis. Dans l’attente d’être séchés, les épis sont ventilés pour éviter le développement de champignons. Après le séchage, les grains sont séparés des rafles lors de l’égrenage, puis calibrés à l’aide de cylindres pour former des lots homogènes qui faciliteront le futur semis. Les grains sont ensuite passés sur une table densimétrique qui permet d’éliminer ceux qui sont malades ou endommagés. Le conditionnement des semences est la dernière étape avant leur commercialisation.

Illustration des différentes utilisations du maïs

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