Les traditions qui rythment nos années, des profondeurs sombres de décembre aux premiers souffles du printemps, témoignent d’un besoin humain profond de sacraliser le temps et la nature. Que ce soit par le chant, la lumière ou la contemplation, nos ancêtres ont tissé un lien indéfectible entre le divin et le monde sensible.
L’arbre de Noël : Une lumière venue du Nord
Noël, c’est la grande tradition de la fête aux lumières en ces profondes ténèbres de décembre, marquée par le sapin vert illuminé pour la plus grande joie des petits et des grands. Saviez-vous que cette tradition de l’arbre de Noël n’est pas née sur notre terre française ; on ne trouve trace, nulle part de l’arbre symbolique dans les plus anciennes coutumes de notre pays. Disons que le sapin de Noël, venu par Strasbourg au début du XVII° siècle, gagna Paris à la fin du XVIII° et qu’il fait partie, depuis lors du décor obligé de la fête sacrée qui mêla toujours la foi la plus tendrement naïve aux festivités gastronomiques, créatrices de bien des péchés de gourmandise !

On s’attendrit en ces jours sur l’agnelet doucement bêlant que l’on enrubanne et que l’on fête… A-t-on songé au martyr de décembre, celui qui fut toujours, à la même époque, égorgé, saigné, brûlé sur feu de paille, transformé en boudins, saucisses et jambons qui chargeront les estomacs au retour de la Messe de Minuit ? Dans l’Orléanais on lui doit les crépinettes, en Touraine les rillons et les rillettes… cuits pour que nul trouble ne vienne ternir les futures agapes en une saumure mêlée d’eau bénite ! Les quêtes, qui faisaient aller enfants et chanteurs à la lune de porte en porte, brandissant lanternes et étoiles en papier, avec leurs besaces peu à peu remplies, furent de toutes les provinces. Elles commençaient fort tôt, bien avant Noël, et se prolongeaient jusqu’à la fête des Rois. On chantait devant chaque porte et bien peu étaient ceux qui refusaient ou n’ouvraient point à ceux qui "n’avaient mie". Aguignettes, miettes, miettes !
L’évolution des chants de Noël : De la liturgie au commerce
Les chants de Noël sont l'emballage cadeau des fêtes. Ils font le charme des veillées de l'Avent, réconciliant les générations près du sapin. Profanes ou pieux, ces chants remuent même le cœur des athées et évoquent bien souvent une imagerie biblique féerique. Nous vous donnons le "la"… Les commerçants ne sauraient passer décembre sans eux. Dans les magasins, les chants de Noël ramènent le chaland à son devoir de saison: les cadeaux. Aujourd'hui récupérés par des esprits mercantiles, ces refrains sont issus des coutumes établies par l'Eglise au IVe siècle pour fêter la Nativité.
Pour les historiens, les célébrations d'alors dérivaient de l'adoration du dieu solaire Mithra. Cinq siècles avant Jésus-Christ, la fête de cette divinité perse tombait le 25 décembre… Au IVe siècle de l'Ère chrétienne, des textes latins sont psalmodiés pour la Nativité, témoigne saint Jérôme. Vers l'an 800, surgissent des airs non liturgiques, souvent en patois, que l'Eglise tolère uniquement à la messe de minuit. Les enfants de choeur font aussi du porte à porte pour chanter et quêter en faveur des déshérités. Les plus anciens chants de Noël français arrivés jusqu'aux oreilles des hommes datent du XIe siècle. Plus tard, des scènes jouées près de la crèche vont rehausser l'éclat de la fête dans les églises. A l'origine, ce joyeux spectacle est innocent. Mais il va dégénérer en parodies et farces pastorales brodées sur des chansons à boire. Indignées, les autorités ecclésiastiques vont interdire ces réjouissances. Mais le pli est pris, car les fidèles continuent à chanter des couplets inspirés par la Nativité.
Quelle est l'origine des chants de Noël?: Histoire Pour Dormir
Ces noëls, ou "carols" chez les Anglais, écrits souvent par des laïcs aujourd'hui oubliés, sont "aussi rustiques que les bergers censés les chanter", écrivent les chroniqueurs. Au XVe siècle, les premiers recueils manuscrits de "noëls" sont réunis par des bénédictins. On y trouve notamment "Les anges dans nos campagnes". La Réforme, au XVIe siècle, va redonner aux chants de Noël leur nature religieuse, gracieuse et naïve. Plusieurs cantiques à succès sont signés dès le siècle suivant. En Allemagne, le maître de chapelle Michael Praetorius compose "Es ist ein Ros entsprungen" ("D'un arbre séculaire"), basé sur un psaume d'Isaïe. Jean-Sébastien Bach harmonise d'anciennes partitions, dont celle de Martin Luther "Vom Himmel h'och" ("Je viens à vous du haut des cieux"). Il adapte aussi le psaume "Uns ist ein Kindlein heut' gebor'n" ("Un enfant, ce soir, nous est né"). L'école italienne n'est pas en reste et s'illustre notamment avec le Concerto de Noël d'Arcangelo Corelli.
D'autres musiciens de renom ont abordé le mystère de la Nativité: Charpentier, Haendel, Mozart, Vivaldi et, plus tard, Beethoven, Berlioz, Mendelssohn, Wagner, Honegger ou l'abbé Bovet. Certaines des œuvres célèbres aujourd'hui datent du XVIIIe siècle: "Il est né le divin enfant", qui aurait été primitivement un air de chasse, ou "Entre le bœuf et l'âne gris". Un noël a même été écrit sur l'air de "La Marseillaise". Le XIXe siècle voit éclore "Mon beau sapin", adapté d'une ancienne chanson d'amour, ou l'émouvant "Minuit Chrétien" devenu "O, holy night" dans les pays anglo-saxons. Autre succès mondial de cette époque: "Stille Nacht, Heilige Nacht" ("Douce nuit, sainte nuit", ou "Voici Noël"), créé pour le Noël 1818, à Oberndorf, en Autriche. Cette berceuse attendrissante n'a rien perdu de son charme. Tous les ans, immanquablement, elle filtre des salons, des temples, des églises et des supermarchés. Le répertoire de Noël est une rente de l'industrie du disque: divas d'opéra, orchestres de variété, DJ's de techno ou rockers au cœur tendre exploitent le filon. Derrière les bons sentiments, beaucoup rêvent au jack-pot de Bing Crosby. Les interprétations de ces mélodies ne sont pas toutes des cadeaux; pourtant les airs de Noël se laissent écouter à n'en plus finir. Indubitablement rassurants, ils font revivre d'ineffables bonheurs de l'enfance. Les industriels jouent donc sur du velours en rééditant tous les ans des enregistrements largement amortis.
Le répertoire n'est toutefois pas figé. Il évolue et s'enrichit. Pour doper les ventes de disques, des artistes mettent ces refrains au goût du jour en y greffant des rythmes de jazz ou de techno, d'autres exh