La Laine Charmoise : Histoire, Qualités et Quantité de Production

Mouton Charmoise

La laine, ressource ancestrale, a traversé les âges, façonnant les économies et les cultures. Parmi les nombreuses races ovines productrices de laine, la Charmoise occupe une place particulière, notamment en France. Son histoire est riche, marquée par des innovations, des controverses et une reconnaissance tardive de ses qualités intrinsèques.

Origines et Développement de la Race Charmoise

L'histoire de la race Charmoise est indissociable de celle de M. Malingié-Nouël et de son « Établissement pastoral de la Charmoise » au début du XIXe siècle. Il fut un de ces hommes de bien qu'a séduits le désir de rendre à la fertilité les landes incultes de Sologne. C'est en 1837 que Malingié effectua un premier voyage en Angleterre, dans le Kent, afin d'y acquérir des béliers et des brebis de la race New-Kent auprès de M. Cook. En passant, il s'arrêta à Alfort, où il alla voir les moutons anglais récemment importés (vers 1832) en France par M. Ternaux. De là, il se rendit à Lille, pour confirmer son opinion, dans diverses filatures, à savoir : que la laine du Kent était préférable à celle du Leicester (Dishley). Par l'intermédiaire de M. Lantham, il fut présenté à M. Cook.

Le troupeau s'installa et tout allait si bien qu'en 1838 Malingié retourna en Angleterre, non chez M. Cook, mais chez M. Goord. A l'aide d'une subvention du Gouvernement, Malingié retourna pour la troisième fois en Angleterre. C'est ainsi que l'on a fixé cette race. Le vénérable Richard Goord, régénérateur ou plutôt fondateur de la race de New-Kent, regardait comme un moyen de perfectionnement d'abriter les agneaux contre les vents trop froids et les pluies de longue durée, pendant la première époque de leur existence, et Malingié se promit de suivre les utiles conseils de ce vieillard.

La Charmoise, ne dépassant pas une proportion désirée, répondait à un besoin de l'époque, les agneaux s'élevant bien et supportant sans faiblir le premier été, si dangereux pour les bêtes anglaises. Les animaux appelés à reproduire étaient du pays, sauf le bélier mérinos, mais celui-ci ne figurait que pour 25 %. Malingié était convaincu que l'on pouvait arrêter un animal au poids que l'on désire, car le poids ne dépend pas toujours de la taille. Quand Malingié croisa ses petites brebis de sang mêlé avec les gros béliers Goord, qui atteignaient 90 à 100 kg, on avait eu peur des produits disproportionnés que ce croisement allait donner et aussi de la mortalité occasionnée par la mise-bas d'agneaux trop gros. Mais il n'en fut rien, et Malingié expliquait le résultat de la manière suivante : "Le germe procuré par le bélier se développe en proportion relative à la nourriture qu'il reçoit." Au point de vue de l'engraissement, les premiers mâles castrés de cette race que Malingié mit à l'engrais réussirent merveilleusement.

Béliers Charmoise

Malgré les efforts de Malingié, les officiels français (Ministère de l'Agriculture, enseignement agronomique) entretenaient l'idée que ce n'était pas une race, en raison d'un manque de stabilité morphologique, et lui accordaient peu d'intérêt lors des concours agricoles. La polémique dura une trentaine d'années, mais n'empêcha pas les éleveurs d'apprécier les qualités bouchères et la rusticité de la race Charmoise. En 1865, après le décès de Paul MALINGIÉ fils, le troupeau de la Charmoise fut liquidé par M. S. C'est en 1920 que Fernand LOURDEL, vétérinaire, publia « Le berceau d'une race ovine La Charmoise, Malingié et son œuvre ». En 1927, Jacques OUZILLEAU soutint sa thèse sur « La Race de la Charmoise » à l'Institut agricole de Beauvais. L'après-guerre confirma l'intérêt que portait la boucherie à ces animaux. Aux concours d'ovins abattus de Paris, la Charmoise se classa première à maintes reprises, avec une mention exceptionnelle en 1953 et 1957.

La Laine Pyrénéenne : Une Histoire Parallèle de Revalorisation

La laine pyrénéenne, ancienne source de richesse économique des Pyrénées, puis ressource délaissée, et dernièrement, matière première revalorisée, a une histoire riche et sinueuse. C'est un euphémisme de dire que la laine des Pyrénées fut un véritable trésor des Pyrénées pendant de nombreuses décennies. Cependant, il est difficile de lui donner une origine exacte et définitive, tant la laine des Pyrénées a traversé les âges (on trouve même des traces de son utilisation il y a plus de 3000 ans !).

Idéale pour confectionner des vêtements durables, chauds et résistants, la laine pyrénéenne était souvent associée au lin, une plante très répandue dans les Pyrénées centrales, et au chanvre, une autre plante bien connue des amateurs de vêtements respirants. Chaque mouton produisant entre 2 et 8 kg de laine par an, les éleveurs disposaient de réserves relativement importantes de laine qu'ils utilisaient pour confectionner leurs propres vêtements de berger (capes, manteaux, pantalons, chaussettes) ou même des matelas.

Graduellement, grâce à une demande croissante et à ses qualités intrinsèques, cette ressource locale commença à être vendue, notamment sur les marchés, par les familles de bergers, ce qui marqua son point d'entrée dans l'économie pyrénéenne. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que l'activité accéléra son industrialisation, poussée par le désir des éleveurs de fournir une source de revenus complémentaire à leur activité. Alors, les premiers bassins industriels furent créés, en particulier dans le piémont pyrénéen. Par conséquent, l'industrie lainière locale se développa, créa de nombreux emplois et commença même à se mondialiser, notamment en Europe, pour devenir l'un des poumons économiques des Pyrénées.

Malheureusement, au cours du XXe siècle, la laine des Pyrénées perdit progressivement son influence et son attractivité. La première raison est le développement de la mondialisation et l'arrivée des fibres synthétiques, beaucoup moins chères que la laine française. La seconde est une conséquence de la première. En effet, l'arrivée des fibres synthétiques a entraîné un profond changement dans les habitudes de consommation en matière de vêtements. La troisième est liée à la compétitivité de la laine française par rapport à la laine étrangère, moins chère et présentant des caractéristiques similaires à la laine locale. On peut, par exemple, citer la laine mérinos de Nouvelle-Zélande ou d'Australie, producteurs de plus de 33 % de la laine mondiale. Un dernier phénomène, plus récent cette fois-ci et qui nous a tous concernés, a complété la chute du prix et des quantités vendues de laine pyrénéenne : la crise de la Covid-19. Cette crise a entraîné, suite à la fermeture des frontières, l'arrêt de l'importation de laine française par son principal importateur : la Chine.

Aujourd'hui, la résistance s'organise, et la laine des Pyrénées commence progressivement à retrouver son attractivité au niveau national et international, soutenue par des projets et des initiatives tels que les projets de catégorisation, de valorisation et de tri de la laine menés par des entreprises (Marelha, Laines Paysannes, Agence des Pyrénées, etc.), des collectifs (Collectif Tricolor) ou des institutions (ACAP, régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, départements et villes).

La Tonte et la Quantité de Laine : Un Enjeu Crucial

Avant de trouver le chemin des filatures et ateliers pour être travaillée et transformée, la laine doit tout d’abord être triée puis collectée auprès des éleveurs, et ce, une fois par an. En moyenne, un mouton produit 1,2 kg de laine après la tonte. Cependant, il est important de noter que chaque mouton des Pyrénées produisait entre 2 et 8 kg de laine par an. Cette différence significative souligne l'impact de la race et des pratiques d'élevage sur la quantité de laine obtenue. La tonte est une étape qui s’effectue une ou deux fois par an maximum, généralement avant l’agnelage ou au printemps. Une fois cette étape terminée, la collecte de la laine s’organise soit par les éleveurs eux-mêmes soit par un professionnel qui sera chargé du transport de celle-ci dans les ateliers.

La provenance ainsi que le type de laine recherché sont des critères importants lors de la collecte. La provenance de la laine brute, donc l’exploitation, joue aussi un rôle important dans la qualité du produit. Un élevage où le bien-être des moutons ainsi que la qualité de leur environnement sont respectés, est primordial. Des moutons bien traités, nourris le plus possible au foin et à l’herbe, dans un espace suffisamment grand produisent une laine de meilleure qualité. Aussi importante que la provenance, la qualité de la laine est primordiale lors de la collecte. En effet, s’approvisionner en laine de qualité nécessite une bonne connaissance du secteur ainsi que de l’exploitation.

Schéma du processus de la laine, de la tonte au produit fini

La collecte de la laine fraîchement tondue se fait différemment en fonction des élevages mais aussi en fonction des pays. Par exemple, à Yssingeaux, dans le département de la Haute-Loire, les éleveurs s’organisent pour collecter et vendre leurs curons de laine à une société spécialisée dans le rachat de la laine basée dans le Tarn et l’Allier. Cette démarche s’inscrit dans une volonté des éleveurs ovins français de revaloriser la laine tricolore, trop longtemps délaissée et non exploitée. Dans la Drôme, la FDO du département propose à ses adhérents un ramassage de la laine via des points de collecte dans tout le département. L’avantage est de permettre aux éleveurs de se débarrasser de leur laine mais aussi de proposer des prix négociés plus avantageux.

Les Qualités Exceptionnelles de la Laine Pyrénéenne et son Impact Économique

La laine pyrénéenne est redevenue rustique et a perdu une partie de sa douceur, notamment en raison de la difficulté à cartographier les différentes races produisant cette laine. Chaque race productrice de laine possède ses propres caractéristiques et qualités ainsi que ses propres territoires de pâturage et systèmes d'élevage, de sorte que le tri de la laine est devenu une étape essentielle pour récupérer une laine adaptée à chaque métier. Heureusement, des alternatives existent. Grâce au travail des acteurs mentionnés ci-dessus, une première cartographie des races élevées sur l'ensemble du versant pyrénéen français est à l'étude, grâce à une consultation avec les éleveurs.

Parmi les races pyrénéennes reconnues, on trouve :

  • Aure et Campan : résistante, douce et retenant très bien la chaleur, cette laine de qualité, fine et riche, est très appréciée pour la fabrication de vêtements et accessoires.
  • Barégeoise : laine très fine mais pas très riche.
  • Basco-Béarnaise : laine blanche, parfois teintée de rouge, aux fibres longues et pointues.
  • Ile-de-France : laine aux qualités similaires à celles du Mérinos. Elle se distingue particulièrement par sa finesse, sa souplesse et sa douceur.

La première de ces qualités est qu'en tant que fibre naturelle, la laine pyrénéenne est une matière vertueuse et biodégradable, tout en étant locale. Entièrement renouvelable et recyclable, sa tonte est également vitale pour la santé des moutons. Car bien qu'essentielle en hiver pour affronter le froid des montagnes, la laine devient un handicap pour ces animaux dès l'apparition des premières chaleurs. La tonte est alors indispensable pour libérer l'animal de cette masse enveloppante, qui peut accumuler bactéries et parasites, potentiellement vecteurs de maladies et ainsi nuire à sa santé.

Ses vertus éco-responsables ne s'arrêtent pas là puisque la laine est très durable grâce à sa résistance et son élasticité. Cet aspect lui permettant de durer beaucoup plus longtemps que de nombreuses autres fibres, naturelles ou non. Les vertus de la laine ne s'arrêtent pas là, c'est aussi un matériau extrêmement confortable et pratique. En effet, grâce à sa légèreté et sa douceur, elle est très facile et agréable à travailler, ce qui lui permet d'être adaptée à une multitude de domaines (textiles bien sûr, mais aussi isolation, décoration intérieure ou même bandages et pansements pour le secteur médical). En parlant de confort, vous avez peut-être déjà remarqué que la laine a une place particulière dans l'industrie de la literie. Et non sans raison ! Selon une étude menée par l'Université de Sydney, la laine vous aiderait à vous endormir tout en rendant votre sommeil plus réparateur. Vous ne serez pas surpris de voir que de nombreuses marques de literie utilisent la laine pour fabriquer leurs matelas !

Les multiples usages de la laine

Continuons sur la dimension confortable de la laine avec deux de ses caractéristiques les plus célèbres : sa respirabilité et ses incroyables facultés thermorégulatrices. La première est largement due à ses fibres semi-perméables qui lui permettent d'absorber l'humidité en grandes quantités, limitant ainsi l'humidité et la transpiration. Ses facultés thermorégulatrices sont également importantes (encore plus pour nous, professionnels du textile !) et très bien connues. Nous pensons spontanément à la laine comme une barrière contre le froid, mais l'inverse est également vrai. La laine est aussi un excellent vecteur d'isolation thermique grâce à sa texture ondulée qui lui permet de stocker une grande quantité d'air et grâce à sa structure écailleuse qui lui permettra d'augmenter sa surface en contact avec l'air tout en ralentissant sa circulation. En bref, elle conservera la chaleur aussi bien que la fraîcheur (c'est pourquoi la laine mérinos par exemple est utilisée pour les vêtements techniques).

Dernier point important, contrairement à ce que l'on pense habituellement, la laine est très facile à entretenir et demande peu d'effort. Presque infroissable grâce au degré élevé d'élasticité de ses fibres, elle attire aussi peu la poussière et résiste aux taches grasses. C'est aussi un matériau qui aime l'oxygène et, à son contact, libère ses odeurs et ses impuretés. La consommation d'eau et d'électricité est donc réduite !

Enfin, il existe des qualités et vertus de la laine moins connues du grand public, mais qui sont néanmoins très intéressantes (pour les entreprises comme pour les particuliers !). La première est sa dimension insonorisante, qualité qui lui est conférée par sa densité et son frisé. Ainsi, les ondes sonores pénétreront à l'intérieur du matériau, mais auront d'énormes difficultés à en ressortir. Elle peut donc agir comme un isolant naturel pour toutes les pièces de la maison ! Sa seconde qualité inconnue est, comme les plantes, sa capacité à purifier l'air grâce à sa structure moléculaire. La laine est donc idéale pour purifier le dioxyde d'azote émis par nos appareils domestiques ou des substances nocives telles que le formaldéhyde, un gaz nocif et potentiellement cancérigène qui est fréquemment présent dans les équipements, la décoration et les produits domestiques de nos maisons. Dernière qualité inconnue, la laine offre une protection naturelle contre les UV, protection qui est même supérieure aux fibres naturelles comme le coton ou de nombreuses fibres synthétiques couramment utilisées pour la conception de vêtements techniques.

Toutes ses qualités et vertus font de cette ressource locale un formidable vecteur de croissance économique pour les territoires dans lesquels la laine pyrénéenne est disponible en quantité. Comme l'illustre cette infographie, la laine pyrénéenne a (presque) mille et une utilisations, dans de nombreux métiers différents.

De nombreuses marques ont choisi de valoriser cette ressource locale exceptionnelle. Pyloow, marque pyrénéenne d'accessoires de décoration, propose des plaids, coussins et poufs. Armaité, marque du Pays Basque, confectionne des espadrilles depuis 3 générations. Laulhère, marque historique de bérets, est implantée près des Pyrénées depuis plus de cent ans. À la Maison Izard, fortement attachée à son territoire et à ses spécificités, le choix a été fait de développer cette matière première locale exceptionnelle en concevant, de manière éthique et responsable, des pulls et accessoires en laine pyrénéenne, bénéficiant même du label France Terre Textile.

La révalorisation de la laine, qu'elle soit de Charmoise ou pyrénéenne, est un mouvement qui prend de l'ampleur, soulignant l'importance de préserver et de promouvoir ces ressources naturelles, riches en histoire et en qualités.

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