Gestion et valorisation durable du fumier de vache en Finistère : Pratiques et enjeux environnementaux

La gestion des effluents d'élevage constitue un pilier fondamental de l'agronomie moderne en Bretagne, et plus particulièrement dans le Finistère. Entre impératifs réglementaires, protection de la ressource en eau et optimisation de la fertilité des sols, les éleveurs doivent concilier performance technique et respect de l'environnement. Cette approche nécessite une connaissance fine des caractéristiques des fumiers, des conditions de stockage et des stratégies d'épandage.

Cadre réglementaire et bonnes pratiques de stockage

Le stockage des fumiers est strictement encadré pour prévenir toute pollution diffuse, notamment par le ruissellement. Respecter les bonnes pratiques et les distances réglementaires est une obligation légale et une responsabilité environnementale. Il est impératif d'avoir de bonnes conditions de portance pour faciliter les déstockages des fumières vers les champs à distance des cours d’eau et des tiers.

Tous les fumiers ne peuvent pas être stockés au champ et ceux qui le sont ne sont pas déposés n’importe où. Les fumiers compacts et non susceptibles d’écoulement ayant séjourné au moins 2 mois sous les animaux et/ou sur une fumière peuvent être stockés au champ. Une tolérance spécifique existe pour les fumiers avicoles : les fumiers avicoles non susceptibles d’écoulement et les fientes de volailles de plus de 65% de matière sèche (MS) peuvent être directement stockés au champ, sans obligation d’être d’abord stockés en fumière.

Schéma des distances de sécurité pour le stockage au champ : 100m des habitations, 35m des cours d'eau, 500m des zones conchylicoles

Il convient de respecter scrupuleusement les distances réglementaires : 100 m par rapport aux habitations (réduit à 50 m pour les exploitations soumises au Règlement Sanitaire Départemental), 35 m des cours d’eau ou puits, 500 m des zones conchylicoles et 200 m des lieux de baignade. Enfin, il est indispensable d'enregistrer la localisation des dépôts dans votre cahier de fertilisation.

Stratégies de fertilisation et gestion des sols

La station expérimentale de Trévarez, située dans le Finistère, illustre la mise en pratique de ces principes. Elle conduit deux systèmes laitiers distincts : l’un en conventionnel avec un cheptel de 130 vaches, l’autre en bio avec 65 laitières. Les vaches sont sur logettes avec substrat de sciure de bois et les génisses sur litière accumulée. Depuis 2018, le système conventionnel est engagé dans une démarche bas carbone.

La station établit le plan de fumure avec le logiciel MesParcelles des chambres d’agriculture. Le fumier est principalement destiné au maïs, qui est conduit avec un objectif de rendement de 14 à 16 tMS/ha. Il est pesé sur le pont bascule de la station et apporté, à raison de 30 t/ha, deux mois avant le semis si la portance des sols le permet. Le fumier est également apporté à la culture de betterave et sur certaines prairies en fin d’été-automne. Les surfaces en herbe sont fertilisées avec le lisier, légèrement dilué (2,5 g/kg d’azote total). Un premier apport (25-30 m3/ha) est effectué sur les parcelles pâturées par les vaches laitières environ trois semaines avant la mise à l’herbe pour limiter les problèmes d’appétence.

Valorisation des boues de station par épandage agricole.

Dans chaque parcelle, l’évolution de la fertilité est contrôlée tous les cinq ans par une analyse de sol. Les techniciens vérifient tout particulièrement les niveaux de pH qui sont naturellement acides. Pour les maintenir proches de 6,2, des apports de sables calcaires sont effectués tous les cinq ans. Les parcelles sont riches en matière organique (6,7 %). L’épandage des fumiers est délégué à l’ETA locale. Ils sont incorporés à l’aide d’un outil à disques avant le labour. Les lisiers sont épandus soit par les techniciens de la station soit par l’ETA, dans les deux cas avec une tonne à pendillards. Le bâtiment principal est équipé d’un séparateur de phase mécanique qui permet d’homogénéiser le lisier.

Optimisation de la couverture végétale et intercultures

La gestion de l'azote passe également par une maîtrise des intercultures. Quelle date d’implantation des CINE (Couvert végétal d’Interculture Non Exporté) depuis le PAR7 ? Après cultures récoltées après le 10 septembre (dites « cultures récoltées à l’automne ») : couvert mis en place au plus tard le 1er novembre. Cela s’applique entre 2 maïs fourrages par exemple. Après culture de maïs-grain : la couverture peut être obtenue par un broyage fin des cannes de maïs-grain suivi d’un enfouissement superficiel des résidus dans les 15 jours suivants la récolte.

Enjeux atmosphériques : le projet ABAA

Dans le nord-ouest de Brest, la Chambre d’agriculture de Bretagne et Air Breizh lancent un projet pour mesurer les quantités d’ammoniac dans l’air. En France, 90% des émissions d'ammoniac sont d’origines agricoles. En Bretagne, le chiffre monte à 95 %. L’ammoniac se dégage principalement lors de l'épandage de fumier et l'application d'engrais minéraux.

Pour la première fois, en France, ces émissions d'ammoniac vont être mesurées. "On va équiper tous les agriculteurs du projet d’une application. En temps réel, ils indiqueront qu’ils épandent tel ou tel lisier, en telle quantité, sur telle ou telle parcelle. Cette parcelle sera géo localisée et ainsi, en croisant les données des agriculteurs et les mesures des capteurs installées à deux kilomètres alentour, nous aurons des chiffres précis des quantités d’ammoniac qui s’échappent dans l’air" se félicite Edwige Kerboriou, vice-présidente de la Chambre régionale d'agriculture de Bretagne.

Carte de déploiement des capteurs de mesure d'ammoniac dans le Finistère

"On va pouvoir quantifier précisément et cela nous fournira des informations importantes sur les moments où il est préférable d’épandre. Quand il fait chaud ? Quand il fait froid ? Le matin, l’après-midi ?" se réjouit aussi Julien Hindré, exploitant agricole à Plouzané. L’agriculteur utilise différents engins, des enfouisseurs, des rampes à patins qui permettent d’éviter les odeurs et qui sont plus "efficaces". Quinze volontaires participent au projet, quinze autres devraient les rejoindre. A terme, le projet devrait être répliqué à toute la Bretagne avec la participation de 9.000 fermes.

Dynamique de croissance de l'herbe et conduite du troupeau

La gestion des effluents est intimement liée au cycle de l'herbe et à l'alimentation du troupeau. Avec la belle météo de la semaine dernière, la pousse a décollé. La ration des vaches est composée de 10 kg de MS d’herbe pâturée et 8 kg de MS de maïs. Je maintiens 1,5 kg de soja par vache notamment pour les fraîches vêlées. Le niveau de lait est de 30 L/vache/j.

Après un pâturage ou une fauche, la plante n’a presque plus de surface foliaire, elle doit mobiliser ses réserves pour en refabriquer, la production de la prairie est donc très faible. Au fur et à mesure que cette surface augmente le rendement de la prairie augmente : la plante a de plus en plus d’énergie pour produire des feuilles. Passé 3 feuilles, la sortie d’une quatrième entraîne la disparition de la plus vieille feuille, la croissance ralentit jusqu’à s’arrêter : la plante fait du rendement en tige et en perd en feuilles. Le rendement de la parcelle est donc optimal pour le pâturage à 3 feuilles. La courbe de croissance varie en fonction du type et de l’âge de la prairie, des conditions pédoclimatiques.

La préparation des terres à maïs avance : épandage du fumier/lisier, déchaumage, passage de décompacteur et herse. Il reste 5 ha de méteil (seigle forestier, vesce velue et mélange de trèfles incarnat, Squarrosum, Micheli) à récolter sur 20 ha. L’objectif de rendement est de 5 t MS/ha. La pousse de l’herbe mesurée du 8 au 14 avril est dans les normales de saison avec une moyenne de 51 kg de MS/ha/jour. La période est propice à l’optimisation du coût alimentaire. Quand le pâturage est supérieur à une demi-ration, l’apport d’azote par l’herbe pâturée de qualité suffit à équilibrer la ration. Dans un système à 25 ares, les vaches ont franchi la ½ ration (51 kg MS/ha/j x 0,25 ha/VL = 12 kg MS/VL/j). Entre 25 et 50 % d’herbe pâturée de printemps, le maïs sera corrigé à hauteur de 100 g de soja ou 150 g de colza par kg de MS de maïs.

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