Mauvaises Herbes : Une Symphonie de Bienveillance et de Résilience

Affiche du film Mauvaises Herbes

Après le succès public de "Nous trois ou rien" en 2015, Kheiron, l'humoriste, acteur, scénariste et réalisateur, revient avec "Mauvaises herbes", un film qui, malgré de nombreux défauts, séduit et procure un agréable moment de divertissement. Ce long-métrage, empreint de sincérité et de bonnes intentions, dégage un énorme capital sympathie et des ondes positives qui conquièrent le public.

L'Âme du Film : Humour, Tendresse et Éducation

"Mauvaises herbes" est un conte social formidable de drôlerie et de tendresse, porté par la plume et la tchatche de Kheiron. Le film raconte l'histoire de Waël, un jeune homme qui vit de petites escroqueries, accomplies avec Monique, une sexagénaire délicieusement indigne incarnée par Catherine Deneuve. Leur duo est pétillant et la complicité entre Kheiron et Catherine Deneuve est contagieuse, offrant des séquences très drôles, comme celle de l'arnaque au sac à main dans les supermarchés ou encore le concours de danse complètement déjanté.

L'intrigue prend un tournant lorsque Waël et Monique tombent sur Victor, un éducateur de gamins de banlieues. Victor oblige Waël à s'occuper de ces jeunes en difficulté, le catapultant dans un rôle d'éducateur qui, au premier abord, semble forcé et improbable. C'est le début d'une aventure qui explore le thème de l'éducation, un sujet qui touche particulièrement Kheiron et qui est au cœur de son œuvre. Comme le réalisateur le confie : "Pour moi l'éducation c'est le challenge le plus important. Tous les problèmes qu'on a quand on est adulte viennent de notre éducation."

Mauvaises herbes - Kheiron - Avant-premières Paris (UGC Les Halles / Les Gobelins)

Le film est également une ode à la bienveillance et à la résilience, des valeurs essentielles dans la vision de Kheiron. Il cherche à montrer ce que l'on fait avec ces enfants en difficulté, exclus de l'école : les met-on dehors ou leur offre-t-on un espace de dialogue et de communication ? Le regard porté sur eux est central : sans jugement, Waël cherche à savoir ce qui se passe dans leurs têtes. C'est un film qui porte mille messages, sur l'amour, la transmission, la solitude, et l'immigration.

Une Inspiration Personnelle et Familiale

"Mauvaises herbes" s'inspire directement de l'expérience de Kheiron et de celle de son père, Hibat Tabib. Le réalisateur, qui a grandi à Stains et Pierrefitte, a lui-même travaillé, il y a quelques années, auprès d'élèves exclus, dans le cadre d'un dispositif inédit, mis sur pied par son père. Cette expérience fut un tournant pour Kheiron, qui a passé quatre ans à s'occuper de ces élèves, avec un sentiment de fraude parce qu'il n'avait pas les mêmes méthodes que tout le monde, et pourtant, il a assisté à des miracles.

Hibat Tabib, militant anti-décrochage, a toujours défendu l'importance de l'enfance et la nécessité de la présence des adultes, de leur gentillesse et de leurs compétences pour permettre à ces jeunes de bien grandir. Il estime que son fils a réussi à passer un message avec ce film, espérant qu'il servira d'outil aux professeurs, aux élèves, aux parents. Son œuvre avait déjà inspiré à Kheiron le sujet de son précédent film, "Nous trois ou rien", qui racontait le destin de ses parents, iraniens obligés de fuir le régime de l'ayatollah Khomeiny après avoir résisté à celui du Shah.

Kheiron et son père Hibat Tabib

Bien que "Mauvaises herbes" s'inspire de cette histoire vraie, Kheiron a beaucoup laissé libre cours à son imagination, si bien qu'il a estimé que le film ne méritait pas le tampon "inspiré d'une histoire vraie". Il confie être surtout parti d'une matière qu'il connaît, utilisant son expérience comme point de départ pour une narration plus libre et inventive.

Les Défauts et les Charmes d'un Conte Moderne

Malgré ses qualités indéniables, "Mauvaises herbes" présente quelques problèmes qui l'empêchent d'être le "feel-good movie" parfait espéré. Le film commence de manière très abrupte et la manière dont Waël se retrouve catapulté éducateur apparaît forcée, improbable ou tirée par les cheveux. La "love-story" qui s'établit entre lui et la sœur de l'une des élèves est également jugée plus proche de l'impossible que de la coïncidence. Pour apprécier l'œuvre, il est nécessaire de laisser tout cynisme à l'entrée de la salle, car elle tient plus du conte de fées que du film social et réaliste.

Le montage est parfois hasardeux, notamment avec l'insertion de scènes de l'enfance de Waël qui peuvent sembler hors de propos. Les six spécimens d'élèves en difficulté s'avèrent bien dociles et gentils, mais surtout pas très fouillés, chacun répondant à une ou deux caractéristiques. Le thème du professeur ou éducateur face à des jeunes compliqués a déjà été vu tellement de fois à l'écran qu'il semble délicat d'innover sur ce terrain.

Scène du film Mauvaises Herbes avec les élèves

Pourtant, ces raccourcis et le côté manichéen, bien qu'à la limite du tolérable, passent comme par enchantement. Cela est dû à l'énergie folle dégagée par Kheiron et sa petite troupe, qui évitent le larmoyant. La magie s'installe lors de certaines séquences, offrant de beaux moments d'émotion, comme les scènes à Paris qui sont excellentes, et les tandems Dussollier/Deneuve et Kheiron/Deneuve qui touchent profondément.

Les dialogues et les situations font souvent sourire, et la bonne humeur générale dégagée par l'ensemble est contagieuse. En ces temps sombres, "Mauvaises herbes" est un film qui fait du bien, dont on pardonne facilement les nombreuses scories grâce à son approche positive et sa capacité à émouvoir sans jamais tomber dans le pathos.

Les Acteurs et la Production

Le casting de "Mauvaises herbes" est l'un de ses points forts, avec des acteurs hors pairs qui contribuent grandement à son succès. Kheiron est parfait dans son rôle de repenti, incarnant une vraie sincérité. Catherine Deneuve est éblouissante de talent en Monique, une sexagénaire indigne qui ajoute une touche de fantaisie et d'humour. André Dussollier est tout aussi éblouissant, et le couple Deneuve/Dussollier fonctionne merveilleusement bien, ajoutant une dynamique particulière au film. Les autres actrices et acteurs sont également très bons, complétant un ensemble harmonieux.

La réalisation de Kheiron se caractérise par une volonté de perturber le spectateur. Il n'y a aucun repère visuel ni sonore entre les deux temporalités du long-métrage, créant une expérience cinématographique unique. Le réalisateur raconte : "Si on projetait séparément un extrait des scènes du passé et un autre des scènes du présent, on pourrait croire qu'on est face à deux films différents." Cette approche contribue à l'originalité du film et à sa capacité à surprendre.

Catherine Deneuve et André Dussollier dans Mauvaises Herbes

La production du film a bénéficié de la collaboration de divers professionnels. La régie a été assurée par Jean-Michel Rucheton, Lucas Berger et Bruno Deck, avec le renfort de Tien Lie et Amandine Charlier. Les graphistes Léa Grégoire et Yang Jimeng ont respectivement créé les titrages et les affiches. Judith Margolin a assisté au casting. Des remerciements ont été adressés à Bruno Deck pour le prêt de son véhicule, à Debra Reynolds pour l'utilisation de sa maison, et à la mairie de Champcueil pour sa confiance et son soutien.

Un Message Universel

Le film aborde également le thème des attentats de masse et leurs conséquences sur ceux qui restent. David, l'un des personnages, perd sa sœur lors d'une tuerie dans un parc et doit trouver un sens à son existence en s'occupant de sa nièce, Amanda, 7 ans, et de Léna, dont il vient de tomber amoureux. C'est le premier film français à aborder ce thème de manière si directe, explorant les répercussions émotionnelles et existentielles de ces tragédies.

Le mérite de "Mauvaises herbes" est d'attirer l'attention sur l'importance de l'enfance et le rôle crucial des adultes dans le développement des jeunes. Kheiron insiste sur le fait que l'éducation est ce qui touche son père et que le film, bien qu'il puisse être vu comme un simple divertissement, porte des messages profonds sur l'amour, la transmission et la solitude.

L'attachement de Kheiron au territoire de la Seine-Saint-Denis, où il a grandi, est également un élément notable. Bien qu'il affirme être attaché aux gens plutôt qu'à un territoire, son père, Hibat Tabib, exprime un attachement profond à ce département, soulignant qu'en dépit des difficultés, on y invente énormément de choses. Ce dialogue entre les deux hommes sur la notion d'appartenance et d'engagement résonne tout au long du film, ajoutant une dimension supplémentaire à son propos.

"Mauvaises herbes" est un film qui, par sa fraîcheur et sa spontanéité, réussit à toucher le cœur des spectateurs. C'est une œuvre qui, malgré ses imperfections, offre un moment de cinéma authentique et plein d'humanité, prouvant qu'il est possible de rire, d'être ému et de réfléchir en même temps.

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