Les CIPAN Mellifères : Un Atout Multifonctionnel pour l'Agriculture et la Biodiversité

L'implantation des Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrates (CIPAN) revêt de multiples intérêts, dépassant largement la simple capture de l'azote dans le sol. Tout l'enjeu réside dans le choix et le semis du bon mélange, au moment opportun. Ces cultures, implantées entre deux cultures principales, ont pour objectif primordial de capturer les nitrates présents dans le sol, prévenant ainsi leur lessivage vers les eaux souterraines et de surface. Dans les zones vulnérables, leur mise en place est obligatoire, conformément à la Directive Nitrates.

Schéma des différents rôles des CIPAN

Intérêts Agronomiques des CIPAN

Au-delà de leur rôle de piège à nitrates, les CIPAN offrent une multitude d'atouts agronomiques. Elles permettent d'améliorer la structure du sol grâce à des enracinements variés, de le protéger contre l'érosion et le compactage, de stocker du carbone, de limiter la concurrence des adventices et de favoriser la biodiversité. En période estivale, la présence de ces couverts végétaux capte et utilise l'énergie solaire pour réaliser la photosynthèse, produisant ainsi de la biomasse. Cette production de biomasse est essentielle pour enrichir le sol en matière organique fraîche, ce qui, à terme, limite la fertilisation des cultures suivantes. Les légumineuses, par exemple, ont une réelle capacité d'absorption de l'azote du sol, en plus de capter l'azote atmosphérique. Introduire des légumineuses dans la rotation via le couvert permet de diminuer l'apport d'azote sur les cultures suivantes.

Choix des Espèces et Semis

Le choix des espèces est très large, incluant crucifères, graminées, légumineuses, et dépend avant tout du contexte pédoclimatique et des objectifs agronomiques visés. Le semis se réalise généralement après la récolte de la culture d'été, idéalement le soir même ou le lendemain pour profiter de l'humidité résiduelle du sol. L'eau ne doit en aucun cas être un facteur limitant : un travail du sol est donc à éviter avant l'implantation, au risque d'accélérer le dessèchement. Un autre conseil est de semer profond, à environ 5 cm, pour assurer une germination optimale, même en cas de manque d'eau quelques jours après le semis. Une fois installée, la plante sera capable de capter l'eau nécessaire de façon autonome. Réglementairement, les CIPAN doivent être semées au plus tard le 1er octobre et laissées en place pendant au moins huit semaines. Pour tirer un avantage du couvert, il faut si possible le semer avant le 1er septembre et idéalement autour du 15 août. Les conditions climatiques après le semis et le degré d’humidité des sols conditionneront la bonne levée du couvert et son développement.

Tableau des espèces de CIPAN et leurs bénéfices

Selon les objectifs, deux options s'offrent à l'agriculteur :

  • Cultures précoces (sarrasin, cameline ou tournesols précoces) : ces cultures seront récoltées pour, notamment, reconstituer un stock fourrager.
  • Couverts à cycle plus long : ces couverts sont privilégiés pour accroître le taux de matière organique du sol et limiter la fertilisation de la culture suivante.

Dans tous les cas, le mélange d'espèces s'avère une bonne option pour profiter de plusieurs aspects, en surface ou sous terre. L'association vesce, trèfle d'Alexandrie, féverole et pois fourrager, par exemple, est une excellente option pour générer de la biomasse et bien résister aux différents stress abiotiques. Les mélanges d’espèces différentes sont intéressants pour cumuler les facteurs favorables de chacune et casser les cycles des maladies. Cependant, la destruction de certaines espèces peut être difficile (ex: radis) et l'équilibre entre espèces est parfois délicat à réaliser.

Pratiques gagnantes pour les semis

Recommandations Spécifiques par Espèce

Certaines espèces sont particulièrement intéressantes en CIPAN :

  • Phacélie : contribue à la structure du sol et est un piège pour certains nématodes.
  • Trèfles annuels (de Perse, d’Alexandrie…) : connus pour leur restitution rapide d’azote.
  • Moutarde (blanche ou brune) : offre un développement rapide et est un bon piège à nitrates.
  • Radis fourrager : se distingue par sa vitesse de couverture.

La liste des espèces éligibles pour les SIE (Surfaces d'Intérêt Écologique) est publiée chaque année dans l’arrêté BCAE. Il est important de noter que les semis de légumineuses pures sont interdits, sauf en agriculture biologique. Un hectare de plante fixant l’azote équivaut à un hectare de SIE.

Les conditions pour bénéficier de l'apport d'azote des légumineuses sont :

  • Semer tôt : une légumineuse a besoin de plus de chaleur et d'ensoleillement que les crucifères et graminées pour se développer. En cas de semis tardif du couvert (au-delà du 15-20 août), l'intérêt de semer de la légumineuse est décroissant.
  • Ne pas détruire tôt : l'azote pourrait être rapidement lessivé si la destruction intervient avant fin janvier.

Destruction des Couverts

Pour détruire les couverts, il est préférable de ne pas compter uniquement sur le gel, surtout dans les régions continentales. La destruction mécanique, par broyage ou déchaumage, reste une bonne option pour blesser les plantes. L'application d'un produit chimique, en complément, est parfois nécessaire. Le roulage peut être facultatif en fonction du travail de rappuyage réalisé par l’outil de déchaumage. Le coût des interventions spécifiques d’implantation (semis-déchaumage-roulage) se situe entre 20 et 30 euros.

Infographie sur les méthodes de destruction des CIPAN

Quand intervenir pour la destruction ? Si l'objectif est de laisser le temps aux couverts végétaux d'assurer pleinement leurs fonctions, l'enjeu est aussi de limiter un éventuel effet dépressif sur la culture suivante. Cet effet peut se manifester par une concurrence vis-à-vis de l'eau, de l'azote, ou un salissement si le couvert est monté à graines. La date de destruction est raisonnée en fonction de la culture suivante, de l'espèce du couvert et du type de sol. En règle générale, cette étape peut intervenir juste avant le semis d'une céréale d'hiver ou environ un mois avant l'implantation d'une culture de printemps. Pour les espèces à cycle long, il est recommandé d'intervenir au maximum quelques jours après la floraison. L'objectif est d'implanter une culture intermédiaire avant une culture de printemps et d'obtenir un développement suffisant pour piéger l'azote du sol présent entre la récolte du précédent et le début du drainage (vers la mi-novembre environ). Dans cette situation, le recours à la moutarde est souvent la solution la plus commode et la moins chère (possibilité de semis à la volée). Il est possible aussi de recourir à des céréales de type avoine de printemps. Le semis devra être réalisé si possible avant fin août pour assurer un développement suffisant au cours de l'automne. Semer tôt un couvert augmente les risques de gel, car le degré d'avancement de la végétation rend le couvert plus gélif. Un semis très précoce pour de la moutarde peut conduire à une floraison anticipée et une absorption d'azote limitée dans le temps. Il est important de noter qu’un couvert ne permettra pas de "restructurer" le sol. Un conseiller à proximité peut vous aider.

Pratiques gagnantes pour les semis

Intérêt pour la Biodiversité et les Pollinisateurs

En plus de leurs avantages agronomiques, les intercultures jouent un rôle crucial en faveur de la biodiversité, notamment pour les pollinisateurs. Le Réseau biodiversité pour les abeilles, le groupe Soufflet et BASF Agro ont étudié en 2011 et 2012 le comportement des abeilles en présence de mélanges spécialement conçus pour les intercultures et répondant à la réglementation CIPAN. La moutarde brune Étamine et la gamme de semences Mica, pour mélanges inter-culture agronomiques, testés dans des conditions contrôlées sur une plate-forme expérimentale en Seine-et-Marne, ont confirmé les atouts mis en évidence en 2011 : intensité florale, précocité de floraison, apport de pollen, ou encore potentiel attractif sur les abeilles et les papillons pollinisateurs. La moutarde brune Étamine réalise de meilleurs « scores » que la moutarde blanche, qu’elle soit implantée en monoculture ou dans le cadre d’un mélange Mica.

Photo d'abeilles sur des fleurs de CIPAN

Enjeux pour la Santé des Abeilles et la Rentabilité

Une alimentation riche en pollen tout au long de l’année est indispensable aux abeilles pour assurer le maintien de leur défense immunitaire, tout comme la disponibilité d’une ressource alimentaire au début de l’automne. Les intercultures peuvent y contribuer fortement et jouer un rôle complémentaire à celui assuré par les jachères apicoles au printemps. Outre l’aspect environnemental, la pollinisation revêt une importance financière, rappelle le Réseau biodiversité pour les abeilles. Les intercultures fixent les nitrates et améliorent la structure du sol tout en offrant aux pollinisateurs une source de nourriture avant l’hiver : ce sont d'excellentes solutions pour améliorer la biodiversité d’une exploitation et la qualité des parcelles. En zones de grandes cultures, les paysages sont souvent dénudés sur de vastes étendues une fois les moissons achevées. L’implantation de plantes à croissance rapide, engrais verts ou cultures intermédiaires pièges à nitrate (CIPAN) permet de protéger les sols entre deux cultures. Il est important de noter que la couverture des sols est en partie obligatoire pendant l’automne et une partie de l’hiver (directive nitrates). En dehors des zones vulnérables, la mise en place de couverts intermédiaires est laissée au libre choix des exploitants.

Les objectifs, en plus du piégeage des nitrates, seront :

  • Une bonne couverture de sol (pour concurrencer les adventices).
  • Des enracinements variés qui explorent une grande partie du sol.
  • Une production importante de biomasse pour de la matière organique fraîche dans la rotation.

Autres Pratiques Culturales Favorisant la Biodiversité

Outre les CIPAN, d'autres pratiques culturales contribuent significativement à la biodiversité sur une exploitation agricole :

  • Jachères : Elles reposent le sol et cassent le cycle des parasites tout en favorisant la pollinisation et en offrant un refuge aux animaux. Les jachères sont une solution idéale pour améliorer la biodiversité d’une exploitation et la qualité des parcelles.
  • Bandes enherbées : Implantées en bordure de cours d’eau, en rupture de pente ou autour des parcelles pour éviter les transferts de produits phytosanitaires, les bandes enherbées offrent aussi le gîte et le couvert aux auxiliaires et au gibier.
  • Prairies : Elles nourrissent le bétail et améliorent le sol tout en favorisant la diversité de la faune et de la flore. Les prairies font partie des aménagements propices à la biodiversité sur une exploitation agricole.
  • Bandes de luzerne non récoltées : Le simple fait de ne pas récolter une bande de luzerne de quelques mètres sur une parcelle permet de fournir une source de nectar importante et de qualité aux pollinisateurs ainsi qu’un lieu de nidification pour les oiseaux. C'est une pratique peu coûteuse pour l’agriculteur et très appréciable pour la biodiversité.

Pour améliorer la biodiversité sur une exploitation agricole, qu'elle soit viticole ou arboricole, une liste non exhaustive de moyens inclut des aménagements, des pratiques culturales ou phytosanitaires. Avant toute utilisation de produits phytosanitaires, il est impératif de s'assurer que celle-ci est indispensable.

Illustration des différents aménagements favorables à la biodiversité

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