
L'escalade, pour Hervé Galley, ingénieur grenoblois ayant parcouru plus de 900 grandes voies, est bien plus qu'une simple activité sportive ; c'est une exploration profonde des motivations humaines, mêlant plaisir corporel, défi personnel et connexion avec le monde. Des sensations intenses de liberté en montagne aux réflexions philosophiques sur la nature de l'aventure, Galley dissèque les multiples facettes qui poussent les grimpeurs à s'élever. Son expérience et ses écrits mettent en lumière les raisons intrinsèques et extrinsèques qui animent cette passion, souvent incomprise, et parfois même controversée.
L'Appel de la Montagne : Une Quête de Bonheur et d'Aventure
Pour Hervé Galley, grimper est avant tout une source de bonheur intense. Il se décrit comme "fou de joie" à l'idée de planifier une sortie, de consulter des topos, de préparer son matériel et de voyager. Cette anticipation, tout autant que l'acte de grimper lui-même, contribue à un sentiment de félicité. L'aventure est une composante essentielle de cette joie. La situation difficile et incertaine, le besoin de s'en sortir par ses propres moyens, sont des moteurs puissants. Cette conception de l'aventure rejoint le "grand mythe du voyage du héros" tel que décrit par Joseph Campbell, où l'individu se lance dans une quête, affronte des épreuves et en revient transformé. C'est dans cette optique que le solo ou les "premières" représentent des formes suprêmes d'alpinisme pour Galley, nécessitant une implication totale, à la fois physique et mentale, pour se tirer vivant d'un défi ardu. Cette réussite engendre une fierté et un bonheur profonds.
Le maintien de la forme physique est une autre motivation majeure. Grimper "fort" exige de l'entraînement tout au long de l'année, ce qui, paradoxalement, contribue à une vitalité accrue et à une sensation de jeunesse. Au-delà de l'aspect physique, l'escalade renforce la confiance en soi, une "baraka" qui se traduit par une sérénité face aux difficultés de la vie quotidienne, qu'elles soient professionnelles ou personnelles.
La beauté du monde est également une puissante incitation. Les paysages montagneux, les pics majestueux, la neige, le rocher, les fleurs alpines, les cristaux, la faune sauvage (rapaces, lézards, papillons), et le murmure des torrents offrent un spectacle inégalé et une immersion dans un environnement d'une pureté et d'une grandeur rares.
L'Expérience du "Flot" et la Maîtrise de Soi
L'escalade en solo, en particulier, offre à Hervé Galley un silence profond et une concentration absolue. De cette concentration naît un plaisir étrange, une "expérience-flot" telle que décrite par le psychologue expérimental Mihalyi Csikszentmihalyi. Cette expérience se caractérise par un sentiment de plein contrôle de ses actions, une maîtrise parfaite et délicieuse de sa vie. Elle n'est pas mystique, mais repose sur des éléments concrets : une tâche réalisable mais exigeante, nécessitant une concentration intense, avec un but clair et un feedback immédiat. L'engagement profond de la personne élimine toute distraction, permettant un contrôle total de ses actions. La préoccupation de soi disparaît, mais paradoxalement, le Moi en ressort renforcé.
Cette sensation de "flot" est une motivation intrinsèque essentielle pour de nombreux grimpeurs. Elle implique la capacité à surmonter des problèmes à sa portée par ses propres moyens, qu'il s'agisse de progresser en terrain vierge, de réaliser une escalade libre avec des spits en place (où la volonté de passer en libre compense la dépendance envers l'équipeur), ou d'effectuer des manœuvres artificielles complexes en Big Wall. Ces situations procurent le plaisir de se sentir l'agent efficace de ce qui advient, un sentiment plus fréquent en montagne qu'au sein d'une grande institution aliénante. Elles génèrent également des émotions fortes, souvent absentes de la routine quotidienne.
Sobriété, Amitié et Identité : Les Dimensions Profondes de la Grimpe
L'escalade enseigne également la sobriété, voire l'ascétisme. L'inconfort du bivouac, le lever avant le soleil, la faim et la soif, la souffrance du froid, la transpiration sans possibilité de douche, sont autant d'expériences qui ramènent à l'essentiel et renforcent la capacité à endurer.
L'amitié, bien que limitée en nombre, est un autre bénéfice de la grimpe. Les liens tissés avec les compagnons de cordée sont profonds, forgés dans le partage de l'effort, du risque et de la beauté.
Grimper, pour Hervé Galley, fait partie intégrante de son identité. C'est une décision prise jeune, vers l'âge de 18 ans, d'être alpiniste, une appartenance qui le définit, à l'image du personnage d'Habu Jôji dans "Le Sommet des Dieux". Il évoque même un possible atavisme, remontant à son arrière-arrière-grand-père, Victor Puiseux, qui réalisa la première ascension du Pelvoux en 1848, et en solo.
Toucher le Bout du Monde et Révéler le Divin
L'attrait pour "le bout du monde" est une motivation poétique et profonde. Comme le cite Floc sur le forum C2C, reprenant Samivel, l'Homme va en montagne pour atteindre la limite de la terre, là où "ça va pas plus haut". C'est un désir de se rapprocher des dieux, des anges, des morts, un sentiment que Galley ressent fortement, comparable à l'attraction de la pointe du Raz. Les aiguilles pointues comme la Dibona ou la Torre Venezia, et les sommets les plus hauts tels que le Mont Blanc, exercent une fascination particulière, rappelant l'accumulation des charges électriques aux pointes d'un conducteur.

Pour certains, l'escalade peut même révéler le divin. La montagne, avec sa beauté et son immensité qui nous dépasse, peut symboliser un appui solide, un rocher (comme dans les Psaumes : "Dieu mon rocher"). Elle offre plusieurs voies vers le sommet et, très souvent, pardonne les erreurs.
Les Contradictions de l'Escalade : Danger, Coût et Vanité
Malgré ces aspects positifs, Hervé Galley n'ignore pas les côtés sombres et les contradictions de l'escalade. L'une des critiques est son inutilité. Lionel Terray lui-même parlait du "Conquérant de l'Inutile". C'est une activité égoïste, qui ne sert à rien ni à personne. Pourtant, cette gratuité possède sa propre beauté.
Le danger est une réalité incontournable, surtout en haute montagne difficile. Cela génère de l'anxiété chez ses proches, et implique la mise en jeu de sa propre vie, et potentiellement celle des sauveteurs, de manière inutile aux yeux de certains.
L'escalade est également coûteuse, non seulement en termes d'argent pour le matériel (bien qu'il serve longtemps), mais aussi en énergie pour se déplacer jusqu'aux montagnes (avec son lot de pollution et d'émissions de CO2), et en temps, avant, pendant et après l'ascension.
Certains considèrent l'escalade comme une addiction, une "vraie drogue". Cette idée est ressortie d'un forum que Galley a lancé sur "pourquoi grimper".
Enfin, il y a la vanité. La fierté de réaliser un "exploit" que peu de gens peuvent accomplir, surtout en solo, peut être une motivation. Le grimpeur se sent un héros, mais Galley tempère cette idée en soulignant que les voies qu'il réalise sont souvent inconnues en dehors d'un cercle très restreint qu'il ne fréquente d'ailleurs pas.
Plaisir, Aventure Héroïque et L'Alpinisme, une Malédiction ?
Le "grimpeur facile" apporte peu de bonheur à Hervé Galley. Cela n'exige pas une super-forme et ne confère pas cette "baraka" qu'il recherche. C'est juste une activité sympa dans un beau cadre. Il reconnaît que l'escalade n'est pas toujours "amusante". Quand sa compagne Florence lui dit de "s'amuser bien", il répond qu'il aime ça, mais que ce n'est pas amusant, rejoignant l'analyse de Megan Holbeck dans UKC sur le caractère complexe du "fun" en escalade.
Hervé Galley mentionne également un aspect moins conventionnel : le fait d'être imprévoyant, de vivre "au présent" et de se décider au dernier moment. Il constate que ses compagnons de 70 ans ont arrêté l'alpinisme, et peu de ses connaissances du même âge pratiquent encore la randonnée. Ses engagements personnels le week-end limitent ses créneaux pour grimper. Il trouve finalement l'aventure héroïque qu'il aime mieux en solo qu'encordé.

Dino Buzzati, dans "Montagnes de verre", décrit la montagne par quatre éléments : la solitude, l'immensité des proportions, la sauvagerie et l'éloignement. Mais il souligne que ce qui la distingue réellement, c'est sa verticalité et son immobilité en trois dimensions. L'homme aspire inconsciemment au repos, et la montagne, image parfaite de cet état, lui procure un sentiment d'apaisement. Mieux encore, elle éveille en lui un désir confus d'adhérer, de s'adapter, de s'identifier à cette immobilité, d'en prendre possession. D'où l'alpinisme. Le fait que les montagnes s'achèvent en pointe stimule et facilite ce désir de possession.
Cependant, une autre perspective, plus sombre, voit l'alpinisme comme une "malédiction". Comparé à un drogué, l'alpiniste se met lui-même dans des situations périlleuses, parfois sans pouvoir s'en sortir sans assistance. Il "fait le con" par -20°C, en plein vent, non pas pour épater sa copine (qui le prend pour un fou), ni pour la gloire (la mode est au football), ni pour l'argent (c'est mal rémunéré et coûteux). La question "Alors pourquoi ?" reste en suspens, mais les motivations analysées par Galley offrent des pistes de réponse.
Éthique de l'Équipement : Spits contre Terrain d'Aventure
Hervé Galley aborde avec passion la polémique entre le "terrain d'aventure" et l'escalade équipée de spits. Il exprime son agacement face aux "zélateurs inconditionnels" du terrain d'aventure, dont les propos, selon lui, sont souvent fallacieux et disproportionnés.
Qu'est-ce que le Terrain d'Aventure ?
Objectivement, en France, les itinéraires permettant l'utilisation de seuls pitons et coinceurs sont souvent fissurés, donc herbeux ou délités, à l'exception de massifs comme les Calanques ou le Mont Blanc. Ce dernier est un cas particulier, car ses fissures sont exceptionnellement faciles à protéger avec coinceurs et friends. À l'inverse, les ouvreurs utilisant spits ou goujons recherchent les zones de beau rocher, ce qui fait une différence énorme en termes de qualité d'escalade. C'est aussi une des limites du rééquipement "à l'identique". Les voies modernes sur spits sont généralement sur un rocher de meilleure qualité.
Motivations Subjectives des Grimpeurs
Du point de vue subjectif du grimpeur, deux grandes catégories de motivations peuvent être distinguées, bien qu'elles ne s'excluent pas : grimper pour le plaisir du geste, et grimper pour prouver sa virilité. Ces deux catégories ont leur valeur propre et contribuent, différemment, à procurer au grimpeur la gratification narcissique recherchée. L'apparition des spits en Angleterre a illustré ces conflits éthiques. Galley pense que les détracteurs des spits se rangent plutôt dans la deuxième catégorie, et leur abandonne volontiers le "charme du terrain non aseptisé" (rocher branlant), l'exultation des relais douteux, les joies du coinceur foireux, et la beauté des pitons rouillés dans les fissures suintantes - en bref, "les délices de la galère".
Témoignage Personnel et Évolution des Pratiques
Hervé Galley partage son expérience personnelle : dans les années 70-80, il a parcouru plus d'une centaine d'itinéraires de "terrain d'aventure" (non spités). Maintenant, il grimpe plutôt dans les voies spitées. Il reconnaît les nombreuses différences entre les deux pratiques. Même dans les voies spitées, la peur de la chute et l'incertitude quant à la réussite demeurent des ingrédients de "l'aventure". Cependant, son expérience montre que, virilité mise à part, les voies modernes spitées sont généralement supérieures en termes de beauté du rocher et de l'escalade aux vieilles voies sur pitons, même classiques ou rééquipées. Il cite en exemple "A Nous la Belle Vie" ou "La Valse des Boucs" (Cerces) comme offrant une escalade objectivement plus belle que des voies du Vercors comme la Tour des Gémeaux (Mont Aiguille) ou la Fissure en Arc de Cercle. À tel point qu'il n'envisage plus guère de fréquenter ce type de vieilles voies, même rééquipées de goujons, en raison du terrain fissuré, souvent herbeux et du rocher manquant de compacité.
L'agrément de grimper léger, sans s'encombrer de pitons, marteaux, coinceurs, friends et autres équipements lourds, est un autre avantage. Galley affirme ne pas gêner les "ayatollahs du terrain d'aventure", leur laissant volontiers 280 des 300 voies ou plus décrites dans le guide Coupé Chartreuse et Vercors, car il ne risque pas de les fréquenter.
Il souligne également que les rééquipeurs des vieilles classiques apprécient eux aussi le terrain d'aventure et respectent, peut-être avec trop d'indulgence, ceux qui s'en font les chantres exclusifs en dénigrant les spits. Les hésitations, questionnements éthiques et recherches de concertation, voire de consensus, des responsables du rééquipement au sein de la FFME Isère ou de particuliers comme Jean-Michel Cambon en sont la preuve.
Un Faux Problème et les Vraies Menaces
Galley estime que la querelle sur le partage de l'espace est un faux problème qui cache une envie de reconnaissance, une "lutte pour le monopole de la définition de l'éthique légitime", pour citer Bourdieu. Il suggère aux partisans du terrain sans spits, et à tous les grimpeurs, de se soucier plutôt des menaces à moyen terme sur la liberté de grimper, et même de skier. L'obsession sécuritaire, conjuguée à la tentation de certains dirigeants de mettre en place un cadre législatif contraignant (comme le "permis de grimper" né en Union Soviétique), pourrait augmenter le pouvoir et les moyens financiers des fédérations sportives en les rendant incontournables. Il cite en exemple la législation sur la plongée sous-marine et un questionnaire d'enquête envoyé par le CAF à ses membres. C'est là, selon lui, le vrai problème.
La Saumonée : Un Exemple d'Escalade-Plaisir
L'article décrit une expérience d'escalade dans la voie "La Saumonée" au Brévent, un itinéraire qui incarne parfaitement la philosophie d'Hervé Galley de l'escalade-plaisir. Le départ en téléphérique au sommet du Brévent (2525 m), suivi d'une courte descente de 20 minutes vers l'objectif, contraste avec l'approche souvent longue et exigeante de l'alpinisme traditionnel. Le retour est tout aussi aisé, 8 minutes chrono, offrant une approche et un retour "décousus" qui ne gâchent en rien le plaisir de la grimpe.
Le rocher est décrit comme excellent, et la plupart des longueurs sont "typées, de caractère, dans des registres variés" : dièdre à feuillets et fissures, bouclier de dalles, cannelures raides à becquets parcimonieusement disposés, arêtes aériennes et délicates. La présence d'une cordée dans la première longueur, avec le Mont Blanc en toile de fond, souligne l'esthétique du lieu. L'harmonie au sein de la cordée est un motif supplémentaire d'agrément, où la concentration de Jules contraste avec la tentation du "vieux monchu" face à des passages "diaboliques".

Une scène amusante se déroule lorsque l'un des compagnons de cordée s'interroge sur la couleur des cheveux de Tintin, une question qui révèle l'ambiance détendue et la camaraderie qui règne. Après un petit rappel, la cordée traverse une allée de blocs pour se rendre au pied d'une très belle longueur en cannelures, décrite par Hervé Galley lui-même comme "assez chamoniard, prises franches mais espacées", une longueur de 30 mètres soutenue en 4c avec un pas plus dur à mi-parcours. L'image des vétérans qui envoient le plus jeune en tête montre la transmission de l'expérience et la confiance mutuelle.
La voie se poursuit par une ultime grande longueur de 40 mètres, divisible, sur le flanc gauche de la falaise-école du Brévent, mêlant 4b délicat et 3b aisé. Des remerciements chaleureux sont adressés aux auteurs de la voie, dont Manu Méot. L'anecdote sur l'évolution du nom de la voie, de "La Saumonée" à "Somone", via des transmissions orales ou des coquilles éditoriales, ajoute une touche d'authenticité.
Un "scoop" mentionne la découverte de scellements dans le bouclier de dalles, révélant par la suite sur Camp-to-Camp la rencontre d'une cordée avec "le maître Piola" en personne, en train d'ouvrir une nouvelle voie dans ce secteur. Cette rencontre est comparée à celle de Paul McCartney dans un studio d'enregistrement, soulignant la dimension mythique de ces figures de l'escalade. La résonance d'une chanson des Stones à la sortie de l'ultime relais, "It's only rock'n'roll, but I like it", est adaptée en "It's only rock climbing, but we like it", capturant l'essence même de cette passion.
L'Éthique de l'Équipement à Travers l'Histoire
Les arguments éthiques autour de l'équipement en escalade sont profondément enracinés dans l'histoire de l'alpinisme. Deux notions clés, la cohérence de la pratique et l'autonomie des pratiquants, sont apparues dès la première grande polémique vers 1910 dans les Dolomites, opposant Tita Piaz et Paul Preuss. Preuss, un grimpeur audacieux, prônait l'absence de pitons et de tout matériel d'assurage, la corde ne servant qu'à assurer le second. Sa doctrine de la "maîtrise corporelle absolue", poussée jusqu'à grimper en solo intégral, reflétait une recherche d'autonomie totale par rapport à la médiation humaine et aux outils. Piaz, quant à lui, considérait cette approche comme suicidaire et plaidait pour un assurage raisonné.
L'utilisation des pitons a permis d'augmenter la difficulté et d'aborder des parois auparavant jugées impossibles, comme les faces nord de la Cima Grande. Jusque vers 1975, la démarche majoritaire était de tracer une ligne jusqu'au sommet, en utilisant l'escalade artificielle si nécessaire. La polémique lancée par Reinhold Messner vers 1965 a condamné les spits pour avoir "tué l'impossible" en permettant de passer n'importe où en artif.
L'affirmation de l'escalade libre à partir de 1975-80 a apporté une cohérence et une forme d'autonomie relative. Ce sont les spits qui ont ouvert le champ de l'escalade libre extrême en banalisant la chute. Dans les voies où l'assurage sur coinceurs est possible (Mont Blanc, Yosemite), l'équipement en spits, associé à l'escalade libre, résout le conflit entre Piaz et Preuss : la sécurité est assurée, et l'autonomie et la maîtrise sont attestées lors de l'enchaînement d'une voie "à vue" et en escalade libre. Cela permet de "jouer à se sentir autonome" avec une sécurité raisonnable.
Arguments Pratiques et Perspectives d'Avenir
Sur le plan pratique, l'ouverture d'une voie TD ou ED en Chartreuse ou Vercors nécessitait auparavant d'emporter 30 à 50 pitons et souvent un ou deux bivouacs. Avec le temps, ces voies se retrouvaient presque entièrement équipées de pitons abandonnés par les cordées successives. La maintenance partielle de l'équipement (refrapper les pitons, changer les vétustes) est maintenant minoritaire. Les pitons en place vieillissent et rouillent, devenant dangereux. Les coinceurs ne suffisent pas toujours, et les pitonnages et dépitonnages abîment le rocher.
Le rééquipement par des goujons inox, plus propres et fiables, est donc souhaitable à moyen terme dans de nombreuses classiques anciennes. Hervé Galley ne prétend pas que l'escalade 100% équipée de spits doive devenir la seule pratique, mais reconnaît qu'elle est majoritaire. Il plaide pour la biodiversité et la tolérance, suggérant de laisser certaines voies classiques sans spits si leur entretien est possible, ou de conserver la nécessité de s'assurer sur coinceurs en complément des spits quand le terrain le permet.
La Confrontation avec le Danger : Une Analyse Fine
La confrontation avec le danger est un aspect complexe de la motivation en escalade. Certains y voient une composante essentielle, d'autres la rejettent totalement. En réalité, il existe plusieurs cas de figure. Certains grimpeurs, de manière plus ou moins consciente, cherchent la mort. D'autres revivent inconsciemment des conflits de leur enfance en affrontant un environnement dangereux, cherchant à "triompher" de la nature. Certains émotifs cherchent à exorciser une peur profonde par les sports à risque. Enfin, une certaine dose de danger potentiel peut être un facteur de motivation intrinsèque en impliquant une plus grande concentration et la possibilité de contrôler efficacement la situation, ce qui correspond à des composantes de l'expérience-flot.
Le Moi Corporel et l'Instinct Primordial de Grimper
En conclusion, Hervé Galley, citant John Gill, grimpeur américain des années 60-70, affirme que l'envie de grimper est d'origine primordiale, une sorte d'instinct. Nous serions génétiquement programmés pour tirer une satisfaction très sensuelle de l'acte de grimper, si nous pouvons momentanément exorciser la peur de la chute. L'autonomie, c'est-à-dire la motivation intrinsèque, peut succéder à la détermination par autrui, offrant un gain non négligeable.
Au cœur de l'escalade réside le Moi corporel, issu du sentiment continu d'exister qui accompagne l'unification de la perception et de la motricité. Les identifications et les apprentissages sociaux, bien qu'indispensables, viennent après ce squelette du Moi.
Un Guide pour l'Escalade-Plaisir
Cette troisième édition du topo-guide d'Hervé Galley, augmentée de 27 nouveaux itinéraires pour un total de 206 voies, est axée sur le plaisir de l'escalade en "grandes voies" (100 à 400 mètres) de difficulté abordable (4a à 6a+ maxi, 4a à 5c+ obligé) et d'accès aisé. Toutes les voies sélectionnées offrent une belle escalade sur bon rocher, le plus souvent bien équipée ou facile à protéger. Les descriptions précises (texte détaillé et croquis détaillé) visent à permettre au grimpeur de savourer pleinement l'ambiance et le plaisir du geste, bien informé sur l'itinéraire.

Les massifs couverts incluent les Aiguilles Rouges, Bornes et Aravis, Beaufortin, Vanoise, Chartreuse et Vercors, Dévoluy, Belledonne et Taillefer, Grandes Rousses, Oisans et Cerces. Hervé Galley, fort de son expérience de plus de 900 grandes voies, souhaite en faire profiter le lecteur. Son approche, qui privilégie le plaisir sensuel intense de la grimpe, la recherche du beau geste sur beau rocher et un équipement solide et fiable, s'inscrit dans une tradition de l'alpinisme classique tout en retenant le goût de l'esthétique et le plaisir incomparable d'une journée en montagne, dans un cadre naturel. Les itinéraires décrits permettent une "escalade-plaisir" où le risque est limité, et où la cordée peut s'adonner à son sport favori sans la crainte de difficultés imprévues. Ce guide constitue également une préparation à des itinéraires plus exigeants, nécessitant un niveau d'escalade supérieur.