Les citrons dans la tourmente des guerres mondiales : récits de résilience et de subsistance

Illustration de citronniers en fleurs

Le titre « Tant que fleuriront les citronniers », œuvre poignante de Zoulfa Katouh, résonne comme un écho dans les annales de l'histoire, suggérant la persévérance de la vie même face aux horreurs de la guerre. Alors que l'ouvrage nous transporte au cœur du conflit syrien, il est crucial de ne pas oublier les multiples dimensions des guerres mondiales, où les symboles de la vie et les stratégies de survie se sont manifestés de diverses manières. L'histoire des citrons et, plus largement, des denrées alimentaires et de l'alcool, dans ces périodes de bouleversements, offre un aperçu fascinant de l'ingéniosité humaine face à l'adversité.

La guerre syrienne à travers le regard de Salama : une quête de survie et d'espoir

Dès les premières lignes, le roman de Zoulfa Katouh, « Tant que fleuriront les citronniers », nous plonge dans l’horreur quotidienne de la guerre syrienne, à travers le regard de Salama, jeune femme confrontée à l’impossible : survivre, espérer, choisir. La mort est devenue un professeur implacable, et la survie, l'horizon inéluctable. Le quotidien n’est plus qu’une lutte pour rester en vie, dans un monde où l’espoir s’amenuise. Fuir ou rester : deux options également douloureuses. L’autrice met en lumière cette tension insoutenable, où chaque décision semble vouée à la perte.

Les pages décrivent l’hôpital de guerre, les attaques qui frappent sans discernement, les corps entassés, les cris d’enfants. « On ne peut pas sauver tout le monde. » La pénurie de médecins et de moyens devient une métaphore de l’impuissance collective. Les descriptions, crues et graphiques, font écho aux images connues du conflit, rappelant que derrière chaque chiffre se cache une vie. Comme le dit le livre, « Quand on s’entasse sur un bateau délabré, c’est qu’on n’a vraiment plus d’autre solution. » La fuite, loin d’être une délivrance, apparaît comme une autre forme de douleur. Quitter son pays, c’est abandonner une part de soi, tout en sachant qu’aucun autre pays n’aimera jamais autant que le sien.

Salama dialogue avec une hallucination, incarnation de sa raison et de ses peurs. Ce procédé littéraire traduit la fracture intérieure : comment rester debout quand l’horreur devient la norme ? « Notre avenir, on nous l’a arraché. » L’autrice rappelle que les morts ne datent pas de la révolution. La répression est l’héritage d’un demi-siècle de domination, amplifiée à l’échelle d’un peuple entier. Ce roman devient alors un témoignage : celui d’une jeunesse qui ose réclamer la liberté, fondement même de l’humanité.

Malgré la noirceur, une lumière persiste. « Ce n’est pas parce qu’on risque de mourir qu’on n’a plus le droit de vivre. » Salama refuse de laisser ses peurs gouverner son existence. Elle incarne une résilience inouïe, un amour indéfectible pour son pays, et la force de rêver encore. Le roman interroge : survivre pour survivre, en vaut-il la peine ? « Le bonheur ce n’est pas pour toi. » Pourtant, se battre pour vivre pleinement devient une source de courage. Même lorsque l’espoir renaît, le lecteur reste suspendu, inquiet du prochain malheur. L’angoisse traverse chaque page, miroir de la vie sous la menace constante.

Mains tenant une pousse de citronnier

« Le chagrin n’est pas constant. Il va et vient, dans un mouvement de ressac semblable à celui des vagues. » Cette leçon de Salama résume l’essence du récit : la douleur fluctue, mais la mémoire demeure. Au-delà de la Syrie, ce roman rappelle nos similarités : rêves, espoirs, fragilités. L’autrice réussit à transformer la tragédie en un cri universel, à toucher l’âme du lecteur. « Tant que fleuriront les citronniers » n’est pas seulement une fiction : c’est une mémoire vivante, un appel à voir les humains derrière les chiffres, à ne pas détourner le regard.

« Tant que fleuriront les citronniers », de Zoulfa Katouh, nous rappelle combien notre quotidien paisible et heureux peut vite basculer dans les ténèbres, comme pour Salama en Syrie, héroïne de son livre. Mais comment garder espoir quand tout s’écroule autour de vous ? En 2011, c’est le début de la guerre en Syrie, plutôt de la Révolution en fait. Zoulfa Katouh nous livre le récit de ceux qui la subissent de plein fouet, impuissants et témoins des atrocités : la population. Elle a choisi des héros « ordinaires ». Cela pourrait être vous ou moi, et c’est ce parti pris qui vous prend aux tripes. On ne parle pas ici de stratégie militaire, d’alliances internationales ou d’idéologie. Il est question de familles meurtries, de survie, de fuir son pays, sa culture, sa famille pour ne pas mourir. Zoulfa Katouh est une autrice canadienne aux racines syriennes qui vit aujourd’hui en Suisse. Elle est diplômée en pharmacie, comme son héroïne Salama. Elle partage aussi avec elle l’amour des livres et une passion pour l’univers du Studio Ghibli. « Tant que fleuriront les citronniers » est son premier roman.

Salama, Syrienne de 18 ans, se voyait déjà pharmacienne mais la révolution syrienne et la répression qui s’en suit vont changer son avenir et celui de tout son peuple. Comment garder espoir quand tout n’est que ruines, blessures et morts autour de vous ? À travers les choix et les interrogations de Salama (fuir ou rester ?), l’autrice d’origine syrienne donne la parole à ceux que l’on entend jamais, à ceux qui restent sur place et subissent les conséquences des frappes militaires, à ceux qui n’ont que l’exil comme avenir. C’est un roman dur à lire mais en même temps d’une incroyable beauté. Car sous la noirceur, l’autrice donne à voir les moments de joie d’avant-guerre et les rares moments d’insouciance arrachés aux ténèbres. Tout au long du récit, elle entretient une lueur d’espoir même infime quand tout semble perdu. La romance qui prend naissance au milieu des gravas permet de ne pas sombrer. C’est un roman difficile car on vit le quotidien de ces jeunes Syriens qui chacun à leur façon font vivre leur pays : Salama, improvisée chirurgienne à l’hôpital, Layla, sa belle-sœur enceinte qui malgré la mort de son mari veut croire à une vie meilleure pour son enfant à naître, Kenan qui refuse de quitter son pays et se donne le devoir de témoigner en devenant reporter clandestin. Leurs points communs ? L’amour de leur pays et de leurs proches… et la peur omniprésente. Que d’émotions, que de tristesse et de nostalgie dans cette histoire mais aussi que de lueurs d’espoir (salvatrices pour notre mental !). Les scènes dans l’hôpital où Salama prend soin de tous, en urgence dans les pires conditions sont difficiles à encaisser. Heureusement, l’autrice a distillé quelques gouttes d’espoir, au milieu du chaos, pour montrer combien il faut s’accrocher à l’espoir, coûte que coûte. Ses clins d’œil aux studios Ghibli sont aussi des appels d’air bienvenus !

La guerre, par son horreur et ses privations, pousse l’humanité à l’adaptation et à l’ingéniosité. Au-delà des récits officiels et des stratégies militaires, il existe un pan méconnu de l’histoire des deux guerres mondiales : celui du rôle complexe et multifacette de l’alcool. Loin d’être un simple divertissement, l’alcool est devenu un outil de survie psychologique, un ciment social, un moteur d’économies souterraines, et un catalyseur de liens humains.

L'alcool pendant les guerres mondiales : refuge, ciment et résistance

Quel rôle jouait l’alcool pendant les guerres mondiales ? Bien plus qu’une boisson, il était un refuge psychologique, un ciment social et un acte de résistance dans un monde en ruine. Pourquoi le pinard est-il devenu si emblématique en 14-18 ? Parce qu’il réchauffait les cœurs, soudait les soldats et devenait un symbole de résilience au front - jusqu’à un litre par jour distribué. Comment a-t-on distillé en temps de pénurie et d’occupation ? Clandestinement. À partir de pommes de terre, topinambours ou fruits sauvages, dans des marmites et alambics de fortune cachés dans les granges. Qui tenait le feu en l’absence des hommes ? Les femmes. Invisibles mais essentielles, elles ont transmis les gestes, les recettes et les savoirs - parfois à travers un simple carnet ou une flasque gravée.

Cet article explore ces « zones d’ombre », en valorisant les savoir-faire artisanaux, les gestes oubliés, et la manière dont cet héritage liquide continue de résonner aujourd’hui. Quand la guerre fauche les hommes et impose son implacable réalité, certains gestes du quotidien, anodins en temps de paix, deviennent des rituels de survie et des refuges éphémères. Avant même les conflits, la France affichait déjà une consommation très élevée de vin, considéré comme une boisson nationale et un pilier culturel. Le vin, perçu comme « boisson hygiénique » ou « boisson nationale », conserve une forte valeur symbolique, au point que les restrictions furent mal accueillies.

Le « Père Pinard » et l'âme du poilu : la Première Guerre mondiale

Soldats français buvant du pinard dans les tranchées

Durant la Première Guerre mondiale, l’alcool - et plus particulièrement le vin - a acquis un statut quasi sacré dans le quotidien des soldats français. Dès les premières semaines du conflit, le Grand Quartier Général décide d’ajouter du vin à la ration des troupes, faisant naître le célèbre « Père Pinard » en octobre 1914. Ce vin rouge, souvent bon marché, parfois frelaté mais gratuitement distribué, devient rapidement « l’âme du poilu ». La distribution quotidienne du pinard devient un rituel fédérateur, qualifié de « soleil liquide » tant il remonte le moral des troupes. Les chefs, conscients de sa portée symbolique et psychologique, multiplient les tournées supplémentaires lors des victoires ou fêtes nationales. De 25 cl par jour en 1914, la ration grimpe à 50 cl en 1916, puis atteint 75 cl en 1918. En complément, une petite dose de gnôle - une eau-de-vie à 50° - est distribuée (6 cl/jour). Servie avant l’assaut, elle réchauffe et stimule : « donner du cœur au ventre après une nuit glaciale ». Les témoignages et découvertes archéologiques confirment cette omniprésence. Le pinard n’était pas qu’un breuvage.

Le "pinard" ou le vin comme arme de guerre ? / Première et Deuxième Guerres Mondiales

L'alcool comme monnaie et lien social durant la Seconde Guerre mondiale

Dès 1940, les armées nazies pillent systématiquement les réserves viticoles françaises et belges. Des trains entiers de grands crus sont envoyés en Allemagne. Face à cette spoliation et aux restrictions de Vichy (interdiction de vente certains jours), la débrouille se réinvente. Tout ce qui peut fermenter devient matière première : betteraves, topinambours, marc, fruits oubliés. Ces alcools de substitution - gnôle de patate, calvados maison, prune sauvage - servent au troc, réchauffent les corps et lient les résistants. Dans les zones de résistance, l’alcool devient un lien social, une monnaie, une preuve de solidarité. Des paysans préfèrent livrer leurs barriques aux résistants plutôt qu’à l’Occupant, affirmant leur position sans mot dire. Le soir, autour d’un feu discret, les flacons circulent comme geste de fraternité et comme rituel de survie. Le régime de Vichy, en rationnant le vin et interdisant la vente certains jours, alimente malgré lui la demande. Face à la rareté et au coût de l’alcool, l’ingéniosité domestique s’épanouit. Malgré le couvre-feu et les contrôles, cafés et distilleries deviennent des points de relais pour la Résistance. Certaines distilleries cachent leurs alambics derrière des cloisons ou les enterrent pour éviter leur confiscation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le café belge devient un théâtre discret de la Résistance. Le réseau Comète, chargé de faire transiter des aviateurs alliés vers l’Espagne, s’est souvent appuyé sur ces relais civils informels.

Le rôle invisible des femmes distillatrices

Le rôle des femmes en temps de guerre, souvent éclipsé par les récits héroïques masculins, fut pourtant fondamental. Si peu de sources les nomment comme « distillatrices clandestines », les gestes, les recettes, les objets parlent pour elles. Dans certaines vallées de l’Ourthe ou du Condroz, des récits familiaux évoquent des femmes qui auraient continué à distiller en cachette durant l’Occupation. Ces distillatrices anonymes, véritables nourrices de la Résistance, ont souvent pris la relève en l’absence des hommes. Leurs traces subsistent dans des carnets manuscrits, des souvenirs familiaux ou des objets transmis. En Bretagne, des grand-mères distillaient une « gnôle de chou » ou de navet. En Belgique, des femmes veillaient aux alambics cachés dans les vergers. Un alambic de 1900, aujourd’hui exposé au Musée de la Vigne et du Vin dans le Jura, fut transmis de femme en femme. Jeanne Henry l’utilisait encore en 1978 pour distiller les fruits de la ferme. Des récits familiaux, comme celui de « La gnôle de Mamy Jeanne », soulignent ce rôle invisible. Dans les Balkans ruraux, la distillation restait officiellement masculine, mais en privé, les femmes gardaient le feu. À Roubaix, le café du père de Nelly Devienne hébergeait les réunions du groupe « Action 40 ». Cette histoire tue est pourtant fondamentale pour comprendre la résilience. Le vin de carotte, les infusions d’anis ou les sirops de pomme sauvage ont marqué toute une génération née sous l’Occupation.

Femmes distillant clandestinement en période de guerre

Objets et récits : les témoins de la débrouille

Les objets liés à l’alcool en temps de guerre sont des témoins tangibles des récits clandestins et populaires. L’alambic, pièce maîtresse de la distillation illégale, se devait d’être discret, démontable, transportable. Dans les maquis, certains furent fabriqués à partir de douilles d’obus. Pendant l’Occupation, posséder un alambic non déclaré était illégal. Beaucoup furent enterrés ou démontés pour échapper à la saisie. Le transport de l’alcool donnait lieu à des systèmes ingénieux. Les jerrycans allemands, détournés en barils à gnôle ; les bidons de lait truqués ; les gourdes militaires remplies de schnaps. Les autorités nazies oscillent entre répression et manipulation. Mais la convivialité, même instrumentalisée, peut aussi réveiller des élans sincères. Le quart - cette tasse métallique suspendue au ceinturon du soldat - fut bien plus qu’un objet utilitaire. De nombreux soldats y ont inscrit noms, dates, lieux, symboles. Un quart de GI gravé « Laon 1918 » en est un exemple poignant. Au Musée de l’Armée à Paris, un quart modèle 1935 ayant appartenu au poilu Émilien Brou est conservé, gravé de scènes de cantonnement. Dans les greniers belges, on retrouve parfois des bouteilles scellées depuis les années 1940, réservées à un « après-guerre » qui n’est jamais venu. Dans les camps de résistants, les bouteilles d’alcool prenaient une valeur symbolique. Dans le Vercors, certains distillaient un alcool de mélasse surnommé « le tord-boyaux du maquis », mis en bouteille localement. À côté de ces objets, les archives écrites sont tout aussi précieuses. Un carnet de recettes tenu par Marcelle P. Même dans les camps de prisonniers, la distillation clandestine persistait. Croisés avec les objets retrouvés, ces récits forment une documentation rare et éloquente sur l’adaptation humaine, la ruse et la mémoire.

L'héritage de la distillation et la mémoire vivante

Le savoir-faire de la distillation, notamment pour les eaux-de-vie de fruits, s’est transmis de génération en génération, souvent en dehors de toute structure formelle. Aujourd’hui, les témoins vivants de cet héritage se font rares mais éloquents. En Lorraine, Mme Sylvie Heureline perpétue la distillation familiale transmise par son grand-père poilu. En Franche-Comté, M. Jean-Paul Blandin, maire et bouilleur collectif, poursuit la distillation automnale du verger communal : « Après 1945, chaque village avait son alambic. Bien avant l’Occupation, la loi Vandervelde avait déjà restreint l’accès aux spiritueux forts, rendant la distillation artisanale quasi clandestine. » Ces récits inspirent des réinventions créatives. En Alsace, une microbrasserie ressuscite la Bière de l’ortie de 1916. Côté spiritueux, un Gin Maquis a été lancé en Corse, infusé aux herbes locales. Dans ce paysage complexe et chargé de sens, L’Alchymiste inscrit sa démarche dans une volonté de transmission respectueuse et lucide. Chaque breuvage devient alors un pont entre mémoire et création. Cette approche narrative donne voix à ceux que l’Histoire oublie souvent : les femmes distillatrices, les bouilleurs résistants, les partages de maquisards. Être gardien de ce patrimoine, c’est faire émerger de l’ombre un passé bu, transmis, brûlé et partagé - et en révéler la lumière culturelle. L’histoire de l’alcool durant les deux guerres mondiales est une chronique de résilience humaine. Boire n’était pas oublier, mais se souvenir, se rassembler, tenir bon.

La Première Guerre mondiale et le Liban : famine et résilience

La Première Guerre mondiale entraîna la disparition des grands empires, Russie, Allemagne, Autriche-Hongrie, Ottoman. Le gouverneur turc Djemel Pacha fait pendre à Beyrouth 6 nationalistes le 6 mai 1916 sur ce qui deviendra la place des Martyrs. La statue qui s’y élève symbolise la souveraineté et l’unité du Liban. La situation était alors critique : le pays n’a jamais été capable de nourrir sa population. Les récoltes habituelles ne couvrent que quatre mois de l’année. Le Liban qui appartient à l’empire ottoman se trouve en guerre contre les Alliés. Les autorités turques pratiquent des réquisitions de nourriture et de vêtements, des pillages. Elles empêchent d’acheminer des vivres ou des agrumes depuis la plaine littorale ou l’intérieur. Il y eut un désir d’oublier car les comportements humains durant la famine ne poussent pas à la solidarité entre les victimes. Les victimes sont majoritairement chrétiennes. Pour légitimer le nouvel État, on a évacué la famine et insisté sur les martyrs pendus qui représentaient mieux la diversité religieuse.

Carte du Liban pendant la Première Guerre mondiale

Il est nécessaire dans un premier temps de connaître et d’évaluer la situation. La diaspora libanaise va alerter les Alliés, en Égypte autour de l’archevêque d’Alexandrie, aux États-Unis avec des lettres à Poincaré, en France aussi. Des rapports diplomatiques alarmistes vont circuler. Les renseignements militaires parlent de 80 000 morts en 1916. Les Anglais ne veulent pas lever le blocus de l’empire ottoman. L’armée française installée sur l’île de Rouad, à trois kilomètres au large des côtes syriennes en face de la ville de Tartous, accueille quelques réfugiés. Elle fera parvenir par des nageurs de l’argent aux populations. Ce n’est qu’en 1918 que les obstacles vont être levés et que la France va déployer une aide massive depuis six points de ravitaillement sur le littoral et quatorze stations dans la montagne.

L'impact durable des conflits sur la condition humaine

La Syrie n’aura jamais été aussi proche, malgré les réseaux sociaux, les informations, beaucoup se sentent bien éloignés de ce conflit et ne se sentent pas concernés. Ce qui se passe là-bas ne les concerne pas. L’autrice Zoulfa Katouh a réussi à emmener le lecteur, à lui faire vivre les bombes, la peur. À sentir l’odeur métallique du sang, à entendre les cris de peurs, de douleurs. L'atmosphère poisseuse, irrespirable peut faire suffoquer, comme les personnages qui survivent et s’accrochent à la vie, malgré tout. Le cerveau de l’être humain se met en mode automatique pour préserver le peu de santé mentale qu’il peut rester. Il n’est jamais facile de vivre dans un pays en guerre et le quitter est toujours un déchirement et jamais un choix délibéré. Partir ne sera pas facile. Entre le moment où la décision est prise et les premières pensées d’un possible exil, se passent généralement un temps infini, jusqu’au moment où partir est une question de vie ou de mort. Ce livre montre avant tout comment on devient réfugié, comment on fait ce choix. La romance, même si elle peut surprendre, dans un contexte de guerre, montre à quel point le moindre signe d’espoir permet de survivre. Et en toute sincérité, elle vient apporter un peu de répit au milieu du chaos. Des moments de calme avant l’effondrement. Nous ne sommes pas ici dans une romance ordinaire, l’autrice elle-même parle de romance s’inspirant de celles du 19ème siècle où l’amour, les sentiments prennent le pas sur le corps. C’est émouvant, beau, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Salama Kassab, 18 ans, avait la vie devant elle, quand la révolution a commencé en Syrie et quand les combats lui ont tout pris : sa famille, son avenir de pharmacienne. Il ne lui reste plus que Layla, sa belle-sœur enceinte, et sa conviction de pouvoir aider son pays grâce à son travail bénévole à l’hôpital. Mais elle est tiraillée entre l’envie de se rendre utile, et celle de mettre Layla à l’abri. Les témoignages d'historiens et chercheurs, comme Mme Carole Dagher, Professeur d’histoire à L’Université Saint Joseph et à l’Ecole internationale de Beyrouth, Youssef Mouawad, Historien et avocat, chargé de cours à l’AUB, la LAU et Notre Dame University, Yann Bouyrat, Historien, chargé de cours à l’Université catholique de l’Ouest d’Angers et membre du CEMMC à Bordeaux, et Hikmat Beyhum, Chercheur en géopolitique, membre à vie de la Société de géographie, enrichissent notre compréhension de ces périodes complexes.

Les citrons, qu'ils soient métaphoriques de l'espoir et de la résilience ou réels dans la quête de subsistance, ainsi que l'alcool comme moyen de survie psychologique et de lien social, illustrent la capacité de l'humanité à s'adapter et à trouver des lueurs dans les ténèbres des conflits.

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