La Clématite des Haies (Clematis vitalba), également connue sous les noms de vitalbe, vigne blanche, herbe aux gueux, bois de pipe, ou encore herbe à fumer, est une plante grimpante ligneuse particulièrement répandue en Europe et en Asie. Appartenant à la famille des Renonculacées, cette liane fascinante, souvent délaissée au profit d'hybrides plus légers, recèle une histoire riche et des caractéristiques botaniques étonnantes. Sa présence est remarquée à la lisière des forêts de feuillus et dans les forêts proches des plans et cours d'eau, ainsi que dans les haies champêtres de nos jardins.

Un Portrait Botanique Détaillé
Une Vigueur Remarquable et une Croissance Rapide
La Clématite des Haies est réputée pour sa floraison luxuriante et sa croissance rapide. Sa durée de vie est estimée entre 25 et 30 ans. C'est une liane caduque pleine de vigueur, formant de longues tiges flexibles pouvant atteindre jusqu’à 15 à 20 mètres de long, voire 25 à 30 mètres si les conditions sont idéales. Ces lianes ressemblent à des sarments (du grec Klêma = "sarment") et se ramifient en de nombreuses tiges latérales cannelées. Tout d’abord souples et vertes, les lianes se lignifient progressivement. Elles restent cependant assez souples pour pouvoir être travaillées et sont pour cette raison parfois utilisées en vannerie. L’écorce de ces lianes, lisse dans sa jeunesse, se détache ensuite en longues lanières.
Feuillage et Fleurs Caractéristiques
Le feuillage caduc de la clématite des haies est d'un beau vert, glabre, et est composé de 3 à 7 folioles en forme de cœurs allongés, mesurant de 7 à 25 cm de long. Ces feuilles sont opposées, espacées par paires au long des tiges, délimitant ainsi des entre-nœuds successifs. Les pétioles sont volubiles et se vrillent, agissant comme des vrilles rudimentaires qui s'enroulent sur l'objet qu'ils touchent, assurant l'ancrage des jeunes tiges chercheuses au support abordé. À partir du milieu de l’automne, le feuillage commence à virer au jaune et passe par des stades très variés avec plus ou moins de violacé pâle ou de pourpre foncé avant de finir dans le brun tabac. Le feuillage finit par tomber (caduc), mais les pétioles et pétiolules ayant subi une torsion et une lignification tendent à rester en place encore plus longtemps.

La floraison estivale (de juin à août, parfois jusqu'en septembre) est typique des clématites, avec des panicules de fleurs blanc-verdâtre terne de 1 à 2 cm de diamètre, portées par un long pédoncule apparaissant à l'aisselle des feuilles supérieures. Ces fleurs, très voyantes par leur nombre, dégagent un parfum doux d'amande amère et vanillé, proche de celui des aubépines. Elles comportent un grand nombre d'étamines longues et hérissées entourées par des pétales recourbées (qui sont en fait le calice). Les fleurs peuvent s’autoféconder, mais la pollinisation est plutôt assurée par les insectes visiteurs (papillons, bourdons, abeilles, perce-oreilles, certaines mouches, coléoptères) qui sont attirés par les masses florales offertes au cœur de l’été, période où les autres fleurs se font rares. Les fleurs ne secrètent pas de nectar, mais offrent du pollen en abondance.
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Fructification et Dispersion des Graines
À la fin de l'automne, sa floraison se termine par une magnifique fructification. Pendant l'hiver, la Clématite des Haies arbore de petits fruits secs appelés "akènes". Chaque boule de ce fruit contient une multitude de graines. Les fruits sont des poly-akènes, oblongs, de couleur rouge-brun. Chaque style s'allonge et se métamorphose en une longue arête plumeuse, flexueuse, qui peut atteindre 3 cm de long ; l'ovaire qui la porte ne renferme qu'une seule graine. L'ensemble des pistils d'une fleur réunis sur un réceptacle commun rond devient alors une boule plumeuse du plus bel effet. En mûrissant, les arêtes blanchissent de plus en plus tout en se tordant pendant que les akènes noircissent : on passe à une boule de coton blanc qui vire au grisâtre ou jaunâtre. Progressivement, au fil des coups de vent, ces akènes plumeux se détachent, souvent en petits paquets entremêlés par leurs arêtes, et vont se disperser. Il s’agit là d’un bel exemple d’anémochorie ou dispersion par le vent.

Les graines contenues dans les akènes ne germent pas immédiatement car leur embryon se trouve en état de dormance. Une importante banque de graines peut ainsi s’accumuler localement dans l’attente de conditions favorables. Trois facteurs semblent capables de lever cette dormance et permettre la germination : un refroidissement (via les températures hivernales), un contact avec un sol riche en nitrates et la présence de lumière. Cette dernière n’agit que si elle est combinée avec au moins un des deux autres facteurs. Cette couverture cotonneuse très attrayante et photogénique a donné naissance à des surnoms populaires comme "barbe du vieillard" (old man’s beard) ou "Père Noël" en anglais, et en France, des associations avec la religion comme "cheveux de la bonne Dame", "berceau de la Vierge", "Barbe du bon Dieu" ou "barbe de Judas".
Une Plante à Double Tranchant : Invasive ou Protégée ?
Une Capacité d'Envahissement Notoriée
Bien que très ornementale et indigène, la clématite des haies est souvent considérée comme invasive et difficilement contrôlable. Dans un ancien jardin de la banlieue parisienne, une C. vitalba plantée a, dès la seconde année, triplé le volume de sa tige principale, les rameaux commençant à s'étendre de manière autonome. La troisième année, après seulement quinze jours d'absence estivale, la plante avait crapahuté partout, conquis un arbre de soie, étouffé les crocosmias, et poussé de 3 ou 4 mètres de chaque côté. Chaque année, il a fallu la dompter, la couper dans tous les sens, mais la déraciner était une autre affaire, tant sa vigueur et son obstination sont impressionnantes.

Ses tiges peuvent monter jusqu’à une hauteur de 25 mètres, et avec sa croissance rapide et le poids de ses rameaux, elle peut vite venir à bout des plantes alentours, les privant de lumière avec son feuillage et les écrasant. C'est pourquoi elle est considérée comme particulièrement invasive dans de nombreuses régions. Il est essentiel d'éviter qu'elle n'envahisse les plantes aux alentours et, si vous apercevez un éloignement de la zone de plantation, il est pertinent de s'en débarrasser. La seule solution pour maîtriser sa croissance, sans méthode biologique ni traitement chimique efficace, est de supprimer les racines, sinon elle repousse constamment. Une solution alternative consiste à la tailler drastiquement à la fin de l'hiver ou avant la floraison, fin septembre, en laissant une quarantaine de centimètres de la tige principale.
Un Rôle Écologique Important
Malgré son caractère envahissant, la Clématite des Haies n'est pas sans qualités. C'est une plante mellifère qui favorise la biodiversité. Elle attire un large éventail d'insectes pollinisateurs comme les abeilles, les papillons (dont la Laventie des clématites), et les bourdons, qui se nourrissent de son nectar et de son pollen. Elle constitue également un refuge de choix pour les insectes. Sa présence spontanée dans la nature, notamment dans les forêts, buissons, prairies, haies et le long des voies ferrées, sur le tronc des arbres, en fait un élément à ne pas faire disparaître totalement de notre paysage.
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Conditions de Plantation Idéales
La clématite des haies adore les emplacements ensoleillés ou légèrement ombragés. Elle se développe mieux lorsqu'elle est exposée au minimum 6 heures par jour à la lumière. Idéalement, cette liane préfère avoir les pieds à l'ombre et la tête au soleil. Elle se plaît dans des sols relativement secs, caillouteux, ou bien argileux et limoneux, et est une indicatrice de présence d'azote. Pour un développement optimal, il est conseillé de la planter seule et de fournir à cette grimpante un support solide pour lui permettre de s'accrocher, comme un treillis, une pergola, une arche, un grillage ou tout simplement un mur.
Lors de la plantation, qui peut se faire au printemps ou à l'automne, il est important de creuser un trou deux fois plus grand que le pot de racines. La plantation de la vigne blanche est un peu particulière : il s'agit de creuser un trou de 6 cm de profondeur seulement, puis de placer la motte bien à plat. Vous pouvez ensuite former une butte de terre autour. Assurez-vous que la base de la plante est plus profonde que la motte, cela aidera la plante à pousser plus de tiges et à devenir plus épaisse. Un substrat neutre, pas acide, typiquement un sol sablonneux, est préférable. Elle craint les sols acides en dessous d'un pH de 6,0. Un ajout de sable ou de gravier pour le drainage est bénéfique. La clématite des haies est assez résistante au froid, supportant des températures d'environ -20 °C.

Arrosage et Fertilisation
Une fois bien établie, la clématite est assez résistante, mais un arrosage régulier est cependant nécessaire, surtout en été. Il est complètement inutile d'inonder ou de trop arroser la clématite, car la plante grimpante va être noyée et finira par mourir. De plus, un sol trop mouillé favorise les maladies, rendant la plante plus vulnérable. Plutôt autonome, la vitalba n'a généralement pas besoin d'une fertilisation excessive. Une application une fois par an au début du printemps est conseillée.
Multiplication et Gestion
Bouturer cette clématite sauvage est très facile : en juillet-août, récupérez des morceaux de tiges (entre 2 nœuds) que vous installerez dans du sable humide. En quelques semaines, vous obtiendrez de jolis petits plants que vous pourrez installer au printemps suivant. Pour la reproduction par graines, il est recommandé d'éliminer autant de pulpe et autre extrait du fruit que possible. Une période de stratification à froid est bénéfique, mais pas indispensable. Semez ensuite sous châssis froid. La graine germe après 1 à 9 mois ou plus, à 20 °C. Il est préférable de laisser les jeunes plants croître dans un châssis froid pour leur premier hiver.
Toxicité et Usages Historiques
Une Plante Caustique et Irritante
Toutes les parties de la clématite, y compris les feuilles, renferment des substances toxiques âcres et caustiques comme la protoanémonine, ainsi que des alcaloïdes et des saponosides triterpéniques, mais en plus faibles quantités. La sève fraîche est dangereuse et peut causer des cloques sur la peau et des irritations. Par contact, toutes les parties de la plante renferment un suc irritant, rubéfiant (qui dilate les capillaires sanguins) et vésicant (qui produit des vésicules, des gonflements sur la peau), voire des pustules. En cas d'ingestion, des stomatites avec des brûlures localisées, voire des ulcérations, peuvent être observées dans la bouche. Des troubles digestifs, dus à l'irritation locale, apparaissent et se manifestent par des colites et des diarrhées. Des troubles neurologiques, des paralysies et des néphrites peuvent parfois être observés.
Heureusement, la protoanémonine se dissipe par la chaleur (cuisson) ou par séchage. C'est pourquoi les intoxications humaines sont très rares et plus occasionnelles chez les animaux. Dans le foin, ces plantes sont inoffensives car la protoanémonine se transforme en séchant en dimère d'anémonine, dépourvu d'effet toxique. Attention toutefois lors de la taille, car cette plante est particulièrement irritante pour la peau, aussi munissez-vous de la tenue adéquate (pantalon, gants,…).
L' "Herbe aux Gueux" et Autres Utilisations
L'un des surnoms les plus intrigants de la Clématite des Haies est l' "herbe aux gueux". Au Moyen-Âge, les mendiants utilisaient ses feuilles irritantes pour se frotter la peau, provoquant des ulcérations bien visibles afin d'apitoyer les passants et d'obtenir quelques piécettes. Cet usage détourné s’appuyait en fait sur une propriété médicinale bien connue alors, basée sur le principe de la révulsion consistant à provoquer un afflux sanguin local afin de dégager un organe atteint de congestion ou d’inflammation : on « dérivait le mal » en l’attirant ailleurs. Ainsi, par exemple, contre les douleurs rhumatismales, on préparait une solution grasse dans laquelle on faisait macérer des feuilles et que l’on frictionnait sur la peau des zones douloureuses (liniment). On exploitait aussi son extrême causticité pour nettoyer (déterger) les ulcères.
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Historiquement, le bois poreux des tiges pouvait être fumé, d'où le nom d' "herbe à fumer", bien qu'il provoque dans la bouche d'insupportables irritations. Les lianes souples étaient également utilisées pour fabriquer de la corde à l'âge de pierre et parfois en vannerie. Les jeunes pousses, récoltées au printemps et cuites dans plusieurs eaux pour éliminer l'âcreté, étaient consommées comme des asperges, surtout dans le bassin méditerranéen. Les fleurs cuites étaient utilisées comme le houblon (Humulus lupulus), et la plante a également été employée pour ses propriétés diurétiques. Cependant, son utilisation médicinale n'est plus recommandée en raison de rapports de toxicité.
Autres Clématites Sauvages de France
La Clématite des Haies n'est pas la seule clématite sauvage présente en France. Pas moins de 6 espèces se rencontrent dans nos campagnes, chacune avec ses particularités.
La Clématite Odorante (Clematis flammula)
Plus méditerranéenne, la Clématite odorante pousse plutôt dans les régions méridionales de l’Europe, mais on la trouve également le long de la côte Atlantique, jusqu’en Bretagne, voire en Normandie dans les zones bien protégées. Elle pousse dans les haies et les buissons. Son nom “flammula”, qui signifie “petite flamme”, lui a été donné à cause du suc brûlant qu’elle sécrète. Ses feuilles sont divisées en 3, chaque partie étant composée de 13 folioles légèrement coriaces. Sa floraison tardive, entre mai et août, est très parfumée, groupée en cymes lâches de fleurs blanches dont les 5 sépales entourent des étamines hérissées. Elle aime les climats doux et ne craint pas la sécheresse et les sols secs et pauvres. Une variété horticole existe, avec des longs sépales très écartés.
La Clématite Dressée (Clematis recta)
Celle-ci tranche parmi ses cousines car elle n’est pas grimpante. Elle forme une touffe dressée d’environ 1 mètre de haut, au feuillage délicat. Ses feuilles opposées sont ovales et pointues, vert clair, composées de 2 à 3 paires de folioles. Sa floraison se produit entre mai et juillet, formée de cymes terminales de petites fleurs blanches très odorantes. Elle se trouve dans les clairières, les haies et lisières de sous-bois de basse altitude (moins de 1300 mètres), en sol léger et frais. Elle est spontanée dans toute l’Europe méridionale et centrale, jusqu’en Asie. Une variété horticole répandue, Clematis recta ‘Purpurea’, affiche un feuillage pourpre à sa naissance, très décoratif.
La Clématite des Alpes (Clematis alpina)
Également une liane, la Clématite des Alpes se trouve uniquement dans les Alpes (entre 1000 et 2400 mètres), escaladant les arbres et arbustes. Elle est de taille modestes, entre 30 centimètres et 2 mètres. Ses fleurs solitaires à 4 longs sépales pendent telles des clochettes d’une teinte bleu clair parfois tirant sur le mauve. Elles apparaissent en début d’été. Cette espèce s’est acclimatée à des zones “civilisées”, en l’occurrence nos jardins, après quelques sélections qui ont donné naissance à de belles variétés. Elle y fleurit précocement, dès la fin de l’hiver.
La Clématite Cireuse (Clematis cirrhosa)
Cette clématite fleurit en hiver. Cette liane montre un feuillage persistant, denté et luisant, qui grimpe dans les haies et buissons. Sa floraison est composée de petites fleurs solitaires en clochettes blanches dont l’intérieur est piqueté de pourpre. C’est une plante méditerranéenne, aimant le soleil et les sols rocailleux et secs des maquis. C’est la fameuse “clématite de Noël”, dont on peut trouver de nombreuses variétés à l’approche des fêtes.
La Clématite Fausse-Vigne (Clematis viticella)
Aussi appelée “clématite italienne” ou “clématite bleue”, c'est un petit arbuste grimpant qui ne dépasse pas 4 mètres de hauteur. Cette clématite sauvage bleue présente elle aussi des tiges cannelées qui deviennent ligneuses avec le temps. De grande longévité, environ 50 ans, la clématite fausse-vigne possède des feuilles caduques composées de pennes ou de folioles irrégulièrement dentées. Elle fleurit en été, de petites fleurs bleu mauve à 4 sépales vrillées groupées en cymes bipares. Cette espèce a beaucoup intéressé les horticulteurs et pépiniéristes, avec pour résultat de nombreux cultivars très variés en formes et en coloris.

Les espèces spontanées ont donné naissance à toutes les merveilles que l’on peut installer dans nos jardins. Que ce soit les “boutons d’or”, nos jolies renoncules, les “coucous”, petites primevères pourtant assez proches des variétés horticoles, ou donc nos fascinantes clématites, l’homme n’a fait que révéler la magie dont elles étaient déjà empreintes.