Les cochenilles comptent parmi les ravageurs les plus fréquents des cactées et succulentes cultivées, aussi bien en intérieur qu’en extérieur. Discrètes, souvent confondues avec des dépôts naturels ou des anomalies de la plante, elles peuvent causer des dommages considérables avant même d’être détectées. Ces insectes hémiptères, appartenant à l’ordre des Hemiptera (sous-ordre Sternorrhyncha, super-famille Coccoidea), présentent un cycle biologique complexe incluant plusieurs stades : œuf, larves mobiles (dites « crawlers »), stades larvaires intermédiaires et adultes. Si les mâles sont éphémères et parfois ailés, les femelles adultes sont généralement sessiles, restant fixées sur la plante pour se nourrir de sa sève.

Diversité des espèces et identification
La lutte contre ces envahisseurs commence par une identification précise, car les stratégies varient selon le type de cochenille rencontré.
Les cochenilles farineuses (Coccoidea à corps mou)
Ce sont les plus fréquemment rencontrées sur les cactées en collection. Elles se reconnaissent à leur aspect cotonneux et farineux.
- Pseudococcus longispinus (cochenille farineuse à longue queue) : très polyphage, elle affectionne particulièrement les organes mous comme les jeunes aréoles et les collets.
- Pseudococcus viburni : une espèce voisine, également très polyphage.
- Planococcus citri : la cochenille des agrumes, très courante sur le feuillage des plantes, aimant les tiges molles et succulentes.
- Hypogeococcus festerianus : rencontrée occasionnellement sur les cactus et succulentes.
Les cochenilles à bouclier (Diaspididae)
Ces insectes sécrètent un bouclier cireux rigide sous lequel ils se dissimulent, rendant le traitement plus complexe.
- Diaspis echinocacti : l’espèce la plus spécifiquement inféodée aux cactées. Elle forme des colonies denses sur les côtes et les tubercules, donnant un aspect blanc poudreux caractéristique.
- Pseudaulacaspis pentagona (cochenille blanche du pêcher), Aspidiotus nerii (cochenille virgule de l’olivier), Aonidiella aurantii (cochenille rouge des agrumes) et Comstockaspis perniciosa (cochenille de San José).
Autres espèces notables
- Saissetia oleae (cochenille noire de l’olivier) : reconnaissable à sa forme en H caractéristique sur la carapace.
- Saissetia coffeae (cochenille hémisphérique) : carapace lisse brun orangé.
- Coccus hesperidum (cochenille molle brune).
- Pulvinaria floccifera : identifiable à son ovisac blanc cotonneux.
Les cochenilles radicicoles (Rhizoecus)
- Rhizoecus falcifer : cette cochenille extrêmement commune sur les cactées en pot forme des colonies blanches farineuses autour des racines, dans le substrat. La plante présente une croissance ralentie, un aspect terne, et peut dépérir sans raison apparente en surface.

Impact physiologique sur les plantes
Les cochenilles extraient la sève des plantes, ce qui réduit la vigueur des tissus. Ce processus affaiblit la plante, réduit sa croissance et peut entraîner la mort si l’infestation est grave. En se nourrissant, elles excrètent du miellat, une substance cireuse et collante qui se dépose sur les surfaces des plantes. Ce miellat constitue un milieu de culture idéal pour le développement de la fumagine, une moisissure noire qui nuit à la photosynthèse et donne une apparence inacceptable sur le plan commercial.
Dans le cas de cultures fruitières, les piqûres entraînent des bosses dures et des taches, causant des pertes lors du stockage et du transport. Pour le cactus, la déformation des tissus et la nécrose sont des signes avant-coureurs d'une infestation avancée.
Stratégies de prévention et lutte biologique
La meilleure lutte reste préventive. Inspectez systématiquement toute nouvelle plante avant de l’intégrer à une collection et maintenez une quarantaine de deux à quatre semaines - idéalement 40 jours - pour éviter l’introduction de nouveaux parasites. Évitez les excès d’azote, qui produisent des tissus mous, particulièrement appréciés des cochenilles.
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Auxiliaires naturels
- Cryptolaemus montrouzieri : une coccinelle australienne, auxiliaire de référence contre les cochenilles farineuses.
- Autres prédateurs : guêpes parasitoïdes (telles que Leptomastix spp., Leptomastidea spp. et Anagrus spp.), chrysopes et certaines espèces d’acariens prédateurs. Notez que ces auxiliaires ont besoin de températures relativement élevées pour être efficaces.
Méthodes de traitement curatif
Le recours aux produits chimiques de synthèse est fortement déconseillé, car ils polluent et intoxiquent les animaux et les êtres humains. Le Plan Ecophyto et la réglementation européenne (règlement CE n° 1107/2009) ont d’ailleurs conduit au retrait progressif de nombreuses matières actives.
Méthodes mécaniques et physiques
Pour les infestations légères, le retrait manuel à l’aide d’un coton-tige imbibé d’alcool isopropylique (70°) ou à 90° est une méthode de contact efficace pour dissoudre la cire protectrice. Sur les grandes plantes d’extérieur, un jet d’eau puissant peut déloger les colonies.
Solutions naturelles
- Savon noir ou insecticide (base de potasse) : détruit la cuticule des insectes à corps mou par action détergente.
- Huiles blanches minérales (paraffiniques) : agissent par asphyxie en obstruant les stigmates respiratoires.
- Huile de neem (Azadirachta indica) : efficace par contact et ingestion, elle perturbe la mue et la reproduction.
- Terre de diatomées (dioxyde de silicium amorphe) : utile en application sur le substrat contre les cochenilles radicicoles et les stades mobiles au sol.
Le protocole radical : « ça passe ou ça casse »
Pour des plantes de grande valeur, une taille sévère peut être envisagée :
- Rabattez la plante jusqu'à l'ossature, en éliminant toutes les parties infestées.
- Stérilisez les outils de coupe entre chaque intervention à l'alcool.
- Dépotez la plante, nettoyez les racines et rempotez dans un substrat neuf.
- Lavez minutieusement la plante avec une solution d'eau savonneuse (1 cuillère à café de savon noir par litre d'eau).
- Isolez la plante sous un bon éclairage et surveillez la reprise.
La gestion des cochenilles sur cactées exige avant tout de la régularité : une inspection mensuelle suffit généralement à détecter une infestation avant qu’elle ne devienne problématique. Si une plante est trop gravement atteinte, la jeter sans culpabilité reste, selon de nombreux experts, la décision la plus sage pour préserver le reste de la collection.