Le Stade Vélodrome, désormais connu sous le nom d'Orange Vélodrome suite à un contrat de nommage signé en juin 2016, est une institution sportive emblématique située dans le 8e arrondissement de Marseille. Ancré dans le quartier de Saint-Giniez, cet édifice a traversé le temps, se transformant et s'agrandissant au fil des décennies pour devenir l'une des enceintes les plus prestigieuses de France. Son histoire est intrinsèquement liée à celle de l'Olympique de Marseille, club résident depuis son inauguration, mais aussi à une multitude d'autres disciplines sportives et événements culturels qui ont marqué l'imaginaire collectif.

Les Origines d'une Ambition Municipale
L'idée de doter Marseille d'une enceinte sportive moderne remonte à 1928, lorsque la ville envisageait la construction d'un stade municipal pour pallier les limitations du stade de l'Huveaune, alors propriété de l'Olympique de Marseille. Un premier projet fut toutefois repoussé par le conseil municipal en 1930, jugé trop onéreux. La relance de cette ambition fut stimulée par l'organisation de la Coupe du monde de football en France en 1938. C'est en 1935 que l'architecte parisien Henri Ploquin, déjà reconnu pour son travail sur le stade municipal de Vichy, proposa un projet ambitieux incluant un stade olympique avec piste et un palais des sports. Pour des raisons budgétaires, seule la réalisation du stade fut retenue. La pose de la première pierre eut lieu le 28 avril 1935, par le maire de Marseille, le docteur Georges Ribot, sur le site des anciennes usines automobiles Turcat-Méry. Ce lieu avait auparavant suscité l'intérêt du Stade helvétique pour un projet similaire, abandonné suite à un détournement de fonds.
Inauguration et Premières Années : Un Stade Omnisports
L'enceinte du Stade Vélodrome fut officiellement inaugurée le 13 juin 1937 par Léo Lagrange, alors sous-secrétaire d'État aux sports. Près de trente mille spectateurs assistèrent à une journée sportive riche en événements, comprenant un meeting d'athlétisme et une course cycliste sur la piste nouvellement aménagée. Le coureur cycliste marseillais Antoine Pugliesi fut le premier vainqueur du lieu, remportant le critérium Gustave-Ganay. La journée s'acheva par un match amical opposant l'Olympique de Marseille au Torino Football Club, remporté par les Olympiens sur le score de 2 à 1. Émile Zermani inscrivit le premier but de football dans cette nouvelle arène, marquant le déménagement de l'OM du stade de l'Huveaune. Le 29 août 1937, l'enceinte accueillit son premier match de football officiel en compétition, lors de la deuxième journée du Championnat de France entre l'OM et l'AS Cannes.
Malgré cette inauguration, le stade fut d'abord perçu par certains comme le « stade de la mairie », suscitant une adoption moins immédiate par les Marseillais. Il accueillit des rencontres de la Coupe du monde de football 1938, dont une demi-finale mémorable entre l'Italie et le Brésil. Cependant, le football n'était pas le seul sport pratiqué. Des matchs de football américain, de hockey sur gazon (avec une rencontre en 1938 opposant le Stade français à une entente Lyon-Marseille) et des parties de tennis sur gazon en 1939 témoignent de la vocation omnisports du Vélodrome dès ses débuts.

Traversée de la Guerre et Reconstruction : Résilience et Adaptabilité
La Seconde Guerre mondiale mit à l'épreuve la résilience du stade. Malgré les réquisitions successives par les armées française, allemande puis américaine, qui occasionnèrent des dommages, les compétitions sportives continuèrent de s'y dérouler. Courses de lévriers, de motos, concours de pétanque, combats de boxe avec Marcel Cerdan, matchs de handball à 11 et quelques rencontres de l'OM rythmaient la vie du Vélodrome, bien que le club ait en grande partie rejoué à l'Huveaune durant cette période.
Au lendemain de la guerre, le Vélodrome devint le terrain de jeu du Marseille XIII Rugby League, club de rugby à XIII en pleine ascension, qui attirait en moyenne 15 000 spectateurs. Le XIII de France y disputa plusieurs matchs internationaux, enregistrant des affluences notables de 20 000 à 30 000 spectateurs. Le caractère omnisports du stade demeurait, avec la venue des Harlem Globetrotters en 1951, une course de Formule 1 en 1953, des courses cyclistes animées par André Payan, des arrivées du Tour de France et des meetings d'athlétisme mettant en vedette des athlètes comme Michel Jazy et Roger Bambuck.
Les Années 60 et 70 : Tensions et Premières Transformations
L'environnement urbain autour du stade se développait avec la construction de la Cité radieuse et la mise en chantier de la tour de France 3 Méditerranée. Dans ce contexte, Marcel Leclerc, nouveau propriétaire de l'Olympique de Marseille alors en deuxième division en 1965, entra en conflit avec le député-maire Gaston Defferre. Leclerc exigeait une subvention annuelle fixe, une baisse des taxes et la suppression du loyer jugé excessif. Ses protestations, comparant Marseille à « Chicago » en raison d'affaires de corruption présumées, menèrent à l'inoccupation du stade. La mairie finit par céder en 1966, lors de la remontée de l'OM en première division.
L'année 1970 marqua les premières modifications significatives du stade. Les anciens projecteurs furent remplacés par quatre pylônes de 60 mètres de hauteur, offrant un éclairage de 1200 lux, considéré comme le meilleur d'Europe à l'époque. En mars 1971, la capacité fut augmentée d'environ 6 000 places assises, grâce à la réduction de la piste cyclable et à l'installation de tribunes démontables, entraînant la disparition de la piste d'athlétisme. Pour le championnat du monde de cyclisme sur piste en 1972, ces tribunes furent temporairement retirées.
Les Années 80 et 90 : Vers la Modernisation et la Coupe du Monde
La saison 1982-1983 vit l'Olympique de Marseille retourner au stade de l'Huveaune, le Vélodrome entrant en travaux en vue du Championnat d'Europe de football 1984. La pelouse fut entièrement remplacée, et la piste cycliste détruite pour faire place à des tribunes en dur dans les virages et devant les tribunes Jean Bouin et Ganay. L'arrivée de Bernard Tapie à la présidence de l'OM en 1986 entraîna l'installation de loges sur l'emplacement de la tribune haute Jean Bouin, portant la capacité du stade à 48 000 places, tout en conservant le nom de Stade-Vélodrome.
À l'approche de la Coupe du monde de football 1998, un appel d'offres fut lancé en mars 1995 pour une rénovation majeure du Vélodrome, visant une capacité de 60 000 places. Le groupement Chagnaud - Travaux du Midi / Buffi remporta le marché. Le coût de la rénovation, s'élevant à 391,9 millions de francs, fut partagé entre l'État et les collectivités locales. La structure fut entièrement revue, ne conservant qu'une partie de la tribune Jean-Bouin et les gradins hauts de la tribune Ganay. Le dernier match de l'« ancien Vél' » en février 1996 fut marqué par une cérémonie où des joueurs emblématiques laissèrent leurs empreintes sur des dalles de ciment, désormais exposées au musée-boutique de l'OM. Des interrogations apparurent quant à l'absence de toit pour le nouveau Vélodrome, et la crainte d'une capacité excessive conduisit à décider que la configuration habituelle en championnat serait de 40 000 places, les tribunes hautes étant réservées aux grands événements.

Le XXIe Siècle : Modernisation, Couverture et Capacité Maximale
Les années 2000 furent marquées par une relative stagnation, malgré le record d'affluence d'un match de football (58 897 spectateurs) lors de la demi-finale retour de Coupe de l'UEFA entre l'OM et Newcastle United en 2004. Le stade, surnommé « l'Enrhumeur » par Rolland Courbis en raison de son architecture critiquée (absence de toiture, manque de résonance acoustique, configuration évasée), fit l'objet de plusieurs projets de modernisation et d'agrandissement dès 2003. Un projet de 2005 proposait une couverture et une augmentation de la capacité à 80 500 places, mais aucune suite ne fut donnée.
Le 21 juin 2010, la mairie dévoila le projet retenu pour la rénovation du stade en vue de l'Euro 2016. L'objectif principal était d'obtenir le classement « stade cinq étoiles » (devenu « catégorie 4 » de l'UEFA). L'élément central fut la couverture du stade, représentant 5 500 tonnes de structure métallique. La capacité fut portée à 67 394 places, réparties comme suit : 18 851 dans la tribune Jean-Bouin, 22 321 dans la tribune Ganay, 12 935 dans le virage Sud et 12 947 dans le virage Nord. Le projet incluait également la construction d'un complexe hôtelier, d'un centre commercial, d'une clinique du sport, de logements, de bureaux et la restructuration du stade Pierre-Delort. Le projet fut adopté le 12 juillet 2010, et les travaux s'étendirent de mars 2011 à l'été 2014. Le stade fut officiellement inauguré le 16 octobre 2014, proposant désormais plus de 67 000 places couvertes. Depuis la saison 2014-2015, l'OM évolue dans cette enceinte rénovée, qui répond aux critères des stades de catégorie 4 de l'UEFA.
Le 3 juin 2016, le partenariat de naming avec Orange fut signé. Le terrain de jeu mesure environ 106 mètres de long sur 65 mètres de large, avec un espace de dégagement de chaque côté. Une fosse sépare les gradins de la pelouse, vestige des rénovations successives. La pelouse, n'étant pas chauffée en raison du climat méditerranéen, présente des défis pour les jardiniers durant la période estivale.

Les Tribunes et les Hommages : Une Arène Chargée d'Histoire
La tribune Gustave-Ganay, nommée en l'honneur d'un coureur cycliste marseillais champion de France de demi-fond, est la plus grande du stade avec 22 398 sièges. Elle comprend une partie réservée aux supporters handicapés de 258 places. La nouvelle tribune Ganay, inaugurée le 5 avril 2013 suite à la rénovation avant l'Euro 2016, culmine à 43 mètres, sa toiture atteignant 61 mètres de hauteur.
La tribune Jean-Bouin, faisant face à la Ganay, est la tribune principale. De 1998 à 2013, elle fut la seule tribune couverte et abritait la tribune présidentielle, des loges VIP et la tribune de presse. Elle accueille également les bureaux administratifs, des salons, les offices traiteurs, le musée-boutique de l'OM ainsi que le poste de commandement et de sécurité.
Le virage Nord Patrice de Peretti, dit virage Depé, rend hommage à un supporter emblématique de l'OM et fondateur du groupe MTP (Marseille Trop Puissant), décédé à l'âge de 28 ans. Auparavant, ce virage portait le nom de Ray-Grassi, un boxeur marseillais. Le virage compte environ 13 800 places. Le virage Sud Chevalier-Roze, plus communément appelé virage Sud, présente une architecture similaire et une capacité quasi identique (13 800 places).
Des éléments commémoratifs ornent le stade et ses abords. Sur le parvis, se dressent les statues du cycliste Gustave Ganay (sculptée par Élie-Jean Vézien) et de l'athlète Jean Bouin (œuvre de Constant Roux). Une plaque commémore les victimes de la catastrophe de Furiani, survenue lors de la demi-finale de Coupe de France Bastia-OM le 5 mai 1992. Une autre plaque honore la mémoire du supporter Patrice de Peretti, décédé en juillet 2000. Le mur de l'entrée du musée-boutique expose les empreintes de joueurs emblématiques de l'OM moulées lors du match OM-Caen en 1996.

Affluences et Gestion : Un Modèle Économique et Sportif
Le Stade Vélodrome a connu ses pires affluences lors de deux rencontres de deuxième division contre l'US Forbach, avec respectivement 584 spectateurs payants en 1961 et un record négatif de 434 personnes en 1965. En contraste frappant, le stade enregistre depuis de nombreuses années la meilleure affluence de Ligue 1, avec une moyenne record avoisinant les 63 500 spectateurs lors de la saison 2024-2025. Les rénovations précédant la Coupe du monde 1998 et l'Euro 2016 ont considérablement accru la capacité et l'attractivité du stade.
La ville de Marseille est propriétaire du stade, dont l'Olympique de Marseille est le club résident depuis 1937. Le club s'acquitte d'un loyer de 41 500 euros par match, auquel s'ajoute 0,63 € par spectateur au-delà de 25 000. L'OM prend également en charge l'entretien des zones intérieures, la sécurité et la gestion des loges. Les matchs à domicile de l'OM, qu'ils soient nationaux ou continentaux, se déroulent au Vélodrome, avec des zones réservées aux groupes de supporters tels que le Marseille Trop Puissant, les Dodgers, les Fanatics et le Club des Amis de l'OM.
Une Scène Culturelle et Événementielle Dynamique
Au-delà de sa vocation sportive, le Stade Vélodrome s'est imposé comme une scène majeure pour des événements culturels de grande envergure. Dès les années 80, il a accueilli des artistes de renommée internationale. Julio Iglesias fut le premier à s'y produire en 1980, suivi par Joan Baez en 1983 et Metallica en 1984. Malgré une certaine réticence de la région à accueillir des concerts au profit de Paris ou de la Côte d'Azur, des groupes comme Pink Floyd (1989), les Rolling Stones (1990, 2003, 2018), U2 (1993), Jean-Michel Jarre (1993), Johnny Hallyday (multiples concerts dès 2000), Luciano Pavarotti (2002), The Police (2008), AC/DC (2009, 2016 avec Axl Rose), Sir Paul McCartney (2014), Soprano (multiples concerts dès 2017), Muse (2019), Jul (multiples concerts dès 2022), Beyoncé (2023), Mylène Farmer (2023), Ed Sheeran (2025), IAM (2025), Alonzo (2025), Corsu Mezu Mezu (2026), et Kanye West (Ye) (2026) ont enflammé le Vélodrome. Le stade a également accueilli des événements électro, comme le Summer Festival.

Innovations et Développement Durable
Le Stade Vélodrome est pionnier en matière de développement durable. Certifié ISO 20121, il intègre des installations innovantes pour son autonomie en eau et en énergie. Un système de récupération des eaux de pluie, alimenté par la toiture incurvée, permet d'approvisionner les sanitaires, l'arrosage de la pelouse et le nettoyage des espaces extérieurs. Des éoliennes verticales contribuent également à son approvisionnement énergétique. Ce dispositif écologique s'inscrit dans le cadre du développement d'un éco-quartier de 100 000 m² autour de l'enceinte, comprenant un centre commercial, un complexe hôtelier et un pôle santé.
L'histoire du stade vélodrome
Une Capacité Evolutive : Du Vélodrome d'Origine à l'Arène Moderne
La capacité du Stade Vélodrome a connu des évolutions significatives au fil de son histoire. Initialement conçu pour accueillir environ 35 000 personnes à son ouverture en 1937, le stade a vu sa capacité augmenter progressivement. Pour la Coupe du monde de football 1998, elle a atteint 60 000 places. La rénovation la plus récente, achevée en 2014, a porté cette capacité à 67 394 spectateurs, faisant de l'Orange Vélodrome l'une des plus grandes enceintes de France. Les tribunes, nommées en l'honneur de personnalités sportives marseillaises, contribuent à l'identité unique de ce stade, qui continue d'écrire son histoire, mêlant succès sportifs, événements culturels majeurs et innovations technologiques. Son rôle dans le paysage marseillais dépasse largement le cadre sportif, en faisant un lieu de rassemblement, de célébration et un symbole fort de la ville.