
L'uranium est un minerai d'une importance capitale dans la production d'énergie moderne, un métal radioactif très lourd et une source abondante d'énergie concentrée. Présent en quantités significatives sur les cinq continents, ses réserves connues peuvent actuellement satisfaire la demande mondiale pendant un siècle, avec des réserves estimées couvrant plus de 100 années supplémentaires. Cet élément chimique, de symbole U et de numéro atomique 92, se trouve à l'état naturel dans la croûte terrestre et même dans l'eau de mer. L'exploitation de l'uranium est le processus consistant à le retirer des gisements pour l'utiliser dans des réacteurs nucléaires afin de produire de l'électricité. Il n'est pas un élément rare sur Terre, étant présent à 2,8 parties par million dans la croûte terrestre et se trouvant en assez grandes quantités dans divers contextes géologiques.
Localisation et Caractéristiques des Gisements d'Uranium
Les principaux gisements d'uranium sont répartis dans des pays tels que l'Australie, le Canada, la Russie, le Niger, l'Afrique du Sud, la Namibie, le Brésil, le Kazakhstan et la Mongolie. En France, des gisements existaient en Vendée et dans le Limousin, mais ils sont désormais en voie d'épuisement. Des mines d'uranium sont exploitées dans une vingtaine de pays. Cependant, en 2011, 85 % de l'offre mondiale d'uranium provenait de six pays : le Canada, l'Australie, le Kazakhstan, la Russie, le Niger et la Namibie. Le Canada, par exemple, est le deuxième plus grand producteur d'uranium après le Kazakhstan, ayant produit 15 % de l'uranium mondial en 2012. Dans les mines du monde, l'abondance moyenne de l'uranium est de 0,10 %, soit 1000 parties par million. L'uranium est contenu dans des minerais dont les gisements se trouvent dans des mines à ciel ouvert ou dans des galeries souterraines. Le minerai d'uranium est régulièrement extrait par coproduction, c'est-à-dire dans une mine contenant majoritairement un autre minerai tel que l'or ou le cuivre.
Méthodes d'Extraction du Minerai d'Uranium
L'extraction de l'uranium est un processus qui varie en fonction de la profondeur et des caractéristiques du gisement. En général, l'exploitation de l'uranium est relativement similaire aux autres types d'exploitation minière. Cependant, si le minerai est à très haute teneur, des techniques minières spéciales sont utilisées pour limiter l'exposition des travailleurs aux rayonnements et pour garantir la sécurité de l'environnement et du public. Selon le gisement, l'uranium est extrait de l'une des trois manières suivantes : récupération à ciel ouvert, souterraine ou in situ.
Exploitation à Ciel Ouvert

Lorsque l'uranium se trouve près de la surface, généralement à une profondeur maximale de 100 mètres, il peut être extrait par une exploitation à ciel ouvert. Cette méthode implique l'enlèvement du sol et des déchets rocheux par des équipements lourds, ce qui permet d'accéder au minerai. Les mines sont découpées en sections appelées « bancs » afin d'être exploitées méthodiquement et en toute sécurité. Des trous sont percés dans les bancs et chargés d'explosifs qui détonent, brisant la roche et exposant l'uranium. L'uranium est ensuite chargé sur des camions et transporté vers une usine de traitement.
Exploitation Souterraine
Pour l'exploitation des gisements à plus de 100 mètres de profondeur, il est peu pratique d'utiliser des mines à ciel ouvert. Si la qualité et la quantité d'uranium sont suffisantes, des mines souterraines seront établies. La première étape consiste à creuser de grands puits souterrains verticaux jusqu'à la profondeur du minerai. Une fois cette étape réalisée, des tunnels horizontaux, des rampes et des chambres sont construits, permettant l'extraction de l'uranium. Il existe différentes techniques pour obtenir l'uranium à ce stade. La méthode de montage-forage est utilisée à la mine de McArthur River dans le nord de la Saskatchewan, au Canada, qui est le plus grand producteur d'uranium au monde. Cette méthode utilise un appareil rotatif qui creuse dans le gisement d'uranium et brise le minerai, le faisant tomber dans un camion situé en dessous. Une autre méthode est le forage à jet, qui utilise de l'eau sous pression pour extraire le minerai, qui peut ensuite être traité et pompé à la surface.
Récupération In Situ (ISR)

La récupération in situ est utilisée si le minerai se trouve assez profondément sous terre pour ne pas être exploité à ciel ouvert. Il peut y avoir d'autres facteurs qui la rendent plus pratique que d'autres méthodes d'extraction souterraine. Une autre raison pour son utilisation est son faible impact sur l'environnement au niveau de la surface du sol. Des solutions dissolvantes sont pompées dans le sous-sol, ce qui permet à l'uranium de s'écouler à travers un système de puits jusqu'au sol, où il peut être traité. Cette méthode a un faible impact sur l'environnement et n'a pas d'incidence importante sur l'environnement au niveau de la surface du sol, notamment en comparaison avec les mines souterraines ou à ciel ouvert.
Understanding In-Situ Recovery (ISR)
Transformations Post-Extraction : Du Minerai au Yellow Cake
Après son extraction, le minerai d'uranium, dont la teneur est souvent assez faible, subit une série de transformations pour en concentrer l'uranium. Le minerai est broyé et soumis à des opérations chimiques qui vont permettre de libérer l'uranium. C'est ce qu'on appelle le traitement. Ce procédé permet d'obtenir un concentré d'uranium sous forme d'une poudre jaune appelée "yellow cake", contenant 75 % d'oxyde d'uranium. C'est sous cette forme que l'uranium est commercialisé après sa concentration.
La concentration du minerai d'uranium produit des résidus. Ces résidus contiennent des sous-produits d'uranium, des métaux lourds (tels que l'arsenic et le nickel) et des substances radioactives. Pour prévenir la contamination, ils sont stockés de manière à ne pas s'écouler dans l'environnement et sont entassés en surface pour une réutilisation future, par exemple, dans la fabrication de béton ou pour la construction de routes. Les résidus sont stockés dans des barrages de résidus spécialement conçus à cet effet dans des mines souterraines ou placés dans une fosse épuisée. Ces installations sont conçues pour être stables à long terme et pour protéger la santé et l'environnement.
Le Cycle du Combustible Nucléaire : Du Yellow Cake au Crayon Combustible
Avant d'entrer dans la fabrication du combustible, l'uranium va connaître plusieurs transformations. Après la phase de concentration et l'obtention du yellow cake, celui-ci est transformé en un gaz appelé hexafluorure d'uranium (UF₆).
La Conversion en Hexafluorure d'Uranium (UF₆)
Après une phase de raffinage, le yellow cake est transformé par une série de transformations chimiques et converti sous une forme fluorée (UF₆ : 6 atomes de fluor pour un atome d'uranium). C'est la phase de conversion, qui a pour but de transformer le yellow cake en ce gaz. Cette forme chimique pure se présente sous forme de cristaux solides blancs à température et pression ambiantes, utilisée pour son entreposage et son transport. Pour le transport, le gaz est comprimé et refroidi pour atteindre un état liquide, puis placé dans un conteneur spécial où il sera refroidi jusqu'à atteindre un état solide.
L'Enrichissement de l'Uranium

La phase de conversion est suivie par les opérations d'enrichissement. En effet, pour alimenter les réacteurs nucléaires et produire de l'électricité, l'uranium naturel doit absolument être enrichi en uranium 235. Dans l'uranium naturel, on trouve en proportion constante deux types d'isotopes : l'uranium-238 (plus lourd) et l'uranium-235 présents respectivement à 99,3 % et 0,7 %. Seul l'uranium 235 est fissile, capable de libérer de l'énergie par fission dans les réacteurs nucléaires.
Les procédés utilisés pour enrichir le combustible nucléaire en uranium-235 sont basés sur la différence de masse entre les différents isotopes de l'uranium. Aujourd'hui, l'enrichissement se fait par centrifugation, dans des centrifugeuses montées en série, appelées cascades. Cette technique a complètement supplanté la technique par diffusion gazeuse, beaucoup trop énergivore. La recherche s'intéresse également à un procédé d'enrichissement au laser (Separation of Isotopes by Laser Excitation - SILEX), une nouvelle technologie prometteuse qui a pour avantage de consommer peu d'énergie et de réaliser l'enrichissement isotopique en pratiquement un seul passage. L'enrichissement permet ainsi d'augmenter la teneur en uranium 235 à 3 à 5%, soit jusqu'à 7 fois la teneur que l'on trouve dans le yellow cake.
Fabrication des Assemblages de Combustible

L'hexafluorure d'uranium enrichi est transporté vers une usine où il est converti en poudre d'oxyde d'uranium (UO₂). Cette poudre noire est comprimée pour constituer des pastilles qui seront cuites dans un four à haute température. Ces pastilles sont des petits cylindres d'environ 8 grammes et de 1,3 cm de long. Chaque pastille peut libérer autant d'énergie qu'une tonne de charbon. Les pastilles sont ensuite insérées dans de fins tubes en métal appelés crayons. 254 crayons seront alors nécessaires pour former un assemblage de combustible. Hermétiquement fermés, ces crayons sont rassemblés pour constituer un « assemblage combustible », contenant 264 crayons, qui va permettre de produire de l'électricité. À titre d'exemple, le cœur d'un réacteur à eau sous pression de 900 MWe comporte 157 assemblages, soit plus de 11 millions de pastilles.
À l'issue de leur fabrication, les assemblages sont acheminés vers la centrale nucléaire où ils seront chargés dans le cœur du réacteur. Le minerai d'uranium transformé, utilisé au sein des centrales nucléaires, va permettre de produire de l'électricité. Un cylindre d'uranium enrichi peut produire suffisamment d'énergie pendant un an pour des besoins domestiques, et trois assemblages sont produits à partir de ce même cylindre.
Gestion des Stocks et Dépendance Énergétique
La densité énergétique élevée de l'uranium permet également de constituer plus facilement un stock important que dans le cas du pétrole, du charbon ou du gaz. La Belgique, par exemple, dispose en permanence d'un stock d'uranium (enrichi) couvrant environ 2 ans. Certains pays de l'UE disposent même d'un stock d'uranium pour 5 à 10 ans. Un stock aussi important est impossible à obtenir avec le charbon, le pétrole et certainement le gaz, en raison des énormes volumes nécessaires.
Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les mesures qui en découlent, on a beaucoup parlé de la soi-disant dépendance de la Russie à l'égard de l'uranium. Cependant, il existe de nombreuses alternatives à l'achat d'uranium (enrichi) dans le monde. En 2020, la Russie représentait 20 % de l'uranium importé et 26 % de l'uranium enrichi au niveau européen.
Découverte et Sûreté
C'est en 1789 que le minerai d'uranium a été découvert. Depuis lors, son utilisation a évolué et est aujourd'hui encadrée par des normes strictes. Les activités minières et de traitement de l'uranium sont régies par des exigences de protection de la santé et de l'environnement, et de sûreté des personnes. Au Canada, par exemple, les installations de concentration d'uranium sont exploitées sous l'autorité de permis délivrés par la Commission canadienne de sûreté nucléaire, qui surveille de près la conformité de toutes les activités réglementées en matière de sûreté.
Le déclassement des mines d'uranium, tel que l'usine de concentration d'uranium de Cluff Lake en 1999, est une étape essentielle de leur cycle de vie. Il s'agit d'un processus planifié pour la remise en état des sites miniers, prenant en compte les aspects environnementaux et la gestion à long terme des résidus. Les résidus de l'exploitation minière et de la concentration de l'uranium sont souvent la propriété de leurs anciens propriétaires ou des gouvernements fédéral, provincial ou territorial, assurant une responsabilité continue après le début des activités de déclassement.
La fission du noyau de l'atome libère aussi des neutrons qui vont, à leur tour, casser d'autres noyaux et ainsi de suite. C'est la réaction en chaîne, un principe fondamental des réacteurs nucléaires. L'uranium 235 est le seul isotope fissile, c'est-à-dire qu'il peut se fragmenter sous l'effet d'un neutron. Quand le noyau se casse, c'est ce que l'on appelle la fission. Celle-ci produit des rayonnements et une énorme quantité de chaleur. Le noyau le plus facile à casser est celui de l'atome d'uranium.
