Le mildiou est une maladie cryptogamique redoutée par tout jardinier, amateur ou professionnel. Cette affection, associée à la contamination d'une plante par des microorganismes nommés oomycètes, peut entraîner des dommages considérables sur bon nombre de cultures et réduire à néant une partie des récoltes. Avoir des fruits et des légumes sains et de belle apparence relève parfois du parcours du combattant. Des soins attentifs et beaucoup de patience sont indispensables pour atteindre cet objectif. Toutefois, certaines maladies peuvent survenir dans vos cultures et anéantir tous vos efforts. Le mildiou fait partie des infections parmi les plus courantes du potager et est facile à reconnaître.

Comprendre la maladie : identification et cycle du mildiou
Le mildiou est un terme générique. Chez la tomate, plusieurs espèces peuvent être responsables de cette maladie : Phytophthora infestans et Phytophthora nicotianae principalement. Il entraîne l'apparition de taches vertes pâles à brunes sur les feuilles, qui se recouvrent d'un délicat duvet blanc grisâtre nommé mycélium. Ces taches s'étendent peu à peu à l'ensemble du feuillage. On observe à terme le dessèchement des tissus. Les lésions altèrent ensuite les pétioles des feuilles puis les tiges. Les plants plus âgés sont infectés plus sévèrement que les jeunes plants.
Le champignon du mildiou aérien, Phytophthora infestans, se développe surtout par temps doux à chaud et humide. Les premiers symptômes apparaissent 4 à 7 jours après ces bonnes conditions. Le champignon s'installe d'abord sur le feuillage puis sur les tiges et les fruits. Les feuilles se marquent de taches huileuses vert pâle qui deviennent beiges, puis brunes en se nécrosant. Au revers de ces feuilles, correspondant aux taches, se trouvent des taches vert sombre à brunes, souvent recouvertes d’un duvet grisâtre. C’est de ce duvet que s’échappent les spores qui vont étendre la propagation du champignon. Sur les fruits, des taches brunes apparaissent, plus claires sur leur pourtour.
Le mildiou terrestre, Phytophthora nicotianae, est notamment responsable de la fonte des semis, provoquant des lésions brunes et humides à la base des plantules. Il peut aussi contaminer les fruits de plants adultes en contact avec le sol. Ces fruits se marquent d’anneaux concentriques bruns, parfois recouverts d’un feutrage blanchâtre lorsque le sol est humide.
Les conditions environnementales favorables au développement
Cette maladie dépend en grande partie des conditions environnementales et climatiques. Les conditions humides - que l'on retrouve souvent après une averse - et chaudes ainsi que les feuillages de forte densité, laissant peu pénétrer l'air et la lumière, l'attirent particulièrement. Durant la saison estivale, sa vigueur s'atténue dû à un taux d'humidité moins marqué et à des températures à la hausse qui ne sont pas favorables à son développement. Le mildiou sort de sa léthargie à l'automne et repart une fois de plus hiberner lorsque les températures s'élèvent en hiver.
Des températures allant de 10 à 25°C sont nécessaires, sachant que les températures optimales vont de 16 à 22°C et que, au-delà de 30°C, la propagation cesse. Cependant le champignon n’est pas détruit, il est juste en pause. Il faut que les feuilles en elles-mêmes soient humides, durant 2 heures, ou que l’humidité de l’air soit supérieure à 90 %. Durant l’été, les pluies orageuses de soir ou de nuit suivies d’un jour chaud mais saturé d’humidité sont des conditions de rêve pour ce champignon.
La complexité du système climatique - Term enseignement scientifique - Madame SVT
Stratégies préventives : la clé d'un potager sain
L’adage “Mieux vaut prévenir que guérir” est sage en de nombreuses circonstances, le jardinage et le soin des plantes ne font pas exception. Prévenir le mildiou est non seulement plus simple que le soigner, mais cela évite également d’avoir des plants de tomate affaiblis et moins productifs.
Choix des variétés et emplacement
Choisir des variétés résistantes et diverses est la première étape. Privilégiez les variétés de tomates résistantes au mildiou, sachant néanmoins qu’aucune n’est totalement résistante. Par exemple : Previa F1, Rose de Berne, Legend, Tigarella, Handy Lady, Pyros F1, Saint-Pierre, Golden Jubilee. Multiplier le nombre de variétés de tomates est conseillé, car chaque variété va réagir différemment au mildiou et cela peut ralentir la contamination entre les pieds. Sélectionnez pour vos tomates un emplacement bien ensoleillé et aéré. Réaliser vos rangs de pieds de tomates dans le sens des vents dominants facilite l’aération du feuillage.
Gestion de l'humidité et plantation
La mesure préventive qui offre les meilleurs résultats est sans contredit le recours à une serre ou à un tunnel. L'humidité constante étant le principal mode de propagation du mildiou, ce type d'abri diminue considérablement les risques. La circulation de l'air sera facilitée si la plantation s'effectue à bonne distance (50 cm minimum). Au moment de l'arrosage, évitez d'arroser le feuillage. Privilégiez toujours un arrosage directement au pied de la plante à l'aide d'un arrosoir ou par arrosage en goutte-à-goutte. Veillez à laisser sécher la terre complètement entre deux arrosages. Le paillage des tomates a un double rôle : il garde le sol plus frais et réduit le besoin en arrosage, tout en évitant le contact des fruits avec le sol, empêchant ainsi les spores d'accéder aux fruits ou aux feuilles grâce aux gouttes de pluie qui rebondissent.
Pratiques culturales
Il est important d'éviter de tailler les plants afin que les plaies provoquées par la taille ne servent pas de voie d'accès aux maladies cryptogamiques. Si vous devez tailler, agissez par temps chaud et sec, en pleine journée. Assurez-vous de procéder à une rotation de vos plants au potager et évitez de planter vos tomates à proximité des pommes de terre.
Traitements naturels et méthodes de lutte
Si, malgré vos soins et votre vigilance, les premiers symptômes apparaissent, la clé est la rapidité. Dès les premiers signes d'infection, il faut sans tarder couper la partie du plant infectée et s'en débarrasser.

Solutions antifongiques naturelles
Certains produits naturels et à l'efficacité démontrée peuvent être d'une aide inestimable :
- Le bicarbonate de soude : Un traitement hors floraison à l'aide du bicarbonate de soude est une solution intéressante. Ajoutez 5 g par litre d'eau, additionnés à une huile alimentaire ou même du savon noir. Il est biodégradable et non toxique.
- La décoction de prêle : Parce que le prêle est riche en silice, il augmente la résistance des plantes à ces infections. Trempez un kilo de prêle dans dix litres d'eau de pluie pendant 24 heures, puis cuisez une trentaine de minutes à petits bouillons.
- Le fongicide à base de lait : Ajoutez huit parts d'eau à deux parts de lait écrémé ainsi que 20 grammes de bicarbonate de soude par litre de mélange.
- Les infusions de sauge officinale : Recueillez plus ou moins 200 grammes de sauge officinale et faites chauffer dans 10 litres d'eau frémissante.
- Le purin d’ortie : Il agit comme un fongicide naturel. Vous pouvez également placer les feuilles grossièrement coupées parmi le paillage.
- Les huiles essentielles : Bon nombre d'huiles essentielles possèdent une action fongicide, telles que l'huile essentielle d'origan, de citronnelle, de giroflier, de sauge sclarée et officinale, ou d'arbre à thé.
Précautions d'usage
Avant de tester l'une ou l'autre de ces recettes, assurez-vous qu'elle convient bien aux plantes que vous souhaitez protéger. Étant donné que la pluie élimine les produits appliqués, il faut répéter l'opération de pulvérisation sur une base régulière (tous les 7 à 10 jours). Concernant la bouillie bordelaise, bien qu'efficace contre la germination des spores, son utilisation ne doit pas être renouvelée trop souvent car l’accumulation de cuivre dans le sol devient rapidement toxique.
Il est aussi indiqué de veiller à ce que les feuilles ne se touchent pas d’un pied à l’autre, par exemple en les palissant. Ce geste permet de bloquer la contamination qui peut se produire d’un plant à l’autre. Réaliser vos propres semences en récupérant les graines de vos tomates préférées vous permettra d’obtenir des plants de plus en plus adaptés aux conditions dans lesquelles ils sont cultivées, renforçant ainsi leur résistance naturelle au fil des saisons.
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