La Parabole du Figuier Stérile : Un Appel Pressant à la Repentance et à la Fructification

L'enseignement de Jésus est souvent caractérisé par une profondeur et une pertinence intemporelles, et la parabole du figuier stérile, relatée dans l'Évangile, en est une illustration frappante. Cette parabole s'inscrit dans un contexte où Jésus, après avoir annoncé à la foule qu'elle devait se mettre en règle avec Dieu, utilise des événements récents et une parabole pour montrer à ses auditeurs que c'est en se repentant qu'ils pourront se réconcilier avec Dieu. Les paroles d’invitation triomphantes qui caractérisent l’aurore du ministère de Jésus, s’ajoutent à présent celles qui stigmatisent et attaquent l’endurcissement du peuple. Elles sont prononcées sans crainte ni égards, marquant un tournant dans son discours.

Le Contexte Historique et la Réfutation des Idées Fausses sur la Souffrance

La narration de cette parabole est ancrée dans un cadre historique précis, marqué par des événements tragiques. Une échauffourée s’était produite à Jérusalem, où les Galiléens, gens remuants, ont dû manifester leur opposition à l’occupant et à Pilate, le gouverneur romain qui, dans des circonstances semblables, n’y allait jamais de main morte. Sans doute ces Galiléens étaient-ils venus à Jérusalem pour y offrir des sacrifices. Et la garnison romaine intervint directement dans le parvis du Temple pour les massacrer.

Ce massacre suscite une interrogation profonde chez ceux qui le racontent à Jésus. Selon la doctrine juive courante, ils se demandent ce que ces hommes avaient pu faire de mal pour mériter de Dieu pareil châtiment, une pensée comparable à celle des amis de Job ou du passage de Jean 9.2. Jésus ne nie pas que la souffrance et la mort soient le salaire du péché en général, ni même que certains malheurs puissent être des châtiments particuliers. Cependant, il affirme avec force que nous ne pouvons établir une proportion entre la souffrance de l’homme et sa culpabilité. Il n’est pas permis d’affirmer que la souffrance soit la mesure de la culpabilité personnelle. Avec une dureté inhabituelle, il oppose à ce jugement l’égalité de tous dans la responsabilité.

Jésus enseignant à la foule

S’adressant à ses auditeurs, il leur révèle sans ménagement qu’ils se trouvent tous, sans exception, dans un état de péché les rendant dignes d’un sort analogue à celui de ces malheureux. Le malheur de ces gens doit être interprété comme un cri d’alarme qui leur est adressé, non comme une occasion de s’attarder devant un tel spectacle et de souligner avec satisfaction et suffisance le péché du prochain. Il veut que ses auditeurs renoncent à tout jugement sur autrui et que ces événements leur soient un avertissement personnel. La même conclusion est tirée de l’éboulement de la tour de Siloé à Jérusalem, un accident qui était sans doute encore dans toutes les mémoires. Ces événements ne sont pas des occasions de juger autrui, mais des rappels poignants de la condition humaine universelle face au péché et à la nécessité de la repentance.

Le Figuier Stérile : Symbole du Peuple de Dieu et de l'Exigence de Fructification

La parabole du figuier stérile se rattache aisément à ce qui précède. Elle met en lumière une vérité fondamentale : tous les hommes sont pécheurs, mais tous ne sont pas immédiatement frappés, car Dieu use de patience envers eux. Toutefois, tous sont menacés d’un jugement analogue à ces catastrophes. Le figuier, dans cette parabole, représente le peuple de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est Dieu qui a « planté », comme il a établi, là où il le juge bon, chaque croyant, chaque Église. Il est en droit d’en attendre du fruit, c'est-à-dire un témoignage fidèle et efficace, le fruit de l’Esprit décrit dans Galates 5.22-23.

Dessin d'un figuier avec et sans fruits

Le premier fruit que Jésus attend de son peuple, comme de tout croyant, c’est qu’on croie en lui (Jean 6.29). Puis, de cette foi, découleront des œuvres concrètes. Dieu ne peut pas tolérer dans l’Église des chrétiens improductifs. La stérilité est coupable, c’est une insulte à Dieu, un triomphe de Satan. Celui qui ne fait rien pour Dieu se figure peut-être qu’il a, du moins, la foi ; c’est un leurre, puisqu’il n’a pas les œuvres. L’épître de Jacques prend rudement à partie un tel homme, posant la question percutante : « Mes frères, à quoi bon dire qu’on a la foi si l’on n’a pas les œuvres ? » (Jacques 2.14). La foi sans les œuvres est morte, une coquille vide qui ne porte pas de véritable témoignage.

Le Délai de Grâce : La Patience Divine et Ses Limites

Le temps dont les auditeurs disposent encore est un délai de grâce, une tolérance qui leur est accordée pour croire et se repentir. Mais les délais de Dieu ont des limites ; il ne faut pas abuser de sa patience. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns le pensent. Saint Augustin l’exprime dans une phrase admirable : « Ô arbre stérile, ne te moque donc pas si tu es épargné ; la hache a été éloignée de toi pour un moment, mais il ne faut pas que pour cela tu t’estimes à l’abri de tout danger ; elle reviendra et tu seras coupé. » Le figuier stérile a perdu le droit d’exister, là où, de toute manière, il n’a été planté que par pure grâce. Son peuple doit reconnaître, confesser qu’il a, malgré son apparente religiosité, refusé Dieu et sa grâce. Dieu pourrait détruire ceux qui ne produisent rien ; d’autres Églises, d’autres hommes prendraient leur place et serviraient Dieu.

Cependant, le Seigneur, dans son amour, ne se résigne pas à cet échec : dans sa patience, il consent un délai. Dans la parabole, c’est le vigneron qui obtient ce sursis du maître. On a vu dans ce vigneron l’image de Jésus qui intercède pour nous (Romains 8.34). Le dialogue entre le vigneron et le maître semble être une sorte de conseil que Dieu tient avec lui-même, comme l’Ancien Testament nous en offre des exemples. Notre sort est l’objet des réflexions, des délibérations de Dieu. Et voici que l’arbre improductif va être l’objet de soins plus attentifs que jamais. Dieu, dans son amour, accorde des grâces nouvelles à celui qui ne les mérite pas, afin de l’amener à se transformer. À l’homme désobéissant, Dieu fait entendre sa Parole, sentir sa présence et sa protection.

Quelle est la signification de la parabole du figuier ?

L’histoire n’est pas achevée. On ne sait si le figuier portera enfin des fruits. C’est qu’au moment où Jésus parle, le peuple, son peuple, n’a pas encore pris position à son égard. L’histoire de l’Église reste toujours ouverte. La liberté des auditeurs de Jésus demeure entière, comme la nôtre. Le figuier occupe une position privilégiée dans le terrain du maître, mais il déçoit l’attente légitime de son propriétaire. Aussi est-il menacé par le même jugement de rejet, d’éviction. Dieu ne permet pas que son terrain favori soit occupé par des entités improductives. Jésus laisse aussi entrevoir un délai de miséricorde, non pas le délai du jugement, certes réel et proche, mais celui de la grâce ; le temps de la patience divine perdure. Mettez-le donc à profit.

La Malédiction du Figuier : Apparence contre Réalité Intérieure

Un autre épisode significatif, qui éclaire davantage la parabole, est la malédiction du figuier sans fruit rapportée dans les Évangiles. Après Son entrée triomphale à Jérusalem, Jésus quitte Jérusalem et se dirige vers Béthanie avec Ses disciples. Chemin faisant Il eut faim et apercevoir de loin un figuier avec assez de feuillages Lui donnait beaucoup d’espoir. Mais s’en étant approché, Il réalisa que le figuier ne porte pas de fruits (figues). Le manque de fruits a provoqué sa malédiction.

Selon le dictionnaire, l’apparence est l’aspect sous lequel quelque chose ou quelqu’un apparaît à la vue. C’est aussi ce qui apparaît à la surface des choses. Quand la Bible parle d’apparence, elle fait allusion à l’aspect extérieur. La Bible nous enseigne dans le livre de 1 Samuel 16-7 (Louis Segond) ceci : « Et l’Éternel dit à Samuel : Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car Je l’ai rejeté. » Cette injonction est un rappel puissant que l'évaluation divine va bien au-delà des apparences superficielles.

Quel est l’état de notre cœur par rapport à notre extérieur (apparence) ? Bien-aimé dans le Seigneur, nous pouvons tromper tout le monde avec notre aspect extérieur sauf deux personnes : nous-mêmes et le Seigneur. Aux yeux des autres, l’on peut paraître bon mais si ce n’est pas ce que nous sommes en réalité, cela constituera pour nous une malédiction. Il est vrai que la Bible mentionne que ce n’était pas la saison des figues. Assurément, le figuier se justifiait du fait que ce n’était pas la saison des figues. À la vérité, la saison des hommes est différente de la saison du Seigneur. Quand le Seigneur nous choisit pour une œuvre, nos excuses et justifications du genre : je n’ai pas le temps ; je n’ai pas les compétences pour assurer ; etc., ces excuses peuvent constituer pour nous une source de malédiction.

Illustration d'un cœur et d'une apparence

Ce passage souligne l'importance de la sincérité et de la productivité spirituelle. Le figuier, par son feuillage abondant, donnait l'illusion de la fertilité, mais son absence de fruits révélait sa stérilité réelle. De même, les chrétiens peuvent présenter une apparence de piété, mais si leur vie ne porte pas de fruits de l'Esprit et d'œuvres concrètes, cette façade est vaine et, pire encore, peut attirer la réprimande divine.

Le Sort d'Israël et la Responsabilité Personnelle

Tous les commentateurs ont, depuis toujours, vu dans la figure du figuier stérile le sort qui attendait le peuple de Jésus. Nous savons ce qui s’est produit après la passion, la crucifixion et la résurrection du Christ. L’Évangile fut enlevé aux membres de sa nation restant incrédules pour être annoncé à d’autres. Certes, ils ont eu encore l’occasion de l’entendre et nombreux ont été ceux qui se sont repentis et qui ont cru, à commencer par les trois mille le jour de Pentecôte. Mais il y a des moments où Dieu ne tolère plus la tergiversation, l’impiété, l’endurcissement.

Cela dit, avons-nous encore le droit, nous, Église de Jésus-Christ, de penser que ce jugement divin, historiquement vrai, continue à être exercé contre Israël ? Et surtout : avons-nous le droit nous, chrétiens, de nous substituer à Dieu et d’infliger à l’ancien peuple élu le jugement que seul Dieu a le droit d’exercer sur tous ? L'auteur exprime une certitude qu'il partage avec saint Paul : Dieu laisse à Israël la possibilité de se repentir, et l’apôtre est plein d’espérance à son sujet. Viendra le jour où Israël reconnaîtra le Messie promis et confessera le nom de Jésus-Christ, en qui seul il trouvera le salut promis.

Carte du Moyen-Orient antique

Il s'agit d'un mystère, et non d'une mystique qui nous autoriserait à affirmer de manière doctrinaire que nous savons parfaitement quel sera le sort d’Israël, ainsi que font nombre de théologiens dispensationalistes. Dieu ne nous révèle pas les secrets de son action concernant le salut ou le rejet d’autrui. Et le discours de Jésus dans le passage lu à cet égard est décisif. Jésus, comme toute la Bible, s’adresse à nous personnellement, en nous posant la question essentielle : Quelle est votre attitude personnelle face à l’offre de la grâce ? Vous êtes tenus d’y donner une réponse personnelle, sans trop vous préoccuper de la manière dont Dieu agit vis-à-vis d’autrui.

Cette parabole et les événements qui l'entourent ne sont donc pas seulement un avertissement historique, mais un appel intemporel à la responsabilité individuelle. La question n'est pas de spéculer sur le jugement des autres, mais de se confronter à sa propre condition spirituelle et de répondre à l'appel de Dieu à la repentance et à la fructification. Le délai de grâce est une opportunité précieuse, et il incombe à chacun de le mettre à profit, en produisant les fruits dignes de la foi et de l'amour de Dieu.

tags: #commentaire #parabole #figuier