
New York, mégalopole trépidante et avant-gardiste, est en pleine effervescence verte, embrassant le compostage sous toutes ses formes, du simple déchet ménager à une transformation post-mortem. Cet engagement écologique se manifeste par des initiatives innovantes et une législation progressive, positionnant la ville comme un leader dans la gestion durable des matières organiques.
Le Compostage Humain : L'Écologie Jusque dans l'Au-Delà
Le compostage humain, ou "réduction organique naturelle" (terramation), est une démarche écologique qui consiste à transformer son corps en compost après la mort, plutôt que de l'incinérer ou de l'inhumer. Grâce à sa gouverneure démocrate Kathy Hochul, New York est devenu le sixième État américain à légaliser cette pratique, marquant une évolution significative dans les options funéraires.
Le Processus de Terramation
La technique n'est pas très compliquée : il suffit d'entreposer le corps avec de la matière végétale (copeaux de bois, paille, luzerne) dans un gros caisson en acier inoxydable et de porter le tout à la température idéale pour laisser les bactéries agir. En quatre à cinq semaines, grâce à l'action des bactéries, le corps se décompose naturellement. Le processus complet prend environ une centaine de jours pour transformer un corps en compost.
À l'issue de cette démarche, la famille du défunt peut même récupérer la matière issue de ce processus pour planter un arbre, un massif de fleurs ou même des légumes, favorisant ainsi un cycle de vie continu. L'entreprise américaine "Recompose", l'une des premières au monde sur ce créneau, assure que la terramation permet d'économiser environ une tonne d'émission de CO² par rapport à une incinération ou à un enterrement traditionnel, ce qui en fait une solution "200% écologique" pour lutter contre le réchauffement climatique après sa mort.
Une Pratique en Expansion
Cette pratique, bien que loin d'être la norme aux États-Unis, se développe rapidement. Le premier État à l'autoriser fut celui de Washington en 2019, suivi par le Colorado, l'Oregon, le Vermont et la Californie. La NFDA, la Fédération américaine des agences funéraires, prévoit qu'en 2035, seulement 15 % des Américains choisiront un enterrement traditionnel, ce qui suggère une acceptation croissante des alternatives. En Suède, la terramation est déjà légale, et au Royaume-Uni, les enterrements naturels sans cercueil sont autorisés. En France, cependant, cette pratique reste interdite.

Le compostage humain offre également l'avantage de désencombrer les cimetières, un enjeu important dans les zones urbaines denses. Son coût, environ 7 000 dollars, n'est pas plus élevé que pour des obsèques classiques, ce qui en fait une option accessible pour de nombreuses familles.
Le Compostage des Déchets Organiques : Un Enjeu Urbain Majeur
Outre le compostage humain, New York s'attaque de front à la gestion de ses déchets organiques quotidiens. Les matières compostables, incluant les épluchures de légumes et de fruits, les branches, les feuilles, l'herbe, les coquilles d'œufs et les plantes, représentent environ un tiers des déchets résidentiels produits dans la ville.
Initiatives et Réglementations
Le 19 juillet 2016 a marqué une date importante avec l'entrée en vigueur des règles relatives aux déchets organiques commerciaux du Département de l'Assainissement de New York (DSNY). En 2018, le DSNY a élargi ces réglementations, obligeant un éventail plus large d'entreprises à trier et séparer leurs déchets organiques à la source. Cela inclut les déchets alimentaires, les déchets végétaux, le papier souillé par les aliments et les produits certifiés compostables. Les entreprises doivent disposer de conteneurs étiquetés et d'une signalétique claire pour garantir la conformité.

Les déchets peuvent être transportés par les entreprises elles-mêmes vers une installation de traitement ou collectés par un transporteur privé. Le traitement sur site par compostage ou digestion aérobie/anaérobie est également une option encouragée. À partir de janvier 2019, le DSNY a introduit une interdiction du polystyrène, renforçant l'objectif d'une ville "zéro déchet". En 2019, la NYC Food Waste Fair a réuni entreprises et fournisseurs de gestion des déchets pour résoudre les problèmes liés au compostage commercial.
Concernant les ménages, New York a mis en place un programme obligatoire de compostage en porte-à-porte, déployé arrondissement par arrondissement de 2022 à 2025, et s'étendra à toute la ville à partir du printemps 2025. Cette initiative fait suite à des efforts pionniers d'autres États comme le Vermont, dont la loi de 2012 interdit la mise en décharge de tous les déchets alimentaires d'ici 2020, et la Californie avec sa loi SB 1383 de 2016, qui impose une réduction de 75 % de l'élimination des déchets organiques d'ici à 2025.
Défis et Solutions pour les Particuliers
Malgré ces réglementations ambitieuses, le déploiement n'a pas été sans difficultés. Les ménages, la plus grande source de déchets alimentaires, sont confrontés à des défis pratiques, notamment le manque d'espace pour de grands bacs à compost dans les environnements urbains denses. De plus, les nouvelles réglementations arrivent souvent plus vite que l'infrastructure nécessaire à leur mise en œuvre, certaines villes manquant de transporteurs ou d'installations de compostage locales.
Plusieurs options existent pour les New-Yorkais souhaitant composter :
- Sites de dépôt (Food Scrap Drop-Off Sites) : La solution la plus simple consiste à déposer les déchets organiques dans l'un des deux cents sites répartis dans toute la ville. Opérés par différentes associations locales (GrowNYC, Big Reuse, Ecology Center), ces sites se trouvent souvent dans les marchés fermiers. Il est conseillé de stocker les déchets dans un sac ou une boîte au congélateur pour éliminer les odeurs et les mouches. L'Ecology Center, par exemple, le plus ancien programme de compostage communautaire de New York, offre des opportunités de dépôt gratuit de restes alimentaires aux New-Yorkais depuis 1990.
- Compostage à domicile (pour les petits volumes) : Pour ceux qui ont un espace limité, le compostage en pot de fleurs avec des déchets plutôt secs (feuilles de maïs, épluchures de bananes) ou le lombricompostage (avec des vers de terre) sont des alternatives viables.
- Collecte en porte-à-porte (Curbside Composting) : Ce service, proposé aux résidents de certains community boards, permet de faire collecter le compost directement à domicile. À Queens, le maire Eric Adams a lancé un ambitieux programme de collecte de compost pour tout l'arrondissement, où les habitants placent simplement leurs déchets compostables dans un récipient étiqueté sur le trottoir le jour du ramassage, sans inscription préalable.
Il est crucial de "comprendre ce qui est compostable et ce qui ne l'est pas" pour éviter de contaminer les flux de déchets organiques, un enjeu souligné par Julie Thibault-Dury, fondatrice de Closiist et Green For Blue. Le site de la Ville de New York et les associations locales fournissent de nombreuses informations à ce sujet.
Transition écologique - Le compostage
Le Site de Compostage de Red Hook, Brooklyn : Un Modèle de "Commoning"
Le site de compostage de Red Hook, dans le district de Brooklyn, est un exemple remarquable de gestion du compostage communautaire. Il a traité plus de 200 tonnes de déchets organiques par an avec des moyens entièrement manuels, impliquant salariés et bénévoles. Occupant une longue bande de terrain dans un îlot non bâti de ce quartier post-industriel, le site est en face de l'entrepôt Ikea et les deux tiers restants sont un jardin potager géré par Red Hook Farm.
Un Fonctionnement Manuel et Communautaire
Le sol du site est une immense dalle de béton. À l'entrée, de grandes poubelles accueillent les déchets apportés par les particuliers, des associations et ceux récoltés dans plusieurs marchés de Brooklyn. Des points de dépôts existent aussi près des stations de métro, récoltant jusqu'à une tonne en deux heures les jours de marché. Des bidons jaunes de 200 litres stockent les copeaux de bois fournis par le City Parks Department et des entreprises de menuiserie, essentiels au mélange.
Domingo Morales, un jeune homme de 24 ans d'origine portoricaine, a été formé par David Buckel, ancien avocat reconverti dans l'activisme environnemental et initiateur du site en 2009. Domingo a poursuivi l'œuvre après le décès de son formateur. Le processus commence par le mélange des déchets avec des copeaux de bois dans un gros tambour ou directement au sol. Les matières sont ensuite mises en andain. Chaque samedi, un nouvel andain est monté avec l'aide d'une dizaine de bénévoles. Les andains des semaines précédentes sont déplacés pour être retournés, ce qui permet d'hygiéniser le compost en éliminant les agents pathogènes et de faire monter la température à 55 degrés en 72 heures.
Une couche de 3 centimètres de copeaux de bois recouvre les andains pour empêcher les rats et les mouches d'accéder au compost sans limiter la ventilation. Cette méthode a permis de résoudre les problèmes de voisinage initiaux. La proportion de deux volumes de "brun" (copeaux de bois) pour un volume de "vert" (déchets alimentaires) supprime les odeurs et facilite le travail des bénévoles.
Du Repos à la Distribution
Après quatre semaines, l'andain est déplacé vers le fond du site, mis au repos et retourné tous les deux mois. Après six mois, il est tamisé. Les copeaux encore trop gros sont récupérés et réinjectés dans les nouveaux andains, fertilisant ainsi les matières et économisant la matière sèche. Le compost récupéré sous le grand tamis est distribué gratuitement. Domingo expliquait fièrement que le site transformait 220 tonnes de déchets alimentaires par an, en faisant le plus grand site de traitement manuel des États-Unis.
La Vision de Domingo et les Défis
Domingo est très attaché au travail manuel, car cette activité permet d'impliquer plus de 2 000 bénévoles par an. Le site est également fréquenté par des jeunes adultes des quartiers populaires qui y apprennent des compétences techniques, la discipline et l'éthique du travail collectif. Le retournement d'un andain est une chorégraphie très organisée, une vidéo postée sur YouTube par David expliquant la méthode. Domingo a découvert sa passion pour le compostage en tant que volontaire du programme Green City Force.
Malheureusement, le fonctionnement du site de Red Hook Compost n'a pas résisté aux coupes budgétaires post-Covid-19. Le Département of Sanitation a supprimé les fonds, entraînant le licenciement des employés, dont Domingo. En 2024, le maire Eric Adams a coupé les fonds attribués au compostage collectif, malgré l'instauration d'une collecte en porte-à-porte obligatoire à partir du 1er avril 2025, dont les matières sont soit compostées, soit méthanisées (une option non écologique produisant du gaz).
Comparaison avec le Modèle Français
Le site de Red Hook a résolu plusieurs problèmes observés dans la région parisienne, où le compostage partagé est souvent entravé par des distinctions administratives. En France, le compostage collectif n'est pas considéré comme un traitement des déchets, mais comme une forme d'éducation à l'environnement, ne bénéficiant pas de financements importants. Les collectivités ne fournissent pas toujours les sites en matières sèches ni n'embauchent de personnel pour animer le compostage.
L'exemple de Red Hook montre qu'une hybridation entre public et privé, une forme de "commoning", où un employé municipal travaille avec des bénévoles du quartier pour animer un service public de proximité, est efficace. Les animateurs promeuvent le cycle complet de la matière organique, de l'assiette au jardin, transformant les épluchures et restes organiques de "déchets" en "ressources".

Considérer le compostage comme un travail de transformation de la matière organique, plutôt que comme une simple voie de détournement des déchets, pourrait permettre aux sites de compostage collectifs français de traiter de plus grandes quantités de matière et de produire davantage de compost. Ces masses conséquentes attireraient les maraîchers locaux, qui économiseraient sur les engrais, bouclant ainsi la boucle et transformant les "déchets organiques" en une ressource précieuse.
L'Avenir du Compostage à New York
Les lois sur le compostage et les interdictions relatives aux déchets alimentaires évoluent rapidement aux États-Unis. Bien que certaines municipalités soient lentes à agir, d'autres, comme New York, vont de l'avant avec des règles audacieuses. La question de la législation sur les déchets alimentaires concernera tôt ou tard tous les habitants.
Des solutions innovantes comme le FoodCycler, un recycleur de déchets alimentaires produisant un sous-produit sec et de longue conservation appelé Foodilizer, offrent une autonomie aux ménages, indépendamment des législations locales. Il est un complément parfait aux règles existantes dans les États où les déchets alimentaires sont interdits.
New York, avec son mélange d'initiatives gouvernementales, d'engagement communautaire et de solutions technologiques, se positionne comme un laboratoire grandeur nature pour le développement d'un système de gestion des déchets organiques durable et inclusif, impactant le quotidien des citoyens et même leur devenir post-mortem. L'objectif "zéro déchet d'ici 2030" résonne comme un appel à l'action pour une ville plus verte et plus résiliente.