Tout savoir sur le compostage à Strasbourg : entre traditions associatives et nouvelles bornes publiques

Le compostage s'est imposé comme une réponse essentielle au défi de la gestion des déchets urbains. Aujourd’hui en France, un habitant jette en moyenne 71 kg de déchets alimentaires dans ses déchets résiduels : c’est 1/3 de la poubelle bleue. Face à ce constat, l'Eurométropole de Strasbourg a pris des mesures ambitieuses pour valoriser cette masse importante de matières organiques, en articulant deux systèmes complémentaires : les initiatives citoyennes historiques et le nouveau réseau de bornes de collecte.

Schéma illustrant le cycle biologique du compostage domestique et industriel

L’essor historique du compostage collectif à Strasbourg

L’engagement strasbourgeois en faveur du compostage ne date pas d'hier. C’est l’association l’Ahbak (Association des Habitants Bourse Austerlitz Krutenau) qui a inauguré le premier site de compostage collectif urbain sur l’espace public à Strasbourg en 2009. Cette pratique consiste à convertir biologiquement des déchets organiques (légumes, fruits, etc.) en un terreau, riche en composés minéraux, le compost, qui peut servir pour nourrir les plantes.

Entre 2012 et 2017, cette pratique a progressé d’environ 30% par an. Le compostage est un concept low-tech, où l’on observe ensemble de quoi est composée la terre de notre quartier. Avec les autres adhérents, les citoyens découvrent les propriétés du sol au fil des saisons et le travail des vers de terre. Le compost permet la création de lien social, décrivant également de la solidarité entre les habitants. L’avantage principal du compost réside dans sa valorisation de proximité : les déplacements du compost restent locaux et nécessitent très peu d’énergie.

Pour soutenir cette dynamique, la Maison du compost propose des ateliers de compostage au jardin potager Saint-Gall à Koeningshoffen. Des bacs à compost sont installés dans de nombreux quartiers strasbourgeois, souvent dans les parcs. L’Eurométropole de Strasbourg subventionne l’achat d’un bac de compost personnel : il est possible d’en récupérer 40 euros sur le prix d'une vermicompostière fixée à 50 euros.

La transition vers les bornes de biodéchets

Bien que le compostage associatif soit emblématique d’une société écologique et solidaire, une mutation profonde s’opère depuis 2022. L’Eurométropole de Strasbourg déploie progressivement des bornes de biodéchets sur le territoire pour répondre à la loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire), qui contraint la collectivité à valoriser ses biodéchets depuis le 1er janvier 2024.

Le fonctionnement est simple :

  1. Distribution à votre domicile d’un kit avec le matériel nécessaire pour participer à la nouvelle collecte (sacs kraft, bioseau ouvert).
  2. Démarrage de la collecte : les bornes sont mises en service sur votre commune.
  3. Les déchets déposés dans les bornes sont collectés régulièrement.

Ces bornes fonctionnent comme des poubelles de tri et sont accessibles 24h/24, sept jours sur sept. Au 17 avril 2025, près de 1 450 bornes ont déjà été installées sur les 1 800 prévues pour l’ensemble de la métropole d’ici fin 2025. En 2023, 2 400 tonnes de déchets verts et alimentaires ont été collectés via ce dispositif.

Carte interactive des points de collecte et sites de compostage à Strasbourg

Les défis de la coexistence des systèmes

Cette transition vers la collecte industrielle ne se fait pas sans heurts pour les structures associatives. « Les bornes de biodéchets ont un gros impact sur nos sites de compost, on a perdu la moitié de nos déposants », s’inquiète Éric Fries-Guggenheim, membre de l’association Compostra. Les associations, comme Compostra présente dans les quartiers du Conseil des XV, de l’Esplanade, de Neudorf et de la Musau, voient leurs effectifs chuter. Si elle réunissait 870 adhérents en 2019, elle n’en compte plus que 430 en 2024.

Le manque de production de compost pèse sur les jardiniers, qui ne peuvent plus l’utiliser comme fertilisant naturel, mais aussi sur le moral des bénévoles. Autre inconvénient pour le modèle associatif : les bacs de dépôt ne sont pas accessibles en permanence, contrairement aux bornes publiques. « On ne peut déposer nos déchets que pendant les permanences, les samedis avant midi », explique un adhérent.

Pourtant, les deux méthodes peuvent coexister. Eric Fries-Guggenheim estime le flux annuel à 26 000 tonnes de déchets originaires des cuisines, et 45 000 tonnes de biodéchets en tout en incluant les déchets verts. Les associations savent ne pas être capables de traiter l’entièreté des biodéchets des habitants de l’Eurométropole.

La méthanisation

Valorisation industrielle : du déchet au biogaz

Pour les Strasbourgeois(es) qui s'interrogent sur le devenir de leurs déchets déposés dans les bornes, le processus est strictement encadré. La liste des déchets autorisés comprend tous les déchets alimentaires comme les épluchures, les coquilles d’œufs, les noyaux, les restes de repas (os et restes de viandes, charcuteries, arêtes, féculents) et aussi les produits périmés, sans les emballages.

Ces déchets sont ensuite broyés et criblés au biodéconditionneur du Port du Rhin à Strasbourg, livrés au méthaniseur d’Oberschaeffolsheim et enfin transformés en biogaz, en digestat et/ou compost pour être réutilisés par les agriculteurs locaux. D’un côté, la collecte publique des biodéchets, transportés et transformés industriellement, permet la production de biogaz. De l’autre, le compost associatif est utilisé comme fertilisant pour les sols des espaces verts et des jardins des quartiers.

Vers une généralisation du tri à la source

Aujourd’hui, un Strasbourgeois produit en moyenne 252,9 kilos de déchets organiques par an. La moyenne nationale atteint quant à elle 288 kilos. Pour atteindre l'objectif Zéro déchet, zéro gaspi, l'Eurométropole mise sur la complémentarité. Si vous compostez déjà chez vous, pas besoin d’arrêter ; les bornes permettent dans ce cas juste une aide complémentaire à ce que vous faites déjà.

Pour faciliter cette démarche, la Ville de Strasbourg a organisé le déploiement par étapes :

  • Octobre 2022 : Cronenbourg.
  • 2023 : Poteries-Hohberg, Port du Rhin, Koenigshoffen, Hautepierre, la Gare et le Tribunal-Contades.
  • 2024 : Cité de l’Ill, Robertsau-Wacken, Neudorf-Musau et tout le centre-ville.
  • 2025 : Elsau, Montagne Verte, Meinau et Neuhof.

Le compostage reste une manière de recycler la matière organique par sa décomposition. Continuez de composter pour valoriser localement vos déchets crus et déchets de jardinage. Vous bénéficierez ainsi de compost gratuit 100% naturel pour votre jardin ! Trier ses déchets n’est pas suffisant pour réduire l’impact écologique de notre mode de vie. Il faut les valoriser et le compostage permet d’utiliser la masse des déchets végétaux que nous jetons pour nourrir d’autres plantes.

Infographie comparative : Compostage associatif versus Collecte industrielle

L'accompagnement reste une priorité. La Maison du Compost conseille et accompagne les citoyens dans cette démarche jusqu’à la première récolte de compost. L’Eurométropole de Strasbourg soutient également la création de site de compostage partagé en subventionnant l’achat des bacs et du petit matériel. Que ce soit par l'engagement dans une association de quartier ou par l'utilisation des bornes de la ville, chaque geste compte pour transformer ces 30% de déchets ménagers en ressources précieuses pour le territoire.

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