La gestion des biodéchets est devenue un enjeu crucial pour les villes modernes. Avec l’urbanisation croissante, la production de déchets organiques ne cesse d’augmenter. Chaque jour, des tonnes de déchets alimentaires et végétaux sont jetées sans être valorisées, contribuant à la saturation des décharges et à l’émission de gaz à effet de serre. Le compost urbain se présente comme une solution écologique permettant de réduire ces déchets tout en favorisant un retour aux pratiques naturelles de fertilisation des sols. Mais cette alternative est-elle réellement viable pour les villes de demain ?

Comprendre le compostage en milieu urbain
Le compost urbain désigne l’ensemble des initiatives permettant de transformer les déchets organiques des villes en compost utilisable pour l’agriculture urbaine, les espaces verts ou encore la reforestation. Un foyer produit en moyenne 125 kilogrammes de déchets organiques par an. Une fois remplis, les sacs poubelles sont collectés puis incinérés. Les déchets organiques sont composés à 80% d’eau. Leur incinération revient donc à brûler de l’eau.
En évitant l’accumulation des biodéchets dans les sites d’enfouissement, le compostage limite les émissions de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus réchauffant que celui du CO2. Le compost produit est un fertilisant naturel riche en nutriments essentiels (azote, phosphore, potassium). Il favorise la rétention d’eau dans les sols, réduit l’usage d’engrais chimiques et stimule la biodiversité microbienne.
Les solutions de compostage pour les citadins
À partir du 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est devenu obligatoire en France. D’ici-là, les citoyens pouvaient déjà appliquer plusieurs solutions pour transformer leurs épluchures en compost et participer à végétaliser l’espace urbain.
Le compostage partagé en pied d’immeuble
Au sein d’un même quartier, d’une même rue, d’un même immeuble, le compostage partagé est l’occasion de se rencontrer et de se retrouver. Rue de Reuilly, au numéro 107, un jardin partagé par des habitants d’un immeuble parisien accueille herbes aromatiques, arbres fruitiers, ruches ainsi qu’un poulailler. L’un des résidents et maître-composteur Jean-Jacques Fasquel est à l’origine de ce projet. Il est le premier citoyen à avoir fait installer en 2008 un compost collectif en pied d’immeuble à Paris.
Pour composter en bas de chez soi, il faut pouvoir en faire la demande à la Direction de la propreté et de l'eau de la ville. Il faut constituer un groupe suffisant de personnes motivées, désigner un référent compost dans son immeuble et obtenir l’accord de son conseil syndical ou de l’assemblée générale des copropriétaires pour un immeuble privé ou du bailleur et de l'association des locataires pour un immeuble du parc social.
Compostage collectif et partagé
Le lombricompostage d’appartement
Le lombricomposteur est un dispositif conçu pour le compostage domestique à l’aide de vers, principalement des lombrics. Ces derniers digèrent les déchets organiques, produisant un compost de haute qualité appelé vermicompost et un liquide fertilisant, le thé de compost. Compact et adapté aux espaces restreints, le lombricomposteur est idéal pour les foyers sans jardin. Il s’agit de bacs empilés. Attirés par la nourriture, les lombrics rejoignent le bac supérieur. Bien nourris, ils produisent des excréments, qui rejoignent les deux bacs inférieurs.
La collecte municipale des biodéchets
Pour les moins téméraires, il est possible de donner directement ses biodéchets à la Mairie. Depuis 2017, une expérimentation de collecte en porte-à-porte est menée dans le 12e arrondissement de Paris. Il suffit simplement de remplir une nouvelle poubelle (marron) avec ses épluchures. Cette mesure permet ainsi de produire du compost pour les agriculteurs en Ile-de-France. Les biodéchets sont alors transportés pour être transformés dans une usine de méthanisation.
Les principes fondamentaux et la gestion des désagréments
La clef d’un compost de qualité, c’est l’aération. Le compostage est le processus naturel de transformation des matières organiques en compost. Cette décomposition, orchestrée par des micro-organismes et parfois des lombrics, se déroule dans des conditions spécifiques : apport d’oxygène, gestion de l’humidité et bon rapport carbone/azote.
Que composter ?
Les éléments à privilégier sont les épluchures de fruits et de légumes, les filtres et le marc de café, les sachets de thé, les fruits et légumes abîmés, les coquilles d’œuf écrasées, les fleurs fanées, les boîtes à œufs en carton, les peaux d’agrumes coupées en petits morceaux, les feuilles d’essuie-tout, les déchets verts.
À l’inverse, il vaut mieux éviter les restes de viande et de poisson, les os, les coquillages et le fromage. En effet, tous ces aliments génèrent des odeurs et attirent les animaux. Les agrumes, en se décomposant, produisent des huiles essentielles bactéricides qui peuvent freiner l’activité des micro-organismes nécessaires à la décomposition.

Résoudre les problèmes courants
- Odeur d’œuf pourri : Le compost est trop humide et trop tassé. Ajoutez de la matière sèche et brassez pour l’aérer.
- Odeur d’ammoniac : C’est un excès de tontes de pelouse fraîches. On y remédie en ajoutant des branchages coupés ou des feuilles sèches.
- Nuage de moucherons : Ils prolifèrent quand il fait chaud si les déchets de cuisine sont restés en surface sans être mélangés. Recouvrez-les de matière sèche.
- Dépôt blanchâtre : Le compost est desséché. Il faut l’arroser ou laisser le capot ouvert s’il pleut.
Vers une gestion décentralisée et écologique
Malcolm Hammer, qui conçoit de petits composteurs d’appartement, souligne l’importance de la décentralisation. “L’idée même de composter de manière décentralisée fait sens au niveau de l’écologique d’une ville complète pour une raison qui est très simple et très basique, c’est que nos déchets sont composés à 80% d’eau.” Pour lui, enclencher un processus de compostage chez soi permet d’éviter de déplacer des déchets chargés d’eau, tendant ainsi vers le principe de moindre action.
Le succès du compost urbain repose sur la coopération entre différents acteurs : les habitants qui trient leurs déchets, les entreprises qui développent des solutions innovantes et les collectivités qui mettent en place des infrastructures adaptées. En intégrant cette pratique dans les politiques municipales et en innovant continuellement, les villes peuvent transformer leurs déchets organiques en une ressource précieuse pour l’environnement et l’agriculture urbaine.
Terminologie essentielle du compostage
- Amendement : Substance organique ajoutée au sol pour améliorer ses propriétés physiques, chimiques ou biologiques.
- Biodéchets : Déchets organiques d’origine végétale ou animale pouvant être décomposés naturellement.
- Compost : Produit organique issu de la décomposition des matières organiques par des micro-organismes et des vers en présence d’air.
- Humus : Couche supérieure du sol, riche en matière organique issue de la décomposition complète des végétaux.
- Méthanisation : Processus de transformation des biodéchets en biogaz et en compost dans des installations industrielles.
- Matière sèche : Élément structurant indispensable (broyats, feuilles mortes, carton) pour assurer l’équilibre carbone/azote du compost.
- Lombricompostage : Technique de compostage utilisant des vers pour accélérer la dégradation des déchets alimentaires en appartement.
- Bokashi : Méthode de fermentation organique utilisant des activateurs pour composter les déchets de cuisine, y compris les restes cuits, sans odeur.

Le compost urbain représente une solution prometteuse pour les villes de demain. En réduisant la quantité de déchets, en favorisant une gestion plus durable des ressources et en sensibilisant les citoyens, il contribue à la transition écologique des zones urbaines. Toutefois, son développement nécessite des efforts collectifs pour surmonter les défis logistiques et sociaux. En investissant dans des infrastructures adaptées et en encourageant l’engagement citoyen, les villes transforment un problème de gestion des déchets en une opportunité de régénération environnementale.