Le compost et le digestat sont des engrais de recyclage organiques, essentiels à l'agriculture suisse pour amender les sols, les protéger contre l'érosion et les remettre en culture. Ces techniques de valorisation des biodéchets, le compostage et la méthanisation, sont de plus en plus pratiquées et revêtent un intérêt économique et écologique majeur, constituant un élément important du recyclage des déchets en Suisse.
En Suisse, 368 installations de compostage et de méthanisation valorisent 1,2 million de tonnes de biodéchets, les transformant en compost ou en digestat. Le compost est de la matière végétale, animale ou microbienne qui se décompose sous l'effet de l'air (par voie aérobie), tandis que le digestat est de la matière biogène fermentée en l'absence d'air (par voie anaérobie).

Le compostage : un processus naturel au service des sols
Le compostage est une technique de valorisation aérobie des biodéchets.
Le processus de compostage
- Collecte des déchets organiques : Les déchets végétaux sont collectés et évacués dans toute la Suisse. Il s'agit de déchets de cuisine, de jardin et parfois de restes de repas. La collecte sélective de déchets végétaux présente d'énormes avantages, car elle permet de réintégrer ces matériaux dans le cycle de la nature.
- Livraison au tas de compost : Lors du compostage aérobie, donc avec apport d'air, les biodéchets sont décomposés par des microorganismes et en partie aussi par des êtres vivants de plus grande taille.
- Tri et broyage des matières : Les matières biogènes sont triées et les autres matières étrangères sont enlevées. Pour un compostage idéal, les matières ne doivent pas être constituées de trop gros morceaux ; c'est pourquoi ceux-ci sont d'abord broyés.
- Formation et entretien des andains : Des tas appelés andains sont aménagés et doivent être remués régulièrement, mélangés et retournés.
- Compost : Le processus de compostage émet de la chaleur, ce qui garantit un produit final impeccable sur le plan de l'hygiène. Le compost se stabilise à partir de deux à trois mois. Au bout de quelques mois, il devient difficile d'identifier les déchets de départ, comme les trognons de pomme ou les pelures de carotte, et il est alors prêt à être utilisé.
- Utilisation en agriculture et production alimentaire : Le compost est notamment utilisé pour fertiliser les sols avec de nouveaux nutriments, améliorant ainsi la qualité du sol et augmentant sa capacité de rétention d'eau. Il est un élément indispensable à un mélange de terre et de nutriments parfait pour le sol. Il peut être disposé au pied des plantes, à la surface du sol, et utilisé dans les champs pour produire de nouveaux aliments comme des légumes.
Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost
Le compostage à domicile
Il est tout à fait possible de se fabriquer un composteur à partir de matériaux que vous avez chez vous, même en appartement. Un pot de fleur sur un balcon, avec une soucoupe en dessous pour récupérer le "jus" très nutritif pour les plantes, et une autre soucoupe en guise de couvercle, peut servir de composteur.
Les matériaux à composter ont des compositions chimiques différentes, parfois riches en azote, et parfois riches en carbone. Concernant l’humidité, il n’est pas forcément nécessaire d’ajouter de l’eau à la mixture. Un compost qui dégage de la chaleur fonctionne bien. Une odeur d’ammoniaque peut être dégagée, provenant d’une température trop élevée ou d’un excès de matières azotées, mais cela indique un processus actif.
Types de composts et leurs utilisations
- Composts pour cultures sous abris : Il est préférable de choisir des intrants ligneux, comme ceux livrés pendant l’hiver, et d'éviter les déchets de cuisine qui contiennent du sodium, augmentant la salinité sans être utile aux plantes.
- Composts pour cultures ouvertes : On peut prendre des composts plus pauvres en ligneux avec des intrants livrés en fin de printemps et en été.
- Compost agricole physiologiquement jeune : Ces composts ne sont pas encore stabilisés, mais leur application en grande culture est sans problème, à condition qu'ils n'immobilisent pas l'azote minéral. En été après les moissons, un compost jeune est bien approprié pour fixer momentanément l'azote minéral résiduel de la culture récoltée.
- Composts physiologiquement mûrs : Ces composts sont stabilisés et leurs formes d’humus contribuent à l’amélioration à moyen et long terme de la structure des sols. Ils sont particulièrement appropriés comme composante pour la fabrication de substrat, notamment les composts ligneux mûrs.
La méthanisation : production d'énergie et de digestat
La méthanisation est une technique de valorisation anaérobie des biodéchets.
Le processus de méthanisation
- Collecte des déchets organiques : Similaire au compostage, les déchets végétaux sont collectés en Suisse.
- Livraison à la station de méthanisation : La station de méthanisation est une usine de recyclage des déchets végétaux dont l'objectif est de récupérer du biogaz, qui peut ensuite être transformé en énergie.
- Fermentation : Lors du processus de fermentation, les déchets végétaux sont stockés dans un endroit hermétique, sans oxygène ni lumière. Les microorganismes décomposent les matières biogènes, ce qui crée du biogaz. Ce processus dure en général 3 ou 4 semaines environ.
- Digestat solide / liquide : La matière résiduelle de la fermentation est qualifiée de digestat. Le digestat solide comme liquide est réutilisé. Il contient des nutriments précieux et peut être réintroduit dans le sol.
- Fertilisation pour l'agriculture : Le digestat biologique récupéré lors de la fermentation est utile de différentes façons à l'agriculture. Les digestats ne contiennent pas de pesticides et apportent aux sols de nouveaux nutriments.
- Production d'aliments : Ils peuvent être utilisés dans les champs pour produire de nouveaux aliments, comme des légumes.
Le digestat : un engrais précieux
Les digestats et eaux de pressage sont riches en éléments nutritifs rapidement disponibles pour les plantes. Ils sont ainsi bien appropriés pour les applications en champs lorsqu’un effet fertilisant à court terme est recherché. Cependant, les digestats et eaux de pressage ne sont pas biologiquement stabilisés et peuvent montrer une certaine phytotoxicité s’ils sont employés en quantité plus importante.
La séparation de phase est le traitement le plus courant des digestats. Il concentre l’azote et le potassium dans la fraction liquide et le phosphore dans la fraction solide. La phase liquide pourra être utilisée comme un engrais au même titre que du lisier de porc. La phase solide, elle, pourra être utilisée comme amendement, car elle est précurseur de la formation d’humus dans les sols. Toutefois, elle nécessite généralement un traitement par compostage ou aération forcée, puisqu’elle ne possède que rarement les critères pour être appliquée directement sur les parcelles agricoles. Ce compostage doit se faire avec un co-substrat.

Gestion du digestat
- Réintroduction dans le digesteur : Lors de l’utilisation de digestat - fraction liquide ou digestat brut - une partie peut être réintroduite dans le digesteur.
- Séchage du digestat : Si l’on souhaite faire sécher le digestat, il faut récupérer les buées du sécheur contenant l’ammoniac (ammonium à séchage à ammoniac). Un autre facteur limitant est la chaleur nécessaire au séchage.
- Compostage du digestat : Le point le plus important lors du compostage du digestat est la gestion de l’humidité. Si le digestat frais s’assèche, il perd de ses capacités fertilisantes ; il faut donc garder une certaine humidité.
Qualité et protection de l'environnement
Les produits obtenus par compostage et méthanisation peuvent contenir des polluants indésirables qui ne doivent pas parvenir dans les sols, comme les métaux lourds. Des études menées en Suisse ont montré que la majeure partie du compost et des digestats sont de bonne, voire de très bonne qualité.
Pour protéger l'environnement contre les polluants indésirables contenus dans les engrais de recyclage, l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG), en collaboration avec l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et d'autres services, a élaboré une liste des intrants pour les installations de compostage et de méthanisation.
Déchets organiques acceptés et à éviter
Ce qu'il faut jeter dans la collecte de substances organiques :
- Déchets de jardin : Feuilles, tontes de gazon, petites branches, etc.
- Déchets de cuisine et restes d'aliments : Épluchures de légumes et de fruits, marc de café, coquilles d'œufs, restes de repas (attention, les fractions acceptées peuvent varier selon les centres de valorisation des communes).
Ce qui n'appartient pas aux déchets verts :
- Matières étrangères : Pierres, ficelles, boîtes de conserve, plastique, papier et carton.
- Terre en grandes quantités : Son élimination se fait par une entreprise de jardinage.
- Grosses branches, troncs et racines : Des services de broyage sont parfois proposés pour ces matériaux.
Il est crucial de s'informer à l'aide du calendrier du recyclage / d'élimination de votre commune pour connaître les fractions récoltées séparément.
Collaboration et réglementation en agriculture biologique
Biomasse Suisse est l'association qui réunit les entreprises, les organisations, les bureaux de conseil, les chercheurs et les autorités œuvrant dans le domaine. La production de biogaz à partir d’engrais de ferme, de compost de déchets verts et d’autres déchets se fait habituellement dans le cadre de collaborations entre entreprises agricoles. Il est possible que des exploitations PER (Prestations Écologiques Requises) et des fermes bio travaillent ensemble, à condition que l'installation de biogaz soit répertoriée dans la Liste des intrants.
Ces collaborations nécessitent une comptabilisation précise à l’entrée (engrais de ferme et autres substrats) et à la sortie (distribution des digestats entre exploitations PER et bio). Elles sont soumises à d’autres conditions à respecter qui figurent dans les directives.
Conditions pour les fermes labellisées Bourgeon par Bio Suisse :
- Exploitation et association à des installations de biogaz : Les fermes Bourgeon peuvent exploiter ou être associées à des installations de biogaz.
- Reprise de digestats : Elles peuvent reprendre des digestats d’une installation de biogaz à laquelle elles ne livrent pas d’engrais de ferme, sous certaines conditions.
- Matières premières :
- Les produits de qualité alimentaire ou fourragère (par exemple des céréales ou de l’herbe) ne peuvent pas être méthanisés dans ces installations.
- Toutefois, les déchets de la fabrication de denrées alimentaires ou d’aliments fourragers (par exemple les déchets de minoterie, le petit lait) qui ne peuvent pas être utilisés comme aliments fourragers dans la région, peuvent être méthanisés.
- Les matières premières ne doivent pas dépasser les teneurs maximales en OGM s'appliquant aux aliments fourragers. Toutes les fermes concernées doivent être reconnues par un label garantissant l’absence d’OGM dans l’affouragement.
- Équilibre des éléments fertilisants : Une ferme Bourgeon doit reprendre d’une installation de biogaz autant d’éléments fertilisants (N et P, sous forme de lisier/fumier méthanisé) que ce qu’elle a livré sous la forme d’engrais de ferme. Les reprises supplémentaires sont calculées comme engrais de ferme conventionnels.
- Liste des intrants : L'installation de biogaz doit figurer dans la Liste des intrants.
Cas particuliers pour les fermes bio :
- Reprise de fumier ou lisier non méthanisé de voisins PER : Il est possible de reprendre du fumier ou du lisier non méthanisé de son voisin PER à raison de 50 % de ses besoins, et en plus reprendre des lisiers / fumiers méthanisés (= engrais de ferme) à raison de 50 % de ses besoins. Ce n’est pas possible, car les deux types d’engrais sont considérés comme des engrais de ferme, et une ferme bio ne peut importer des engrais de ferme que pour au maximum 50 % de ses besoins.
- Dérogation pour les engrais de ferme des voisins PER : Il est envisageable de demander à Bio Suisse une dérogation pour couvrir jusqu’à 80 % des besoins de la ferme (calculés par rapport aux besoins globaux de la ferme) avec des engrais de ferme des voisins PER en l'absence ou en quantité insuffisante d’engrais de ferme bio provenant de la région, tout en respectant les distances maximales de transport. Toutefois, la part d’éléments nutritifs provenant de ces installations de méthanisation ne doit en aucun cas dépasser 50 % des besoins (selon le Suisse Bilanz).
- Méthaniser tous les éléments nutritifs dans une installation de biogaz : C'est possible, mais aucun autre produit méthanisé ne peut être repris si la limite de 50 % a été dépassée. Ces éléments nutritifs sont imputés à la proportion d'engrais de ferme biologiques.
- Céder des engrais de ferme biologiques à d'autres exploitations Bourgeon via une installation de biogaz : Oui, mais outre la saisie sur HODUFLU, il faut alors conclure un contrat de cession d'engrais de ferme. Toutefois, il n'est pas autorisé de céder des engrais de ferme biologiques à des exploitations conventionnelles en passant par une installation de biogaz.
- Reprise de digestats provenant d’installations de biogaz qui méthanisent plus de 20 % de cosubstrats non agricoles : C’est possible, mais seulement avec des digestats provenant d’installations de biogaz qui méthanisent plus de 20 % de cosubstrats non agricoles. Ces digestats sont donc des engrais de recyclage. Pour la reprise des engrais de ferme PER, il faut se tenir aux conditions fixées par le CDC partie II, art. 2.4.3.1. Pour la reprise des digestats, il faut se tenir aux conditions fixées par le CDC partie II, art. 2.4.3.3.
Aspects économiques et défis
La collecte sélective de déchets végétaux présente d'énormes avantages. Les produits obtenus par ces techniques peuvent toutefois contenir des polluants indésirables. Les problèmes que cela pose et les conséquences pour l'environnement, la fertilité des sols, les organismes des sols et la santé des plantes ont fait l'objet d'études approfondies. Les résultats montrent qu'en Suisse, la majeure partie du compost et des digestats sont de bonne, voire de très bonne qualité.

Les installations de méthanisation sont relativement coûteuses, avec des investissements pouvant dépasser les 5 millions de CHF. Il est également important de noter que toutes les installations ne fonctionnent pas à satisfaction, ce qui souligne l'importance d'une planification rigoureuse et d'une expertise technique. Le tonnage à traiter est un facteur clé dans la rentabilité et l'efficacité d'une installation.
Le digestat peut également être utilisé comme carburant automobile ou injecté dans le réseau public sous forme de biogaz, contribuant ainsi à la production d'énergie renouvelable.