Compostage et Lombricompostage : La Révolution Verte pour des Sols Fertiles

L’un des principaux objectifs de l’agriculture biologique est de maintenir la fertilité des sols à long terme en les nourrissant uniquement avec des produits d’origine naturelle. L’ajout régulier de compost est l’un des meilleurs moyens d’améliorer la teneur en matières organiques du sol en plein champ et dans les serres cultivées. Face à la nécessité de gérer nos déchets organiques et d’enrichir nos terres, deux méthodes se distinguent : le compostage traditionnel et le lombricompostage. Bien que les deux produits obtenus soient utiles à des fins agricoles, ils sont en réalité très différents tant au niveau du processus de production que des caractéristiques du matériau. Comprendre ces différences est essentiel pour choisir la méthode la plus adaptée à vos besoins et à votre environnement.

Image d'un tas de compost mûr

Le Compostage Traditionnel : Une Chaleur Transformative

Le compostage traditionnel est un processus de décomposition aérobie, par les bactéries qui génèrent de la chaleur. Le compost domestique est produit dans le bac à compost, dans lequel la matière est chaude car la décomposition aérobie de la matière organique libère du dioxyde de carbone et de la chaleur, ce qui donne des tas qui peuvent dépasser 65°C. C’est une bonne chose car la chaleur peut tuer les agents pathogènes dans le compost entrant. Dans le processus de compostage traditionnel, les microbes et les bactéries décomposent les déchets et génèrent de l’humus, de la chaleur, de l’eau et du gaz carbonique. Différents microbes prédominent au cours de ces phases. Les bactéries mésophiles effectuent la décomposition initiale et décomposent les substances solubles. Lorsque la température du compost dépasse 40°C, des bactéries thermophiles (bactéries résistantes à la chaleur) remplacent ces bactéries mésophiles. Les agents pathogènes des plantes sont tués à des températures de 55°C. Cependant, il est important de se rappeler que les températures supérieures à 65°C détruisent de nombreux micro-organismes et réduisent le taux de décomposition. Les températures élevées augmentent la décomposition des glucides, des graisses et des protéines pendant la phase thermophile. Bientôt, l’approvisionnement en protéines, graisses et glucides s’épuise.

Le compostage, s’il est effectué de la bonne manière, nécessite de 6 à 9 mois pour que le produit soit prêt à l’emploi, de plus il nécessite plusieurs interventions pour aérer le matériau. Un inconvénient par rapport au lombricompostage est l’impossibilité de réaliser le processus à l’intérieur des bâtiments. Le compostage traditionnel, s’il est bien maîtrisé, peut tuer les graines de mauvaises herbes et les agents pathogènes. Il permet également le traitement de grandes quantités de déchets dans une zone réduite et peut se mettre en œuvre sans frais. Les déchets compostés sont plus variés, et il permet de traiter tous les types de déchets biodégradables.

Diagramme illustrant les différentes phases de température du compostage traditionnel

Le compostage traditionnel est souvent utilisé en agriculture conventionnelle. Aussi, d’autres recycleurs de biodéchets optent pour une méthode hybride. Cette technique combine le compostage suivi de l’ajout de bois raméal fragmenté (BRF) pour permettre une décomposition plus poussée. Les tas de compost traditionnels peuvent être démarrés avec aucun investissement. Il suffit de commencer à empiler les déchets de votre jardin et les restes de nourriture sur un tas. Vous n’avez pas besoin d’un composteur. Le compostage traditionnel nécessite une aération supplémentaire, et vous devrez régulièrement retourner le compost avec une fourche ou une pelle. En l’absence d’aération, la partie intérieure s’échaufferait et détruirait les microbes indispensables au compostage. Le compostage traditionnel ralentit par temps froid et est rare en milieu urbain, car il nécessite du terrain.

Tutoriel : comment démarrer son compost

Le Lombricompostage : L'Or Noir du Jardinier

Le lombricompostage est un processus qui nécessite moins de chaleur, car sinon les vers ne pourraient pas survivre, sa température varie entre 10°C et 30°C. Le lombricompost est le produit obtenu à partir du processus de décomposition des déchets de différents types de vers. Il peut s’agir de vers rouges, de vers blancs ou de vers de terre de différentes sortes. Le ver de terre est une source naturelle de fertilité et de vie. Les déchets produits par les vers de terre sont inodores et contiennent des bactéries qui permettent au processus de décomposition de se poursuivre dans le sol, favorisant ainsi l’activité microbiologique. Les « excréments » contiennent beaucoup plus d’azote, de potassium et de calcium que ce que contient un bon terreau.

Le lombricompostage prend moins de temps, généralement 8 à 12 semaines sont nécessaires pour obtenir la matière qui servira à nourrir les plantes. Dans ce cas, les vers seront les mêmes acteurs de l’aération du compost. Un autre facteur à prendre en compte est que les vers ne creusent pas et ne traitent que les 20 à 30 premiers centimètres de matériau, donc si l’on ajoute beaucoup de déchets, le processus ne fonctionnera pas. Les vers rouges utilisés dans le lombricompostage ont besoin d’une humidité, d’une chaleur et d’une nourriture appropriées pour fabriquer le lombricompost. Garder un bac à l’équilibre est essentiel. En toute honnêteté, cependant, une fois que vous avez lancé le processus, votre gestion peut devenir assez passive.

Image d'un lombricomposteur avec des vers rouges

Le lombricompost, comparé au compost traditionnel, est meilleur en raison de sa teneur plus élevée en azote, en phosphore et en potassium, et de sa capacité à améliorer la structure du sol et à augmenter sa capacité de rétention d’eau. Le lombricompost ne présente aucun risque de brûler les racines des plantes, même en grande quantité. Il peut être appliqué à volonté, offrant ainsi une fertilisation douce et adaptée aux cultures. Riche en nutriments, le lombricompost enrichit le sol tout en réintroduisant des micro-organismes bénéfiques. Les turricules sont les excréments des vers après une première digestion des déchets. Ils sont riches en nutriments et contribuent à améliorer la qualité du compost. Cependant, les vers digèrent les matières plusieurs fois (jusqu'à 5 cycles), et à chaque passage, les turricules deviennent de plus en plus riches. Au bout de 5 cycles de digestion, les turricules se transforment en lombricompost, une matière riche, stable et parfaitement décomposée. Le lombricompost est idéal pour enrichir le sol en nutriments et améliorer la structure du sol.

Contrairement au lombricompostage, les bactéries thermophiles sont prédominantes dans le compostage traditionnel, tandis que les bactéries mésophiles le sont dans le processus de lombricompostage. D’autre part, les bactéries mésophiles se développent dans des environnements un peu plus frais. Dans le processus de compostage traditionnel, les microbes et les bactéries décomposent les déchets et génèrent de l’humus, de la chaleur, de l’eau et du gaz carbonique. Les bactéries mésophiles effectuent la décomposition initiale et décomposent les substances solubles. Lorsque la température du compost dépasse 40°C, des bactéries thermophiles (bactéries résistantes à la chaleur) remplacent ces bactéries mésophiles. Les agents pathogènes des plantes sont tués à des températures de 55°C. Cependant, il est important de se rappeler que les températures supérieures à 65°C détruisent de nombreux micro-organismes et réduisent le taux de décomposition. Les températures élevées augmentent la décomposition des glucides, des graisses et des protéines pendant la phase thermophile. Bientôt, l’approvisionnement en protéines, graisses et glucides s’épuise. Par opposition au compostage traditionnel, le lombricompostage est caractérisé par des micro-organismes mésophiles. Ce processus se compose d’une phase active et d’une phase de maturation. Au cours de la phase active, les vers rouges et d’autres micro-organismes décomposent ensemble la matière organique. La phase de maturation se produit une fois que les vers rouges se sont déplacés vers les couches supérieures des déchets organiques non digérés.

Le lombricompostage se distingue par sa capacité à enrichir les sols sans risque pour vos plantes, tout en étant facile à utiliser. Un sol riche en nutriments est essentiel pour faire pousser des fruits, des légumes et des fleurs sains. De plus, c’est un excellent moyen de se débarrasser des restes de nourriture. Le lombricompostage nécessite le coût des vers de terre et d’un lombricomposteur. Vous pouvez réduire le coût avec des vers récupérés et un lombricomposteur bricolé.

Infographie comparant la composition nutritive du compost traditionnel et du lombricompost

Stockage et Utilisation du Lombricompost

Que faire lorsque le lombricompost produit n’est pas utilisé pendant plusieurs mois ? Il peut être stocké, mais certaines précautions doivent être prises afin de ne pas ruiner ses propriétés. Le bon environnement pour stocker le lombricompost est un endroit frais et sec. Vous devez assurer un flux d’air sans laisser le matériau se dessécher complètement. S’il est très humide ou mouillé, vous pouvez disposer le matériau en une fine couche sur un socle en béton et le laisser sécher pendant un certain temps. Elle doit être bien friable et non humide au toucher. Le matériau obtenu ne doit jamais être stocké à l’extérieur et sans abri, car la pluie et le soleil éliminent une grande partie des composés bénéfiques. Cependant, les températures froides de l’hiver permettent de stocker le lombricompost à l’extérieur, à l’abri d’une bâche en plastique. En fait, les micro-organismes gelés se réactiveront dès que les températures le permettront.

Le lombricompost possède d’excellentes propriétés biologiques et chimiques et est enrichi en régulateurs de croissance végétale qui font défaut aux composts traditionnels. Ces régulateurs de croissance des plantes comprennent les gibbérellines, les cytokinines et les auxines. Aussi connus sous le nom d’hormones végétales, les régulateurs de croissance des plantes sont des composés chimiques qui ont un impact sur la différenciation et la croissance des tissus et des cellules végétales. Le compost traditionnel est riche en ammonium, tandis que le lombricompost est riche en nitrates, une forme d’azote facilement disponible. De plus, la disponibilité de l’azote est plus élevée dans le lombricompostage que dans le compostage traditionnel en fonction du poids.

Choisir la Bonne Méthode : Compostage ou Lombricompostage ?

Réduire ses déchets organiques est simple avec un composteur ou un lombricomposteur. Mais quelle est la différence entre les deux, et lequel choisir ? Le choix entre le compostage traditionnel et le lombricompostage dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’espace disponible, de la quantité de déchets à traiter, et des préférences personnelles.

Si vous avez de la place dans votre cuisine pour installer un lombricomposteur d’appartement, vous pouvez alors facilement commencer le vermicompostage. Cet équipement représente environ la taille d’un tabouret. Vous pouvez facilement le garder sous votre évier de cuisine ou le ranger dans un placard ou une buanderie. Le lombricomposteur est idéal sur un balcon, dans une véranda ou un garage. Il se compose, en général, de quatre bacs emboîtés verticalement, en plastique ou en bois non traité : on dépose les déchets frais dans le bac du haut, on trouve le compost en cours dans le deuxième bac, puis le compost fait et enfin le jus dans le bac du bas. Le lombricompostage n’a pas besoin d’autant d’espace que le compostage traditionnel, ce qui en fait une bonne option pour les appartements et les petites maisons. Le lombricompostage peut être plus coûteux qu’un tas de compostage traditionnel.

D’autre part, le compostage conventionnel nécessite que vous ayez suffisamment d’espace à l’extérieur pour mettre un conteneur de compostage et le retourner régulièrement. Après cela, vous aurez besoin de suffisamment de déchets pour lancer le processus de compostage, ce qui exige une masse critique d’environ 1 m3. Le compostage traditionnel est à privilégier quand on dispose d’un jardin. Il permet de traiter de grandes quantités de déchets organiques et ceux de votre jardin.

Schéma comparatif des conteneurs de compostage et de lombricompostage

Les deux processus impliquent la bio-oxydation des déchets organiques (généralement avec une assistance humaine) résultant en un matériau riche, semblable à l’humus. Le rapport carbone sur azote est important pour le lombricompostage et le compostage traditionnel. Si le lombricompostage peut absorber une partie de vos déchets de cuisine, le compostage traditionnel peut traiter tous les types de déchets biodégradables. En effet, les vers de lombricompost doivent pouvoir ingérer la nourriture que vous leur présentez. Par contre, au fond de votre jardin, vous pouvez composter tous les déchets de votre cuisine et aussi ceux de votre jardin.

Le lombricompostage est moins exigeant en main-d’œuvre, car l’activité des vers aide à mélanger et aérer les déchets. Le compost produit est plus riche en nutriments. Des températures plus fraîches aident à conserver l’azote. Il n’y a pas de taille minimale. Peu d’espace est requis. Il est idéal pour l’intérieur comme pour l’extérieur. Dans des conditions idéales, les déchets peuvent être traités très rapidement.

Le compostage traditionnel peut se mettre en œuvre sans frais. Les déchets compostés sont plus variés. Il permet le traitement de grandes quantités de déchets dans une zone réduite. Il peut tuer les graines de mauvaises herbes et les agents pathogènes.

Les Enjeux Actuels : Réduction des Déchets et Fertilité des Sols

En France et en Europe, le tri à la source des biodéchets est obligatoire depuis 2024 pour tous, entreprises comme particuliers, comme le prévoit la directive européenne sur les déchets, avalisée en France par la loi AGEC. En parallèle, les sols font face à une baisse du taux de matière organique, nécessitant aujourd’hui la recherche d’autres modes de fertilisation et d’amendement et donc de source de matière organique. Pour répondre à ces enjeux liés à la gestion de la fertilité des sols ainsi que la valorisation de biodéchets, les acteurs, qu’ils soient concernés par l’agriculture ou par la gestion des déchets, font aujourd’hui face aux défis de développer des filières - diversifiées - de valorisation des résidus organiques sur les territoires.

Avant tout, il faut absolument revenir au postulat de base : « le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas ». Traduction : ce n’est pas parce qu’on va le donner aux vers et fabriquer du compost qu’il faut jeter des quantités phénoménales de nourriture. Ainsi, de l’échelle industrielle à l’échelle individuelle, la lutte contre le gaspillage alimentaire doit être la priorité absolue de toute politique de gestion ET de réduction des biodéchets. Valoriser 50 kg de biodéchets par an et par habitant est plus simple (et coûte moins cher) que d’en valoriser 100 kg, idem à l’échelle d’un restaurant, d’un marché alimentaire ou d’un site de production agro-alimentaire. Ce principe s’applique également au jardin, en agriculture ou chez les paysagistes. Paillage, mulch, tonte raisonnée, choix de végétaux adaptés, gestion différenciée d’espaces verts sont autant de techniques qui permettent de limiter la production de déchets verts (taille, tontes, feuilles mortes,…) qui finissent en déchetterie puis sur les plateformes de compostage, quand ils ne sont pas brûlés, pratique interdite au passage. Les formations guide et maître composteur mettent de plus en plus l’accent sur ces questions de réduction (gaspillage alimentaires et déchets du jardin) et c’est tant mieux.

Que vous choisissiez le compostage traditionnel ou le lombricompostage, l'objectif est le même : transformer vos déchets organiques en un amendement précieux pour vos sols. Chaque méthode a ses spécificités, mais toutes contribuent à une approche plus durable et respectueuse de l'environnement. Le lombricompostage, avec sa richesse en nutriments et sa facilité d'utilisation, s'avère particulièrement adapté aux environnements urbains et aux petits espaces. Le compostage traditionnel, quant à lui, est idéal pour les plus grands jardins et permet de traiter une plus grande diversité de déchets. En fin de compte, la meilleure approche est celle qui correspond le mieux à votre situation personnelle et à vos objectifs.

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