La gestion des déchets au Cap-Haïtien : Enjeux, défis et perspectives de valorisation

La commune du Cap-Haïtien, deuxième ville du pays, compte environ 700 000 habitants pour ses 53,5 km². Du centre-ville historique, où se trouvent encore des bâtiments ayant conservé l’architecture coloniale, en passant par les sections communales, les tas d’immondices omniprésents servent d’adresse aux riverains. Une situation qui non seulement a des conséquences sur la santé de la population, mais aussi sur l’environnement de cette commune. La commune du Cap-Haitien a été choisie pour mener des activités de recherche en raison de l’évidence de la mauvaise gestion des déchets solides ici. Ces derniers sont déversés dans des espaces inappropriés tels que les égouts, les canaux de drainage ou tout simplement déposés sur les trottoirs.

Vue des rues du Cap-Haïtien encombrées par des déchets solides

État des lieux : Une crise environnementale chronique

Depuis près de vingt ans, la gestion des déchets est au cœur des préoccupations. « Au niveau de la Mairie du Cap, il n’y a pas un plan de gestion des ordures, on ne fait que déplacer les déchets qui s’étalent dans les rues », admet le maire adjoint Esaïe Lefranc. Au Cap-Haïtien, 220 tonnes métriques de déchets sont produits par jour. Dans le meilleur des cas, ils devraient finir à la décharge. La Ville n’en a pas. Le ramassage n’étant pas régulier, ils se retrouvent le plus souvent abandonnés dans la rue, dans les caniveaux, dans les ravines. Cette situation, en dehors de l’aspect esthétique, favorise la prolifération d’infections et de maladies. Quand il pleut, ces ordures bouchent les canaux d’évacuation avec les conséquences que l’on connait. La Ville a déjà été touchée par plusieurs inondations.

Au sein de la commune, un autre phénomène se développe en rapport à la gestion des déchets. La relation entre la population des zones de décharges et les chauffeurs s’apparente à une lune de miel qui dure depuis toujours. Parfois, il faut se lever tôt et prendre rendez-vous pour obtenir un camion de déchets. Au fil des ans, les mangroves ont presque disparu dans cette localité. Cette situation qui affecte l’image de la ville préoccupe grandement le maire assesseur Patrick Almonor.

Diagnostic d'un laboratoire de recherche : Méthodes et constats

Dans le but de mener à bien ce travail de cartographie des solutions locales, le laboratoire a utilisé des méthodes de recherches ethnographiques pour répertorier les solutions autochtones en lien avec la thématique en question. Notamment, des focus groups ont été organisés avec comme contenu des exercices d’arbres à solutions, des profils historiques et des brainstormings au cours desquels le laboratoire a fait mention des questions qui n’ont pas été épuisées.

Au cours de cette mission, le staff du laboratoire a pu faire les constats suivants : saturation de la commune en termes de déchets dans les rues, absence de sites de décharge, manque de sensibilisation de la population par rapport à la gestion des déchets et le manque de moyen de l’État pour assurer la gestion de ces déchets. Il importe de souligner que ces initiatives peuvent contribuer grandement à une meilleure gestion des déchets solides dans la commune du Cap-Haïtien. Il ne reste qu’à encourager ces initiatives communautaires en vue de favoriser l’intégration de la communauté dans la gestion des déchets solides dans la commune. Comme l’a proposé une organisation lors de cette mission de recherches de solutions, il serait utile que les OCB du Cap-Haïtien puissent travailler en synergie pour pallier aux problèmes de la gestion des déchets solides.

Schéma des méthodes de recherche ethnographique appliquées à la gestion des déchets

Initiatives de valorisation : Transformer le déchet en ressource

Le laboratoire, pour sa part, va expérimenter les solutions locales suivantes :

  1. Fabrication de briques avec des bouteilles plastiques.
  2. Fabrication de gaz méthane avec des déchets organiques par combustion.

Parallèlement, des organisations internationales et des ONG s'impliquent. Ici, l’ONG SOIL a décidé d’inverser la tendance par un ambitieux projet de protection des ressources du sol, d'autonomisation des communautés et de transformation des déchets. Fondée en 2006, la Sustainable Organic Integrated Livelihoods (SOIL) œuvre à la transformation des déchets en ressources économiques. Par son programme « Boucler la Merde », cet organisme souhaite voir transformer le paysage environnemental haïtien. Collectés par des agents de cet organisme et des familles sensibilisées, les déchets sont transportés dans un centre de compostage, près de Limonade. Après les neuf mois que dure le processus de transformation, le compost est prêt à être utilisé pour le jardinage ou l'agriculture.

« Nous travaillons à améliorer la santé de la population par l'assainissement. Mais surtout, nous montrons aux gens que les déchets humains (matières fécales) peuvent être utiles », se réjouit Theo Huitema, directeur régional. Le travail de cet organisme est très apprécié dans la région. Beaucoup de citoyens pensent que l'assainissement écologique est la clé pour changer l’image de la métropole du Nord et réduire les risques épidémiologiques.

Le rôle du compostage communautaire et industriel

Le CEFREPADE va poursuivre sa croisade pour la promotion de la valorisation des déchets ménagers dans les pays en développement. Le CEFREPADE est ainsi chargé, en lien étroit avec les 3 mairies, de la conception, du suivi de la construction, de la formation et mise en route pour ce centre expérimental qui devra traiter entre 5 et 10 000 tonnes par an de déchets de marchés et ménagers. Une goutte d’eau pour ce territoire qui en produit près de 200 000 tonnes chaque année mais une étape obligée.

Pour réussir, il faut :a) Faire comprendre que 65% de ces déchets solides sont organiques (déchets alimentaires) et que la matière organique se décompose rapidement. Si leur décomposition n’est pas contrôlée, ils deviennent très vite malodorants.b) Faire comprendre que cette matière organique décomposée dans des conditions contrôlées sera transformée en engrais.

Le compost, qui est semblable à de la terre, est un engrais biologique. Il peut être utilisé en agriculture et servir à combattre l’érosion des terres. La notion de collecte décentralisée offre l’avantage d’une prise en charge collective grâce à la notion d’appartenance, impliquant les quartiers comme Nèg Bande du Nord, Nèg Ti Ginen, Nèg Carénage, Nèg Anba Ravine, Nèg La Fossette, ou Nèg Haut-du-Cap.

Composter c'est facile !

Gouvernance et politique environnementale à long terme

Un terrain d’une superficie de 40 hectares sur l’habitation de Mouchinette, 3ème section communale de Roucou, commune de Limonade, a été retenu pour la construction d’un centre de gestion des déchets solides, et a donc été déclaré d’utilité publique par arrêté présidentiel en date du vendredi 5 juin 2020. « L’objectif de ce programme est de transformer les conditions de vie des habitants des communes de Cap-Haïtien, Limonade et Quartier Morin. »

Dans le contexte de l’opération de nettoyage en cours au Cap-Haïtien, il ne faut pas perdre de vue l’importance d’une réelle politique, à long terme, de gestion des déchets. Dans toute agglomération, la prise en charge de l’ensemble de ces éléments relève du gouvernement municipal, qui est le palier le plus proche de la population. Or, on constate que la ville du Cap-Haïtien n’arrive pas à assumer ces lourdes responsabilités, faute de moyens. Il est vrai que la perception fiscale est déficiente au niveau local et que les transferts du gouvernement central sont pratiquement inexistants. Mais une gestion plus dynamique de la Ville pourrait faire appel à la participation citoyenne pour atténuer certains problèmes.

Carte de localisation du futur centre de gestion des déchets à Mouchinette

La vétusté, l’insuffisance des infrastructures, le manque d’éducation éco-citoyenne de la population et le déficit en savoir des gestionnaires ont condamné à l’échec toute tentative de solution. À l’occasion du 350e anniversaire de sa fondation, la ville du Cap-Haïtien, si elle veut renaître de ses cendres, aurait intérêt à se pencher sans tarder sur tous ces points d’importance capitale. Les défis à relever sont nombreux et tous prioritaires. Mais elle pourrait commencer par la gestion des déchets solides qui ternissent son image. Concilier gestion de déchets et production serait à la fois transformer un environnement intenable et des populations marginalisées.

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