La gestion des effluents d'élevage, en particulier ceux issus des volailles, représente un défi constant pour les agriculteurs. Ces matières, riches en nutriments mais souvent chargées en eau, peuvent devenir une ressource précieuse grâce au processus de compostage. Cette transformation biologique aérobie permet de valoriser les fumiers et les eaux souillées, les convertissant en un amendement organique stable, hygiénisé et fertilisant, bénéfique pour les sols agricoles et l'environnement. Le compostage des fumiers de volailles, lorsqu'il est bien maîtrisé, devient une pierre angulaire de l'autonomie des exploitations et contribue à une agriculture plus respectueuse et plus rentable.

Les Fondamentaux du Compostage des Fumiers de Volailles
Le fumier, principalement issu de l'élevage, est une biomasse riche en matière organique. Sa transformation en compost est un processus biologique aérobie qui nécessite une gestion maîtrisée des paramètres physico-chimiques. Ces paramètres incluent le ratio carbone/azote (C/N), le pH, l'aération et le taux d'humidité. Un ratio C/N idéal se situe entre 25:1 et 30:1, permettant ainsi aux micro-organismes de décomposer la matière organique efficacement.
L'Importance Cruciale de l'Aération et du Contrôle de la Température
Une aération adéquate est cruciale pour maintenir l'activité microbienne. Elle permet non seulement de fournir de l'oxygène, indispensable aux micro-organismes aérobies, mais aussi de réguler la température du compost. Durant la phase thermophile de la décomposition, la température peut s'élever naturellement jusqu'à 55-65°C. Cette montée en température est bénéfique car elle contribue à la destruction des pathogènes et des graines de mauvaises herbes, assurant ainsi un compost plus sain et plus sûr.
Équilibrer la Matière Sèche et Humide : Un Défi pour les Fientes
Les fientes, notamment celles issues des volailles, sont particulièrement riches en azote et en phosphore. Cependant, leur forte teneur en eau (souvent supérieure à 70-80%) nécessite souvent un apport de matières sèches, comme la paille ou les sciures. Ces matériaux ont pour rôle d'absorber l'excès d'humidité et d'équilibrer le mélange, facilitant ainsi l'aération et permettant d'atteindre une décomposition homogène. Sans cet apport de matières carbonées, le tas de fumier risque de devenir trop compact, limitant l'oxygène et favorisant des processus anaérobies indésirables, générant des odeurs et une décomposition moins efficace.
Le Co-Compostage : Une Stratégie d'Optimisation
Le co-compostage des fientes avec des matières carbonées (comme les résidus de culture, les déchets verts ou les matériaux absorbants de litière) permet d'ajuster le ratio C/N et de favoriser un compostage équilibré. Cette technique, qui consiste à mélanger différentes matières organiques, permet non seulement d'optimiser le processus de maturation du compost, mais améliore également sa qualité et sa valeur fertilisante pour les sols agricoles. Le choix des co-produits est essentiel pour atteindre l'équilibre souhaité en carbone et azote.
Gestion Innovante des Lisiers et des Eaux Souillées
Les lisiers, principalement composés d'eau, de matière organique dissoute et de nutriments, présentent un défi de gestion différent de celui des fumiers solides. Leur traitement par compostage nécessite impérativement l'ajout de structurants carbonés. Ces matériaux, comme la paille hachée, les copeaux de bois ou les déchets verts, augmentent la porosité du mélange, facilitent l'oxygénation et permettent de transformer une bouillie liquide en un substrat solide et aérable, propice au compostage aérobie.
Systèmes de Séparation de Phase pour une Meilleure Valorisation
Des systèmes de séparation de phase peuvent être employés pour séparer la fraction solide de la fraction liquide des lisiers. La fraction solide peut ensuite être compostée plus facilement, tandis que la fraction liquide, plus riche en nutriments dissous, peut être traitée autrement, par exemple par méthanisation ou par épandage contrôlé après dilution. Cette approche permet une gestion plus ciblée et efficace des différents effluents.

L'Expérience d'Olivier Rousseau : Le Compostage comme Pilier de l'Autonomie
L'histoire d'Olivier Rousseau, éleveur de volailles à Moutiers (Ille-et-Vilaine), illustre parfaitement l'intérêt et la faisabilité du compostage des fumiers de volailles. Depuis 2003, il transforme la totalité de la litière de ses bâtiments en compost, valorisant ainsi les effluents de son élevage de 3 939 m². Ce compost, vendu à des céréaliers via l'entreprise Terrial, est utilisé comme engrais organique structurant pour les sols de son exploitation de 20 hectares.
Plus de Vingt Ans d'Expérience et d'Adaptation
L'aventure du compostage a débuté en 2003, suite à la perte d'un prêteur de terre pour l'épandage, ce qui a nécessité une refonte administrative et engendré des coûts supplémentaires. Olivier Rousseau a alors décidé de composter le fumier de ses volailles. En 2006, le canton étant passé en zone d'excédents structurels, impliquant une obligation de traitement à partir de 12 500 unités d'azote, il a dû adapter et agrandir ses installations. La construction d'un troisième bâtiment en 2010 a conduit à l'installation de nouvelles stations de compostage. Pour lui, la station de compostage est devenue l'outil pivot garantissant l'autonomie de son exploitation.
Compost de Fiente de Poule
Préparation et Humidification : Les Premiers Pas d'un Compost de Qualité
La préparation du compost débute dès le nettoyage des bâtiments volailles. Un bon mélange de la litière est essentiel pour homogénéiser le futur tas de compost. Le fumier se compose de copeaux de bois (paillage) et de paille broyée (repaillage). Olivier Rousseau pratique un curage en épi pour bien mélanger le fumier, en particulier le fumier de dinde, plus compact et concentré. Il vide également les fosses pour humidifier le fumier. Pour remplir le silo de sa station de compostage, il lui faut l'équivalent de deux poulaillers de dindes ou de quatre poulaillers de poulets. Un exemple de mélange utilisé est composé de 75 tonnes de fumier de poulailler, 135 tonnes de fumier de dindon et 40 m³ d'eau. Une fois l'opération réalisée, une bâche recouvre le tas, dans lequel quatre sondes sans fil (wifi) sont plantées en quinconce pour surveiller la température.
Régulation Automatisée de l'Aération pour un Processus Optimal
La station de compostage est soigneusement préparée une semaine avant le remplissage. Après un nettoyage minutieux, la station est prête à recevoir le nouveau lot. L'air injecté par les gaines d'aération conditionne la bonne montée en température du compost après trois à quatre jours. Grâce aux sondes mesurant la température du tas, l'air injecté (apport d'oxygène) est régulé automatiquement par un logiciel pilote. Cette combinaison entre humidité et oxygène favorise le processus de compostage aérobie. Durant ce processus, les micro-organismes aérobies décomposent la matière organique et produisent du gaz carbonique (CO2), de l'ammoniac, de l'eau, de la chaleur et de l'humus, le produit organique final relativement stable et inodore. Une bonne aération est donc indispensable pour un compostage efficace.
Le Compost : Entre Engrais et Amendement Organique
Le compost produit par Olivier Rousseau est contrôlé deux fois par an minimum. La courbe de température, l'analyse du compost et les quantités utilisées et vendues sont vérifiées. Le compost produit, à un tonnage de 1 200 tonnes par an, se compose de 2,8 % d'azote, 1,6 % de phosphore, 2,7 % de potassium, 48 % de matière organique et 62 % de matière sèche, avec un ratio C/N supérieur à 8. Au vu de sa composition, ce compost entre dans la catégorie "engrais organique", comme le précise Florent Vacher de Terrial.
Valorisation Agricole : Fertilisation et Structuration des Sols
Le compost est épandu sur les 20 hectares de colza, de maïs et de blé de l'exploitation, selon le plan prévisionnel de fumure établi. Il permet une fertilisation en azote, phosphore et potassium tout en maintenant la matière organique du sol, et donc sa structure. Par exemple, la culture de colza reçoit un apport de 9 tonnes par hectare avant implantation, épandu grâce à un épandeur à table, apprécié pour sa régularité.
Commercialisation et Logistique : Déléguer pour Mieux Gérer
Concernant l'étape finale de commercialisation, Olivier Rousseau a choisi de la déléguer. La convention passée avec Terrial fixe la reprise de la totalité du compost restant. Quarante-cinq camions sont chargés sur deux périodes, en avril et août. Le prix de la reprise par Terrial se situe entre 25 et 45 euros la tonne, selon la conjoncture. Le chargement se fait sur quinze jours à la demande de l'éleveur, et Terrial s'occupe de la mise en marché, y compris la logistique, livrant le produit directement en zone céréalière.
La Nouvelle Station de Compostage Val'Id : Efficacité Énergétique et Optimisation
La station de compostage de la société Val'Id, dans sa deuxième génération, représente une avancée technologique significative. Elle comprend un grand silo (20 m x 6 m x 2,5 m) sous lequel des gaines d'aération insérées dans la dalle en béton font circuler l'air, qui ressort par de petits trous alignés au sol. Reliés à un ventilateur, ces trous diffusent l'air dans le tas de fumier. La quantité et la durée d'air soufflé sont gérées par un automate, piloté à partir de quatre sondes sans fil plantées dans le tas, via un logiciel installé sur l'ordinateur de l'éleveur.
Économies d'Énergie et Gestion des Jus
Comparativement à l'ancienne installation qui nécessitait trois moteurs de 5,5 chevaux, la nouvelle station est équipée d'un seul moteur de 2,2 chevaux pour faire fonctionner le ventilateur. Olivier Rousseau estime ainsi avoir réalisé une économie de 1 000 euros par an. Un hangar ou zone de maturation de 400 m², conçu en 2003, stocke le compost. La gestion des jus d'écoulement se fait par une cuve de 5 m³. Deux silos dits "bateau", installés en 2003, ont été conservés pour le stockage du fumier. Le coût de la nouvelle station rénovée s'élève à 43 000 euros.

Les Avantages Multiples du Compostage des Fumiers de Volailles
Malgré le travail et les coûts supplémentaires qu'il implique, le compostage apporte une véritable plus-value au fumier. Les retours d'expérience positifs rendent cette pratique de plus en plus populaire et rentable, notamment grâce à l'essor de l'agriculture biologique.
Hygiénisation, Stabilisation et Désodorisation
Le compostage permet non seulement d'hygiéniser, d'homogénéiser et de stabiliser les produits, mais également de les désodoriser. Cette dernière caractéristique réduit les distances d'épandage aux tiers et facilite la vente du compost. Il peut ainsi constituer un véritable complément de revenus pour l'éleveur.
Réduction des Volumes et des Coûts de Stockage et Transport
En réduisant le volume des fumiers de 30 à 50 % et leur masse de 20 à 30 %, le compostage engendre des économies substantielles sur le stockage et le transport. L'idéal est de lancer le compost directement en sortie de poulailler afin de bénéficier de l'action des bactéries présentes naturellement. La récupération des eaux de nettoyage des sols permet d'assurer en partie l'apport en eau nécessaire pour atteindre le taux d'humidité optimal.
Durabilité et Conformité Réglementaire
La méthode de compostage par aération forcée se révèle plus durable que le retournement mécanique, qui demande plus de temps de travail. Bien que l'utilisation du compost de sa propre production soit libre, le cahier des charges est plus exigeant pour la commercialisation. Des analyses régulières sont obligatoires pour vérifier la conformité du produit à la réglementation des amendements organiques, ce qui implique un coût.
Affranchissement aux Contraintes Administratives
L'atout le plus significatif et unanimement apprécié du compostage par les exploitants reste l'affranchissement aux nombreuses contraintes administratives liées au plan d'épandage. Cette autonomie dans la gestion des effluents d'élevage renforce la pérennité et la viabilité économique des exploitations agricoles.
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