Comprendre et mettre en œuvre le compostage partagé : Une solution durable pour nos biodéchets

Le tri à la source des biodéchets est devenu une priorité environnementale et réglementaire majeure. En triant nos biodéchets, nous pouvons réduire de 33% le volume de nos sacs poubelles, soit environ 83 kg par an et par habitant. Cette démarche s'inscrit dans une logique d'économie circulaire où ce que nous considérions hier comme un déchet devient une ressource précieuse.

Schéma illustrant le cycle du compostage : des restes alimentaires au terreau fertile pour le jardin

Les enjeux environnementaux et économiques de la gestion des biodéchets

Les biodéchets, constitués à environ 60% d'eau, représentent une part significative de nos ordures ménagères. Les brûler dans les incinérateurs est un non-sens écologique. Au-delà de l'aspect environnemental, la réduction des ordures ménagères permet une maîtrise des coûts de gestion des services déchets. Le retour au sol, via le compost ou le digestat de méthanisation, sert pour les cultures agricoles et pour maintenir la bonne santé des sols.

La loi "Anti-gaspillage pour une économie circulaire", dite loi AGEC, impose de trier et de valoriser ses biodéchets depuis le 1er janvier 2024. Cette réglementation pousse les collectivités à proposer des solutions adaptées à chaque territoire, qu'il s'agisse de compostage individuel, collectif, de quartier, en pied d’immeuble ou en établissement.

Qu'est-ce que le compostage partagé ?

Le compostage partagé est une pratique qui consiste à regrouper les déchets organiques des habitants d’un quartier ou d’une commune afin de les transformer en compost, une matière organique riche et fertile pour les sols. Une aire de compostage partagé permet à l’échelle d’un centre village, d’un quartier, d’un lotissement, d’une résidence ou d’un parc d’activités économiques, de collecter des biodéchets pour les transformer.

Le fonctionnement du compostage partagé repose sur la mise en place de composteurs collectifs accessibles aux participants. Ces composteurs sont généralement installés dans des espaces communs, comme des jardins partagés, des parcs ou des espaces verts, et peuvent également être installés dans des copropriétés. Toutes les étapes sont gérées sur place par les foyers participants et les référents de site. Il n’y a pas de collecte : les déchets sont valorisés sur place en compost.

Photographie d'une aire de compostage partagé en zone urbaine avec bacs en bois

Les fondements techniques du compostage

Le compostage est la décomposition des matières organiques par les micro-organismes du sol (bactéries, champignons, etc.) en présence d’oxygène et d’eau. Pour obtenir un bon compost, trois règles d’or doivent être respectées :

  1. Alimenter et mélanger : Les organismes vivants du compost ont besoin d’une alimentation équilibrée, composée de 50% de déchets verts et humides (épluchures, restes de repas) et de 50% de déchets bruns et secs (broyat, feuilles mortes).
  2. Aérer : Ces mêmes organismes vivants ont besoin d’oxygène. Il est primordial d’aérer régulièrement le composteur à l’aide d’une fourche ou d’un outil type « Brass Compost ». Un manque d’aération provoquera irrémédiablement une fermentation et donc un dégagement de mauvaises odeurs.
  3. Humidifier : Un compost doit être suffisamment humide, sans être pour autant détrempé. Si votre composteur sent mauvais, vos déchets sont probablement entrés dans une phase de fermentation dégageant ainsi des odeurs.

La réussite dépend également de deux critères principaux : les caractéristiques du substrat (taux de matière sèche idéal entre 40 et 50%, rapport C/N entre 20 et 40) et le suivi des travaux de compostage (variations de température, taux d’humidité, aération).

Accompagnement et dynamiques territoriales en Isère

De nombreuses structures, comme Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté ou le SMND, accompagnent les communes et les habitants dans cette démarche. Le SMND, par exemple, accompagne 15 nouveaux sites annuellement. Ces projets créent une réelle dynamique collective, comme on a pu le voir à Heyrieux avec l'installation d'un site à la Gendarmerie Nationale ou à Bourgoin-Jallieu chez Alpes Isère Habitat.

L'implication des usagers et la mobilisation des référents sont au cœur du succès. Les guides composteurs contrôlent et aident les usagers à bien composter. Pour ceux qui souhaitent s'impliquer davantage, des formations gratuites sont régulièrement proposées. Parallèlement, des initiatives complémentaires existent, comme les opérations "Adopte une poule !", où la poule agit en véritable experte de l'élimination des déchets alimentaires.

Compostage partagé [4/4] | La maturation | SIDEFAGE

Solutions diversifiées pour tous les usagers

Pour ceux qui n'ont pas de jardin ou disposent d'une surface restreinte, le compostage de proximité en pied d'immeuble ou de quartier est la solution idéale. La CAPSO, par exemple, déploie progressivement des sites de compostage partagé et des abris-bacs - des conteneurs installés dans l’espace public permettant de déposer les déchets alimentaires, y compris la viande et le poisson.

Il est important de noter qu'en tant qu'habitant, aucune amende n'est prévue en cas de non-respect du tri, mais la démarche reste vivement encouragée pour réduire le poids des ordures ménagères. Pour les professionnels, des services de collecte en porte-à-porte peuvent également être mis en place dans le cadre de la redevance spéciale.

Le compostage est une solution vertueuse qui crée du lien entre les habitants et permet d’utiliser et distribuer le compost localement, au bénéfice de tous. Que ce soit à travers des installations en entreprise, comme chez Géolithe ou Applied Materials à Crolles, ou dans des résidences privées, le compostage partagé transforme notre manière de consommer et de considérer la matière organique. Chaque site, géré par des référents dévoués, contribue à une meilleure gestion de nos ressources à l'échelle locale.

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