
Le Sénégal, à l'instar de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, est confronté à des défis majeurs en matière de fertilité des sols et d'assainissement. La perte de fertilité des terres, exacerbée par des pratiques agricoles intensives et l'utilisation abusive d'engrais chimiques, menace la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des agriculteurs. Parallèlement, la gestion des déchets organiques, souvent insuffisante, entraîne des problèmes d'insalubrité, de pollution de l'eau et des risques sanitaires importants pour les populations. Face à ces enjeux, des initiatives innovantes et durables émergent, promouvant le compostage, et plus spécifiquement le compostage humain (ou "fumain"), comme une solution locale, gratuite et efficace pour enrichir les sols, protéger l'environnement et améliorer la santé publique.
L'urgence de l'assainissement et la valorisation des déchets organiques au Sénégal
Aujourd'hui, le Sénégal fait face à un problème généralisé d'hygiène et d'assainissement. La couverture de l'assainissement au sein des ménages ne représente que 51 %, et celle de l'hygiène s'élève à seulement 24 %. L'assainissement dans les écoles (16 %) et le lavage des mains (22 %) demeurent des défis persistants. Ces chiffres soulignent l'ampleur du problème et ses conséquences sur la santé des populations, notamment la prolifération des maladies. Selon ONU Habitat, la prolifération des déchets provoque six fois plus d'infections respiratoires et deux fois plus de diarrhées, des pathologies particulièrement graves pour les enfants.

Les déchets organiques sont des substances généralement composées de matière animale et/ou végétale, susceptibles de subir des transformations pour être réutilisées dans un biotope et une biocénose. Plutôt que de les considérer comme des menaces, la valorisation de ces déchets est une stratégie très prometteuse. Lorsqu'ils sont réutilisables dans les entreprises et les ménages, ils contribuent à protéger l'environnement contre les méfaits écologiques. En effet, les déchets organiques, parfois appelés déchets dangereux, constituent des menaces sur la santé humaine, car ils contiennent en quantité variable des microbes dangereux, capables de tuer l'homme et de dégrader l'environnement.
Pourtant, ces déchets sont des ressources très disponibles dans la société sénégalaise. Ils peuvent être réutilisés par l'homme dans les ménages, dans les champs, etc. Les jeter ne fait qu'augmenter la pollution. Il est intégralement nécessaire de préciser que l'énergie provenant de la méthanisation est une énergie disponible, non polluante et renouvelable à l'échelle humaine, et le compost à son tour ne présente aucune réaction chimique ; c'est de l'engrais bio. La valorisation des déchets organiques est un atout qu'il ne faut pas négliger si l'objectif est de vivre dans un environnement sain. C'est une lutte collective que le gouvernement, les consommateurs et tant d'autres acteurs de l'environnement devraient embrasser afin de limiter l'augmentation des déchets sur l'étendue du territoire.
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Le vermicompostage comme levier de l'agroécologie
Du 11 au 12 avril 2025, une formation agro-écologique s'est tenue à Saint-Louis, illustrant concrètement l'engagement en faveur de l'agriculture durable. Le projet CIRAWA, en partenariat avec l'Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), aspire à une agriculture plus respectueuse de l'environnement et des sols. Cette initiative de CIRAWA au Sénégal a pour objectif de soutenir la mise en œuvre d'installations de vermicompostage pour le recyclage des déchets organiques dans les fermes ou à plus grande échelle.
La formation, d'une durée de deux jours, a alterné sessions théoriques et pratiques. La formatrice, Maria Pérez, a évoqué le processus de production de vermicompostage, la gestion des vers de terre et les différents types d'installations de vermicompostage. Selon elle, le compostage varie des techniques les plus simples aux plus avancées, soulignant que "nous avons le lombricompostage, qui consiste à utiliser les vers pour décomposer la matière organique ; cette pratique est idéale pour les opérations à petite échelle." Elle a permis aux participants de manipuler, construire et observer les différentes étapes d'un compost réussi : choix des matières, équilibrage carbone-azote, contrôle de l'humidité, retournement et maturation. Chaque technique a été comparée selon sa simplicité, son coût et les types de sols visés. Maria Pérez a insisté sur le fait que "le compost, ce n'est pas un luxe, c'est une solution locale, gratuite, pour enrichir nos champs sans dépendre de l'extérieur." Cet atelier a également permis de déconstruire de nombreuses idées reçues sur le compost et de démontrer, par la pratique, que des solutions simples peuvent transformer l'agriculture locale. D'autres participants ont fait un plaidoyer pour impliquer davantage les groupements de femmes, acteurs agricoles essentiels dans les zones rurales, dans ces initiatives.
Des projets concrets pour une gestion circulaire des déchets
Depuis plus de cinq ans, Caritas Kaolack, partenaire du Secours Catholique, mène, avec les autorités locales, un projet de collecte et de gestion des déchets dans cinq communes du centre et de l'ouest du Sénégal. Aujourd'hui, les ordures de près de 6 000 ménages sont collectées et triées. La nouveauté du projet réside dans la construction d'un centre de valorisation dans l'une des communes. Les déchets organiques, mis de côté et transformés en compost, sont destinés à un périmètre maraîcher attenant où un groupe de femmes cultive des légumes selon des méthodes agroécologiques. Une partie de leur récolte est destinée à nourrir leurs familles, l'autre à être vendue afin de leur assurer un revenu.

"Nous sommes dans une initiative de transition écologique juste", explique Alejandro Munevar Salazar, chargé de projets internationaux au Secours Catholique. Dans le sud du Sénégal, Caritas Kaolack s'est attaquée au problème de l'insalubrité en mettant en place un système de collecte et de tri des déchets dans trois communes, avec le soutien du Secours Catholique et de l'AFD. En Afrique, faute d'une politique de gestion des déchets, plus de la moitié des ordures sont déversées dans les rues ou des dépotoirs. C'est pourquoi Caritas Kaolack motive les communautés à nettoyer ensemble leurs quartiers. "C'est mieux pour notre environnement et pour notre santé. On attrape moins de maladies", constate Seynabou, un balai à la main.
Un atelier de sensibilisation se tient dans le quartier de Lena, à Keur Madiabel, sur la nécessité de trier dans deux poubelles distinctes : le biodégradable et le reste. Les habitants qui participent repartent avec un tamis pour mieux trier le sable et le retirer de leurs poubelles. Sur les 46 000 habitants des trois communes, environ 70 % adhèrent au projet. Ils doivent payer une redevance mensuelle de 1 000 FCFA (1,50 €) pour financer la collecte des ordures. Le maire, Aliou Kébé, se félicite : "Grâce à la communication de Caritas, la population a compris que nous devons tous nous lever pour rendre notre ville propre."
Le premier tri s'effectue à la maison. Chaque habitant a reçu une notice avec des photos, qui explique ce qu'il faut mettre dans le bac à compost. Coumba dispose donc de deux poubelles. "Avant, déclare-t-elle, je jetais mes ordures dans la rue. C'est important de trier le biodégradable : cela fait du fumier pour les agriculteurs." "Les ordures, c'est de l'or dur", observe à son tour Mamadou Diouf, habitant et bénévole du projet. "Ça permet aux paysans de mettre du compost à la place des engrais chimiques, ça leur coûte moins cher." Ce sont des charretiers qui ramassent les deux poubelles et en déversent le contenu dans leur benne compartimentée. C'est aussi l'une des forces du projet : il crée des emplois. Habib est l'un des 30 charretiers : "J'ai maintenant un emploi stable, alors qu'avant je devais travailler à Dakar, sans voir ma famille."

La destination finale : les trois centres de tri (un pour chaque commune). L'idée est de valoriser au maximum les ordures récoltées. Les déchets classiques sont déversés sur la plateforme de tri et les déchets biodégradables sont mis de côté. Leur décomposition naturelle servira entre autres à fabriquer de l'engrais pour les arbres fruitiers plantés dans le centre de tri ou dans les rues de la ville. Car le projet a aussi pour objectif de reboiser. 1 000 arbres sont ainsi plantés chaque année. Les déchets qui n'ont pas pu être valorisés aboutissent à une zone d'enfouissement. À la différence d'une décharge, les bords et le fond ont été consolidés afin que les ordures ne s'infiltrent pas dans la nappe phréatique. La zone devrait être pleine dans vingt ans. Une quinzaine d'employés travaillent dans les plateformes de tri. Cailloux, plastique, métal et verre sont mis de côté pour être vendus à des repreneurs. Caritas vise une valorisation de 60 % des ordures collectées. Thioro, impliquée dans le projet, vient de temps à autre bénévolement : "Il faut trier pour réduire la quantité d'ordures et avoir le minimum à enfouir." Le plastique dur est envoyé à Kundam, le deuxième centre de prétraitement du plastique au Sénégal après Thiès. Créé par Caritas, ce centre est géré par le comité de développement de quartier de Kaolack. Ici, on récupère le plastique dur avant de le découper, le broyer, le tamiser, le laver et le sécher. Les matières finales sont vendues à des sociétés qui fabriquent des chaises ou des bassines en plastique.
Le compostage humain : une solution ancestrale et moderne
Et si les rejets organiques des sept milliards de personnes qui vont aux toilettes chaque jour se transformaient en ressources à valoriser ? Recycler nos selles et notre urine reste un tabou majeur dans nos sociétés. Pourtant, faire nos besoins dans de l'eau potable est peut-être l'une de nos habitudes les plus irrationnelles. Joseph Jenkins offre un argumentaire convaincant en faveur du compostage du fumain (néologisme créé à partir de la contraction de « fumier humain »), une solution tout indiquée pour prévenir la pollution de l'eau, fertiliser les sols, protéger nos réserves d'eau potable et améliorer notre santé. Enfin disponible en français après un succès phénoménal aux États-Unis, ce guide pratique fournit des informations scientifiques détaillées sur la façon dont le fumain peut être recyclé hygiéniquement sans avoir à recourir à des gadgets technologiques ou des produits chimiques, sans se saigner monétairement et sans polluer l'environnement.

« Nous, les humains, avons une incompréhension totale des déchets humains. C'est un excellent engrais, plein de nutriments », explique Manuel Perez, dont la famille est propriétaire de la ferme biologique Finca Gaia à Porto Rico. Il a construit des toilettes biologiques pour deux raisons : éviter de détruire une partie de la jungle en installant des tuyaux et utiliser ce que nous considérons comme des déchets humains pour nourrir ses plantes. Une fois le seau rempli, il ajoute son contenu à une fosse de compostage, avec des feuilles mortes et d'autres déchets, qui deviendront finalement un sol riche et fertile.
Des fermes aux communautés hors réseau, des petits villages écologiques aux grandes villes, on assiste à un mouvement croissant en faveur de la valorisation de la production métabolique de notre corps, au lieu de faire tout simplement de notre mieux pour la détruire. Notre caca est, en effet, un engrais puissant, riche en nutriments, qui peut aider les plantes à prospérer. Le fait de le composter plutôt que de le jeter dans les toilettes permet également de réduire la consommation d'eau, une décision judicieuse à l'ère du changement climatique et des pénuries d'eau. L'application du compost sur les terres réduit également le besoin d'engrais synthétiques, dont la fabrication nécessite des combustibles fossiles. Le processus Haber-Bosch de synthèse de l'ammoniac, un engrais riche en azote, nécessite des températures de 400 à 650 °C et une pression extrêmement élevée, qui ne peuvent être atteintes que par l'utilisation de combustibles fossiles, et est à l'origine d'environ 1,8 % des émissions mondiales de CO2.

Le recyclage des excréments peut sembler peu conventionnel et peu hygiénique, mais il est de plus en plus reconnu comme une étape importante de l'assainissement et de l'économie circulaire : un processus de traitement et de transformation des déchets en un produit utilisable. "Ce sujet est superchaud en ce moment. Les gens se rendent compte que ce que nous faisons n'est pas durable, donc il y a beaucoup plus d'intérêt pour l'assainissement circulaire, spécifiquement aux États-Unis, mais aussi ailleurs", explique Kelsey McWilliams, fondatrice et directrice générale de Point of Shift, une entreprise basée à Philadelphie, qui conçoit des systèmes d'assainissement circulaire. Lorsqu'il est fait correctement, il s'agit d'une manière plus holistique et durable de traiter le problème mondial des déchets humains.
La vérité crasseuse est que notre planète souffre d'une surcharge de caca humain. Avec sept milliards d'entre nous qui en rejettent une livre (450 g) par jour, nos déchets polluent l'environnement de différentes manières. Dans les pays en développement, qui manquent souvent d'infrastructures sanitaires industrielles cohérentes, ces eaux usées souvent non traitées s'infiltrent dans l'eau potable, provoquant des maladies diarrhéiques qui tuent encore un demi-million d'enfants par an.
Lorsque nous cultivons continuellement nos aliments à certains endroits, mais que nous les mangeons et les excrétons à d'autres, nous finissons par redistribuer les nutriments sur la planète. Lorsque nos céréales, fruits et légumes poussent, ils prélèvent des nutriments (azote, phosphore, potassium) sur la terre. Lorsque nous mangeons ces aliments, nous absorbons certains de ces éléments, mais pas tous. En fait, le corps humain n'a besoin que d'une quantité relativement faible de ces éléments, de sorte que le reste finit par s'écouler dans nos excréments : un puissant trio d'engrais. Les stations d'épuration éliminent les bactéries pathogènes des effluents avant de les rejeter dans un plan d'eau voisin, mais ne les débarrassent généralement pas de ces nutriments (certains services publics plus avancés disposent toutefois de la technologie nécessaire).
Lorsque ces effluents riches en engrais s'écoulent dans les lacs, les rivières ou la mer, ils commencent à fertiliser toutes les mauvaises choses, provoquant la prolifération d'algues toxiques qui tuent les poissons. Ils étouffent les récifs coralliens. Ils détruisent également les marais côtiers, des écosystèmes qui agissent normalement comme des éponges qui absorbent les marées montantes et nous protègent des ondes de tempête - un problème particulièrement critique à l'ère de la fonte des glaciers et de l'élévation du niveau de la mer. Une trop grande quantité d'azote entraîne une croissance excessive des marais, qui finissent par se transformer en vasières en décomposition. "Plus de 30 % des marais du monde sont fortement pollués par les eaux usées et des pourcentages variables de récifs coralliens sont également pollués", explique Stephanie Wear, écologiste marine et fondatrice de l'Ocean Sewage Alliance, une organisation à but non lucratif dont le but est de pousser les gens à nettoyer l'océan des déchets humains. "Et les récifs coralliens sont des écosystèmes délicats, donc même de petites quantités sont vraiment mauvaises pour eux."
Ce qui se passe avec les boues biosolides restantes est tout aussi laid. Parfois, ces boues sont brûlées. Parfois, elles sont séchées et mises en décharge avec les ordures, où elles pourrissent en libérant des gaz à effet de serre. Parfois, elles sont accumulées dans des "lagunes", euphémisme pour désigner d'énormes fosses d'aisances contenant des tonnes de déchets, qui sont parfois traitées mais peuvent aussi être laissées telles quelles, couvertes pour réduire l'odeur et empêcher les animaux sauvages ou les humains de tomber accidentellement dedans. Pendant ce temps, les terres agricoles s'épuisent après avoir donné des récoltes année après année, ce qui oblige les agriculteurs à acheter et à appliquer des engrais synthétiques, perpétuant ainsi le cycle brisé des nutriments. Plutôt que de restituer ces nutriments à la terre sous forme d'eaux usées compostées, nous les rejetons dans la mer, tout en fabriquant davantage d'engrais synthétiques pour réparer nos terres agricoles en voie d'épuisement. "Si vous regardez comment le système fonctionne, cela n'a aucun sens. Nous ne faisons que jeter de l'argent dans les toilettes", dit Mme Wear.
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Pour mettre fin à la dérive des nutriments loin des sols, les humains doivent trouver des moyens de rediriger leurs eaux usées vers la terre, disent les experts. Tout le monde ne dispose pas d'une ferme où composter les déchets de son corps, bien sûr, mais il existe un certain nombre de nouvelles technologies qui peuvent fonctionner dans différents contextes et à différentes échelles, des maisons familiales aux immeubles d'habitation et aux grandes villes.
Innovations et applications du compostage humain à différentes échelles
Kelsey McWilliams travaille avec des clients à petite échelle, tels que des éco-villages et des campings aux États-Unis, pour concevoir des toilettes attrayantes qui transforment les déchets en compost pouvant être utilisé pour fertiliser les arbres ou les parterres de fleurs. Elle travaille également avec des clients dans plusieurs réserves amérindiennes où les toilettes à chasse d'eau sont rares et où de nombreuses maisons utilisent des latrines ou des puisards. (Les Amérindiens sont 19 fois plus susceptibles que les Américains blancs de ne pas avoir de plomberie intérieure). "Mes clients veulent remplacer les lugubres toilettes portatives par quelque chose qui n'empeste pas, qui n'est pas rempli de mouches et de produits chimiques polluants, et qui peut être rendu à la nature", explique-t-elle. Tout comme l'approche de M. Perez, ses conceptions reposent sur la sciure de bois et les restes agricoles pour réduire les odeurs et lancer le processus de compostage.

Les copeaux de bois et la sciure ne fonctionneront pas en milieu urbain, mais Epic Cleantec, basé à San Francisco, s'attaque au problème au niveau des immeubles d'habitation grâce à une technologie intelligente. Les eaux usées des résidents ne sont pas acheminées vers une station d'épuration, mais vers le système d'Epic Cleantec, qui sépare les solides de l'eau, purifiant suffisamment cette dernière pour qu'elle puisse être réutilisée pour arroser les plantes, tirer la chasse d'eau et même faire la lessive (mais pas pour être bue). Les biosolides séparés sont compactés dans des tambours à l'intérieur d'armoires spéciales à odeurs contrôlées et subissent ensuite un traitement thermique et d'oxydation qui tue les agents pathogènes.
L'un des avantages du système est qu'il est beaucoup plus facile de décontaminer les boues avant que les agents pathogènes ne se multiplient de façon incontrôlée sur leur chemin vers la station, explique le directeur général et fondateur Aaron Tartakovsky. "Habituellement, les matières solides tourbillonnent dans les égouts pendant des heures ou des jours, de sorte que vous avez un taux de pathogènes extrêmement élevé. Nous les capturons quelques secondes après que quelqu'un a tiré la chasse d'eau, en sorte que nous ayons une fraction des agents pathogènes par rapport aux stations d'épuration", explique-t-il. Le résultat final est un produit de sol sec, sans odeur, riche en carbone et en azote. Jusqu'à présent, Epic Cleantec n'a utilisé ce "fumier humain" que dans une petite serre de recherche-développement pour mieux comprendre ses propriétés pédologiques, mais l'entreprise espère l'utiliser bientôt dans des parcs. "Nous sommes en pourparlers avec le service des parcs de la ville pour l'utiliser dans le cadre d'un projet pilote", explique M. Tartakovsky. "Nous l'appelons "Soil by San Franciscans for San Franciscans"."
Au niveau municipal, la société canadienne Lystek a mis au point une solution destinée à fonctionner à grande échelle. Lystek a construit un gigantesque mélangeur d'eaux usées doté d'une lame si tranchante qu'elle réduit en lambeaux tous les micro-organismes des eaux usées, laissant les agents pathogènes réglementés tels que E.coli et Salmonella en dessous des limites de détection réglementaires. La bouillie qui en résulte est chargée dans des camions qui l'injectent dans le sol des champs agricoles où pousse l'herbe destinée à nourrir les vaches. Le fondateur Ajay Singh, un scientifique de l'université de Waterloo, en Ontario, a mis au point le procédé après avoir appris que la plupart des déchets de sa ville étaient transportés par camion dans des endroits éloignés. "Ces camions à essence transportaient essentiellement de l'eau, car l'eau constitue 98 % des déchets liquides. Je voulais une meilleure utilisation de toutes ces ressources. Nous avons donc créé ce que nous appelons un smoothie d'eaux usées", explique-t-il. Cette technologie est déjà utilisée dans plusieurs villes du Canada, des États-Unis et du Moyen-Orient, desservant une population d'environ 1 700 000 personnes, selon l'entreprise. "Nous considérons les biosolides comme de véritables multivitamines pour le sol", dit Lynne Moss.
Une autre entreprise, DC Water, une station d'épuration à Washington DC, traite le "rendement" de toute la capitale américaine. Elle rend les eaux usées inoffensives de tout pathogène en les faisant mijoter à 148 °C et en les comprimant. Les boues cuites sont pompées dans des biodigesteurs dans lesquels diverses bactéries les dévorent pendant plusieurs semaines, les transformant en une substance boueuse. Cette boue est ensuite séchée pendant trois semaines jusqu'à ce qu'elle atteigne la consistance d'un terreau, pour devenir un engrais appelé Bloom, vendu par l'organisation à but non lucratif BlueDrop.

Les agriculteurs achètent la plus grande partie de Bloom, mais les paysagistes et les entreprises de construction font également partie de la clientèle. Ces clients de gros achètent généralement par camions complets, mais Bloom est également disponible dans les magasins de détail, conditionné en sacs de 11 kg et 22 kg pour les jardiniers amateurs. Les terrains de golf apprécient également Bloom en raison de sa teneur élevée en fer, qui donne à l'herbe une teinte verte riche et foncée, explique April Thompson, directrice du marketing et des ventes chez BlueDrop.
La région de Louga : un exemple d'engagement institutionnel pour l'assainissement et le compostage
Le référentiel mis en place en 2024, pour servir de socle à la gouvernance économique et sociale au Sénégal, est décliné à travers la Vision d’un Agenda national de transformation qui réaffirme la priorité accordée à l’Eau et à l’Assainissement dans leurs dimensions sociales, économiques et écosystémiques. L’Eau et l’assainissement joueront un rôle moteur dans les ambitions de garantir la souveraineté économique et environnementale ainsi que dans la forte réduction des inégalités sociales. Cette nouvelle vision est parfaitement alignée avec l’Agenda des ODD et renforce les principes du Droit humain à l’Eau et à l’Assainissement. La « Lettre de Politique Sectorielle de Développement » (LPSD) s’articulera bien avec le plan d’actions sur la période 2025-2029.
Dans ce cadre, la région de Louga, d'une superficie de 24 847 km², soit 12,6 % du territoire national, est particulièrement active. Des actions concrètes sont menées, notamment une sollicitation de la commune de Ngueuné pour un appui technique et le montage de projet selon les besoins prononcés, formalisée par un Accord Cadre de Coopération le 27 mai 2025. La préparation d'un dossier à soumettre à la Région Occitanie, dans le cadre de l’Appel à projets fOCsi (Fonds Occitanie pour la solidarité internationale), est également en cours.
Le projet « Appui Compost pour Tous » est un levier stratégique pour le développement durable, l’amélioration de la salubrité et la dynamisation économique locale. À l’initiative du Maire, M. Abdou KHADRE LO, un Comité de Pilotage a été créé dès l’initiation du projet. Les perspectives incluent le démarrage imminent du projet avec ses différentes étapes, l’implication accrue des femmes, des jeunes, et le renforcement de l’accompagnement technique et institutionnel pour assurer la pérennisation des actions engagées. La responsabilité du Comité de Pilotage a été confiée à M. Massamba NDIAYE, et Mme Khady DIME a été désignée en tant que coordinatrice de la relation avec l’Association « La Goutte d’Ô ». Le pilotage global du programme de Coopération sera assuré par l’Association « La Goutte d’Ô » - France.
Les rôles et responsabilités des acteurs sont clairement définis : la mairie de Ngueuné assurera la maîtrise d'ouvrage des études locales, en s’appuyant sur ses services administratifs et techniques municipaux et sur son partenaire local l’ARD, et interviendra en étroite relation avec l’ONAS. La Municipalité coordonnera et assurera l’information auprès des agriculteurs.
Le calendrier du projet est ambitieux : la conception de la filière locale de valorisation des boues d’épuration, y compris la plateforme de compostage, est prévue de février à avril 2026. Une phase pilote de valorisation des boues de la station d’épuration de Louga se déroulera de septembre 2026 à avril 2027, suivie de l'utilisation du compost par les exploitants agricoles locaux de décembre 2026 à mai 2027. La création progressive d’emplois dans la chaîne de production et de distribution est envisagée d'octobre à décembre 2026, avec des actions de sensibilisation et de formation aux bonnes pratiques agricoles et environnementales d'avril à novembre 2026. Enfin, la capitalisation et la diffusion des bonnes pratiques du projet seront menées à bien.
Les autorités régionales et départementales de Louga ont exprimé leur plein soutien à cette initiative. Mme Ndèye Nguénar MBODJI, Gouverneur de la Région de Louga, a accueilli la Délégation avec enthousiasme et a félicité les deux partenaires (Commune et Association française) pour s’être conjointement associés dans cette opération de Coopération Internationale, soutenant la vision de la politique de Coopération Décentralisée. M. Abdou KHADRE LO, Maire de Louga, a souligné l’engagement de la commune pour améliorer les conditions d’accès à l’eau et à l’assainissement pour ses habitants et profiter de ce projet pour développer l’emploi. Le Directeur Régional de l’ONAS a souligné le vecteur essentiel que représente ce projet pour l’environnement. Mme Claude MANGA, Préfète de Louga, encourage l’extension du projet à d’autres communes et le renforcement de la communication pour maximiser l’impact. Le Sous-Préfet, représenté par son adjoint M. Ousmane THIAW, a accueilli la Délégation et a réaffirmé son soutien, soulignant que la commune devait faire face à des défis majeurs en matière de salubrité et que le projet constituait une opportunité pour améliorer la gestion des déchets et soutenir le développement local. M. le Maire a été félicité pour son engagement, étant reconnu parmi les meilleurs Maires sélectionnés par l’État du Sénégal.
Le Conseil Départemental de Louga, par la voix de M. Yeri BÂ, son Secrétaire Général, a magnifié la démarche de Ngueuné pour avoir développé cette Coopération Décentralisée, soulignant que peu de communes s’investissent dans cette activité. Monsieur le Maire a convié l’ensemble de son Conseil Municipal, avec le Comité de Pilotage. La presse locale, régionale et nationale a couvert l’événement. Monsieur le Maire a rappelé le contexte du projet et son évolution jusqu’à ce jour, soulignant les objectifs de ce projet qui répondent à deux axes fondamentaux : l’amélioration du cadre de vie et le développement de l’emploi sur Ngueuné. Il a argumenté sur l’organisation municipale, qui a conduit à créer un Comité de Pilotage spécifique pour ce projet. Ce dispositif performant a permis d’écrire le projet dans les temps impartis et de mobiliser le partenariat international avec les Français. La présentation officielle du projet a été faite par M. Serge MIQUEL en français et traduite en wolof par M. Massamba NDIAYE devant le Conseil Municipal de Ngueuné en présence des acteurs de développement, associations de femmes, jeunes et acteurs agricoles. En introduction, M. Serge MIQUEL a exprimé le partenariat solide avec la Région Occitanie, Montpellier Méditerranée Métropole et l’Agence Française de Développement AFD, dont l’appui témoigne de la pertinence de cette démarche et de la confiance placée dans les acteurs locaux. "Cette coopération est pour nous un modèle de synergie entre les territoires, unissant les compétences de l’Europe et de l’Afrique autour d’un objectif commun : valoriser les ressources locales." M. Serge MIQUEL a exprimé toute sa reconnaissance.