« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle… » chantait Yves Montand dans les années 1950. En réalité, le jardinier ramasse les feuilles mortes au râteau, souvent pour les incorporer au compost ou les utiliser comme paillis. Pourtant, ces feuilles mortes constituent aussi une richesse insoupçonnée pour fabriquer un amendement de premier choix : le terreau de feuilles. Léger, aéré, riche en humus, il est l'alternative parfaite à l'achat de substrats du commerce, parfois à base de tourbe, dont l'extraction est destructrice pour les milieux naturels. Faire son propre terreau de feuilles, c'est facile, c'est gratuit.

Comprendre la nature du terreau de feuilles
Il convient de distinguer le terreau de feuilles mortes du compost traditionnel. Le compost, c'est un mélange équilibré de déchets verts et bruns. Cette décomposition produit un matériau brun foncé, léger, très friable, qui dégage une agréable odeur de sous-bois. Le terreau de feuilles mortes reste un substrat de culture pauvre en éléments nutritifs. Cette caractéristique en fait un support de croissance plutôt qu’un engrais. Le terreau est pauvre en nutriments, à la différence du compost, mais il est très riche en humus. Il offre un pH légèrement acide, entre 6 et 6,5.
La création du terreau commence par la collecte des feuilles mortes. Toutes les feuilles ne se décomposent pas à la même vitesse. Les feuilles qui se décomposent rapidement : érable, bouleau, tilleul, frêne, noisetier, arbres fruitiers, peuplier, saule, et certaines feuilles fines. Les feuilles qui se décomposent plus lentement : chêne, hêtre, platane, laurier-cerise, châtaignier et aiguilles de conifères. Les feuilles plus coriaces nécessitent davantage de patience. Les feuilles de chêne, riches en tanins, ou celles du platane demandent une période de décomposition plus longue.
Les méthodes de préparation et le rôle du broyage
Le broyage est impératif. Sans lui la décomposition peut attendre 3 ans ! La tondeuse à gazon est la méthode la plus simple. Il suffit de mettre les feuilles en tas et d’y passer la tondeuse, muni du sac de ramassage. Le fait de ramasser et broyer ces feuilles légèrement humides va accélérer la décomposition. Le broyage des feuilles constitue une étape déterminante. Une tondeuse permet de découper finement la matière végétale et d’accélérer le processus de décomposition.

En silo ou bac à feuilles, c'est facile à réaliser avec 4 piquets et du grillage à poules ou des palettes. Le silo offre une bonne aération, une bonne visibilité et un volume important. Le sac poubelle de 100 litres est une autre option : il suffit de remplir le sac des feuilles broyées et de faire des trous pour l’aération et l’évacuation de l’eau. Les sacs poubelle, c'est très bien quand on n'a pas trop d'espace. Tant qu'on ne mélange pas d'autres déchets que des feuilles, on obtiendra le même terreau. On peut même mettre ce bac sur une dalle, pas besoin de contact avec le sol, puisque dans ce cas ce ne sont pas les vers qui vont décomposer la matière, mais les champignons.
Le processus de maturation : patience et technique
La fabrication du terreau de feuilles est un processus lent qui demande surtout beaucoup de patience. Il convient de regrouper les feuilles broyées dans un tas ou un silo à compost. L’ajout de matière organique fraîche azotée stimule la décomposition. Les tontes de gazon, les orties ou la consoude apportent l’azote nécessaire à l’équilibre du processus. Il suffit de maintenir le tas humide tout en le laissant ouvert pendant l’hiver. Le retournement du tas une ou deux fois durant la période de maturation oxygène le mélange.
Après 9 à 10 mois, il devient possible de commencer le tamisage. La maturation complète nécessite entre 12 et 18 mois selon les conditions climatiques et la composition du tas. Pour les semis, il est conseillé de le tamiser avec un tamis de jardin pour retirer les derniers morceaux. Le terreau fin est idéal pour les semis et les boutures. Sa structure fine, légère et bien drainée est très appréciée des jeunes plants. Le terreau grossier est un excellent paillage pour les pieds d’arbres et les massifs. Il protège du gel et de la sécheresse.
Fabriquer son terreau de feuilles
Optimisation et usages en jardinage
Ce substrat présente des caractéristiques particulières qui déterminent ses usages. Sa finesse et sa pauvreté en nutriments en font un excellent support pour les semis. Il convient d’enrichir ce terreau pour les cultures gourmandes. Incorporé directement dans la terre du jardin, ce terreau améliore la structure du sol. Son utilisation en paillis protège les cultures du froid et maintient la fraîcheur du sol en été.
Plusieurs techniques permettent d’améliorer la qualité du terreau final. La protection du tas contre le froid hivernal maintient l’activité microbienne. Attention : un excès d’humidité peut provoquer un pourrissement anaérobie. Le terreau de feuilles mortes se conserve plusieurs années dans un endroit frais et légèrement humide. Ce substrat peut être réutilisé après culture. Il suffit d’y incorporer du compost frais et de la matière organique pour régénérer ses propriétés. À noter : le tamisage du terreau mûr permet d’obtenir différentes granulométries selon les usages prévus.
Avantages écologiques et économiques des substrats DIY
Créer son propre terreau présente de nombreux avantages, tant sur le plan économique qu’écologique. En fabriquant un substrat maison, les jardiniers peuvent réduire leurs dépenses en évitant d’acheter des produits commerciaux souvent coûteux. De plus, cela permet de personnaliser le mélange en fonction des besoins spécifiques des plantes cultivées. Par exemple, certaines plantes nécessitent un terreau plus drainant, tandis que d’autres préfèrent un substrat plus riche en matière organique.
En choisissant des matériaux naturels et en évitant les produits synthétiques, les jardiniers peuvent créer un environnement de croissance sain et durable. Cela contribue également à réduire l’empreinte carbone liée au transport de substrats commerciaux, favorisant ainsi une approche plus respectueuse de l’environnement. Les substrats DIY sont une option économique et écologique pour créer un terreau de qualité à la maison. En fabriquant votre propre terreau, vous avez le contrôle sur les ingrédients utilisés, ce qui vous permet d’obtenir un substrat adapté aux besoins de vos plantes.

Les ingrédients clés et leur rôle dans le mélange
Pour élaborer un terreau maison efficace, plusieurs ingrédients essentiels doivent être pris en compte. Le premier d’entre eux est la matière organique, qui peut provenir de compost, de terreau de feuilles ou de fumier bien décomposé. Ces éléments apportent des nutriments essentiels aux plantes et améliorent la structure du sol. Un autre ingrédient clé est le matériau de drainage, tel que la perlite ou la vermiculite. Ces substances permettent d’aérer le terreau et d’éviter l’accumulation d’eau, ce qui est crucial pour prévenir la pourriture des racines.
En outre, l’ajout de sable grossier peut également améliorer le drainage tout en apportant une texture légère au mélange. Pour optimiser la qualité du terreau fait maison, plusieurs techniques peuvent être mises en œuvre. L’une des méthodes les plus efficaces consiste à enrichir le mélange avec des amendements organiques tels que le guano ou la farine d’os. Ces ajouts fournissent des nutriments supplémentaires qui favorisent une croissance saine et vigoureuse des plantes. Il est également possible d’incorporer des mycorhizes dans le terreau pour améliorer l’absorption des nutriments par les racines.
Précautions et erreurs à éviter
Lors de la création d’un terreau maison, certaines erreurs courantes peuvent compromettre la qualité du mélange final. L’une des plus fréquentes est l’utilisation excessive de matière organique non décomposée, qui peut entraîner une décomposition incomplète et une libération excessive de chaleur dans le sol. Une autre erreur à éviter est le manque d’aération dans le mélange. Un terreau trop compact peut restreindre la circulation de l’air et l’absorption d’eau par les racines, entraînant ainsi des problèmes de croissance.
La plupart des feuilles conviennent, mais il faut éviter celles du noyer et les feuilles malades. Les feuilles de noyer sont souvent déconseillées au potager car elles contiennent de la juglone, une molécule qui empêche la germination des autres graines. Rassurez-vous, cette teneur est très faible sur les variétés de noyers qui sont cultivées en Europe. Cette affirmation est surtout vraie pour les noyers noirs, un arbre de la même famille qui pousse de l’autre côté de l’Atlantique.
Perspectives pour une agriculture durable
Face aux préoccupations environnementales croissantes, plusieurs alternatives écologiques aux substrats commerciaux ont vu le jour. Parmi celles-ci, on trouve les substrats à base de fibres de coco, qui sont durables et biodégradables. La fibre de coco retient bien l’humidité tout en offrant une bonne aération, ce qui en fait un excellent choix pour diverses plantes. De plus, certains jardiniers optent pour des mélanges à base de déchets organiques recyclés, tels que les épluchures de légumes ou les résidus de café.
Ce projet vise à développer une méthode de production d’un engrais organique à base de feuilles caduques, soit un terreau de feuilles. Cet engrais organique, produit par la décomposition fongique de feuilles d’arbres caduques, pourrait être un amendement et une source azotée intéressante pour les producteurs maraîchers biologiques. Ce matériau pourrait être une source fertilisante potentiellement intéressante pour les producteurs maraîchers et biologiques, car il possède un taux de N et un rapport C/N semblable à celui d’un compost, mais un taux de phosphore jusqu’à trois fois moins élevé. De plus, sa production ne nécessite qu’un équipement minimal et coûte donc beaucoup moins cher à produire que du compost.
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