Guide complet de la comptabilisation d'une récolte de foin et des stocks agricoles

La gestion comptable d'une exploitation agricole, et plus particulièrement le traitement des récoltes comme le foin, est une activité qui nécessite rigueur et méthode. On associe souvent les comptables à des matheux ; c’est vrai que la manipulation des chiffres au quotidien pourrait laisser penser au rapprochement, mais le comptable, et plus largement la comptabilité, utilise avant tout une méthode de rangement, de classement, pour permettre, dans un second temps, une analyse. À travers les comptes, l’intégralité des flux engendrés au quotidien par l’activité de l’entreprise doivent être traités.

Schéma simplifié du cycle comptable agricole : de la récolte au bilan financier

La structure des comptes agricoles et le plan comptable

Le plan comptable agricole est une liste de comptes particulière, dédiée au secteur agricole. Cette liste de comptes tout comme les règles de la comptabilité agricole ont été mises à jour par les règlements 2020-03 et 2020-04, adoptés par l'Autorité des normes comptables (ANC) et homologués par un arrêté du 29 décembre 2020. Ces dispositions s'appliquent aux exercices ouverts depuis le 1er janvier 2021.

Les exploitations agricoles doivent utiliser la liste des comptes du plan comptable général sous réserve des aménagements prévus par le nouveau règlement. Les principales différences entre la liste des comptes classiques et celle du plan comptable agricole se trouvent dans les comptes de classe 2 et classe 3 au bilan et dans le compte de résultat.

Comptabiliser la production : le cas du foin

La récolte de foin constitue une production stockable. Contrairement aux services comme le labour ou l'ensilage, qui sont des prestations immédiates enregistrées dans le compte 706, le foin produit doit être valorisé en stock s'il n'est pas vendu immédiatement.

Les premiers comptes, de loin les plus essentiels, sont les comptes 70, qui permettent de comptabiliser les ventes. Les végétaux seront affectés au compte 701. On parle ici de vente de céréales (blé, maïs) mais aussi de vente de foin, de paille, évidemment produits sur la ferme.

Si le foin est récolté mais non vendu à la clôture de l'exercice, il faut constater cette production. On retrouvera dans ces comptes 710 et suivants la variation de stocks (c’est-à-dire la différence entre mon stock début d’exercice et fin d’exercice). Cette variation de stocks permet de mesurer le niveau de production qui n’a pas été vendue. Elle génère donc un produit, donc du résultat, mais sans pour autant de trésorerie.

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L'évaluation des stocks de fourrages

Le stock désigne une quantité de marchandise. À la date de clôture de l’exercice, les différents stocks liés à une activité agricole sont évalués selon les règles des entreprises industrielles et commerciales. Cette évaluation est basée sur le coût de revient réel ou sur une base forfaitaire déterminée.

Pour les exploitants au réel, la règle est d’évaluer les stocks à la date de clôture, à leur prix de revient effectif. C’est-à-dire à leur coût réel de production. Si le cours du jour à la clôture de l’exercice est inférieur au prix de revient, l’exploitant peut choisir d’évaluer ses stocks au cours du jour.

Le bilan fourrager comme outil de gestion

Le bilan fourrager est un outil indispensable pour évaluer les besoins en fourrages d’une structure à tout moment de l’année. Ce calcul consiste à évaluer les quantités de fourrages (foin, enrubanné et/ou paille) en stock sur la structure par rapport aux consommations futures.

Pour une précision comptable et technique :

  • Conversion : Les quantités totales sont calculées en kilogrammes de matière sèche (kg MS).
  • Formule : kg brut x %MS = kg MS.
  • Sécurité : Il est recommandé d’intégrer un pourcentage de sécurité de 5% pour les pertes en cours d’utilisation. Attention, si les balles de foin sont pesées fraîchement récoltées, il faut savoir qu'elles continuent à sécher ensuite lors du stockage et perdent donc jusqu’à 10 à 15% du poids brut.

La gestion des charges liées aux cultures

Les comptes 340 et suivants permettront d’enregistrer tous les intrants qui ont été nécessaires (engrais, semences, produits de traitement), mais aussi les frais matériels dits « frais de mécanisation » engagés pour les différents travaux de culture.

Le compte de résultat traduit l’activité et donc identifie les dépenses au service de celle-ci. Or, il se peut que des dépenses pourtant effectuées au cours de l’exercice ne servent que l’année suivante. Le compte de variation de stocks permet alors de rattacher au bon exercice la consommation effective de ces achats.

Analyse économique et soldes de gestion

Issus de ce compte de résultat, différents ratios ou indicateurs nous permettent d’affiner notre analyse économique de l’entreprise. C’est l’analyse de groupe. La plupart de ces indicateurs sont appelés Soldes Intermédiaires de Gestion ou S.I.G.

  1. Marge Brute : Le premier de ces indicateurs.
  2. Valeur Ajoutée : Le second solde intermédiaire de gestion.
  3. EBE (Excédent Brut d'Exploitation) : Avec l’EBE, nous obtenons la richesse créée par l’activité sur une période donnée. Attention, l’EBE peut être excellent une année et catastrophique l’année suivante.

Les spécificités des entreprises agricoles

La gestion des dossiers agricoles implique des traitements spécifiques, en particulier pour la TVA, qui suit des règles propres au régime des bénéfices agricoles et à ses formulaires dédiés. Les exploitations agricoles doivent utiliser la liste des comptes du plan comptable général sous réserve des aménagements prévus par le nouveau règlement.

Les comptes 240, par exemple, chez les éleveurs, comprennent le cheptel reproducteur détenu lors de l’inventaire de fin d’exercice (on ne parle pas ici des achats mais bien des animaux présents à une date précise). Quant aux avances aux cultures, elles représentent l’ensemble des charges engagées au cours d’un exercice en perspective d’une récolte qui sera réalisée après la date de clôture.

L'importance de la rigueur comptable

Le plan comptable agricole n'était pas prévu par le plan comptable général de 1982. À la suite de diverses demandes émanant des professionnels du secteur agricole, le ministère de l'Économie et des Finances ainsi que le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation ont collaboré conjointement pour un plan comptable satisfaisant aux besoins des métiers issus de l'agriculture.

En conclusion de cette structure, la comptabilité n'est pas qu'une suite de chiffres. C'est un langage qui permet de traduire la réalité biologique et technique de la ferme en une image financière fiable. Que ce soit pour le foin stocké, les animaux en élevage ou les intrants achetés, chaque mouvement doit être documenté pour permettre une pilotage serein de l'exploitation, en anticipant les aléas du marché et les variations climatiques.

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