La gestion des ravageurs est une préoccupation majeure pour les maraîchers, en particulier en agriculture biologique. Les attaques de ravageurs peuvent réduire considérablement les récoltes, comme l'illustre le cas des araignées rouges sur les cultures d'aubergines ou de tomates. Il est donc essentiel de gérer les populations de ravageurs de manière réfléchie, en amont, avant leur apparition et avant qu'elles n'atteignent un seuil de nuisibilité critique.

La Santé des Plantes : Une Stratégie Préventive Fondamentale
Les travaux d'Olivier Husson soulignent l'importance de l'état de santé de la plante, mesurable par le pH et le potentiel d'oxydo-réduction (Eh), sur le développement des ravageurs. La figure ci-dessous illustre la zone de pH-Eh propice au développement des pathogènes et celle de l'équilibre de la plante. Une plante en déséquilibre, souvent due à des conditions séchantes, est plus fragile.

John Kempf, quant à lui, explique que les plantes fabriquent d'abord des sucres simples. Si elles sont bien nourries et ont besoin de se défendre, elles produisent des chaînes carbonées de plus en plus complexes. Ces chaînes comprennent des protéines (étage 2), des lipides (étage 3) et des métabolites secondaires (étage 4 : huiles essentielles et tanins). Les protéines sont difficilement digestes pour les larves et les insectes suceurs. Les lipides protègent contre les bactéries et les oomycètes, tels que le mildiou. Les huiles essentielles et les tanins offrent une résistance contre les nématodes, virus, coléoptères et champignons. Kempf décrit ainsi avec une approche différente les mécanismes de défense naturels des végétaux.
Ainsi, Olivier Husson et John Kempf nous expliquent qu'il est possible, via une bonne nutrition de la plante, d'empêcher le développement des ravageurs. La mauvaise santé d'une plante peut être mesurée par son pH, son potentiel redox Eh, et ses carences en minéraux, avec des mesures foliaires comme celles proposées par Novacrop. Cependant, un travail conséquent reste à faire pour établir les références de bonne santé (pH, Eh, minéraux) pour chaque légume.
Principaux Ravageurs en Maraîchage et Leurs Stratégies de Gestion
Le maraîchage est confronté à une diversité de ravageurs, chacun nécessitant des approches de gestion spécifiques. Comprendre leurs caractéristiques et leur cycle de vie est crucial pour une intervention efficace.
Le Campagnol Terrestre (Rat Taupier)
Le campagnol terrestre est un rongeur trapu, à queue courte et velue, avec de très petites oreilles. Il est végétarien et consomme quotidiennement l'équivalent de son propre poids en racines de légumes ou d'arbres fruitiers.

L'Altise
Les larves de l'altise consomment de manière négligeable les racines, tandis que les adultes s'attaquent aux feuilles. L’altise s’attaque à de nombreuses cultures, surtout des brassicacées comme les navets ou les choux. Certaines altises attaquent les pommes de terre.
La Mouche de la Carotte
L'adulte de la mouche de la carotte est un diptère qui mesure 4,5 à 6 mm, avec une tête principalement jaunâtre et un corps noir. Les filets spécifiques pour la mouche de la carotte sont la meilleure protection. Ils doivent être posés dès le semis et maintenus jusqu’à la fin des vols, vers septembre-octobre.
La Mouche du Poireau
L’adulte est une petite mouche grisâtre d’environ 3 mm, avec un front et un dessous de l’abdomen jaunes. La femelle se nourrit en pompant la sève, occasionnant des piqûres blanches sur le feuillage. Pour le poireau, le premier vol a lieu entre avril et juin. Pour la gestion, il est recommandé de placer des filets, en évitant le contact avec le feuillage en période de vol, c’est-à-dire en fin d’hiver et à l’automne. Il n’est pas nécessaire de laisser les filets durant la période de récolte hivernale.
La Limace
La limace est un gastéropode pulmoné terrestre sans coquille externe. Les espèces les plus communes sont la loche, la limace horticole et la grosse limace rouge. Son alimentation est très variée, composée principalement de tissus végétaux (surtout ceux des plantes endommagées), mais aussi de champignons ou de déchets animaux. Elle peut ingurgiter 30 à 40 fois son propre poids en 24 heures. Dans des conditions idéales, une limace peut vivre jusqu’à 18 mois. L'usage de molluscicides autorisés en agriculture biologique, tels que Sluxx et Ferramol, dont le composé actif est le phosphate ferrique, représente un bon compromis entre efficacité et temps de travail.

Le Doryphore
Le doryphore, aussi nommé chrysomèle de la pomme de terre, est phytophage et consomme surtout des solanacées, s’attaquant de préférence à cette culture, dévorant feuilles, tiges et tubercules. Pouvant voler sur des centaines de kilomètres, il couvre des espaces importants. Les carabes et les staphylins sont des prédateurs des larves. Le doryphore se reproduit très vite, une femelle pouvant pondre jusqu’à 2500 œufs qui donnent naissance au bout de 10 jours à des larves très voraces.
Le Puceron
Le puceron est un petit insecte ailé ou non, de 1 à 3 mm, qui vit sur les plantes. Certaines espèces de pucerons évoluent sur une seule plante hôte, d’autres sont migratrices. Il suce la sève des plantes pour en extraire les éléments nutritifs dont il a besoin. Il apprécie particulièrement la sève riche en substances solubles présente dans les jeunes plants ainsi que les légumes ayant une nutrition déséquilibrée. Un puceron vit un ou deux mois. Une biodiversité bien installée à proximité est un bon moyen de gestion.
Le Mildiou
Le mildiou est une maladie cryptogamique causée par différentes espèces d’oomycètes pathogènes selon les espèces hôtes. L’année 2021 a été particulièrement difficile pour de nombreux maraîchers face au mildiou sur la tomate. Cependant, certains ont pu assurer une récolte suffisante grâce à des mesures adaptées : respecter des rotations pour les cultures sensibles, sélectionner des variétés résistantes, favoriser une bonne aération des cultures (abris, arrosage au sol, circulation de l’air entre les plantes), réduire les arrosages en période pluvieuse, faire l’entretien des plants (taille, récolte, effeuillage) en bonnes conditions météo avec destruction des débris de culture et des plants atteints. En préventif, l’utilisation de purin, de décoction et d’huiles essentielles peut donner des résultats (petit lait de chèvre dilué, purin de prêle, huiles essentielles de romarin à cinéole). Si la maladie se développe de manière inquiétante, l’utilisation de fongicides comme la bouillie bordelaise peut endiguer la maladie (avec une attention particulière aux effets secondaires non négligeables).
Tips to Prevent the Spread of Powdery Mildew in Greenhouses
Le Taupin
Le taupin est un coléoptère dont il existe plus de 8000 espèces. Les adultes sont attirés par les légumineuses et les graminées, les prairies constituant ainsi un site de ponte idéal. Les œufs sont déposés dans le sol, surtout s’il est riche en matière organique, où les futures larves vivent et se déplacent verticalement. C’est sous la forme de larves que le taupin cause le plus de dégâts. Le taupin se développe surtout en été. La présence de poules peut résoudre le problème à court terme.
Le Tipule
Le tipule se développe surtout en été. L'humidité et la matière organique mal aérée favorisent l’apparition des larves.
La Piéride
Présente partout, même en ville, la piéride apprécie surtout les crucifères pour en faire ses plantes hôtes, mais aussi les capucines. Ses œufs sont déposés au revers des feuilles nourricières, par lots de 20 à 50 unités. La chenille se contente des feuilles périphériques. On privilégie les filets et en cas de pullulation, on les écrase à la main.

La Noctuelle
La noctuelle est un papillon nocturne, avec 750 espèces en France réparties en deux principales familles : les terricoles et les défoliatrices. Pour les terricoles, les larves vivent sur et dans le sol, les papillons sont sédentaires. Les noctuelles sont en majorité polyphages. Les chenilles hivernent en hiver et se développent en mars-avril, les larves apparaissant de juin à juillet. Dès l'observation des premiers dégâts, il est recommandé de rechercher les larves dans la terre dans un périmètre de 20 cm autour de la plante à l’aide d’un couteau et de les détruire.
Les Acariens
Les acariens piquent les feuilles à la face inférieure, provoquant des dessèchements du feuillage et de la plante entière. La lutte biologique est complexe car le développement des auxiliaires en milieu sec et chaud est ardu.
La Lutte Biologique par la Conservation de la Biodiversité
Certains produits phytosanitaires autorisés en agriculture biologique, bien qu'efficaces, restent coûteux et peuvent nuire à la faune indigène. La lutte biologique est une méthode qui permet de réduire, voire de supprimer l’utilisation de ces produits. Elle se traduit par l’utilisation d’organismes vivants, faune et flore, et notamment l’introduction et l’utilisation d’insectes auxiliaires dans les cultures.
Comme on peut le voir avec les différentes techniques mises en œuvre au sein du réseau MSV Normandie, beaucoup de maraîchers comptent sur l’action d’autres espèces, à l’image des coccinelles, des chats ou encore des rapaces, pour contrer les attaques de ravageurs. Les principaux ennemis des cultures sont en effet des insectes et des rongeurs. Or, ceux-ci ont de nombreux ennemis parmi les microorganismes, les mammifères, les oiseaux (notamment les rapaces), les amphibiens et même les insectes. Ainsi, afin d'autoréguler ravageurs et prédateurs, il semble souhaitable de favoriser la biodiversité sur la ferme.
Le maraîchage sur petite surface, caractérisé par la polyculture (diversité de ressources et d’abris), et sur sol vivant (riche en ressources alimentaires et stimulant l’activité biologique) avec une utilisation limitée de pesticides (notamment de ceux qui ont une action non ciblée), favorise déjà la biodiversité dans son système. Cependant, les cultures ne favorisent pas un établissement durable de population, car elles ont une durée de végétation définie dans le temps. Il est donc nécessaire de garder des milieux naturels autour des cultures, pour que les prédateurs y trouvent les ressources nécessaires à leur survie. Cela leur permettra notamment d’être présents et actifs dès le commencement du printemps, à l’apparition des premiers nuisibles.
Aménagements Favorisant la Biodiversité
- Bandes fleuries : Elles sont composées de fleurs vivaces ou annuelles. Il faut de préférence proposer une diversité de structures et de feuillages mais surtout garantir une disponibilité constante de nectar et de pollen, en choisissant les fleurs en fonction de leur période de floraison afin de créer une succession. Le souci (Calendula officinalis) est la principale espèce à avoir dans ses cultures car il héberge en très grande quantité les punaises Macrolophus. Les fleurs à nectar ou pollen, comme l’achillée, le bleuet, la phacélie, ou toutes les ombellifères sont à privilégier pour attirer les parasitoïdes, syrphes, chrysope. Pour une bonne levée, le semis doit être roulé. Pour les plants, il est conseillé de semer 3 à 4 graines/motte. L’entretien de la bande fleurie est important, avec un nettoyage des mauvaises herbes pour laisser la place aux jeunes plants de fleur de grandir. Il est nécessaire d’installer un goutte à goutte pour la bande fleurie et, de préférence, prévoir un paillage de type toile tissée pour éviter du travail supplémentaire de désherbage. La plupart des fleurs se sèment au début du printemps jusqu’à mi-mai au plus tard. Le souci et le bleuet peuvent être semés en septembre ou octobre. Les fleurs et plantes relais seront semées directement en terre, après avoir fait un faux semis si possible et après avoir préparé le lit de semences, dehors ou dans les tunnels, dans un sillon et à raison d’une graine tous les 5 à 10 cm. Il est possible de semer à la volée en mélangeant les graines à du sable.

- Haies : Pour qu’elles soient encore plus attractives, sélectionnez des espèces d’arbres et d’arbustes florifères, ainsi que quelques fruitiers pour les oiseaux. Il est important de présenter une diversité d’espèces, environ 10-15, aux ports et feuillages différents. Sur le long terme, les haies et les lisières de bois fournissent aux auxiliaires la nourriture et le refuge. Elles créent également des corridors pour les oiseaux, hérissons, rapaces ou reptiles. Il faudra favoriser les essences à croissance rapide, les essences feuillues, à feuilles persistantes, avec une floraison qui dure toute la saison et qui est source de pollen. La conception d’une haie mellifère est un projet qui doit être réfléchi. Plusieurs questions doivent se poser : à quelle distance des cultures la planter ? À quelle hauteur ? Quelle orientation ? Quelles sont les contraintes liées à la parcelle ? Quel est le type de sol ? Il faut éviter les espèces sensibles aux mêmes ravageurs que les cultures. Après avoir choisi les espèces à implanter, préparez le sol en effectuant un décompactage ou un sous-solage. Prévoyez un paillage, une irrigation si nécessaire, des tuteurs et des manchons pour protéger vos jeunes arbres des sangliers ou cervidés. Plantez vos arbres de novembre à mars.

Abris : Il est possible de construire assez facilement, ou de se procurer, des nichoirs à oiseaux ou encore des dortoirs à chauve-souris. De la même façon, des amoncellements de feuilles mortes, branches ou roches feront d’excellents hôtels pour la biodiversité. Le but est de proposer à la faune de nouveaux sites de refuge. Les tas de pierres, les branches mortes, etc. sont des refuges pour les reptiles ou les insectes prédateurs comme les coccinelles qui hivernent dans le bois mort. Les refuges des oiseaux et chauves-souris, nichoirs, seront placés en hauteur de 1,50 à 6 mètres de l’automne à la fin de l’hiver.
Mares : Rien de tel pour proposer de l’eau à la faune locale et accueillir les amphibiens. Les mares peuvent être temporaires ou pérennes, selon la volonté du maraîcher.
Organismes Auxiliaires et Leurs Actions
La lutte biologique classique implique la commercialisation d'insectes auxiliaires par plusieurs entreprises (coccinelles, parasitoïdes, acariens prédateurs…). L’avantage de cette méthode est que l’auxiliaire est directement réceptionné au stade prédateur et peut directement attaquer les ravageurs. Pour exemple, la chrysope est vendue au stade larve prédatrice. Cet approvisionnement s’avère parfois onéreux mais indispensable. La lutte biologique par conservation vise à créer un environnement propice à l'établissement durable de ces auxiliaires.
Punaises prédatrices : Elles mangent des acariens tétranyques, des aleurodes, des thrips.
Syrphes : Les adultes ressemblent à de petites guêpes avec des yeux de mouche. On les reconnaît facilement grâce à leur vol stationnaire. Les adultes se nourrissent de nectar et de pollen mais ce sont les larves qui mangent les pucerons, quelques thrips et aleurodes.
Chrysope ou demoiselle aux yeux d’or : Les adultes sont de jolis insectes vert clair aux ailes transparentes très nervurées, vivants la nuit surtout, qui se nourrissent de pollen, de miellat et de nectar. Les larves peuvent manger jusqu’à 50 pucerons, des thrips, des chenilles, des aleurodes… Grâce à leurs crochets, elles attrapent leur proie, injectent un venin qui liquéfie le puceron de l’intérieur, et aspire le tout pour manger.
Coccinelle : Les larves et les adultes dévorent les pucerons. La fève est une excellente plante relais pour attirer les coccinelles au début du printemps. Les espèces appartenant à la famille des Fabacées attirent le puceron noir Aphis fabae. Il ne se nourrit pas de Cucurbitacées, Solanacées ou autres.

Oiseaux : Même si ce ne sont pas des insectes, les oiseaux sont aussi considérés comme des auxiliaires.
Parasitoïde ou micro-guêpe : Les adultes volent jusqu’aux fleurs pour se nourrir de nectar et de pollen. Les femelles pondent à la surface ou à l’intérieur des proies. Les larves se nourrissent des tissus et des organes internes et entraînent la mort de l’hôte. Les parasitoïdes sont parasites de pucerons et de chenilles surtout, mais peuvent pour certaines espèces aussi attaquer des punaises. Pour les pucerons, il est très facile de reconnaître si un parasitoïde est passé par là. Le puceron parasité prend la forme d’une momie. Il est même possible de déterminer, en fonction de la couleur de la momie, l’espèce de parasitoïde concerné (dorée pour Aphidius sp. ou blanche sur un socle pour Praon sp.).
Tips to Prevent the Spread of Powdery Mildew in Greenhouses
Plantes Relais et Bandes Enherbées
Les bandes enherbées sont surtout utilisées comme corridor pour les araignées, oiseaux, reptiles et servent également de plantes relais aux parasitoïdes. Le trèfle blanc est très utilisé dans les bandes enherbées grâce à sa facilité d’implantation et sa couverture de sol importante. L’objectif de la plante relais est de permettre une installation rapide de l’auxiliaire. Les bandes enherbées sont plus souvent semées à l’extérieur, à la volée.
Plantes Répulsives et Pièges
Moins utilisées du fait que leurs actions soient moins connues et efficaces, certaines plantes permettent de limiter les populations de ravageurs. C’est le cas notamment des tagètes. Elles dégagent dans le sol des composés répulsifs de nématodes. Quelques plants seront mis aux pieds des cultures sensibles. Également, le sorgho, plus considéré comme une plante piège et broyé à 3 semaines après semis, est connu pour diminuer ces mêmes ravageurs du sol.
Lâchers d'Auxiliaires et Conseil Stratégique
La lutte biologique consiste aussi à faire des lâchers d’auxiliaires, commercialisés dans des sociétés dédiées. On distingue les lâchers d’acclimatation dans l’objectif d’installer les auxiliaires durablement dans les cultures, et les lâchers inondatifs dans l’objectif de maîtriser rapidement un ravageur présent sur les cultures. Les sociétés de commercialisation d’auxiliaires peuvent vous renseigner, et vous aider à établir des stratégies spécifiques à votre exploitation et vos contraintes.
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