Guide expert : Techniques de plantation des gros sujets en conteneur

La culture et la commercialisation des arbres et arbustes en pot, communément appelés « conteneurs », ont révolutionné les pratiques horticoles. Si cette méthode offre une souplesse inédite au jardinier, elle exige une compréhension fine des interactions entre le substrat, le système racinaire et le sol en place.

Schéma illustrant une motte racinaire saine vs une motte avec chignon racinaire

Les avantages de la culture en conteneur : perspectives techniques et économiques

Pour le pépiniériste, les avantages du conteneur sont à la fois techniques et économiques. Les techniques modernes d’irrigation et de fertilisation, l’utilisation de substrats spécifiques permettent un bon contrôle de la croissance des plantes et assurent leur homogénéité. La culture hors sol des conteneurs limite le désherbage et évite le travail du sol, ainsi que les délicates et laborieuses opérations de cernage des racines, de transplantation et d’arrachage des plantes. La pénibilité des tâches et les coûts de production, de main d’œuvre en particulier, s’en trouvent ainsi fortement réduits.

De même, au moment de la commercialisation, la préparation et le stockage des commandes chez le pépiniériste, le transport par camion, puis la mise en place chez les distributeurs, comme les jardineries, sont facilités. Durant ces différentes opérations, la plante est moins soumise aux stress thermique et hydrique du fait de la présence du substrat qui protège les racines et les alimente en eau, du moins si le pépiniériste a pris le soin d’arroser ses plantes avant le départ et si la jardinerie maintient ensuite cette humidité.

L'affranchissement des contraintes saisonnières

Quant au jardinier, il a le plaisir de pouvoir manipuler sur le lieu de vente des plantes propres, qu’il peut comparer et choisir facilement, puis les transporter aisément dans le coffre de sa voiture. Les racines restant toujours au contact du substrat, sans se dessécher à l’air, la période de plantation n’a plus beaucoup d’importance, en évitant bien sûr les conditions climatiques extrêmes (gel, sécheresse…). C’est l’un des avantages principaux de la culture en conteneur : la période de commercialisation peut être considérablement allongée. Finies donc les tristes plantations de novembre dans le froid et l’humidité (la fameuse Sainte-Catherine), voici le retour des joies du jardin par de belles journées printanières.

Vigilance : l'arrosage et la gestion hydrique

En pratique, une plantation, même en conteneur, nécessite quelques soins qu’il est impératif de respecter. Tout d’abord, quelles que soient la saison ou la plante, le substrat doit absolument être maintenu humide, au moment de la plantation bien sûr, mais aussi pendant plusieurs semaines, voire mois, jusqu’à ce que l’on soit sûr que les racines aient bien colonisé le sol en place. Si cette précaution essentielle n’est pas prise, la plante peut s’assécher en quelques jours en période chaude, les réserves en eau du substrat étant très faibles par rapport aux besoins de la plante à cette période.

Ainsi, en conditions de production, un arbuste cultivé en conteneur peut être arrosé tous les jours en fin de printemps et en été. Sauf en automne et en hiver, il ne faut pas trop compter sur la pluie pour assurer le maintien de cette humidité du substrat. Il est donc indispensable d’arroser régulièrement, même en période pluyieuse, en prenant soin d’humidifier le substrat avant même le sol qui l’entoure. Si le substrat vient à s’assécher, il devient alors difficile de le réhumecter, les substrats utilisés en horticulture ayant la fâcheuse tendance à devenir hydrophobes, c’est-à-dire difficilement mouillables, une fois secs. La seule solution est alors d’apporter de petites quantités d’eau, plusieurs fois par jour, d’une part pour alimenter la plante régulièrement, d’autre part pour tenter de réhumecter progressivement cette masse de substrat sec.

💦 Arrosage automatique d'un potager par gravité

Diagnostic racinaire : prévenir le « chignon »

Une recommandation importante porte sur la qualité des racines au moment de la plantation. Elle peut se définir à deux niveaux : leur état de santé d’une part, leur développement dans le conteneur d’autre part. Le premier point peut être évalué par la couleur, généralement claire, des racines visibles à la périphérie du pot et la cohésion de la motte. Quand la plante a subi un grave stress (excès d’eau, gel…), les racines meurent en quelques jours, brunissent et pourrissent. La reprise après plantation est alors très compromise.

Contrairement à une culture en sol, les racines d’une plante cultivée en conteneur sont forcément confinées dans le volume de substrat mis à leur disposition. Selon l’espèce, les techniques culturales appliquées en production et la durée de la culture, les racines vont présenter des configurations très différentes. Elles peuvent être fines et très nombreuses chez des plantes à système racinaire très fasciculé comme la bruyère, ou au contraire de grosses dimensions, tournant plusieurs fois autour de la paroi du pot, chez des arbustes vigoureux comme le Forsythia.

Quand les plantes présentent des racines « en chignon », formant un matelas épais de racines spiralées à la base du pot, il est déconseillé de planter en l’état. Il est nécessaire, avant plantation, de préparer la motte en sectionnant les racines enroulées à sa périphérie et en supprimant une grande partie de celles bloquées dans la partie basse du pot. Cette opération va permettre au système racinaire de se ramifier rapidement et de commencer ainsi l’exploration du sol environnant en développant des racines horizontales puissantes tout autour de la motte.

Protocole de plantation : de la préparation du trou à l'installation

Les opérations à réaliser sont les mêmes que pour une plante en racines nues : excaver le sol sur environ 40 cm de profondeur et 60 cm de largeur pour un arbuste de développement moyen. Il a été prouvé à de nombreuses reprises qu'en creusant un trou carré, la plante s'y sentait mieux car les racines allaient dans les angles et ne formaient pas de chignons contrairement au trou rond.

Schéma technique d'un trou de plantation carré avec amendement organique

Il est fortement conseillé de placer au fond du trou les mottes d’herbe si la plantation est réalisée sur gazon. Mélangez à la terre extraite un engrais organique (une poignée de cornes broyées par exemple) et une matière organique bien décomposée (terreau du commerce, compost de déchets verts…) dans une proportion de 15% au moins. Replacer cette terre amendée et émiettée dans le trou et y installer la motte en tassant légèrement tout autour.

Étapes clés pour la réussite :

  1. Trempage : Faites tremper l'arbuste dans un seau rempli d'eau au moins une heure avant la mise en terre.
  2. Tuteurage : Si votre arbre mesure plus de 1 mètre, tuteurez-le. Plantez le tuteur avant de mettre l'arbre en place, légèrement décalé du côté des vents dominants.
  3. Mycorhizes : Avec la terre de profondeur mélangée à la corne broyée, formez une petite butte au centre du trou. Placez des pastilles de mycorhizes directement sur cette butte, au contact de la future zone racinaire.
  4. Positionnement : Le point de greffe doit rester au-dessus du sol, à 5-10 cm de hauteur.
  5. Cuvette : Formez une large cuvette d'arrosage autour du tronc, à 40-50 cm de distance, pour favoriser la pénétration de l'eau.

Vigilance vis-à-vis des pratiques de production

Il arrive parfois de rencontrer des anomalies lors de l'achat de gros sujets. Certains végétaux peuvent dissimuler une motte en tontine métallique ou une boule de glaise compacte au cœur d'un gros conteneur. Ces pratiques, visant parfois à stabiliser des arbres arrachés puis empotés, peuvent provoquer l'étranglement du collet ou l'asphyxie racinaire. Il est donc crucial, lors du dépotage, d'inspecter visuellement l'état du système racinaire. Si vous constatez la présence d'une tontine ou d'une terre extrêmement lourde (argileuse) différente du substrat périphérique, il est impératif de dégager délicatement ces éléments pour libérer les racines principales avant la mise en terre définitive.

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