L’Art de la Création : Transformer une Branche en Bonsaï

Construire les branches d’un bonsaï peut sembler facile de premier abord mais construire de belles branches est un long processus de développement et d’application de nombreuses règles et techniques. C’est une des fondations de la pratique du bonsaï sur laquelle nous nous basons pour savoir quand, comment et pourquoi nous taillons. La construction d’une branche de bonsaï se fait par l’association d’une période de pousse et d’une taille adaptée à chaque arbre selon l’espèce, la période, la maturité de l’arbre, etc. Le principal objectif, et personne ne vous l’a peut-être jamais dit, c’est que les branches de vos arbres ressemblent aux branches de leur propre espèce. Quel intérêt à construire un érable avec des branches de pin ? Ou un olivier qui ressemble à un épicéa ? Et qui de mieux qualifié pour construire des branches qui lui sont propres ? Votre arbre bien sûr ! Les mouvements propres à l’espèce sont vraiment à privilégier. Avant de tailler, de ligaturer ou de poser un projet de forme, il faut donc observer. Longtemps. Car chaque branche, chaque bourgeon, chaque ligne de tronc raconte déjà une histoire. Construire une branche ne se résume pas à “faire joli” : c’est comprendre ce que l’arbre veut faire, comment il réagit à la lumière, à l’espace, au vide. Un arbre pousse pour survivre. Il cherche la lumière, se détourne de l’ombre, compense ses déséquilibres. Le bonsaïka doit négocier avec ces forces internes. Avant toute technique, il y a donc un regard, un silence, un temps d’écoute.

Schéma illustrant l'équilibre entre la ramification et les espaces vides dans la structure d'un bonsaï

L'esthétique au service de la vie

Le bonsaï n’étant pas juste un arbre dans un pot, il y a une recherche esthétique à mener pour créer un “beau” bonsaï. Mais qu’est-ce qui fait un beau bonsaï justement ? Il y a donc toute une recherche esthétique à mener en parallèle de la culture des bonsaï. L’esthétique seule ne permettra pas de faire perdurer un arbre en pot, aussi beau soit-il, mais la seule concentration sur l’horticulture ne vous permettra pas de créer un bonsaï à proprement parler. C’est donc un équilibre à trouver entre les deux, en permanence ; la vie et la santé de l’arbre étant toujours à prendre en compte de façon prioritaire. Une branche, ‘eda’ en japonais, ne se réduit pas à une tige feuillue. Une branche forte donne une direction claire. Une branche faible crée une nuance. Et les vides qu’elles laissent deviennent aussi importants que les volumes qu’elles dessinent. Au-delà, c’est donc tout un travail de réflexion entre tendance apicale, équilibres statique ou dynamique, symétrie et asymétrie, conicité et ramification, force et faiblesse, espaces vides et pleins.

La dynamique du phototropisme et le rôle de l'auxine

Beaucoup n’en ont sûrement jamais entendu parlé et pourtant… Un arbre s’oriente, il tourne, il cherche la lumière. Le phototropisme, c’est cette capacité qu’ont les végétaux à se courber ou à orienter leur croissance en direction de la lumière, que ce soit à l’échelle d’une branche entière ou simplement des feuilles, des aiguilles et des bourgeons. Chez un bonsaï, on peut utiliser cette dynamique à notre avantage, ou à nos dépens si on l’oublie. Car le phototropisme est une clé de lecture : on l’observe, on le respecte, parfois on le corrige avec la ligature ou par une meilleure exposition. Mais on ne peut jamais totalement le contrarier ; l’arbre ira là où le soleil l’appelle. C’est à nous de composer avec cette vérité simple mais primordiale pour tout ce qui suit. C’est le phototropisme qui stimule les bourgeons en arrière, qui guide les orientations, qui, discrètement, façonne les lignes.

Il y a dans chaque arbre une logique verticale. Une poussée vers le ciel, obstinée, rigoureuse et silencieuse. À l’origine de ce mouvement, il y a l’auxine. C’est une hormone de stimulation de croissance. Sa propriété fondamentale est de stimuler l’élongation cellulaire. Elle contrôle la croissance en stimulant ou en limitant l’élongation de la tige et des racines, la ramification, la fructification et les divisions cellulaires. Elle est aussi impliquée dans la formation du xylème et du phloème, ces tissus qui transportent l’eau et les nutriments de haut en bas et de bas en haut. L’hormone affecte en effet considérablement l’orientation des arbres en favorisant la division cellulaire d’un côté, en réponse à la lumière du soleil (phototropie) et à la gravité (gravitropie). L’auxine, craignant la lumière, se concentre en effet du côté ombragé, amenant la branche et l’arbre en entier à se pencher du côté de la lumière. L’auxine est synthétisée majoritairement dans les bourgeons terminaux, ceux du sommet ou du bout des branches, mais aussi au bout des racines. Elle circule ensuite dans tout l’arbre en inhibant les bourgeons et les branches latérales situés plus bas dans l’arbre ou en arrière, à l’échelle de chaque branche. C’est le principe de dominance apicale. L’arbre choisit une direction, un élan. Combiné à d’autres hormones végétales telles que la cytokinine et la gibbérelline, ce processus de dominance apicale est responsable de la forme conique ou arrondie des canopées des conifères et des feuillus.

Les Phytohormones : L'auxine, Cytokinine, Gibbérelline, Acide abscissique, éthylène

Maîtriser la taille pour sculpter l'arbre

Cette caractéristique végétale est primordiale à intégrer afin de construire les branches des bonsaï car, si elle est parfaitement adaptée à la vie sauvage, elle devient ainsi un obstacle à prendre en compte pour faire un beau bonsaï. C’est là qu’intervient la taille. En supprimant les bourgeons terminaux à l’extrémité des branches, on modifie cette chaîne hormonale et on libère les bourgeons latents inhibés en arrière. On modifie la distribution de la sève, on offre à l’arbre de nouvelles options de croissance. Ce dialogue avec l’auxine ne se limite pas à une action ponctuelle. Il s’inscrit dans un rythme, une observation, un tempo. Parfois on coupe pour ralentir, parfois on laisse filer pour renforcer. Comprendre le rôle de l’auxine, c’est donc apprendre à redistribuer les forces. En taillant le haut de l’arbre ou le bout de la branche, on stimule les parties arrières. En laissant pousser une branche faible, on la renforce. La sève suit le flux des hormones. Le bonsaïka, lui, suit la sève. Il taille ici pour réveiller là.

Le bourgeonnement arrière : le secret de la densité

Construire une branche en tenant compte de cette particularité, c’est souvent un acte indirect. Rien n’est plus précieux, pour un bonsaïka, que l’apparition d’un bourgeon là où l’on croyait le bois définitivement endormi. Un frémissement de vie, une promesse de ramification plus proche, plus fine, plus vivante : c’est ce qu’on appelle le bourgeonnement arrière. Ce sont ces mêmes bourgeons que l’on dit “endormis” par l’auxine en bout de branche, qui s’éveillent comme par magie. Le bourgeonnement arrière permet au bonsaïka de ramifier et de remplacer en permanence les branches qui s’allongent afin de garder la végétation près du tronc et d’éviter les longues branches dénudées avec seulement quelques feuilles aux extrémités ; ce que l’on veut éviter absolument en bonsaï. Ce bourgeonnement se prépare et se mérite. Contrairement à l’idée reçue, il ne se provoque pas par la seule taille, la défoliation ou le pincement. Ces gestes ne créent pas de bourgeons. Ils ne font que réveiller ceux qui sont déjà là, dormants, latents, discrets. Car un arbre conserve, en réserve, un potentiel caché de croissance, à condition de lui en offrir les conditions. Celle de la lumière, d’abord. Elle doit pénétrer jusque dans les profondeurs de la ramure. Ensuite, la sève qui doit circuler, sans être accaparée par les seules extrémités. Ce que nous cherchons c’est de faire en sorte que l’arbre réécrive son propre plan, mais à proximité du tronc. Pour que la ramification soit fine, dense, et accessible.

Photographies comparatives : un arbre avec bourgeonnement arrière vs une branche dégarnie

L'importance de la conicité et de la hiérarchie

Dans la construction d’un bonsaï, le bourgeonnement arrière est à la fois un objectif et une récompense. Il demande du temps, de la justesse, de la confiance. Les vieux arbres ont peu de branches mais elles sont très ramifiées. C’est cette représentation de la vieillesse que l’on cherche à reproduire en pot, bien souvent avec des arbres beaucoup plus jeunes en réalité qu’ils n’en ont l’air. La ramification permet de densifier les branches et d’ajouter de l’âge à la composition. La ramification est importante mais la conicité des branches l’est tout autant. Le tronc et les branches des arbres grossissent à la base et s’affinent de plus en plus jusqu’aux extrémités (du tronc ou des branches). C’est ce que l’on doit essayer de reproduire en bonsaï également, en évitant au maximum les inversions de conicité, c’est à dire des parties plus épaisses que la base qui seraient présentes sur la longueur d’une branche ou d’un tronc. On cherche souvent à obtenir une belle ramification sans penser à la conicité, ou l’inverse. Mais les deux sont intimement liés, et leur équilibre conditionne toute la structure de l’arbre. La conicité donne de la crédibilité à la construction et renforce la sensation de maturité. Un bonsaï où toutes les branches ont la même épaisseur sur toute leur longueur paraît artificiel, voire juvénile. La ramification, elle, donne cette finesse et de la densité au feuillage. Elle se travaille dans le temps, par successions de tailles, en respectant les flux de sève. Mais une ramification dense sans hiérarchie ni conicité ne produit qu’un fouillis confus. À l’inverse, une bonne conicité sans suffisamment de subdivisions crée une structure vide, sans profondeur. Le bon équilibre consiste à développer la ramification par étages successifs, avec des diamètres bien hiérarchisés : branche primaire, secondaire, tertiaire… chaque niveau étant plus fin que le précédent. C’est par la taille que l’on va travailler ces deux facteurs, pour que les branches soient de plus en plus fines au fur et à mesure qu’elles s’éloignent du tronc et se ramifient.

Équilibre dynamique et asymétrie

Construire un bonsaï, ce n’est pas imposer un équilibre parfait à l’arbre. C’est chercher à accompagner une répartition vivante de l’énergie, à dialoguer avec les zones de force et celles de faiblesse. Car un arbre ne pousse jamais de manière symétrique ni uniforme. Il privilégie, sélectionne. Il choisit certaines branches, et en sacrifie d’autres. Chez la grande majorité des espèces, cette dynamique se traduit par la tendance apicale. Les branches les plus hautes et les plus éloignées du tronc sont naturellement favorisées. Ce sont elles qui captent le plus de lumière et qui reçoivent le plus d’énergie. A l’inverse, les branches basses, proches du tronc ou internes à la ramure, sont souvent délaissées. Attention toutefois, certaines espèces, plus rares, comme l’azalée ou l’acer Kiyohime, fonctionnent à l’inverse. Ils ont une dominance basale. Ce sont alors les branches basses qui reçoivent naturellement le plus de vigueur. Ce geste permet d’ouvrir le haut de l’arbre à la lumière et, inversement, d’étoffer les parties basses souvent affaiblies. On ne cherche pas à contraindre l’arbre, mais à l’encourager à redistribuer son énergie, à respirer plus harmonieusement. C’est ainsi que l’on peut espérer conserver un feuillage riche, même au plus près du tronc. L’objectif est de répartir la force de manière cohérente. Une branche trop faible ? On la laisse pousser, on évite de la tailler. Une branche trop forte ? La gestion des forces et des faiblesses permet aussi d’orienter le développement de l’arbre sur plusieurs années. Ce n’est pas une opération ponctuelle, mais un processus. Il faut apprendre à lire son arbre à chaque saison : où ça pousse ? où ça stagne ? Et ajuster sa culture en conséquence.

L’un des points essentiels de la construction d’un bonsaï est son équilibre, traduit à la fois par le nebari, le tronc et les branches et par les espaces vides. Cet équilibre doit toutefois être bien dosé, sous peine de rendre l’arbre inintéressant par trop de symétrie et de statisme. Si l’on recherche un certain équilibre visuel dans l’implantation de l’arbre, pour qu’il ne donne pas l’impression qu’il est instable et qu’il pourrait tomber à tout moment, il est important d’un autre côté, de ne pas rendre l’arbre trop statique. C’est ce qu’on appelle l’équilibre dynamique. Cela se fait en grande partie grâce à la construction des branches et par l’implantation du bonsaï dans son pot. Quoi qu’il en soit, cette recherche d’équilibre ou de mouvement est clairement guidée par la forme du tronc et bien souvent également par les espèces. L’équilibre dynamique n’est pour autant pas forcément un déséquilibre extrême. Il va simplement être construit pour chercher à donner l’impression d’un arbre plus vivant, moins immobile, façonné, entre autres, par les mouvements du vent et le passage du temps. Il s’appuie sur des points d’ancrage visuels, une base solide, une répartition subtile du poids et des volumes. C’est presque chorégraphique, chaque branche participe à l’élan de l’ensemble. Dans la nature, un arbre est soumis aux vents, à la pente, à la lumière, aux glissements de terrain. En bonsaï, on ne cherche donc pas l’équilibre géométrique, mais un équilibre visuel, un mouvement global qui guide le regard. Ce mouvement se dessine dès le tronc, mais il s’exprime aussi dans les branches : leur orientation, leur inclinaison, leur longueur. Une branche qui part trop droite ou qui casse la ligne du tronc peut déséquilibrer l’ensemble.

Exemple de structure asymétrique respectant l'équilibre dynamique

Le bouturage : une méthode de propagation efficace

“Sashiki” - Élever des arbres à partir de boutures est très populaire parmi les bonsaïkas, puisque c’est une méthode très économique pour obtenir de nouveaux arbres. Pour commencer, il faut collecter des boutures adéquates. La plupart des arbres sont facilement reproductibles par bouturage; choisir une branche d’un arbre existant et la couper. La taille de la bouture devrait être d’environ 5-10 cm de long et 2-5 mm d’épaisseur. En général, le printemps et l’été sont les meilleures périodes pour prélever et planter des boutures. La bouture ne consiste pas à couper une branche n’importe où et de la planter dans la première barquette de bouillasse que l’on a sous la main. C’est une technique de propagation qui permet d’augmenter le nombre de spécimens ayant les mêmes caractéristiques génétiques que l’original, c’est un clone. Nous utilisons certaines parties de l’arbre originel tel que, des rameaux, des branches, ou des racines. Cette technique est utilisée par les forestiers et les maraîchers, afin obtenir des spécimens de qualité, plus résistants et productifs. Elle est également utilisée dans les pépinières et pour les plantes ornementales. Le bonsaï n’est pas une exception. Une bouture est une section d’un arbre, soit avec des racines (sans feuilles), soit la partie aérienne (sans racines). Les propriétés des cellules végétales permettent de développer les tissus qui leur manquent et de continuer à vivre en tant qu’individus génétiquement identiques à l’arbre mère.

Les précautions techniques pour réussir ses boutures

Quand tu as taillé ton rameau sur lequel tu vas prélever tes futures boutures, surtout n’oublie pas de porter avec toi un récipient d’eau. En effet ce dernier va servir à mettre ta branche dans l’eau, pour éviter un dessèchement trop rapide, mais pas que. La plante continue à fonctionner et à faire circuler sa sève dans ses différents canaux. Absorber une bulle d’air, voilà ce qui est le plus dangereux pour ta future bouture. Utilise du matériel qui coupe net. Évite tous les sécateurs qui ont tendance à écraser une partie du tissu de la branche, ce qui empêche les cellules de récupérer et de favoriser les racines. Les lames de ton outil doivent être nettoyées avant utilisation. De l’eau de javel ou de l’alcool, font très bien l’affaire. Refais un nettoyage à chaque fois que tu changes de plante ou d’espèce. Essaie de conserver 2 ou 3 entre-nœuds en dessous des 2 ou 3 paires de feuilles. En effet c’est à cet endroit que sortiront les prochaines racines. Elles ne sortent jamais au milieu de deux entre-nœuds, donc si ta bouture est longue, tu peux avoir mis en terre que de la tige sans donner à la plante, la possibilité de faire des racines. Je vois encore sur les réseaux sociaux, beaucoup trop de personnes enterrer des jeunes plantules, sans avoir mis un entre-nœud en terre. Ne libère pas non plus le cambium de l’écorce pour l’exposer. Là aussi je vois aussi des « experts » préconiser de peler le fond de la bouture. Rien de tel pour propager des champignons pathogènes et pour créer un stress supplémentaire à ta plantule.

Substrat et environnement pour le développement racinaire

Un bon substrat doit être drainant tout en retenant assez d’eau. Si tu achètes ce genre de sac prêt à l’emploi, n’hésite pas à rajouter de la pouzzolane de petit diamètre pour augmenter le drainage. Personnellement, vu les quantités de plants que je produis, j’utilise un substrat que je fais fabriquer par un de mes fournisseurs. En plus d’une composition bien déterminée, je fais rajouter de l’engrais à libération lente. Tourbe, perlite, fibre de coco, laine de roche, écorce de pin, etc… Tous ces produits peuvent être utilisés, pas forcément purs, mais souvent en mélange. Pour moi la tourbe a un inconvénient quand on l’utilise pure. Elle a tendance à composter, ce qui n’est pas forcément génial pour un futur jeune plant avec peu de racines. Il faut utiliser des pots en plastique plein, de bonne qualité, pour éviter que les boutures ne se dessèchent trop vite. Notre objectif premier à ce stade, c’est de faire faire des racines à notre plantule. C’est pourquoi un pot de couleur noire est conseillé. Une fois planté tu ne touches plus rien. Évite tous les pots de yaourt, les briques de lait et autre joyeuseté de ce style. Même si faire des boutures ne coûte pas cher, investis dans un peu de matériel. N’utilisez jamais une passoire ou des pots avec beaucoup de trous, style panier aquacole. Évite tout les contenants qui pourraient nécessiter un déplacement ou une manipulation précoce.

Photo d'un set de bouturage avec substrat drainant et pot en plastique de qualité

De la bouture au bonsaï : les étapes de formation

Un bonsaï est avant tout un arbre. Comme ses grands frères, il est obtenu à partir d’un semis, d’une bouture ou d’un marcottage. Dans le cas d’un bouturage ou d’un marcottage, il faudra attendre que les jeunes plants se soient bien enracinés et qu’ils aient bien redémarré avant de commencer à les tailler : comptez entre 1 et 2 ans de culture avant toute intervention. Parfois nos boutures commencent à gonfler, de nouveaux bourgeons apparaissent. C’est le moment de rester calme et de ne rien faire. Tu n’as pas moyen de vérifier si il y a eu émission de racines. L’apparition de bourgeons ou même une éventuelle germination, n’est pas un signe de pousse racinaire, mais ça reste un bon signal. Quoi qu’il en soit, ne déplace pas, ne transplante pas, sois patient, observe. Le vrai signal est l’apparition de nouvelles feuilles et parfois la sortie de racines, sous le pot. J’attends toujours les beaux jours pour faire mon rempotage de bouture. Je dis rempotage, mais ce n’est pas vraiment le cas. On peut plus parler de transpotage. En effet il n’est pas question de démonter la motte, pour bien positionner le racinaire. Le jeune plant est encore fragile, il faut qu’il se développe.

La mise en forme initiale

Pour commencer, il nous faut une plante « normale » mais de petite taille, aux tiges encore souples que nous allons pouvoir mettre en forme. Le but est de lui donner un air japonisant. Avec des ciseaux fins, commencez par supprimer une grande partie des feuilles sur toutes les branches de bas en haut jusqu’à voir apparaître la forme des petits troncs. Ôtez les feuilles une par une en les coupant proprement au ras des tiges. S’il le faut, n’hésitez pas à supprimer quelques tiges pour aérer la plante. À l’aide de tiges de fil de cuivre fin, donnez une forme tortueuse à quelques branches. Commencez par entourer le fil de cuivre autour d’une branche assez solide puis prolongez jusqu’à une branche souple. Étalez les branches et guidez-les pour les répartir équitablement, par strates, jusqu’à obtenir la silhouette souhaitée. Quand la partie verte est taillée, passez aux racines. Faites tremper le pot entier dans un récipient d’eau quelques minutes. La terre lorsqu’elle est trempée est plus facile à ôter. Étirez les racines nues que vous étalez sur une table de toute leur longueur pour réduire les plus longues d’une bonne moitié, voire plus. Conservez bien le chevelu qui a une bonne capacité d’absorption de l’eau.

Les critères de sélection des espèces

La plupart des espèces d’arbres et d’arbustes conviennent à l’obtention d’un bonsaï. Certains critères doivent cependant être respectés : bonne réaction à la taille des racines, bonne cicatrisation lors de la taille des branches, capacité à réduire la taille des feuilles en cohérence avec les futures dimensions du bonsaï. Le feuillage a également son importance : les espèces à petites feuilles (ou aiguilles) comme le buis, l’if ou le charme sont plus adaptées à la formation d’un bonsaï harmonieux que celles à larges feuilles, telles que le platane, le marronnier ou le catalpa. La longueur des entre-nœuds est aussi à prendre en compte : plus les nœuds sont rapprochés sur le rameau, meilleur sera le résultat. Ceci étant dit, on peut créer des bonsaïs avec des espèces très variées : feuillus, conifères, arbres et arbustes à fleurs… Les arbres ne sont d’ailleurs pas les seuls à donner de beaux bonsaïs : les arbustes ne sont pas en reste, pourvu qu’ils aient naturellement un tronc bien dessiné.

L'architecture du bonsaï : structure et pérennité

La taille de structure est destinée à mettre en place l’architecture du bonsaï. Elle est l’occasion de finaliser la construction des branches primaires et du tronc. Cette étape constitue le moment à la fois le plus créatif et le plus déterminant de la mise en forme de l’arbre : des décisions trop hâtives peuvent nécessiter de revenir à des étapes précédentes pour reconstruire de nouvelles branches. Une des façons de l’aborder sereinement consiste à imaginer le bonsaï à un horizon de plusieurs années à travers un dessin. Il nous permettra de valider nos choix et garder un fil directeur pour les travaux des saisons suivantes. Au-delà des aspects esthétiques, la santé de l’arbre doit rester la préoccupation principale. La ligature constitue un complément presque indispensable à la taille pour les conifères. Les branches primaires sont en place à ce stade. Il s’agit maintenant de développer les branches secondaires (qui partent du tronc) et les tertiaires qui s’ancrent sur les secondaires. La ramification est obtenue par pincements successifs qui favorisent la division en deux de chacune des branches. Au-delà d’un loisir certes prenant mais passionnant, la création d’un bonsaï est avant tout une démarche artistique sur le vivant.

Entretien quotidien et culture sur le long terme

Avant tout vous devez savoir que plus un pot est petit plus il faudra l'arroser car la quantité de terre est restreinte. Un bonsaï boit beaucoup et souvent, paradoxalement il ne supporte pas d’avoir les pieds dans l’eau en permanence dans une soucoupe. Placez ensuite le pot sur sa soucoupe dans laquelle vous aurez déposé une fine couche de granulés de pouzzolane. Arrosez dans le pot délicatement et par petites touches pour ne pas faire déborder la terre. Vaporisez de l’eau de pluie à température ambiante plusieurs fois par semaine lorsqu’il fait chaud dans la maison. Un bonsaï d’extérieur ne sera pas vaporisé en saison froide, il préférera passer une heure ou deux sous la pluie. Au printemps prochain donnez-lui de l’engrais par très petites doses une fois par mois. En été vaporisez-le souvent d’eau de pluie, évitez le plein soleil brûlant. La deuxième année rempotez-le, sans forcément changer son pot mais en renouvelant la terre et en réduisant ses racines. Un bonsaï sera taillé 3, 4 ou 5 fois par an, selon son évolution. Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.

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