Le Père-Lachaise, également connu sous le nom de cimetière de l'Est ou anciennement cimetière Mont-Louis, se dresse comme un monument historique et paysager au cœur de Paris. Ce labyrinthe de chapelles et de stèles, s'étendant sur 15 kilomètres d'allées sinueuses, abrite environ 70 000 tombes et offre une plongée fascinante dans l'art funéraire, les mœurs et les croyances d'une société à travers les âges. Au-delà des sépultures célèbres de personnalités comme Jim Morrison, Edith Piaf ou Frédéric Chopin, chaque pierre tombale, chaque ornement et chaque choix architectural racontent une histoire, tissent un langage symbolique complexe qui transcende le temps et la mort.

L'art funéraire : un miroir de la société
L'art funéraire est un témoignage éloquent des mœurs, des croyances et des traditions d'une société, indépendamment de son contexte géographique ou historique. Présent depuis les premières civilisations, il a évolué au fil des siècles, reflétant les changements artistiques, technologiques et idéologiques de chaque époque. Bien qu'il puisse sembler à première vue n'être qu'une simple décoration de tombes ou de chapelles, l'art funéraire révèle de manière implicite comment les hommes ont perçu et appréhendé la mort à travers les âges. Le 19e siècle en France, en particulier, fut une période marquée par des changements sociaux, économiques et culturels profonds, qui se reflétèrent également dans les pratiques funéraires. Les rites de cette époque étaient un miroir des valeurs, des croyances et des structures sociales de la société française, suivant des protocoles stricts incluant la veillée, la messe de requiem et l'inhumation dans un cimetière paroissial. La Révolution française tenta de laïciser ces pratiques, mais les traditions catholiques perdurèrent dans de nombreuses régions. L'essor de l'industrialisation et de l'urbanisation entraîna des transformations notables, avec l'émergence de cimetières urbains comme le Père-Lachaise, devenant des lieux de sépulture pour toutes les classes sociales. Ces nouveaux cimetières étaient souvent aménagés en jardins, reflétant une vision plus romantique et sereine de la mort.

Les couronnes funéraires : un symbole d'attachement éternel
Parmi les ornements funéraires, la couronne se distingue par sa richesse symbolique et son histoire millénaire. Le rituel de la couronne funéraire remonte à l'Antiquité, où les couronnes étaient placées sur la tête des défunts pour symboliser leur puissance. Hadrien Bru et Guy Labarre, dans un article de la « Chronique d’Orient », mentionnent ainsi un riche mobilier funéraire accompagnant le défunt, incluant « une couronne en bronze ornée de perles en terre cuite dorées placée autour du crâne ».
Au-delà de cette origine antique, la couronne funéraire a évolué pour devenir un symbole d'un attachement éternel envers le défunt. Elle symbolise profondément la virginité et la pureté du cœur, avec sa forme représentant l’éternité. Elle est ainsi vue dans la société comme la récompense ultime pour une vie sainte, marquant le parcours spirituel du défunt. Dans la religion catholique, où le mariage est central, la couronne funéraire remplace parfois la couronne nuptiale lors de funérailles de femmes célibataires, devenant la couronne de vertu, mettant en avant les qualités morales et spirituelles de la défunte. Quand un enfant meurt, plusieurs couronnes peuvent être offertes par les parrains, marraines, parents, et même directement par les fabricants de couronnes, souvent ornées de messages manuscrits ou imprimés. Ces ornements peuvent aussi embellir des monuments aux morts.
Bien que des couronnes ornementales spécialement conçues pour les tombes et en perles de verre existent dès le 18e siècle, elles étaient moins courantes que d'autres types, comme celles faites avec un cadre en bois ou en fil de fer autour duquel sont enroulées des feuilles de fleurs ou du papier coloré. Le 19e siècle marque une période charnière où les couronnes funéraires deviennent la preuve d'une production artisanale et commerciale, souvent réalisée par des femmes célibataires ou veuves. En Allemagne, des artisans fabriquaient ces couronnes en perles de verre coloré jusqu’en 1919. Par la suite, ces œuvres furent produites en série, industrialisées et vendues en magasin. L'Alsace, notamment, devint un centre majeur de production de décorations funéraires avec les pompes funèbres Erb à Strasbourg, qui commencèrent leur fabrication dès 1872.
L'art des couronnes funéraires représente une production considérable dans le bassin rhénan entre le 17e et le 20e siècle. Pendant la révolution industrielle, les maîtres verriers italiens étendirent leur influence en Europe, établissant des usines affiliées aux maisons vénitiennes, généralement proches des carrières de silice. Alfred Salvadori, un de ces artisans renommés, s'installa dans la région lyonnaise et fonda en 1929 « La Nouvelle Perle », une usine spécialisée dans la fabrication de perles, employant jusqu’à 45 personnes. Jusqu’au début des années 1960, l’usine prospéra grâce à la vente de couronnes funéraires, qui représenta une source importante de revenus. Le processus de fabrication des perles de rocaille était minutieux, utilisant quatre fours de fusion, deux machines de tirage et de découpe des tubes de verre, ainsi que des équipements de calibrage et de tri. Les couleurs du verre provenaient d’oxydes métalliques, comme le cuivre pour les perles vertes, le cobalt pour les bleues et l’or pour les roses. L’usine Salvadori offrait une large palette de couleurs, allant du noir au blanc transparent, en passant par des verts et des bleus variés.
Couronnes mortuaires en perles de verre de Chauny novembre 2013
Un document patrimonial original, une couronne funéraire provenant du musée de Bouxwiller (Bas-Rhin, Alsace), est faite de perles en verre de couleurs bleu clair, blanc, vert et jaune, avec des attaches, un socle et des liaisons en fil de fer. La couronne est composée de différentes ornementations, telles que des fleurs en perles blanches et des feuilles en perles vertes. Ce type de couronne est emblématique de la production de cette époque, où le savoir-faire artisanal se mêlait à une symbolique profonde.
Architecture funéraire : entre horizontalité et verticalité
L'architecture funéraire du Père-Lachaise offre une diversité de formes et de styles, chacun porteur d'une signification propre. Dans le groupe de monuments à structure horizontale, les tombeaux à proprement parler ou cénotaphes à l’antique sont rarissimes. La représentation métaphorique de la mort s’efface un peu devant cette figure mimétique, cette « reproduction, répétition formelle et visible, à la surface du sol, du cercueil réel et invisible » (Urbain 1978 : 193) sous le sol. Cette image est éloquemment reprise au tombeau de type victorien de l’avocat Frederick C. Vannovous, au Mount Hermon, lequel est orné de pattes et de têtes de lion retenant une couronne de laurier, symbole de glorification. Pour le tombeau plus ancien de François-Xavier Garneau au Belmont 2, il s’agit d’une récupération de symbolisme, car à cette forme de sarcophage empruntée au panthéon païen se superpose une croix mystique. Cette dernière renforce le concept du double, redondance du corps dissimulé, au tombeau de la famille de Philéas Gagnon qui épouse la forme même de la croix sur laquelle s’en dégage une autre en demi-relief.
À cette catégorie de monuments horizontaux se greffent les caveaux, même si le procédé d’inhumation en diffère. D’un écart à l’autre, ils sont tantôt surélevés d’une construction, telle une tombe antique se dressant hors de terre, tantôt recouverts d’une dalle. Certaines dalles de taille plus réduite, parfois enfouies sous un tapis de végétation, ne dissimulent aucun caveau, comme au lot d’Abraham Hamel, près de l’entrée du cimetière. En fait, les structures souterraines bétonnées, compartimentées en proportion du nombre de sépultures, sont surmontées le plus souvent de dalles plates, expression minimale de l’horizontalité. Elles se juxtaposent par paire sur le lot de Louis-Jean Érasme et de Marie-Anne Gagnon, tout à l’est du site. Ici, la forme est porteuse d’un message, car sur chacune d’elles, les noms de l’époux et de l’épouse furent inscrits, métaphore humble et saisissante du couple sur son lit de mort. Unis pour la vie, ils dorment du sommeil éternel. Le thème de « la couche posthume » s’impose également sur un lot voisin, celui de la famille de Narcisse Naud. À la tête du lit, une plaque de pierre en guise d’oreiller porte le nom du père, de la mère et de l’enfant. « On trouve déjà cette association entre la mort et le sommeil parfaitement réalisée dans la mythologie grecque : Hypnos, dieu du Sommeil, qui procure aux hommes le repos et des rêves agréables, est le frère jumeau de Thanatos, dieu de la Mort; ils sont tous deux les fils de la Nuit. Dans le monde chrétien, l’association demeure » (Urbain 1978 : 207).
Dans ce groupe, le tombeau de la famille du Dr Albert Paquet, avoisinant le mausolée de Georges-Élie Amyot, se distingue par son dispositif unique où s’agencent, dans un équilibre parfait, caveau, dalles et tombeau. Ce dernier chapeaute un ensemble de lames de granit en gradins disposées en forme de croix grecque. Incidemment, sur ses faces frontales, une croix de Malte aux bras fleurdelisés évoque un ordre religieux et militaire fondé à l’époque des croisades et se consacrant de nos jours à des œuvres hospitalières. Il fut taillé dans du granit noir Péribonka et poli sur chaque face, ce qui accentue son caractère distinctif, auquel s’ajoute la différenciation par l’espace, dont les quatre lopins faisant pignon sur deux rues couvrent 167 m2.
Le groupe de pierres tumulaires réunissant obélisques, piliers et colonnes a marqué indéniablement le paysage funéraire, notamment au cimetière urbain. Ces monuments verticaux procurent au site une certaine homogénéité visuelle. Par ailleurs, ils attestent la prégnance des formes néo-classiques dont l’engouement, déjà manifeste sur le Vieux Continent, a rejoint l’Amérique. Cependant, ils nient leur appartenance païenne, car ils sont le plus souvent ornés d’une croix ou d’une figure affiliée à la mystique religieuse. D’ailleurs, ce phénomène devient plus manifeste avec l’obélisque, car la tradition judéo-chrétienne a récupéré le pilier et la colonne pour les associer à l’arbre cosmique ou l’arbre de vie en ascension vers le ciel. Au cimetière Belmont, cette forme de tombeaux d’esprit victorien, dont le caractère ascensionnel s’allie au concept de transcendance, a connu son apogée entre 1870 et 1920 pour décliner peu à peu jusqu’aux environs de 1940. Ils furent d’abord façonnés dans la pierre calcaire ou le marbre, puis dans le granit. Cette quête de l’altérité rejoint le domaine des religions qui, « séduites par l’inaccessible de la verticalité, ont la plupart du temps reconnu dans cette dimension le lieu de l’Autre, de l’Étranger, c’est-à-dire de ce qui touche l’extra-ordinaire, le différent, le distinct. Certaines de ces pierres tumulaires atteignent des proportions monumentales, notamment au début du XXe siècle, comme en font foi les obélisques - sans motif de croix - des familles de Jean-Docile Brousseau et du Dr Édouard Morin, sur l’avenue des Eaux-Sylvaines, mesurant six mètres. Sur l’avenue Belmont, le pilier avec son urne drapée au lotissement du juge Jean-Thomas Taschereau et celui du marchand Paul-Georges Bussière avec sa croix surpassent les cinq mètres. Sur ces deux lopins, d’une superficie de près de 50 m2, se jouxte un autre élément différenciateur, un muret s’ouvrant sur un escalier en façade.
Souvent, la vénération du grandiose s’associe au culte de la famille, puisque les noms de tous les membres s’entassent sur chacune des faces. Dans ces secteurs, on dénote un effet d’entraînement collectif. Chacun veut laisser sa marque au cimetière et tente de rivaliser avec son voisin de lot. Avec la réglementation d’origine, spécifions-le, l’acquéreur pouvait délimiter son lot par des bornes en matière impérissable disposées aux angles, ce qui fut défendu à partir de 1940. Aujourd’hui, il ne reste que les muretins en pierre de taille ou en granit dûment bâtis sur les lots appartenant, de fait, aux notables de l’époque. « La clôture, la cloison, la partition restent l’outil fondamental de l’appropriation de l’espace. »
D’autres tombeaux se jouxtent au registre ascensionnel des piliers et des colonnes. Le socle pyramidal coiffé d’une figure allégorique érigé en mémoire du notaire Philippe Huot s’élève à plus de six mètres du sol, au cœur de l’arrondissement de l’avenue Belmont. Ici, on puise à nouveau à l’abécédaire néoclassique pour atteindre le grandiose et, au caractère unique du tombeau, s’ajoute la superficie du lot de 95 m2 marqué par une ceinture de pierre. Curieusement, l’héritage néo-gothique n’a pas dominé au cimetière-jardin, pourtant institué en pleine ère romantique. Toutefois, l’imposant édicule couronné d’un Ange du Jugement dernier surplombant le caveau de la famille de Zéphirin Paquet au cimetière Saint-Charles mérite à lui seul d’être signalé. Dans ce foisonnement de formes verticales, les monuments en forme de pinacle ressemblant aux lanternes des morts ou fanaux funéraires de l’époque médiévale s’inspirent également du style gothique. Un modèle résultant d’une production en série (H. Bernier de Lotbinière, 1888) se retrouve, tout au moins, au cimetière Saint-Charles et ceux de Lauzon, de Cap-Santé, de Lotbinière et de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Les nombreux autels ou cippes arborant la forme d’un pilier quadrangulaire (Thierry : 132) s’inscrivent également dans ce groupe, de même que la colonne brisée évoquant l’image d’une vie fauchée avant l’heure. Certaines pierres tombales, de style naturaliste, se profilent en un tronc d’arbre avec un parchemin pour recevoir le texte gravé parfois surhaussé d’une urne au flambeau, emblème de la purification et de la transcendance, dont la symbolique se renchérit quelquefois de motifs végétaux juxtaposés à une colombe. Aussi, elles s’allient à l’arbre de vie, tout comme certains piliers constitués d’une succession de troncs d’arbre surhaussés d’une croix. Au fait, la signification du tombeau se rattache aussi à l’élément ornemental, qu’il s’agisse d’une urne drapée, symbole antique païen, d’une croix, d’une sculpture ou d’une sphère.
Les tombeaux de type ascensionnel sont peu à peu remplacés par la stèle verticale de grande taille généralement en granit et souvent munie d’un écran. Ce prototype remonte au début du XXe siècle et après un essor particulier entre 1940 et 1960, il périclite au début des années 1980. Il permet également d’atteindre la somptuosité. Le monument commémorant l’architecte Georges Émile Tanguay présente un modèle unique avec sa façade à volutes et son muret périmétrique (enlevé récemment) ouvert sur des gradins. Il porte l’effigie en bronze du défunt et fut édifié en 1925, deux ans après son décès, par l’architecte Raoul Chênevert. La pierre tombale de l’Honorable Georges Parent appartient plus spécifiquement à cette catégorie. Alors que celle-ci se démarque par son magistral Ange à la palme, celle commémorant l’industriel Georges-I. Lachance se distingue par ses décrochements en forme de pinacle, de style néo-gothique. Le tombeau du juge Pierre-Émile Côté se dresse à plus de quatre mètres du sol, sur un espace de trois lots totalisant 125,5m2. Il est flanqué d’un muret en hémicycle courant sur quinze mètres et supportant six urnes cinéraires d’un mètre de haut chacune. Déjà imposant par cette configuration, il est mis en relief par un écran de végétation. De fait, de nombreuses stèles verticales prestigieuses marquent le secteur avoisinant les mausolées. Disposées tête-bêche, elles dessinent des lignes de front sur l’îlot formé par les avenues Saint-Édouard, Saint-François-Xavier, Notre-Dame-du-Saint-Rosaire et Saint-Damase, de même que dans la section au sud-ouest, où l’on distingue celle des familles de l’Honorable Jean Lesage et de Paul Desrochers. Par ailleurs, au nord-ouest du cimetière, les stèles monumentales des communautés religieuses, dont les anciennes sépultures y furent transférées, se démarquent d’une façon notoire. Sur chacune des faces, des listes exhaustives où noms et dates extrêmes s’empilent les uns sous les autres sans aucune mention des œuvres ou des missions accomplies durant toute une vie de dévouement. Sur celle des Religieux de Saint-Vincent de Paul, au nord de Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, s’accumulent plus de 125 noms (1890-2007). Au sud de cette avenue, se regroupent les communautés des Pères du Très Saint-Sacrement (69/1920-2005), des Franciscaines Missionnaires de Marie (134/1900-1998), des Sœurs de la congrégation de Notre-Dame (111/1976-2005), des Missionnaires du Sacré-Cœur (130/1919-2004) et des Frères des écoles chrétiennes, dont le monument affiche plus de 425 noms (1885-2007). Les Ursulines, quant à elles, occupent un lot dans ce secteur et un autre, plus au sud-ouest. Ce tombeau fut l’objet d’une souscription publique. Il fut érigé en 1867, un an après le décès de l’historien, lors d’une cérémonie entourant la translation de ses restes, à laquelle prirent part plus de deux mille personnes.
Le symbolisme funéraire : un langage à déchiffrer
Le symbolisme funéraire peut être révélateur de la personnalité du défunt ou des conditions de sa mort. La "lecture" du symbole peut déterminer la tranche d’âge lors du décès, le sexe, l’état civil, le métier, les options philosophiques et politiques… Toutefois, une mise en garde est nécessaire; le symbole se lit mais n’est point une grammaire aux règles intangibles; les exceptions sont légion.
Symboles floraux et végétaux
Les couronnes de laurier, par exemple, sont un symbole de glorification, comme on peut le voir sur le tombeau de Frederick C. Vannovous orné de pattes et de têtes de lion retenant une couronne de laurier.
Le chardon est un symbole qui est souvent retrouvé sur les tombes et qui possède plusieurs significations. Avec ses épines, il peut évoquer les difficultés et les souffrances de la vie, qui sont mises à terme par la mort. Le chardon peut également être associé à la souffrance du Christ et des martyrs chrétiens, qui ont enduré des épreuves similaires à celles du chardon qui pique. Selon une légende médiévale, le chardon aurait été sanctifié par la Vierge Marie, qui aurait été piquée par ses épines en essayant de protéger son enfant Jésus. En raison de cette légende, le chardon est également associé à la Vierge Marie et à la maternité. Dans la culture celtique, le chardon est un symbole de protection et de guérison, et était utilisé pour soigner les maladies et les blessures. Dans l'ensemble, le chardon est un symbole complexe et polyvalent, qui peut évoquer la douleur et la souffrance, mais aussi la protection, la guérison et la sanctification.
En Europe, le chêne est l'arbre par excellence. La croix-arbre est souvent de l'essence du chêne, l'arbre par excellence de cette partie du monde.
Par sa floraison tardive, le chrysanthème est la fleur par excellence déposée sur la tombe lors de la Fête des morts.
Symboles animaux et ornithologiques
Le chien peut être représenté couché, somnolant sur un coussin. Sur des tombes récentes, le marbrier peut graver l'image du réel compagnon du défunt.
La chouette est un motif funéraire depuis l’Antiquité. Il lui est accordé de nombreuses vertus notamment celle de pouvoir voir, grâce à ses grands yeux, à travers les ténèbres. C’est donc un symbole de connaissance et de survie à travers la mort. On la retrouve souvent sur les tombes des intellectuels car elle rappelle aussi la sagesse.
La coccinelle, aussi étonnant que cela puisse paraître, est aussi un symbole funéraire chrétien. Depuis le Moyen-Âge, elle est associée à la Vierge Marie par rapport à l’innocence et à la pureté. Cette Bête à bon Dieu, peut s’envoler et donc rejoindre le ciel. Par ce biais elle ferait une place au défunt dans le Paradis et l’aider dans son cheminement.
La colombe - oiseau au plumage blanc de la pureté - est messagère de Dieu. Elle est surtout présente par ses ailes entourant le sablier. La colombe peut aussi représenter le Saint-Esprit. Le volatile peut aussi traduire la passion du défunt pour la colombophilie.
L’espérance de vie très courte du papillon en fait le symbole de l’éphémérité de la vie. Son cycle chenille-chrysalide-papillon fait aussi référence à la transition de l’âme vers le monde des morts. On le trouve très souvent sur les tombes mais également dans les arts décoratifs de la fin du XIXè siècle, notamment sur les lits, rappelant qu’il ne faut jamais oublier le cycle de la vie et de la mort. Il est souvent associé à la renaissance et caractérise l’âme débarrassée de son enveloppe charnelle. En mythologie grecque, il est même le symbole de l’immortalité.
Des dragons ornent des croix de fonte ou l'entrée de chapelles funéraires.
Symboles religieux et mystiques
Le calice et de l'hostie, souvent rayonnante, sur une stèle funéraire signifie très régulièrement que le passant se trouve aux abords de la sépulture d'un prêtre, seule personne habilitée à fractionner le pain et à boire le vin lors de l'office divin. Le vin évoque le sang du Christ et l'hostie son corps. En effet, il faut couper la grappe de raisin et l'épi de blé pour les pétrir et donner naissance à un produit nouveau.
Certaines tombes sont ornées d'un chapelet contenant le plus souvent en son centre une croix.
La chapelle funéraire est organisée comme l'édifice religieux avec, généralement, le chœur séparé de la nef par une marche et l'autel adossé au mur selon l'organisation spatiale de l'église avant le concile du Vatican II.
La croix est un symbole bien antérieur à l'époque du Christ et des traces ont été découvertes en Extrême-Orient, Afrique, Europe… Elle est une forme particulière de l'arbre de vie. Elle est donc un lien entre la Terre, le monde des humains, et l'univers céleste, de Dieu, des dieux. La croix devenue hampe de bannière est appelée croix de la résurrection ; c'est celle que le Christ aurait tenue en main, sortant du tombeau après son ensevelissement.
Il s’agit d’un des premiers symboles chrétiens. Il est constitué des lettres grecques chi (x) et rhô (p) qui débutent le mot Christ en grec (Χριστός). Sur cette tombe, il est accompagné de l’alpha (α) et de l’oméga (Ω) signifiant le début et la fin en référence à la vie. Le Chrisme apparaît sous Constantin Ier (272-337). Ce dernier a vu ce signe dans un de ses rêves avant la bataille du pont de Milvius en 312. Il le fit mettre sur les étendards et boucliers et gagna contre Maximilien. Il se questionna alors sur ce symbole et un de ses soldats lui fit savoir qu’il s’agissait non pas de la marque d’un dieu païen mais du Dieu chrétien. Cet Empereur qui n’était pas chrétien prend conscience de la religion et se montre plus tolérant avec elle.
La crosse singularise la sépulture d'un évêque.
Dieu peut être représenté sous la forme d'un christ plus âgé, au centre d'un soleil et au milieu de volutes de nuages. Les bras tendus, paumes en avant.
Symboles profanes et allégoriques
Le caducée est une baguette verticale, munie ou non de deux ailes, autour de laquelle s'enroulent deux serpents. Il est l'emblème d'Hermès, le dieu du Commerce.
Le couvre-chef peut se suffire à lui-même pour être significatif de la vie, de la profession du défunt.
Le cercle, forme sans début ni fin, est une figure représentant la perfection, la roue du temps, l'éternité.
La lame peut épouser la forme d'un cercueil cénotaphe, c'est-à-dire la représentation du cercueil, sans que celui-ci ne contienne un corps.
La chaîne représente la vie.
Le cœur représente la charité dans les valeurs théologales. Il est, alors, souvent accompagné de l'ancre (l'espoir) et de la croix (la foi). Le cœur transpercé d'une ou de sept épées représente le cœur de Marie.
Des plaques scellées sur des tombes représentent un éclair venant briser la colonne. La colonne brisée fait partie de la symbolique chère aux libres penseurs du XIXe ou du début du XXe siècle, sans qu'on puisse parler d'automatisme, comme toujours avec les symboles. La colonne tronquée surmonte généralement la sépulture d'un homme décédé entre 20 et 40 ans.
Le compas et l'équerre singularisent la sépulture du tailleur de pierre, du marbrier, du sculpteur, du maître de carrière, de l'entrepreneur de travaux, de l'architecte… Sur la bombe de l'instituteur ou du professeur, le compas appartient à une panoplie d'instruments pédagogiques (globe terrestre, encrier, latte…). Sur la tombe des francs-maçons, le compas et l'équerre deviennent les instruments purement symboliques de la construction du "temple de l'humanité", selon une expression commune à cette société et au compagnonnage.
La coupe, le pilon et le serpent peuvent surmonter la sépulture du pharmacien, du médecin…
Le coussin est un attribut du sommeil et par la même du sommeil éternel, de la mort. Cette représentation a longtemps symbolisé la mort; ainsi sur les dalles funéraires des églises anciennes. Au XIXe et, surtout, au XXe siècle, ce symbole a été largement supplanté par la croix.
Si le crâne et les os figurent au centre d'un triangle, ils sont les restes d'Adam, le triangle représentant le Golgotha dont l'étymologie signifie "crânes".
Le drapeau sera le plus souvent sur la sépulture d'un ancien combattant. Il peut être rehaussé des couleurs matinales.
Qu’elle soit sous forme de trépied ou de flambeaux inversés, la flamme est caractéristique du monde funéraire et peut signifier beaucoup de choses différentes. C’est un symbole profane qui est resté dans les croyances populaires. Il peut faire écho au feu perpétuel qui représente la transmission d’une mémoire ou d’un savoir (comme sur la tombe du soldat inconnu) et il peut également symboliser la partie immatérielle de nous-mêmes qui survit à la mort. La flamme peut aussi représenter la pensée qui permet d’orienter la marche dans les ténèbres. Elle se retrouve dès lors sur la tombe de libres penseurs qui assimilent les ténèbres aux dogmes et à l’obscurantisme. Dans la mythologie, le génie de la mort est figuré avec une torche à la main car la flamme consume tout, comme la mort. Le flambeau inversé symbolise également la mort car ainsi la flamme s’éteint par manque d’oxygène.
Pouvant parfois être soutenu par des anges ou bien être au cœur d’une guirlande de fleurs, le sablier volant représente la fugacité du temps. Il est le symbole du temps qui s’écoule inexorablement et qu’on ne peut arrêter. Les ailes, qui peuvent être de colombe ou de chauve-souris, donnent une dimension cultuelle au seul sablier qui relève du domaine profane. Elles l’élèvent vers Dieu, seul maître de la mesure du temps et de la destinée des Hommes, tout comme elles élèvent l’âme du défunt vers lui.

Les cimetières, des lieux de mémoire et d'éternité
Le Père-Lachaise, comme les autres cimetières, a sa physionomie particulière. Qu'on le nomme aussi le cimetière de l’Est et qu’on l’appelait autrefois le cimetière Mont-Louis, il est le plus beau, le plus majestueux des cimetières de la capitale. C'était un homme de bien ce Père Lachaise ; il existe sur son caractère trois certificats qui ne peuvent être discutés : « C’était un homme doux, dit Voltaire, qui n’était pas absolument l’ami de la Compagnie de Jésus ; avec lui les voies de conciliation étaient toujours ouvertes. » « Esprit médiocre, écrit Saint-Simon, mais d’un bon caractère, juste, droit, sensé, sage, doux et modéré. » D’Aguesseau dit tranquillement de lui : « C’était un bon gentilhomme qui aimait à vivre en paix et à y laisser vivre les autres. Et cependant il est certain que, sans le cimetière qui porte son nom, il y a longtemps que la mémoire de « ce bon gentilhomme qui aimait à vivre en paix » reposerait de même.
Le champ du Père-Lachaise conserve encore quelques-unes des lignes sévères des jardins de Mont-Louis, ce qui donne un certain petit air versaillais qui ne messied pas à la majesté de la mort. Après l’avenue principale se trouve celle de l’orangerie. On a remplacé les orangers des Folies-Régnault et ceux de Mont-Louis par des tombeaux, mais le nom est resté odorant et fleuri.
Il est bien entendu qu’en disant que les cimetières sont gais et riants, nous parlons que de l’aspect de ces parcs ombragés par les saules, les platanes, les sycomores, les peupliers, les cyprès et les fleurs plantées par de pieuses mains. Ah ! Les arbres ont l’air d’étendre leurs branches funèbres et crispées pour attirer dans l’antre creusé à leur pied le pauvre corps que vous suivez ; les fleurs semblent ne pousser qu’arrosées par des larmes, et le chant insouciant des oiseaux nargue cruellement la douleur qui nous broie.
Peu à peu, on s’habitue à l’idée de ne plus revoir ceux qu’on a perdus ou de les retrouver dans un monde meilleur. Alors les pèlerinages aux tombeaux deviennent de doux devoirs qui laissent, comme tous les devoirs accomplis, une douce satisfaction au cœur. Les femmes sont plus que les hommes fidèles à la religion du souvenir. Il est peu de femmes légères, nous citons celles-là parce qu’elles sont astreintes à aucun devoir, qui n’aient là ou là une pierre entourée de quelques fleurs : c’est un amant, une mère ou un enfant, ou autre chose. À chaque événement de leur vie accidentée, bonheur ou larmes, les fleurs sont renouvelées, la pierre débarrassée des feuilles sèches et des herbes qui la couvrent. Les femmes du monde sont plus discrètes dans leur douleur.
Dans une visite au Père-Lachaise, nous remarquâmes une femme du faubourg Saint-Antoine portant une couronne d’immortelles jaunes, avec cette inscription tracée avec des fleurs semblables mais teintes en noir : A MON FILS. Cette couronne banale se distinguait des autres par cette particularité : elle était entourée de rubans tricolores. Ces rubans nationaux avaient fort piqué notre curiosité ; nous suivîmes cette femme en cherchant à la deviner : elle n’avait pas ce regard énergique des femmes patriotes, elle n’avait pas au front l’étincelle sacrée des mères qui pardonnent à la liberté d’avoir vu leur fils mourir pour elle. Elle arriva près d’une vieille petite croix noire, s’agenouilla, pleura et déposa sa couronne. Après son départ, nous regardâmes ce qu’il y avait d’écrit sur la croix et nous lûmes à travers les rubans tricolores : ICI REPOSE JEAN LOUIS FREDERIC BONNET Décédé le 6 avril 1845 Âgé de trois mois et demi. Pauvre mère ! Pauvre femme ! Il y avait vingt ans qu’elle pleurait ! On a vu souvent des femmes venir mourir sur la tombe de leurs enfants. Au milieu de cette douleur, Monsieur le préfet de la Seine a lancé cette phrase réaliste : « Il est peu de sépultures qui ne soient pas abandonnées au bout de quarante ans. » Cette assertion du grand administrateur a fait tressaillir tout le monde, et cependant elle est au-dessous de la réalité. En dehors des caveaux de familles patriciennes, peu de tombes restent fleuries après quinze ou vingt ans. Le poète a raison, Mr Haussmann aussi. Le cimetière du Père-Lachaise a ses habitués, comme les Tuileries ou le Luxembourg. Si vous passez dans l’avenue des Acacias, à droite du grand carrefour du rond-point, vous pourrez voir assis sur un banc voisin, un petit vieillard propret, bien rasé, bien coiffé, lisant tranquillement un volume de Parny, de Dorat ou de Boufflers.

Les tombes remarquables du Père-Lachaise
Bertrand Beyern, "nécrosophe" et spécialiste des cimetières, propose régulièrement des visites guidées du Père-Lachaise, qu'il décrit comme "l'éloge de la surprise". Il met en garde : "On s’y perd. On met un quart d’heure à le traverser, mais une vie à en faire le tour". Il révèle des tombes insolites qui participent à la richesse et à la singularité de ce lieu.
Le "plus haut tombeau de France" est la sépulture du diplomate Félix de Beaujour (division 48), mort en 1836, qui ressemble de loin à un phare. Il mesure 21 mètres de haut et est visible depuis la Tour Eiffel, la Tour Montparnasse, ou encore le Sacré-Cœur. Ce monument illustre un désir de postérité, un pari gagné puisque son nom est encore cité aujourd'hui.
La tombe d’Allan Kardec (division 44), fondateur du mouvement spirite et auteur du Livre des Esprits, est "la plus fleurie" du Père-Lachaise. Mort en 1869, ou plutôt "désincarné" selon les mots du spiritisme, son dolmen est orné d'un buste à l'expression très magnétique, constamment visité. Les gens y posent leur main sur l'épaule du buste en formant des vœux, espérant favoriser l'intercession. À 100 mètres de là, la sépulture de Pierre-Gaëtan Leymarie (division 70), continuateur de l'œuvre d'Allan Kardec, reprend la forme du dolmen, en proportions réduites.
Contrairement à la plupart de ses voisines, la tombe d’Imre Nagy (division 44) est vide. C’est un cénotaphe. Imre Nagy était un Premier ministre réformateur hongrois dans les années 50, dont les réformes conduisirent à l'intervention des chars soviétiques à Budapest en octobre 1956 et à son exécution.
Un "petit monument de kitsch" est la sépulture de Léon Thery (division 91), pilote automobile français mort d'une maladie avant ses 30 ans en 1909. Il est représenté avec son casque, ses lunettes, sa moustache typique de l'époque et ses manches bouffantes, au volant de sa voiture. Ce monument révèle que l'essentiel au cimetière n'est pas la mort mais le souvenir, célébrant la vie de l'homme.
L'une des tombes les plus fréquentées du Père-Lachaise est la sépulture d'Oscar Wilde (division 89). "C’était aussi la plus embrassée, avant d’être détrônée par celle d’Alain Bashung", indique le nécrosophe. Son corps fut transféré au Père-Lachaise en 1909, 9 ans après son décès. Un nouveau rituel est apparu il y a une vingtaine d'années : le bisou, le smack au rouge à lèvres à même la tombe, devenu si profus que l'administration a installé une vitre pour la protéger.
Plus loin (division 92), la sépulture de Victor Noir, Yvan Salmon de son vrai nom, jeune journaliste martyr de la cause républicaine, mort en 1870, abattu à bout portant par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, est connue pour sa proéminence phallique parfaitement visible. Dans les années 70, une légende urbaine est apparue : frotter les attributs de Victor Noir favoriserait la fertilité et ranimerait les virilités défaillantes.
Autre sépulture insolite, mais moins célèbre : la tombe de Mireille Albrecht (division 39), fille de la résistante Berty Albrecht, elle-même résistante, ayant eu une vie très singulière et fréquenté Léo Ferré.
Perchée sur les reliefs du Père-Lachaise, la chapelle des Demidoff (division 19) est l’une des plus remarquables. Cette famille russe fortunée, dont l’un des fils a épousé la princesse Mathilde, la nièce de Napoléon, possédait des mines en Sibérie. Le soubassement est d’ailleurs orné de marteaux de batteurs d'or, mais aussi de martres de Sibérie, et de loups russes en guise de gargouilles. La chapelle prend la forme d'un temple grec.
Autre sépulture qui tranche, mais beaucoup plus récente : l’arc de triomphe en marbre d’Elias Nahra (division 62), inauguré l’été dernier. Cet entrepreneur libanais, mort d’une crise cardiaque en 2020 à 49 ans, est statufié sur sa tombe, aux côtés de Saint Elias. Ce type de tombe spectaculaire est de plus en plus rare.
La (future) tombe André Chabot (division 20), aujourd’hui âgé de 82 ans, est celle du "plus grand photographe de tombes" et plasticien. Il a remis en état cette chapelle, et a installé à l'intérieur un autel formé de deux cercueils - l'un pour lui, l'autre pour sa femme. La table de l'autel est un album, surmonté de son appareil photo, un Leica. Il vient régulièrement "se regretter" devant sa tombe, ou passer un coup de balai. D’après l’épitaphe, il est né en 1951. Le monument est présenté comme une sépulture énergétique, qui doit favoriser l'ouverture des chakras et est ornée de symboles ésotériques.