Chaque printemps, une période d'activité intense dans l'agriculture, des éleveurs souhaitent vendre ou acheter de l’herbe, qu'elle soit sur pied ou déjà récoltée. Ces transactions essentielles pour l'alimentation du bétail et la gestion des prairies concernent généralement de la prairie naturelle, mais peuvent aussi concerner des prairies temporaires. Le prix final sur ces marchés s’appuie traditionnellement sur la loi de l’offre et de la demande, mais il est tout aussi fondamental de considérer le coût de production. Pour ceux qui vendent de l’herbe après récolte, il est nécessaire de rajouter aux coûts de production initiaux les coûts spécifiques liés à la récolte pour aboutir à un coût de l’herbe récoltée final et représentatif. L'analyse de ces différents postes de dépenses est cruciale pour optimiser la gestion des fourrages et assurer la viabilité économique des exploitations.
Comparatif des Coûts Directs par Technique de Récolte
Le coût de revient d’une tonne de matière sèche (MS) n’est pas le même selon la technique de récolte utilisée, qu'il s'agisse de l'ensilage, de l'enrubannage ou du foin. La rédaction a réalisé une synthèse approfondie du coût des chantiers de fenaison en s'appuyant sur les chiffres communiqués par la FNCuma, une référence dans le domaine des coopératives d'utilisation de matériel agricole. Ces données mettent en lumière des différences significatives entre les diverses approches.
Ainsi, à l’occasion du salon Mécaélevage, la Fédération Nationale des Cuma a rappelé aux éleveurs le coût des différents chantiers de récolte du fourrage selon la technique qu'ils utilisent. Il est observé que l'enrubannage est plus cher qu’un foin ou qu’un ensilage, avec une différence de coût qui peut atteindre environ 20 à 30 € par tonne de matière sèche (MS). Cette observation s'applique à la majorité des situations, sauf pour les petites coupes de 1 à 2 tonnes de MS, où l'enrubannage peut se révéler plus compétitif.
Une comparaison directe des équipements révèle un avantage certain pour la presse enrubanneuse, dont le coût total est estimé à 59 €. Ce chiffre contraste avec celui de l’ensileuse automotrice, dont le coût total est évalué à 71 €. Ces estimations intègrent l'ensemble des charges associées à l'utilisation du matériel pour le chantier.
D'autres évaluations, notamment celles des Chambres d’agriculture de Bretagne, affinent cette analyse en fournissant des coûts moyens par tonne de MS pour différentes techniques. Il est ainsi relevé que le coût de récolte de l’ensilage d’herbe est évalué en moyenne à 70 € par tonne de matière sèche (TMS). En complément, ce coût grimpe à 92 € par TMS pour l’enrubannage. Une technique intermédiaire, l'affouragement en vert, se positionne à 82,5 € par TMS. Ce coût de l’affouragement en vert, évalué par les Chambres d’agriculture de Bretagne, se situe à mi-chemin entre l’ensilage et l’enrubannage. En cumulant deux années d’observation (2015 et 2016), le coût moyen de l’affouragement en vert incluant la récolte, le transport et la distribution se situe précisément à 82,5 € par TMS.
Ces chiffres mettent en évidence que, hors frais de stockage, ensiler de l’herbe avec une remorque autochargeuse est la technique la plus avantageuse si l’agriculteur ne prend pas en compte le coût du stockage. Cette approche offre un premier aperçu des disparités économiques entre les méthodes de récolte, invitant à une analyse plus fine des facteurs influençant ces coûts.

L'Évolution des Coûts sur la Dernière Décennie : Une Flambée Générale
Au cours des dix dernières années, les coûts de récolte de l’herbe ont connu une augmentation significative, impactant toutes les techniques et remettant en question les stratégies habituelles des éleveurs. Cette flambée est le résultat de multiples facteurs économiques et conjoncturels.
Pour la récolte de l’herbe en ensilage, par exemple, le coût a presque doublé en dix ans. Selon les derniers chiffres de la fédération régionale des Cuma de l’Ouest, la récolte de l’ensilage avec une faucheuse traînée de 3 mètres, stockage compris, est passée de 45 € à 84 € la tonne de matière sèche. Cette augmentation drastique est la conséquence directe de plusieurs phénomènes : la hausse de la main-d’œuvre, l'envolée du prix du carburant qui a doublé depuis la crise sanitaire, mais aussi une augmentation notable du coût du matériel. Un exemple frappant est celui d’un groupe de fauche de 9 mètres, dont l'acquisition représente aujourd'hui 100 000 euros, ce qui équivaut à un billet de 20 000 euros supplémentaires par rapport à il y a cinq ans, comme l’explique l’animateur des Cuma de l’Ouest.
L'enrubannage n'a pas été épargné par cette spirale inflationniste. La récolte de l’herbe en enrubannage, bien que réputée plus simple, reste plus onéreuse qu’en ensilage. Les coûts ont bondi de 60 % en dix ans. Aujourd’hui, ils s’élèvent à 95 € par TMS, qu’ils soient réalisés en monoballe ou en combipack. Cette dernière option est d’ailleurs très prisée par les agriculteurs, qui font de plus en plus réaliser ces chantiers par des prestataires externes.
Ces tendances soulignent une pression économique croissante sur les exploitations agricoles, forçant à une vigilance constante et à une recherche d'optimisation pour chaque poste de dépense lié à la récolte des fourrages.
L'Enrubannage : Un Choix Coûteux mais aux Avantages Opérationnels
Malgré des coûts généralement plus élevés, l'enrubannage conserve une place importante dans les stratégies de récolte des éleveurs, notamment grâce à ses avantages opérationnels et de stockage. Il est vrai que la récolte de l’herbe en enrubannage reste environ 15 % plus élevée qu’en ensilage. Néanmoins, les chantiers d'enrubannage sont perçus comme moins contraignants.
L’enrubannage est particulièrement pénalisé par le coût des consommables, notamment le prix du film plastique. Ce dernier a presque doublé en quelques années, une conséquence directe de la flambée du pétrole. Il faut compter désormais environ 3,60 € par botte. Rapporté à la tonne d’enrubannage, cela représente environ 5 €, soit un coût six fois plus élevé que celui de la bâche d’ensilage.
Cependant, investir dans une presse combinée, bien que cela puisse faire froid dans le dos au premier abord en raison de l'investissement initial, peut s'avérer la méthode la plus avantageuse toutes charges comprises. Le gain significatif ne se situe pas tant au niveau de la récolte elle-même, où l'écart n'est pas significatif, mais essentiellement au niveau des frais de stockage. Contrairement à l'ensilage qui monopolise souvent des bâtiments spécifiques, les balles d’enrubannage, recouvertes de film plastique, peuvent rester dehors, libérant ainsi des espaces précieux et réduisant les coûts d'infrastructure.
En outre, l'enrubannage offre une grande souplesse organisationnelle. Contrairement à l’ensilage qui requiert souvent des équipes importantes, les chantiers d’enrubannage peuvent être gérés à l’échelle de l’exploitation sans recours extérieur. Ce choix reste donc très pertinent pour les petits chantiers et les petites parcelles. Comme le résume Michel Seznec, animateur à l’Union des Cuma des Pays de la Loire, « C’est plus facile d’envoyer un gars faire du pressage et enrubannage que de trouver une équipe de cinq personnes pour aller faire un chantier d’ensilage ». Cette facilité de gestion de la main-d'œuvre est un atout non négligeable dans un contexte où la disponibilité des personnels agricoles est devenue une problématique majeure.
Une transition plus facile : de l'herbe à la bergerie grâce à l'enrubannage
L'Ensilage : Stratégies d'Optimisation et Réduction des Coûts
L'ensilage, bien que parfois perçu comme une méthode plus lourde, offre de nombreuses opportunités d'optimisation pour réduire les coûts et le temps de travail, à condition d'adopter les bonnes pratiques et d'utiliser le matériel adéquat.
Côté ensileuse automotrice, halte aux idées reçues ! Le prix de l'ensilage ne dépend pas uniquement de l'engin lui-même, mais aussi de l'organisation du chantier. Le regroupement des andains, une opération souvent sous-estimée, permet d'économiser en moyenne 7 € par tonne. Cette économie est générée par l'augmentation du débit de chantier de l’engin, ce qui rend l'ensileuse automotrice plus efficace et moins coûteuse à l'heure d'utilisation.
Pour valoriser son herbe en ensilage, il existe des solutions qui permettent de résoudre tout à la fois les problématiques de coût, de temps et de disponibilité de main-d’œuvre. Les derniers chiffres de la fédération régionale des Cuma de l’Ouest montrent une variation considérable d’un type d’équipement à l’autre. La solution la plus intéressante est l’utilisation d’un groupe de fauche, ou combiné de fauche, d’une largeur de 9 mètres. Cet équipement, qui se démocratise depuis quelques années, consiste à positionner une faucheuse à l’avant et deux à l’arrière du tracteur, permettant ainsi de faucher deux andains simultanément. Michel Seznec décrit cette méthode en expliquant : « On fauche 9 mètres à chaque passage, on multiplie le débit de chantier par 2 ou 3, cela permet de rentabiliser la main-d’œuvre et la puissance du tracteur ». Le résultat est tangible : le prix de l’hectare ensilé retombe à 196 €, contre 252 € avec une faucheuse de 3 mètres. Le coût de la tonne de matière sèche ne s’élève plus qu’à 65 € avec ce système, contre 84 € lorsqu’il est récolté avec une faucheuse traînée de 3 mètres, soit une réduction de 24 %. Quant au temps de travail, il est tout simplement divisé par deux, passant de 48 minutes par hectare (sans bâchage) avec la faucheuse 3 mètres, à seulement 24 minutes par hectare avec le groupe de fauche de 9 mètres. Ces gains de temps sont précieux lorsque les chantiers se succèdent rapidement au printemps et que la demande de matériel est forte au sein des Cuma. Michel Seznec insiste sur ce point : « Si on est bien organisé avec une équipe et un bon équipement pour ensiler à l’automotrice, c’est là que l’on va faire le plus d’économies et que l’on va passer le moins de temps ».
Une autre solution pour réduire la durée des chantiers d’ensilage consiste à grouper les andains dès la fauche, en utilisant un équipement spécifique. L’ensileuse étant le plus souvent facturée à l’heure, le gain potentiel peut être très intéressant. Cependant, cette pratique n'est viable que si la fenêtre météo est suffisamment large pour permettre à l’herbe d’atteindre un taux de matière sèche de 32 à 35 % assez rapidement. Michel Seznec met en garde : « Si vous êtes dans des conditions un peu humides, comme en Nord Bretagne ou en Normandie, ce n’est pas une pratique recommandée », soulignant l'importance d'adapter les techniques aux conditions climatiques locales.
Enfin, réaliser ses chantiers à l’autochargeuse peut être une réponse à l’épineuse question de la disponibilité de la main-d’œuvre, car cette méthode est moins gourmande en personnel. Bien que légèrement plus chère, à 92 € par TMS contre 84 € pour l’automotrice 3 mètres, la différence reste raisonnable. L'avantage majeur est un gain en sérénité. « Donc si on manque de gars, cela peut être intéressant », commente Michel Seznec, mettant en avant la flexibilité et la réduction du stress que cette option peut apporter aux exploitants.
L'Affouragement en Vert : Un Compromis entre Coût et Contraintes
L'affouragement en vert, qui consiste à distribuer de l'herbe fraîchement coupée aux animaux, représente une technique de récolte et de distribution du fourrage qui se positionne comme un compromis intéressant en termes de coût et de gestion des contraintes. Moins cher que l’enrubannage et plus cher que l’ensilage : tel est le niveau du coût de l’affouragement en vert évalué par les Chambres d’agriculture de Bretagne.
Le coût moyen de l’affouragement en vert, incluant la récolte, le transport et la distribution de l'herbe, a été évalué à 82,5 € par tonne de matière sèche (tMS), sur la base de deux années d’observation (2015 et 2016) et sur une quinzaine d’exploitations. Ce chiffre le place entre l'ensilage (70 €/tMS) et l'enrubannage (92 €/tMS), offrant une alternative pour les éleveurs.
Le choix de l’équipement pour l’affouragement en vert est crucial et deux formules principales se distinguent : l'utilisation d'une remorque autochargeuse ou celle d'une faucheuse attelée à l'avant du tracteur, précédant une remorque. Chaque formule présente des avantages spécifiques. Pour l’autochargeuse, l’absence de contact du fourrage avec le sol est un atout majeur, garantissant une meilleure qualité sanitaire de l'herbe distribuée. De son côté, le système avec une remorque précédée d’une faucheuse, attelée à l’avant du tracteur, entraîne moins de passages de roue sur la parcelle, ce qui limite le tassement du sol et préserve sa structure. On observe également avec ce système une largeur de coupe plus élevée, atteignant 3 mètres en moyenne contre 2 mètres pour d'autres configurations, permettant ainsi d'augmenter le débit de chantier.
Les coûts des équipements de récolte sont, sans surprise, supérieurs de 10 à 20 € par heure à celui du tracteur seul. Cette donnée est fondamentale dans le calcul des prix de revient et oriente le choix des investissements.
Facteurs Clés d'Influence des Coûts de Récolte
Au-delà des différences techniques, le coût de revient d’une tonne de matière sèche pour la récolte de l'herbe est une résultante complexe de nombreux facteurs, tant liés aux équipements qu'aux conditions de production et de marché.
Tout d’abord, le calcul des prix de revient par tonne de MS repose sur la somme de l’ensemble des charges afférentes à ce mode d’équipement. Cela inclut l’achat initial du matériel, la décote ou l'amortissement de celui-ci au fil du temps, les intérêts des emprunts éventuels, les coûts d’assurance, le remisage (stockage du matériel), le temps d’utilisation effectif et le volume total récolté. À cela s'ajoutent les charges directes de consommation (carburant, consommables) et d’entretien du matériel. Ces éléments constituent la base économique de toute décision d'investissement dans un chantier de récolte.
Le prix plancher de l'herbe, quant à lui, varie principalement en fonction du niveau de rendement de la prairie. Ce coût minimal de production se situe autour de 50 € par tonne de matière sèche (MS) pour une prairie naturelle ou une prairie temporaire de longue durée. Pour une prairie temporaire de type Ray-grass italien (RGI) sur 18 mois, où le potentiel de production est souvent plus élevé et la gestion plus intensive, le prix plancher est plus élevé, se situant autour de 65 € par tonne de MS. Ces chiffres, basés sur les tarifs actualisés issus du BCMA et des réseaux Cuma des Pays de la Loire, constituent des références importantes pour les transactions d'herbe.
La nouvelle ration est calculée avec des valeurs alimentaires (énergie, azote) et d’encombrement équivalents. À partir de ces données, on peut en déduire un coût par kilogramme de MS d’herbe « remplacée », que l'on appelle également le prix plafond. Il s'agit du seuil au-dessus duquel il devient économiquement plus intéressant d’utiliser d’autres matières premières ou fourrages alternatifs dans la ration animale. Par exemple, le soja engendre une variation de prix plafond de + ou - 5 € par tonne de MS pour les foins de bonne qualité et les enrubannages jeunes. Pour les autres fourrages, cette variation est généralement peu significative. Cependant, il est important de noter que ce prix plafond ne tient pas compte des tensions entre l’offre et la demande sur le marché, qui peuvent influencer les prix réels. La synthèse de ces deux approches, coût de production et prix plafond, permet de trouver un compromis cohérent et économiquement rationnel.

Les Enjeux Humains et Organisationnels de la Récolte
Au-delà des considérations purement financières et techniques, les choix en matière de récolte de l'herbe sont profondément influencés par des enjeux humains et organisationnels. Le coût n’est pas le seul élément à prendre en compte par les exploitants. Ce qui oriente le choix, c’est souvent aussi le temps disponible et la rareté de la main-d’œuvre, particulièrement critique au printemps.
Le printemps est une période d'intense activité où les chantiers se multiplient : épandages, fauches, ramassages, semis de maïs ou ensilages. Cette année-là, il y aura eu davantage de semis en raison d'un automne compliqué, accentuant encore la pression sur les plannings et les équipes. Dans ce contexte, la flexibilité et la simplicité de certains chantiers prennent une valeur inestimable.
C'est là qu'une bonne organisation peut faire toute la différence. « C’est vrai que tout a flambé, mais à l’échelle d’une exploitation, une bonne organisation peut permettre de compenser tout le surcoût et réduire le temps de travail », soutient Michel Seznec, animateur à l’Union des Cuma des Pays de la Loire. Des propos qui ont de quoi rassurer, dans un contexte particulièrement inflationniste. Une planification minutieuse, l'optimisation des trajets, la bonne adéquation entre matériel et puissance de tracteur, et la gestion efficace des équipes sont autant de leviers pour atténuer l'impact de la hausse des coûts.
Il est également crucial de se souvenir qu'« on ne fait pas la même ration avec un foin, un ensilage d’herbe ou de l’enrubannage, qui ne présentent pas les mêmes qualités », comme l'explique un conseiller Cuma. Chaque fourrage possède des caractéristiques nutritionnelles spécifiques (énergie, protéines, digestibilité) qui influencent directement la performance des animaux. Le choix de la technique de récolte ne doit donc pas seulement se faire sur la base du coût, mais aussi en fonction des besoins nutritionnels des animaux et des objectifs zootechniques de l'élevage. La qualité du fourrage récolté est un facteur déterminant pour la performance et la santé du troupeau.
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