La culture de l'amandier, originaire du bassin méditerranéen, connaît un regain d'intérêt en France, offrant une diversification sur un marché où l'offre nationale reste faible, représentant environ 5% de la consommation. Cependant, l'implantation d'un verger d'amandiers représente un investissement significatif, nécessitant une planification minutieuse et une évaluation précise des coûts. Cet article explore les divers aspects financiers et agronomiques liés à la plantation d'un hectare d'amandiers, en s'appuyant sur les données les plus récentes et les conseils d'experts.
Facteurs Préliminaires à Considérer Avant la Plantation
Avant d'aborder les chiffres, il est crucial de se poser des questions fondamentales en termes agronomiques pour assurer la rentabilité de la culture. Trois questions primordiales se distinguent : la gélivité de la parcelle, l'adaptation des sols à la culture de l'amandier, et la disponibilité d'un système d'irrigation. Comme l'explique Jean-Michel Montagnon, conseiller en arboriculture à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et référent régional sur l’amandier : « Si l’on est dans un secteur gélif, les risques de perte de rendement sont trop importants. Même constat avec des sols inadaptés, qui ne permettront qu’une faible production et engendreraient même un risque de mortalité des arbres. L’absence de solution d’irrigation, elle, pénalisera le rendement global. Elle pourra aussi favoriser l’alternance et la production d’amandons plus petits et plus secs, donc entraîner des poids de récoltes plus faibles. »
L'amandier, bien qu'il apprécie les climats chauds et supporte la sécheresse, craint les régions humides. Il est un petit arbre rustique à port érigé s'arrondissant avec l'âge, aux feuilles caduques et atteignant une fois adulte 5 à 6 mètres de haut. Sa précocité de floraison, offrant un spectacle enchanteur de fleurs blanches ou roses dès le mois de février, avant même l'apparition des feuilles, en fait également un bel arbre d'ornement. Ses fruits, les amandes, récoltées à la fin de l'été, sont riches en nutriments et appréciées tant en cuisine que dans l'industrie cosmétique.

Ces paramètres validés, il est alors possible de bâtir un projet intégrant d'autres éléments de réflexion. La Compagnie des Amandes peut accompagner les producteurs dans la conception du verger, les conseils sur la densité, le choix des variétés ou la préparation des sols.
Coûts Directs de Plantation et Financements Potentiels
Bien que des chiffres spécifiques pour le coût de plantation d'un hectare d'amandiers ne soient pas directement fournis dans les répertoires actualisés pour d'autres cultures fruitières (pomme, poire, abricot, cerise, pêche, prune, kiwi, raisin), il est possible d'estimer les investissements nécessaires à travers les mécanismes de financement et les comparaisons avec d'autres cultures.
Un crédit forfaitaire de 11 000 € par hectare est proposé pour couvrir les coûts de plantation et le système d’irrigation, sous condition d’accord de la banque sur le dossier préparé par la Compagnie des Amandes. Ce crédit est remboursé directement par la CDA, avec un différé d’amortissement de cinq ans, sur une durée de 10 ans. Ce montant donne une indication significative du budget minimum à prévoir pour l'implantation d'un verger, incluant des éléments essentiels comme l'irrigation.
De plus, un financement « bas carbone » de l’ordre de 3 500 € par hectare est accessible, sous condition suspensive de labellisation du verger au « Label Bas Carbone ». Ces aides financières soulignent l'importance de la durabilité et de l'efficience énergétique dans les projets agricoles modernes.
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Choix Variétaux et Porte-Greffes
L’implantation d’un verger d’amandiers nécessite un bon choix de la ou des parcelles, ainsi que des choix variétaux et de porte-greffe. Les nouvelles variétés se caractérisent par une floraison tardive, ce qui permet de limiter les risques de gel de printemps, un atout majeur dans certaines régions. Cependant, ces variétés ont également des exigences spécifiques en matière de conduite, de pollinisation ou de récolte.
Le calendrier sanitaire de l'amandier est relativement allégé par rapport au pêcher, mais il nécessite une protection contre Eurytoma amygdali et différents champignons pathogènes. Une anticipation et une évaluation des risques sont nécessaires pour des traitements adaptés.
En matière de porte-greffes, le GF 677 est l’un des mieux maîtrisés aujourd’hui sur les sols calcaires. Pour des sols plus tassés, le Marianna GF 8-1 est préférable, mais il est important de noter qu'il n’est pas compatible avec toutes les variétés. Une nouvelle gamme de porte-greffes est également disponible, offrant des options supplémentaires aux producteurs.
Densité de Plantation et Agencement du Verger
Avant de planter, il est essentiel de repérer les positions des arbres dans le champ. Les amandiers sont généralement plantés en formation rectangulaire ou hexagonale. Les jeunes amandiers ne sont habituellement pas plantés à moins de 5,5 mètres de distance entre deux arbres, surtout si le sol est suffisamment fertile. Une plantation trop dense peut entraîner, après quelques années, une surpopulation et un ombrage mutuel des arbres, diminuant ainsi la quantité et la qualité de la production, et rendant la récolte et la taille plus difficiles.
Les distances typiques de plantation sont de 6 par 6 mètres, 7 par 7 mètres et 5,5 par 5,5 mètres. Une distance de 6 par 6 mètres donne environ 270 arbres par hectare, tandis qu'une distance de 5,5 par 5,5 mètres permet d'atteindre 330 arbres par hectare (1 hectare = 10 000 m²). Des méthodes innovantes suggèrent des distances plus rapprochées, de l'ordre de 1,2 par 1,2 mètre, mais cela s'accompagne d'une durée de vie des arbres extrêmement courte.
Il est important de noter que les cultivateurs professionnels d’amandiers plantent une rangée d’arbres de la variété pollinisatrice pour trois rangées d’arbres de la variété principale, afin d'assurer la pollinisation croisée nécessaire à une bonne fructification.

Préparation du Sol et Processus de Plantation
Une fois les positions définies, il faut creuser et ouvrir les fosses. Les fosses ont habituellement une dimension de 45 par 45 cm et une profondeur de 60 cm. Les jeunes amandiers sont souvent plantés en conservant la balle de terreau de la nurserie. Les jeunes pousses sont plantées à peu près à la même profondeur, et la fosse est ensuite abondamment remplie de terre jusqu’à la base du système racinaire des jeunes pousses. En ajoutant la terre, il faut la tasser doucement, jusqu’à remplir complètement les fosses, pour éviter de blesser les jeunes racines sensibles.
La plantation est suivie de l’arrosage des arbrisseaux. De nombreux cultivateurs ajoutent ensuite une petite quantité de fumier autour de la base de l’arbre, afin d’éviter la germination des graines de mauvaises herbes et de maintenir une humidité adéquate dans le sol.
Conduite du Verger et Niveaux de Surface
En matière de conduite, plusieurs formes - comme l’axe, la palmette ou encore la haute densité - sont à l’étude dans les conditions provençales. Pour obtenir du rendement et de la qualité, le concept qui se dégage encore majoritairement en Espagne est le modèle du gobelet multi-charpentières, qui s’appuie sur une distance de plantation de 6 mètres entre les rangs, et de 4,5 à 6 mètres sur le rang, adossé à une récolte mécanique.
La réflexion sur la surface à planter est également primordiale et doit s'adapter aux intentions de commercialisation. Jean-Michel Montagnon observe globalement trois niveaux de surfaces de plantation : entre 0,5 et 2 hectares, entre 2 et 10 hectares, et au-delà de 10 hectares. Ces trois approches discrimineront des natures de projets différents et engendreront des conséquences différentes sur le choix du matériel de récolte et la logistique.
Coûts de Main-d'œuvre et Mécanisation
En verger, les temps de travaux sont généralement un poste sous-évalué. L’amandier est certes moins gourmand en main-d’œuvre que d’autres productions fruitières. « Au regard des temps de taille, c’est beaucoup plus faible que sur du pêcher et beaucoup plus rapide que sur du pommier pour ce qui est des temps de récolte », note Jean-Michel Montagnon. Cependant, le temps qui doit être consacré à l’observation contre les bioagresseurs ou à la gestion de l’irrigation est fondamental, et fait de la culture de l’amandier un métier à part entière.
La culture de l’amandier est totalement mécanisable pour les opérations de récoltes. L’investissement dans une machine, de l’ordre de 40 000 € en moyenne, n’est envisageable et rentable qu’avec des surfaces supérieures à 10 hectares. Sur les petites parcelles qui ne peuvent justifier des investissements aussi élevés, il existe d’autres solutions : la mutualisation avec des amandiculteurs du secteur, ou le recours à des prestations. Ces solutions nécessitent cependant d’être anticipées afin de disposer du matériel de récolte le jour J.

Logistique et Commercialisation
L’aspect logistique revêt une grande importance pour la culture de l’amandier. En plus de la récolte, il concerne l’écalage (souvent traité avec la machine de récolte), le séchage des amandes (indispensable pour la conservation et le cassage), et le cassage des coques. Là encore, en fonction des volumes de production, ces opérations ne sauraient s’improviser.
La dimension commerciale d’un « projet amande » a toute son importance. Sur de petites surfaces, les coûts de production seront plus élevés et nécessiteront la recherche de débouchés permettant une meilleure valorisation de la production, au travers de stratégies de vente directe ou par de l’ensachage par exemple. Pour le volet transformation, certaines casseries proposent aujourd’hui des produits plus élaborés, comme des amandes grillées, salées ou de la poudre d’amande. Ces orientations sont à considérer en fonction des débouchés souhaités.
Sur le territoire régional, qui reste encore déficitaire en points de cassage, les solutions offertes à ceux qui envisagent la production d’amandes évoluent dans le bon sens. Une nouvelle casserie s’est montée il y a un an et demi chez Nicolas Granget, à Bédarrides dans le Vaucluse. Compte tenu de la dynamique sur la filière et des volumes en croissance constante, d’autres projets comme celui d’Eygalières (13) sont en cours.
Adhésion aux Structures Professionnelles
L’adhésion à l’O.P. Amandiers de France et au plan de contrôle de la qualité et la traçabilité exigé par les clients est une condition nécessaire pour l'accès au Programme Opérationnel de l’O.P. Cette adhésion permet également de bénéficier d'un accompagnement et de ressources précieuses pour le développement du verger. La Compagnie des Amandes peut apporter son aide pour résoudre les défis techniques qui se présentent sur cette nouvelle voie, de la conception du verger aux conseils sur la densité, le choix des variétés ou la préparation des sols.
Évolution du Marché Mondial et National
Les États-Unis sont devenus les premiers producteurs d’amandes au monde avec près de deux millions de tonnes produites, soit 55,4 % de la production mondiale. L’Europe, autrefois leader jusqu’au milieu des années 1980, ne représente plus que 13,5 %. L’Espagne reste le pays dominant en Europe avec 687 230 hectares et est le deuxième producteur mondial. En revanche, l’Italie a vu ses surfaces chuter de près de 84 %, passant de 316 000 ha à 52 040 ha.
La France, cinquième producteur européen, a également vu sa production chuter de plus de 69 %, de 3 680 tonnes à 1 130 tonnes, tandis que notre pays consomme chaque année 42 000 tonnes d’amandes. Le Maroc, qui n’avait pas de surface d’amandes répertoriées, en détenait plus de 190 000 hectares. Les États-Unis sont les premiers exportateurs mondiaux, devant l’Australie. Ces chiffres soulignent le potentiel de développement de la production française pour répondre à la demande nationale et réduire la dépendance aux importations.
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Comparaison avec d'autres Cultures Fruitières
Pour donner une perspective sur les coûts de plantation, la Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne a publié un document répertoriant les coûts de plantation actualisés pour huit espèces fruitières : pomme, poire, abricot, cerise, pêche, prune, kiwi, raisin. Cette réactualisation était indispensable suite aux fortes augmentations de certains intrants depuis 2020, et aux évolutions observées dans les itinéraires techniques et les types de vergers depuis une dizaine d’années.
Par exemple, les coûts de plantation par hectare s'élèvent à 75 139 € pour un verger de pommier en axe avec filets, à 44 927 € pour un verger d'abricotier en gobelet avec filet, ou encore à 73 425 € pour un verger de kiwi T-bar avec filets. L'investissement pour un hectare de pommiers équipé en filets paragrêle est ainsi passé de 46 339 € à 75 139 €, soit une augmentation de 62 %. Ces chiffres, bien que concernant d'autres cultures, illustrent la tendance générale à l'augmentation des coûts d'implantation des vergers et soulignent l'importance d'une planification financière rigoureuse pour la culture de l'amandier.