Choix et Mise en Place des Couverts Végétaux Avant Plantation de la Vigne : Une Stratégie Durable et Performante

Face aux enjeux agronomiques, économiques et environnementaux actuels, le choix des couverts végétaux ne peut plus être laissé au hasard. Bien choisis, ils améliorent la fertilité des sols, limitent l’érosion, apportent de la matière organique et participent à la gestion des adventices. L'implantation de ces engrais verts dans les vignobles s'impose comme une suite logique à l'enherbement naturel, répondant aux défis de la gestion du désherbage et de la durabilité des systèmes de production viticole. Mais comment sélectionner le bon couvert végétal, adapté à l’objectif de l’agriculteur, aux contraintes spécifiques de son exploitation et à son assolement ?

Clarifier les Objectifs et Respecter la Réglementation

L'optimisation de l'utilisation des couverts végétaux commence par une étape cruciale : la définition claire des objectifs. En effet, un couvert végétal ne se choisit pas par hasard ; il doit répondre à un objectif précis, être compatible avec l’assolement, s’adapter au contexte pédoclimatique, être facile à implanter et à détruire, tout en assurant un retour agronomique et économique.

Pour optimiser l'utilisation des couverts végétaux, il est essentiel d'identifier les surfaces à couvrir en tenant compte des aspects réglementaires, notamment dans les zones vulnérables. Définir les couverts en fonction de la rotation culturale tout en priorisant les objectifs agronomiques, tels que l'amélioration de la structure des sols, la réduction du lessivage dans les zones sensibles, ou la limitation des ravageurs et des maladies, est fondamental. Cette étape de réflexion garantira un choix de couvert adapté à chaque parcelle.

Schéma des objectifs de l'implantation de couverts végétaux

Une liste de questions pour identifier ce que l'on cherche à accomplir peut inclure : Limiter les ravageurs ? Étouffer les adventices ? Réduire les maladies ? Apporter de l’azote ? Augmenter la rétention en eau ? Protéger le sol ? Améliorer la structure du sol ? Limiter le lessivage ? Augmenter le taux d’humus ?

Il est également primordial de respecter la réglementation en vigueur concernant les couverts d'interculture. Depuis la PAC 2023, certaines aides agro-environnementales, les obligations de la conditionnalité, ou encore les aides éco-régimes, prévoient que les couverts d’interculture soient composés d’au moins deux espèces végétales différentes, voire trois pour certaines mesures. Il est donc crucial de vérifier les exigences régionales ou les cahiers des charges liés aux aides que l'on vise. Parfois, l'implantation d'une culture intermédiaire ne s'applique qu'en zone sensible. D'autres fois, les politiques agricoles en vigueur recommandent ou obligent à semer des couverts, même en zones non sensibles. Il est également important de savoir s'il existe des espèces réglementaires à implanter ou, au contraire, lesquelles sont proscrites. Les légumineuses sont parfois interdites en semis pur par exemple, ou sont moins intéressantes pour capter le nitrate dans les sols.

Les Bénéfices des Couverts Végétaux pour la Vigne

Les couverts végétaux offrent une multitude de bénéfices pour le système sol-plante, en particulier dans le contexte viticole. Ils sont un des premiers leviers à mettre en place pour aller vers plus d’autonomie du système.

Gain sur la Structure du Sol et la Matière Organique

Les couverts végétaux permettent une protection du sol contre l'érosion et la battance. Le premier levier pour améliorer le taux de matière organique est la mise en place de couverts végétaux performants (> 2 t/ha de matière sèche). Le gain de matière organique participe à la création du complexe argilo-humique et à l'amélioration de la structure du sol. Plus le taux de matière organique est élevé, moins le sol est battant, ce qui confère un avantage pour l'implantation de la culture suivante. En creusant une fosse pédologique, une meilleure fissuration du sol peut être constatée sur les zones où des couverts ont été semés, contrairement à l'enherbement naturel où les plantes ont des plus petites racines, le sol est plus tassé et il y a moins de vie.

Régulation des Adventices et Effet sur la Biodiversité

Couvrir le sol avec des espèces végétales voulues et choisies instaure automatiquement une concurrence pour l'eau, la lumière et les éléments nutritifs sur les autres plantes. Cette régulation par compétition varie en fonction des espèces d'adventices, du mélange de couverts et des ressources disponibles pour que ce couvert soit en mesure de produire suffisamment de biomasse. Les couverts tendent à réduire la germination des adventices. Il convient d’être attentif à la qualité de l’implantation du couvert et de le semer sur un sol propre pour jouer un rôle dans la maîtrise des adventices.

Influence du taux de matière organique sur la battance du sol

Les couverts hivernaux ne régulent que les adventices qui émergent à cette période, donc les adventices automnales. L’intérêt des couverts d’interculture pour la gestion des adventices doit plus s’envisager à l’échelle du système de culture. En moyenne, les adventices vivaces couvrent moins le sol de la modalité semée en hiver comparativement à un inter-rang travaillé ou laissé enherbé. En été, les adventices, qu’elles soient vivaces ou annuelles, sont significativement moins présentes dans les inter-rangs semés. Ces résultats appuient l’idée que les couverts semés apportent des services de régulation de la flore adventice.

Les couverts végétaux assurent un relais floral pour les pollinisateurs, durant les périodes de faible abondance de flore naturelle. Composer son couvert avec des floraisons étalées permet de maintenir une continuité écologique entre les saisons estivales et hivernales. Cette fourniture de ressources alimentaires (nectar, pollen) profite à la fois aux pollinisateurs (abeilles) et aux auxiliaires de cultures (coccinelles, syrphes, chrysopes, parasitoïdes).

Apport en Éléments Nutritifs et Réduction de la Faim d'Azote

Les quantités d'éléments nutritifs captés par les couverts végétaux et restitués aux cultures dépendent d'une multitude de facteurs : conditions pédo-climatiques, pratiques culturales, mode de destruction et stade végétatif du couvert au moment de sa destruction. Concernant l’azote, on peut considérer que 30 à 40% seront restitués dans les 6 mois suivant la destruction du couvert. Les couverts apportent un vrai plus comparés au témoin, en particulier ceux qui sont composés de légumineuses.

Les estimations de biomasse sèche produite par les couverts semés montrent que le développement des couverts ne se fait pas de façon homogène sur l'ensemble des années. La méthode MERCI (méthode d’estimation des restitutions par les cultures intermédiaires) permet d’évaluer concrètement l’intérêt d’implanter un couvert végétal et de quantifier les éléments nutritifs piégés. Les restitutions moyennes en éléments minéraux sont estimées à environ 20,8 kg/ha/an pour l’azote, 9 kg/ha/an pour le phosphore (P2O5) et 56 kg/ha/an pour le potassium (K2O). Ces apports, combinés aux restitutions des bois de taille, peuvent couvrir les besoins moyens de la vigne pour un objectif de rendement compris entre 40 et 60 hL/ha.

Comparaison des rendements du maïs après différents types de couverts

Un engrais vert monté à paille (augmentation de la cellulose, baisse de l’eau et des éléments simples solubles) peut créer une faim d’azote préjudiciable à la vigne. La rétention, fixation ou la solubilisation et la mise à disposition de fertilisants présente un intérêt financier direct souvent oublié.

Lutte Contre les Maladies et les Ravageurs

Une baisse du potentiel de nématodes à galles (Meloïdogyne, Pratylenchus) peut être obtenue avec un engrais vert bien choisi comme avec la tagète des parfumeurs, l’avoine, et certaines crotalaires. Les engrais verts ont un effet dépresseur dans la lutte contre au moins 2 maladies importantes : le mildiou et le botrytis, en permettant une meilleure circulation de l'eau, une diminution des projections par effet splash, en diminuant la vigueur de la vigne (cas des couverts peu riches en azote) et en améliorant la portance des sols. Les suivis de la pression fongique entre 2020 et 2023 ne mettent pas en évidence de différences entre la modalité semée et la modalité témoin à l’échelle du réseau de parcelles.

Choix des Espèces et Composition des Mélanges

Le choix des espèces et la composition des mélanges de couverts sont des décisions clés qui influencent directement le succès de l'opération.

Les Facteurs Déterminants pour le Choix des Espèces

Plusieurs facteurs doivent être pris en compte lors de la sélection des espèces :

  • Objectifs spécifiques : Engrais vert, simple couverture du sol, amélioration de la structure, apport d'azote, lutte contre les adventices, etc.
  • Contraintes de l'exploitation : Climat, type de sol, matériel disponible, créneau d’implantation. Chaque exploitation agricole a ses propres contraintes.
  • Assolement : Le choix du couvert végétal doit également prendre en compte l’assolement. Le bon sens agronomique veut que les couverts soient choisis pour s'intégrer de façon pertinente dans la rotation culturale. Celle-ci a la vocation d'alterner les différentes espèces botaniques, de même que les systèmes racinaires des végétaux choisis. C'est important pour lutter contre les ravageurs et les adventices, en coupant le cycle de leur développement.
  • Période d'implantation : La période conditionne le choix des espèces du couvert, en raison des caractéristiques physiologiques différentes des espèces et de leur adaptation aux conditions de température et d'humidité.
  • Mode de destruction envisagé : Le choix du mode de destruction est également à anticiper dès la sélection des espèces.

Paramètres influençant le choix des espèces de couverts végétaux

L'Intérêt des Mélanges de Couverts

Les mélanges de couverts sont de plus en plus plébiscités. Ils combinent les intérêts de plusieurs espèces et offrent une meilleure résilience face aux aléas. Techniquement, il est conseillé un minimum de 3 espèces avec des systèmes racinaires différents et un développement aérien différent :

  • Une légumineuse pour capter l’azote (ex: trèfle, vesce, féverole, pois fourrager).
  • Une graminée ou autres espèces à racines fasciculées pour la structuration du sol en surface (ex: avoine, seigle, triticale, orge, moha, ray-grass).
  • Une crucifère ou autres plantes à racine pivotante pour explorer en profondeur le sol (ex: moutarde, radis, colza, lin).

Dans les inter-rangs de vigne, il est possible d’implanter trois types de couverts : un engrais vert, une simple couverture du sol et enfin un couvert mellifère. Ce dernier est déconseillé car il est interdit de traiter dans une parcelle où il y a des pollinisateurs. Pour l’engrais vert, un mélange essentiellement composé de graminées/légumineuses est préconisé. Le trèfle ou la vesce conviennent pour les semis avant le 15 septembre, sinon il faudra se tourner vers la féverole ou le pois fourrager. L’avoine convient aux zones calcaires, le seigle pour les sols acides et le triticale partout. Il est possible d’y ajouter d’autres types de plantes comme le lin, la moutarde ou la phacélie, mais il est proposé de le "faire avec parcimonie, soit pas plus de 5 à 10% du mélange".

Un exemple de couvert adapté pour un semis en plein de 175 kg/an pourrait se composer de 75 kg de féverole, et de 25 kg de chacune des cinq autres espèces : pois fourrager, vesce, orge, triticale et avoine, complété par 5 kg de crucifère pour l’effet racine pivot important.

Ajustement de la Dose de Semis

Deux stratégies existent pour répondre aux objectifs de dosage :

  • Effectuer un dosage du couvert en prenant les densités de semis de chaque espèce en pure divisées par le nombre d’espèces présentes dans le mélange. Attention à ne pas obtenir un mélange trop clair qui ne couvrirait pas suffisamment le sol.
  • La méthode développée par Thierry Tetu, chercheur et agriculteur, pour maximiser l’efficacité des couverts d’un point de vue azote : 250 plantes levées /m² avec au moins 70% de légumineuses et 5 % de petites graines (phacélie, moutarde). La minéralisation concerne également le carbone qui s’échappe sous forme de CO2. Si un couvert végétal dense est en place, ce CO2 reste “coincé” sous la canopée où sa concentration va augmenter, au bénéfice de la productivité des plantes. Cela permet de profiter du “Priming effect” : la forte densité de plantes permet d’avoir une rhizosphère plus développée, ce qui crée un pool de fertilité.

Périodes et Techniques d'Implantation

La réussite de l’implantation est un facteur clé pour assurer le succès du couvert par la suite, mais celle-ci peut être délicate, en particulier dans les contextes d’étés chauds et secs des dernières années.

Périodes d'Implantation

On distingue trois grandes périodes pour l’implantation des couverts végétaux d’interculture : semis précoce (en juillet), semis intermédiaire (en août) et semis tardif (en septembre/octobre). En interculture longue avant une culture de printemps implantée précocement (pois de printemps ou lentille par exemple), il est possible de réaliser soit un couvert estival soit un couvert automnal, qui doivent l’un comme l’autre être semés dans un sol frais ou avant une pluie significative annoncée. L’objectif est d’assurer une levée homogène pour sécuriser la réussite du couvert. En effet, sur cette période, le principal levier d’action réside dans la réussite de l’implantation ; le développement du couvert dépendra ensuite principalement des précipitations durant son cycle de croissance.

Pour un couvert estival, implanté à la suite de la moisson en juillet, il est recommandé de limiter les interventions de travail du sol pour maintenir l’humidité résiduelle du précédent. En interculture longue avant une culture de printemps implantée plus tardivement (tournesol, maïs ou soja par exemple), il est possible de mettre en place un couvert estival, automnal ou hivernal.

Diagramme des périodes d'implantation des couverts végétaux

Le semis post moisson, avant le 15 août, est possible pour la majorité des espèces de couverts (avoine, moha, ray gras, colza, radis, légumineuses,…). Certains couverts doivent être implantés nécessairement à ce moment-là, comme le moha, le nyger ou le sarrasin. C'est aussi souvent le cas pour certaines vesces, trèfles et la lentille, et dans une moindre mesure, le tournesol ou la gesse. Il existe tout de même un risque de stress hydrique et thermique pour ces végétaux, fonction des conditions pédoclimatiques de la zone en fin d'été. Les moutardes blanches et le lin préfèrent une implantation plus tardive, mi-août à début septembre. Si elle a lieu à une date ultérieure, il vaut mieux privilégier l'avoine, le ray gras d'Italie (RGI), le seigle ou la navette fourragère, mais sans garantie sur un développement correct, vu la limitation des sommes de températures disponibles en entrée d'hiver.

L'implantation est à réaliser pendant la période des vendanges afin de profiter de conditions clémentes (températures et pluies de fin d'été ou automne), ou bien courant octobre - début novembre. Avant les vendanges : l’intérêt est de viser une période après laquelle des pluies permettront les levées. Par contre, il faut éviter de travailler le sol dans les inter-rangs qui seront semés avant le passage de la machine à vendanger.

État de la Parcelle et Conditions d'Implantation

La période d’implantation peut également être impactée par l’état de la parcelle. En effet, l’interculture est la période durant laquelle il est possible de travailler le sol pour reprendre une structure problématique, ou encore de réaliser des faux-semis pour lutter contre certaines adventices. Ces interventions peuvent conduire à retarder l’implantation du couvert. L'objectif est de semer les couverts végétaux sur un sol propre. Il est nécessaire d’adapter le semis à la gestion des adventices la plus appropriée, qui dépend de l’état de propreté de la parcelle à la récolte et du type de flore (graminées ou dicotylédones).

Observer son sol avant le semis reste une étape indispensable pour adapter la technique d’implantation des couverts aux travaux de sol, notamment pour évaluer la structure du sol et/ou les tassements occasionnés à la récolte. La gestion de la paille lors de la récolte du précédent est également cruciale : il existe des conditions optimales de gestion de la paille (en termes de hauteur de fauche, exportation ou non des pailles, répartition des pailles) pour chaque mode de semis ; celles-ci doivent être prises en compte afin de réussir au mieux l’implantation des couverts végétaux. Par exemple, le semis direct après la moisson avec un semoir à disques ou à dents nécessite d’adapter la hauteur de fauche du précédent au type de semoir.

Le manque d’eau est souvent mis en avant pour expliquer un échec d’implantation de couvert. Si ce facteur est effectivement limitant, d’autres critères sont également à prendre en compte, notamment les résidus d’herbicides appliqués en sortie hiver ou au printemps.

Techniques de Semis

Pour des semis plus d'un mois après la récolte, après un ou deux déchaumages, il est recommandé de profiter des orages de l'été pour sécuriser la levée : déclenchez un semis si des pluies de plus de 10 mm en cumulé sont annoncées et positionnez le lit de semences à 4/5 cm pour être sûr que les plantules ne souffrent pas de rupture d'alimentation hydrique. Les semoirs à dents sont souvent plus efficaces dans ces conditions. Un roulage offre souvent une meilleure régularité de levée.

Pour réussir les couverts végétaux d'hiver, il est important de semer le plus tôt possible après la récolte des cultures d'été mais aussi d'adapter le choix des espèces aux objectifs recherchés, à la date de semis et au type de destruction envisagée.

Illustration des différents modes d'implantation des couverts végétaux

Le semis direct présente l’avantage de la simplicité et d’une moindre perturbation de l’état de surface du sol, mais dans un couvert végétal déjà dense, les levées du semis sont nettement moins bonnes que dans un lit de semence, pénalisées par la concurrence des plantes déjà en place. La biomasse fournie sera moins importante.

Il existe une diversité de matériels de semis en vigne. L’entraînement est mécanique avec une roue suiveuse. La distribution est réalisée par un disque en mousse qui permet de respecter le mélange de semences en provenance de la trémie. Le réglage de profondeur est assuré par deux roues de terrage. L’ensemble est complété de roues inclinées dans le sens inverse au disque pour appuyer chaque ligne de semis. Il existe plusieurs déclinaisons du semoir, avec possibilité de trémies séparées pour éviter les mélanges hétérogènes. La distribution peut être mécanique ou pneumatique. Pour des féveroles, c’est largement suffisant. Afin de maximiser la réussite de l’implantation des couverts, il est nécessaire d’adapter le type de graine à la technique de semis. Concernant les semis à la volée, il faut être attentif à la largeur d’épandage, en fonction de la taille des graines.

Stratégies de Destruction des Couverts

Il est important de déterminer quand et comment détruire le couvert pour profiter au maximum de ses effets attendus (restitution d’éléments, protection du sol) sans qu’il ne devienne un inconvénient pour la culture suivante.

Choisir la Date de Destruction

La première question à se poser est celle de la date de destruction en fonction des conditions. La date de destruction se raisonne en fonction de :

  • L’itinéraire cultural envisagé ;
  • La composition du couvert ;
  • Le type de sol.

Pour les engrais verts, il est crucial de les détruire dès la sortie d’hiver. Même si la partie aérienne ne s’est pas beaucoup développée, ce qui nous intéresse pour rendre les éléments puisés à la vigne, c’est la partie racinaire. La destruction est mécanique, suivie d’une réincorporation au sol. Ces interventions doivent être réalisées relativement tôt pour éviter les gelées blanches dues au travail du sol.

Pour les couverts de couverture, un roulage lorsque les épis sont mûrs est suffisant. S’il a trop poussé, il est possible de réaliser un broyage au printemps, à nouveau pour éviter les gelées blanches. Si les grains sont à maturité au moment de la destruction du couvert, il peut se ressemer spontanément trois années de suite.

En cas de météo sèche : privilégier un mode de destruction qui laisse les résidus du couvert en surface : roulage puis passage d'outil à dents ou de bêches roulantes. Prévoir un délai de deux mois entre la destruction du couvert et l'implantation de la culture. En cas de météo compliquée, la séquence broyage/labour/reprise est la plus facile à mettre en œuvre, mais la moins respectueuse de la vie du sol - vers de terre en particulier.

Avant cultures d'été, la date de destruction se raisonne en fonction de différents paramètres : Éviter les faims d'azote en fonction de la nature du couvert et son degré de lignification. Une pression limaces importante déclenchera une destruction plus précoce. Pour les sols avec une RFU < 100, détruire au moins 1 mois avant l'implantation. Un salissement trop important déclenchera une destruction précoce avant la montée à graine des adventices. Ne pas se précipiter en conditions humides.

Modes de Destruction

Le choix du mode de destruction est également à anticiper dès la sélection des espèces.

  • Destruction mécanique (roulage, broyage) : Nécessite des espèces avec un port droit non remontante, souvent à tige creuse. Les autres espèces peuvent être sensibles au roulage si cela est combiné à du gel (Tournesol, phacélie,…). Le broyage une première fois à 15 cm mi-avril, puis un repassage au ras du sol mi-mai est une technique utilisée. La repousse entre les deux coupes pompe dans les réserves hydriques du sol, mais ce n’est pas une période à laquelle la vigne en a besoin. Par la suite, le cumul des deux mulchs va complètement occulter le sol, empêchant la repousse d’adventices. Le rouleau Faca peut être une alternative au broyeur.
  • Destruction par pâturage : Le pâturage des couverts est une voie à explorer pour compléter la ressource fourragère et détruire le couvert. Il faut apprécier la portance du sol pour déclencher le pâturage et réaliser des parcs pour 2-3 jours par exemple. Il est important de surveiller les animaux notamment en présence de plantes à racines (radis, …) et de broyer après le pâturage s'il reste beaucoup de résidus.

Stopper ses couverts végétaux : Quand, comment, pourquoi ? Vidéo N°1

Intégration des Couverts Végétaux dans la Vigne

L'implantation d'engrais vert en vigne consiste à semer un couvert à la fin de l'été ou à l'automne dans les inter-rangs, qui va se développer très fortement au printemps avant d'être détruit. Le couvert n'a pas vocation à être récolté. Les aspects techniques doivent être réfléchis si l'on veut bénéficier des effets positifs attendus au niveau du sol sans conséquences négatives pour la vigne. Pour optimiser l’utilisation de couvert végétaux dans les vignes, il faut avant tout définir l’objectif recherché : engrais vert ou simple couverture ? L’itinéraire cultural a lui aussi son importance pour privilégier l’enrichissement du sol ou l’effet occultant.

Gestion de l'Inter-rang

Les projets visent à guider les viticulteurs pour adapter les espèces, les matériels et les itinéraires techniques à leurs problématiques agronomiques et à leurs systèmes de production, tout en raisonnant les périodes d’intervention en fonction des conditions climatiques. Un inter-rang naturel peut être combiné avec un semis d'engrais verts un inter-rang sur deux, ce qui limite la concurrence hydrominérale et rapporte d'importantes quantités de matières organiques.

Les suivis de la vigne entre 2017 et 2023 ne montrent pas de diminution du poids de vendange à l’échelle du réseau de parcelles sur la modalité semée. Cependant, on constate une diminution moyenne de 7% du nombre de grappes sur la modalité avec un couvert semé comparativement à la modalité témoin. Néanmoins, des différences marquées apparaissent selon le type de sol. Ainsi, on constate des rendements significativement inférieurs sur la modalité semée des parcelles sableuses, alors que les parcelles argileuses présentent des rendements significativement supérieurs sur la modalité semée. Ces résultats sont à nuancer car beaucoup de parcelles possédaient initialement des hétérogénéités de rendements.

Les analyses de baies ne permettent pas de mettre en évidence un quelconque impact du couvert semé sur la qualité des baies, bien que certaines parcelles présentent sur certains millésimes des teneurs en azote assimilable supérieures sur la modalité semée. Les pesées de bois de taille montrent une vigueur inférieure sur la modalité semée de quelques parcelles sableuses, mais elles ne mettent pas en évidence un impact négatif du semis à l’échelle du réseau de parcelles. La présence d’un couvert semé n’engendre pas davantage de contrainte pour la vigueur comparée à la présence d’un enherbement naturel un inter-rang sur deux ou sur tous les inter-rangs (pratique largement mise en place dans le vignoble bordelais).

Les mesures du Delta13C des moûts montrent que les conditions climatiques du millésime ont un impact sur la contrainte hydrique lors de la fructification, indépendamment de la présence ou non d’un couvert hivernal semé. À partir de 2024, des suivis plus précis du stress hydrique engendré par les couverts semés permettront d’affiner leur gestion pour limiter au maximum la concurrence. Des dates et des modes de destruction seront notamment testés.

Gestion du Rang

Des couverts végétaux pour le rang existent, mais ils doivent être utilisés avec prudence. Ce sont des espèces comme la fétuque rouge ou gazonnante avec du ray-grass et du pâturin. Mais attention à la concurrence. Ils peuvent être compliqués à détruire. Il faut vraiment piloter à la parcelle. Une approche peut consister à laisser le couvert de l’inter-rang se rapprocher du rang, puis à le calmer en fin d’hiver. Un passage de glyphosate à 2% fin mars sur 10 cm de chaque côté du rang peut être effectué pour éviter d’être piégé avec des vesces qui poussent dans les souches. Le couvert a quand même un effet bénéfique sur le sol du rang jusqu’à sa destruction.

Suivis et Évaluation des Performances

L'évaluation continue des performances des couverts végétaux est essentielle pour ajuster les pratiques et maximiser les bénéfices.

Observation du Sol et de la Biomasse

Pour se développer, les racines des cultures ont besoin d’un sol en bon état structural. Le test bêche permet de réaliser un diagnostic rapide de l’état physique et biologique du sol. Les vers de terre sont un bon indicateur de la fertilité des sols, facilement observables et reconnaissables. Que ce soit avec le protocole moutarde ou le protocole bêche, quelques minutes suffisent pour évaluer leur nombre et leur diversité. Avant destruction des couverts végétaux, il est important d'observer s'il y a une zone de lissage (racines coudées).

La méthode de "terrain" MERCI (Méthode d'Estimation des Restitutions par les Cultures Intermédiaires) se veut facile d'utilisation et rapide. Elle permettra d’évaluer concrètement l’intérêt d’implanter un couvert végétal et de diminuer, le cas échéant, la fertilisation de la culture suivante (ou en place dans le cas de la vigne). Évaluer la biomasse de votre couvert permet de donner une première estimation des restitutions N,P,K pour la culture suivante. Il suffit de peser chaque espèce du couvert et de renseigner les mesures en ligne.

Surveillance des Adventices et des Ravageurs

Pour jouer un rôle dans la maîtrise des adventices, le couvert d’interculture doit s’installer rapidement et couvrir correctement le sol. Il convient d’être attentif à la qualité de l’implantation du couvert et de le semer sur un sol propre. Observer le développement des adventices dans le couvert pour pouvoir anticiper la date de destruction (il faut éviter la grenaison en cas de fort salissement) et anticiper le mode de destruction dont le recours à un herbicide non sélectif (si la réglementation l'autorise).

Les couverts végétaux sont considérés comme des gîtes aux limaces. Les niveaux d’infestation ne sont pas toujours faciles à prévoir, la surveillance et les moyens de lutte doivent être adaptés. Estimez le risque dans vos parcelles par l'observation de vos parcelles à l'aube et quand le sol est humide ou mettez en place des pièges à limaces.

Schéma des risques de phyto-rémanence pour la levée des couverts

Le Projet VERTIGO : Une Expérimentation à Long Terme

Le projet VERTIGO (2017-2026), financé par le CIVB, acquiert des références pour limiter le travail du sol inter-rangs au profit des couverts végétaux et maximiser les services écosystémiques rendus. La gestion des couverts végétaux semés (engrais verts…) et naturels occupe une place centrale dans ce projet. Le dispositif expérimental et les indicateurs suivis sont menés sur un réseau de quinze parcelles sélectionnées pour la représentativité des différents types de sols et terroirs bordelais. Ce réseau permet d’appréhender la gestion des couverts végétaux dans des contextes pédoclimatiques variés avec des contraintes et des objectifs technico-économiques différents.

Depuis 2024, le projet VERTIGO est basé sur deux dispositifs expérimentaux différents. Le premier dispositif correspond à la séparation de la parcelle en deux modalités : une modalité “témoin » qui correspond à l’itinéraire classique de gestion des sols du viticulteur, et une modalité « pratique alternative » qui correspond à un itinéraire de gestion des sols avec un couvert végétal semé en inter-rang sur deux ou tous les inter-rangs. Le second dispositif vise à tester des modes de gestion différents d’un couvert végétal semé un inter-rang sur deux et sur l’ensemble de la parcelle. Trois paramètres sont testés sur trois parcelles différentes : un mode de destruction différent sur les deux moitiés de la parcelle, une date de destruction différente sur les deux moitiés de la parcelle, et une densité de semis différente sur les deux moitiés de la parcelle.

L’ensemble des parcelles bénéficient de suivis globaux concernant : la vigne (suivi de la phénologie, mesures du taux de débourrement, de la fertilité et de la vigueur, estimations de rendements et analyses de baies) et le couvert végétal semé (estimations de la biomasse produite et des restitutions en éléments minéraux grâce à la méthode MERCI). Par ailleurs, depuis 2024, certaines parcelles bénéficient de suivis d’indicateurs supplémentaires permettant d’évaluer plus finement l’impact des couverts végétaux sur le régime hydrique et la nutrition azotée de la vigne, sur la qualité biologique du sol et sur la sensibilité de la vigne au gel.

Les suivis d’indicateurs supplémentaires entre 2024 et 2026 auront pour objectif d’évaluer plus finement la concurrence hydro-minérale engendrée par un couvert semé et permettront d’affiner les modes de gestion pour limiter cette dernière.

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