Les couveuses maraîchères en Occitanie : un tremplin pour l'agriculture biologique

Maraîchage biologique en Occitanie

L'Occitanie, vaste région du sud de la France, est un territoire où l'agriculture joue un rôle économique et social prépondérant. Face aux défis du renouvellement des générations agricoles, du coût du foncier et de la demande croissante en produits biologiques, des initiatives innovantes ont vu le jour pour soutenir les porteurs de projets en maraîchage biologique. Parmi elles, les couveuses agricoles, véritables espaces-tests, offrent un cadre sécurisé pour démarrer une activité agricole.

La couveuse agricole de Val de Garonne : un modèle d'accompagnement en Lot-et-Garonne

Aux portes de Marmande, dans le Lot-et-Garonne, une couveuse agricole biologique s'étend sur une superficie de 14 hectares. Ce pôle d'activités agricoles accompagne les porteurs de projets biologiques depuis 12 ans. Fin 2022, une nouvelle association, "La Couveuse Agricole de Val de Garonne", a pris la tête de cette structure pour en assurer la présidence, marquant ainsi une nouvelle étape dans son développement. Parmi ses membres figurent Val de Garonne Agglomération et la Ville de Marmande, soulignant l'ancrage local fort de cette initiative.

L'histoire de la Couveuse de Val de Garonne a débuté en 2010. L'agglomération, la ville de Marmande, Solincité et la SAS Graines, basée à Pau, se sont alors associées pour créer ce pôle d'activités. Leur objectif était clair : accompagner les porteurs de projets dans un cadre sécurisant et soutenir une production maraîchère biologique. Un pari plutôt réussi, puisque en 2023, les communes de l’agglomération accueillent 270 producteurs biologiques, contre seulement 68 cinq ans auparavant.

La création de "La Couveuse Agricole de Val de Garonne" le 25 novembre 2022 est intervenue après que Solincité n'ait pas poursuivi son chantier d'insertion et que SAS Graines n'ait pas renouvelé son action. Le conseil d’administration se compose désormais d’acteurs résolument locaux, avec la participation de Val de Garonne, de la ville de Marmande et d’agriculteurs profondément ancrés dans le territoire.

Jérôme Bissières, président de la Couveuse Agricole de Val de Garonne, explique que la nouvelle association s’inscrit "dans la continuité" de ce qui existait. La couveuse permet aux "couvés" de tester leur projet d’entreprise dans un cadre sécurisé et d’être accompagnés, tandis que la pépinière met à disposition des moyens de production.

En 12 ans, la couveuse a accueilli 12 couvés, sur des rotations de trois ans, et huit d'entre eux ont mené à terme leur projet d’installation. Un point d'amélioration est cependant identifié : seul un couvé s'est installé sur le territoire de l’Agglomération. Jérôme Bissières souligne que "deux enjeux se profilent pour notre première année : structurer l’association et renforcer l’accompagnement et la formation des couvés. Comment faciliter leur installation en local ?" Le coût élevé des terrains sur le territoire est notamment mis en cause.

Schéma de l'accompagnement en couveuse agricole

Le dispositif de la couveuse agricole de Val de Garonne est conçu pour fournir aux futurs exploitants un environnement propice à l'expérimentation et à l'apprentissage. Il ne s'agit pas seulement de mettre à disposition des terres, mais également de fournir une infrastructure essentielle et un encadrement technique et administratif. Ainsi, le projet a pris de l'ampleur au fil des ans : outre un hangar de stockage de 250 m² pour abriter la production, il comprend également environ 15 hectares de terres certifiées biologiques depuis deux ans, et 4 000 m² de serres, indispensables pour la culture des fruits et légumes. L'objectif est que "l'oisillon doit savoir voler avant de quitter le nid. Il doit avoir appris." Julien Carles, qui a été en couveuse de 2011 à 2013 et est aujourd'hui éleveur et céréalier à Lévignac-de-Guyenne, en est un exemple concret de réussite.

Fin 2016, trois personnes occupaient la couveuse de Val de Garonne. Parmi eux, certains n'avaient pas de parcours initialement ancré dans l'agriculture, comme Romain Mouly, ancien ingénieur aéronautique, qui s'est reconverti dans la production de légumes à l'année. Les nouveautés de 2016 ne se sont pas limitées au bâtiment de stockage ; au cœur de l'été, les producteurs ont intégré le site cagette.net, une plateforme en ligne de commandes, facilitant ainsi la commercialisation de leurs produits.

[TEMOIGNAGE] Augustin Raspail - Maraîcher (71)

L'Essor maraîcher de Tarn et Dadou : une réponse aux besoins du territoire tarno-dadouen

La question primordiale du vieillissement de la population agricole, avec plus de 50% des agriculteurs qui partiront à la retraite d’ici 10 ans, a conduit à une réflexion approfondie sur le développement d’activités agricoles répondant aux besoins du territoire. Dans la communauté de communes Tarn et Dadou, qui regroupe 29 communes et 50 000 habitants dans le Tarn, ce constat s'est doublé d'une offre locale déficitaire en fruits et légumes et d'une demande croissante de produits biologiques de la part des particuliers et des collectivités pour la restauration collective.

Deux atouts supplémentaires ont conforté les élus dans leur décision d'agir : la proximité du centre de formation Ineopole, maison familiale rurale Midi-Pyrénées, qui accueille chaque année une trentaine d’étudiants pour un cursus dédié à l'agriculture biologique, en particulier en maraîchage. De plus, une dizaine d'hectares de terres agricoles sur la zone du Mas de Rest, propriété de l’EPCI, étaient disponibles.

Forts de ces observations, les élus ont décidé de lancer une structure d'accompagnement pour les porteurs de projets en maraîchage biologique : ce sera la couveuse d'activité agricole, baptisée l'Essor maraîcher de Tarn et Dadou. Dès 2009, un groupe de travail a été constitué, associant aux élus de la communauté de communes Tarn et Dadou des représentants d’organismes qui sont devenus les partenaires fondateurs de l'Essor maraîcher : la Chambre d'agriculture du Tarn, l'Association pour le développement de l'emploi agricole et rural dans le Tarn, Inéopole Formation, l'association Nature & Progrès Tarn, le réseau des Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (Amap) du Tarn, et la coordinatrice de L’Essor maraîcher.

Claudette Formantin, membre du groupe de travail pour le compte d’Ineopole, a souligné la complexité de réunir autour d'un même projet des partenaires qui n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble. L'accompagnement de l'association Formation-Développement de l'Aveyron et du Tarn a été crucial pour clarifier les objectifs du projet.

En 2010, les grands principes ont été validés : la couveuse mettrait à disposition des candidats maraîchers un foncier certifié en agriculture biologique et une infrastructure agricole. L'objectif était de leur permettre de tester leur activité sans prise de risque financier, tout en bénéficiant d'un statut juridique et social via un contrat d’appui au projet d’entreprise d'une durée maximale de 3 ans, ainsi que d’un accompagnement technique et de gestion. La couveuse représente 11 hectares, répartis en trois parcelles sur la commune de Gaillac, pouvant accueillir 4 candidats pour un test d'une durée de 1 à 3 ans maximum. Les investissements initiaux d’achat et d’aménagement du foncier ont été pris en charge par l’EPCI.

En 2011, une étude réalisée avec l’appui d’un cabinet d’études a abouti à la création d’une association de gestion de la couveuse. Une coordinatrice a été mise à disposition de l'association par le centre de formation Ineopole deux jours par semaine. En mars 2012, L'Essor maraîcher de Tarn et Dadou a accueilli sa première maraîchère.

La mise en œuvre sur le terrain a réservé son lot de surprises malgré une bonne coordination en amont entre partenaires. L’insuffisance de la nappe phréatique a retardé le début de l’exploitation sur une parcelle, un refus de financement du FEADER pour les investissements en matériel a été rencontré, et un besoin d’accompagnement des maraîchers débutants plus important que prévu s'est manifesté.

Début 2014, une équipe a été constituée autour de la coordinatrice, avec un soutien en comptabilité-gestion de 2 à 3 jours par mois et un technicien agricole à temps partiel. La coordinatrice a observé que "le projet était trop lourd à porter seule. Une gestion collégiale est plus adaptée : à plusieurs, on court moins le risque de prendre de mauvaises décisions." Pour bénéficier d’un partage d’expériences, elle s’est mise en contact avec d’autres couveuses en Midi-Pyrénées. À ses yeux, l’une des conditions de la réussite est de valider la motivation réelle des candidats à l’installation. Au printemps 2014, tout le foncier était enfin occupé, bien qu'il n'y ait pas eu pléthore de candidatures malgré la proximité du centre de formation.

Carte des couveuses agricoles en Occitanie

La couveuse agricole du Lot à Assier : un dispositif essentiel pour le renouvellement des générations

Depuis janvier 2025, une nouvelle structure a vu le jour à Assier : la couveuse agricole du Lot. Elle se donne pour mission d’aider et d’accompagner les personnes souhaitant se lancer dans l’agriculture en leur offrant la possibilité de tester leur activité avant de s’engager pleinement. "On est là pour aider les gens qui n’osent pas se lancer", confie Valérie Muret, animatrice de la couveuse agricole du Lot.

Le projet a été initié par un exploitant du GAEC de la ferme de la Rauze, situé au Bourg, qui avait lui-même été "testeur" d’un dispositif similaire il y a quelques années. Selon lui, "c’est en testant ce type de dispositif avec l’association pour le développement de l’emploi agricole et rural et l’association de formation collective à la gestion du Lot qu’on s’est dit qu’il fallait créer une structure dans le département comme la couveuse pour accompagner les gens qui voulaient faire de même." Ce type de soutien s’avère payant. "Après les trois ans d’accompagnement, lorsque l’on est allé voir le banquier pour faire un investissement, on était beaucoup plus crédibles, on avait une comptabilité de trois années derrière nous pour prouver nos capacités", explique-t-il, ajoutant que "cela permet aussi de vérifier si le métier est fait pour nous."

La couveuse agricole du Lot fait partie du réseau national des espaces-tests agricoles, un dispositif qui permet à des personnes souhaitant se lancer dans le domaine de s’essayer à la pratique en leur mettant à disposition des terres, des moyens de production ainsi qu’un accompagnement personnalisé. La structure s’occupe de la partie administrative de ces espaces-tests, en accompagnant les "testeurs" dans leurs démarches juridiques, comptables et administratives, permettant ainsi à la personne de se consacrer pleinement à sa production.

Ces dispositifs tests sont un moyen de redonner de la vigueur à un secteur qui perd en attractivité. Valérie Muret déplore qu'"il y a un problème récurrent de renouvellement des générations, dans les cinq ans à venir, énormément de départs à la retraite ne vont pas être remplacés." La diminution croissante des agriculteurs s’explique par les difficultés que connaît la profession : "le problème d’attractivité du métier n’est pas sur le métier en lui-même, mais sur comment on en vit, les faibles revenus et la pénibilité, qu’elle soit physique ou administrative", ajoute-t-elle. Aujourd’hui, la région connaît un déficit d’installations, "il faut donc récupérer les gens qui pourraient se lancer mais qui n’osent pas franchir le pas."

Le dispositif, déjà à l’œuvre dans de nombreuses régions, semble efficace. En moyenne, 78% des personnes participant aux tests se lancent ensuite dans une activité agricole. Aujourd’hui, près de quatre-vingts espaces agricoles tests sont effectifs sur l’ensemble du territoire français, dont plus d’une dizaine dans la région Occitanie.

Le programme Leader et le soutien aux projets ruraux en Figeac Grand Quercy

Dans le cadre du programme Leader, porté par le pôle d’équilibre territorial et rural de Figeac Grand Quercy vallée de la Dordogne depuis 2014, une enveloppe de plus de 2,5 millions d’euros a été débloquée sur la période 2023-2027 pour soutenir différents projets dans la région. Ce programme, qui est un volet de la politique agricole commune de l’Union européenne, vise à financer des actions de développement en milieu rural.

Ce projet soutient des initiatives très variées, dans des thématiques diverses telles que la consommation locale, la transition énergétique, ou encore l’accès à l’emploi, aux services et aux équipements en milieu rural. Des acteurs du secteur privé et public collaborent pour sélectionner les projets subventionnés. Associations, entreprises et communautés de communes s’allient pour accompagner les divers projets, ce qui témoigne d'une volonté collective de dynamiser les territoires ruraux et de répondre aux besoins spécifiques de l'agriculture biologique en Occitanie. Ces financements sont essentiels pour la création et le développement de structures comme les couveuses agricoles, qui jouent un rôle crucial dans le maintien et le renouvellement des exploitations agricoles.

L'expérience de Paul à la ferme du Pas de Côté : un parcours en couveuse en Essonne

L'exemple de Paul, qui, depuis juin 2018, fait partie d'une "couveuse agricole" à la ferme du Pas de Côté à Saulx-les-Chartreux (Essonne), illustre parfaitement l'intérêt de ces dispositifs. Paul a choisi de donner un nouvel élan à sa carrière professionnelle, lui qui avait débuté dans la grande distribution. "Je n'ai pas du tout aimé ce que j'y ai vu", admet-il, ajoutant : "je me suis vraiment intéressé à la production, je voulais repartir à la base, et voir comment je pouvais produire autrement." C'est alors qu'il a décidé de se lancer dans le maraîchage.

Avec peu d’expérience et sans terres à sa disposition, il était difficile de sauter le pas. Par le biais de la coopérative Les Champs des Possibles, après plusieurs stages et l'obtention du BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Entreprise Agricole), Paul est devenu un membre à part entière de la ferme et a ainsi intégré cette couveuse agricole. "L'apprentissage sur le terrain est très important", rappelle-t-il, conscient des domaines dans lesquels il doit encore progresser.

L'Île-de-France compte une dizaine de couveuses agricoles. Ce système permet aux reconvertis de cultiver à leur rythme, de commercialiser leurs produits et de commencer à se rémunérer, tout en percevant une aide de Pôle emploi. Paul a choisi de se lancer dans le maraîchage et l'agriculture biologique. Chaque semaine, avec Guilain, son tuteur, maraîcher installé depuis cinq ans, il prépare des dizaines de paniers de légumes, commercialisés à des habitants des communes voisines via une AMAP. Maëla, elle-même "couvée" il y a deux ans dans cette ferme, s'occupe davantage de la production céréalière et des quelque 250 poules pondeuses arrivées cet hiver. "Mais on est très solidaires", précise Paul, "si l'un d'entre nous est absent, ou a besoin d'un coup de main, on l'aide et c'est tout à fait normal."

Bâtiment de stockage de la ferme du Pas de Côté

Les clients de la ferme du Pas de Côté n'hésitent pas à venir donner un coup de main lorsque les maraîchers en ont besoin. "Quand j'ai commencé, j'ai rencontré des familles avec des poussettes. Aujourd'hui, ces mêmes enfants marchent et nous rendent visite à la ferme, c'est agréable de pouvoir garder contact", se réjouit le jeune reconverti. À 26 ans, Paul envisage de rester encore un an et demi à la ferme du Pas de Côté. Le temps de progresser, de peaufiner son projet professionnel et de finalement, se jeter dans le grand bain.

D'autres initiatives et perspectives pour l'agriculture urbaine et locale

L'idée d'abriter des chefs d'entreprise pendant un temps donné n'est pas nouvelle, mais la proposer aux exploitants agricoles en devenir était, en 2011, novateur. Ainsi est née en 2011 la première couveuse agricole de Lot-et-Garonne, à l'initiative de la collectivité Val de Garonne. Il est notable que cette initiative n'ait pas mis la clé sous la porte, preuve de sa pertinence et de son efficacité.

Le mouvement des couveuses agricoles s'inscrit dans un contexte plus large de recherche de nouvelles formes d'agriculture et de circuits courts. Par exemple, Yves de Fromentel a créé une laiterie sur sa ferme à Pécy en Seine-et-Marne il y a trois ans. Aujourd'hui, cet éleveur en bio vend en circuit court ses fromages et ses yaourts, rencontrant un grand succès. De même, la ferme géante Nature Urbaine, la plus grande ferme urbaine en toiture au monde, produit une vingtaine d'espèces sur des toits parisiens et vend en circuit court. L'entreprise Agricool a également inauguré sa première ferme urbaine à La Courneuve en Seine-Saint-Denis, composée de dix containers où poussent fraises, salades et herbes aromatiques toute l'année. Ces initiatives, bien que différentes des couveuses maraîchères traditionnelles, témoignent d'une dynamique globale en faveur d'une production agricole plus locale, durable et innovante.

Les couveuses agricoles, telles que l'Essor maraîcher de Tarn et Dadou, aspirent à des développements futurs. Le recul manque encore pour évaluer pleinement la structuration de la filière biologique sur le territoire et les conditions d’installation des maraîchers en sortie de la couveuse. Cependant, la bonne gouvernance de l’actuelle association permet d’envisager, à terme, sa transformation en société coopérative d’intérêt collectif (Scic), une forme juridique qui semble bien adaptée à la nature du projet, favorisant une implication collective et une pérennisation des acquis.

Ces structures, qu'elles soient en Occitanie, en Île-de-France ou ailleurs, jouent un rôle crucial dans le développement d'une agriculture plus résiliente et plus proche des consommateurs, en formant et en accompagnant les agriculteurs de demain.

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