Votre coiffeur ou coiffeuse a sorti son grand balai et s’apprête à mettre en tas vos cheveux ou ceux des autres clients. Stop ! Mieux vaut récupérer, recycler les cheveux, ils sont gratuits et vont vous être bien utiles au jardin. Ils n’ont l’air de rien comme ça, mais nos cheveux sont riches en azote et en protéines. Or, le compost a besoin d’azote. Les cheveux jouent alors le même rôle que les déchets verts. Beaucoup de substances naturelles peuvent être une source d’engrais pour les plantes et le jardin, et les cheveux ne font pas exception ! En effet, saviez-vous que les cheveux coupés sont riches en nutriments utiles pour les végétaux. Aussi puissants que les “engrais commerciaux”, les cheveux coupés peuvent servir à nourrir la terre du jardin et contrairement aux engrais chimiques, les cheveux sont gratuits, un avantage non négligeable !

La composition chimique : Kératine, azote et soufre
Les cheveux et les poils contiennent du soufre (dans la kératine) et de l’azote, ces deux éléments aident à la croissance des plantes. Comme les cheveux se dégradent lentement, utilisez-les plutôt au pied de végétaux d’ornement ou au potager pour des légumes à cycles longs (poireau, oignon, melon, rutabaga, navet, courges). Enfouissez-les sur quelques centimètres. Outre le compostage, une façon plus directe de les utiliser consiste tout simplement à les enterrer aux pieds de vos plantes, ils constituent un apport d’azote à libération lente et de soufre qui aident à la croissance des plantes. Par contre ces éléments se décomposent très lentement, il est donc préférable de les utiliser pour favoriser la croissance des plantes et légumes à cycle long. Quel que soit l’usage, attention à ne pas utiliser de cheveux traités chimiquement, comme les cheveux teints par exemple.
La gestion intégrée des déchets corporels au compost
Le compost doit comporter une part de matières carbonées, les déchets bruns, durs et secs, pour une à deux parts de matières azotées, ce que l’on appelle les déchets verts, mous et mouillés. Ainsi, les déchets organiques de notre propre corps (et de celui de nos animaux bien sûr), riches en azote et en protéines, peuvent être ajoutés au compost en tant que matières azotées. Récupérez les cheveux, mais aussi les ongles coupés et même les poils de votre chien ou chat ou les plumes de vos canaris pour les ajouter à votre tas de compost. Les poils de vos animaux domestiques peuvent aussi être ajoutés au compost. Les ongles idem, et les plumes des oiseaux itou. Les ongles sont également de bons candidats pour le compost car ils sont enrichis en kératine. En petits morceaux (broyés ou rognés), ils sont recyclables et compostables.

Les cheveux comme bouclier naturel et répulsif
Nombre d’animaux n’apprécient pas l’odeur dégagée par nos cheveux (même bien propres!!). En plus d’amender le sol, les cheveux possèdent un effet répulsif contre les taupes. Il suffit de déposer à l’intérieur des galeries des taupes, d’une petite poignée de cheveux et de recouvrir de terre, cela les incitera à aller voir ailleurs. Idem avec les cervidés (cerf, chevreuils…) mais aussi les lièvres qui peuvent engendrer de véritable dégâts au jardin en cas d’instruction et notamment en zone rurale, en cas de proximité avec un milieu forestier ou agricole. Pour un effet répulsif, répandez les cheveux sur vos platebandes fleuries ou dans votre potager. L’odeur qui se dégage des différentes sortes de cheveux humains va dissuader les cervidés de venir. Vous pouvez également en placer en rangs serrés sur le pourtour du potager et au pieds des arbres fruitiers.

L'industrialisation du recyclage capillaire : Capillum et Coiffeurs Justes
James Taylor et Clément Badellou, deux entrepreneurs de Clermont-Ferrand ont eu l’idée de créer Capillum, qui envoie aux salons un kit (bac de recyclage, sac), assure la logistique du ramassage et donne de la visibilité aux coiffeurs écoresponsables. Les cheveux récupérés sont mélangés à de la laine pour créer un tapis de paillage utilisable au potager ou ailleurs. Ce tapis permet la levée des adventices et surtout d’économiser l’eau. Les start-upeurs avancent le chiffre de 200 litres d’eau économisés pour 1 kg de cheveux recyclés. Thierry Gras, artisan coiffeur, a créé l’association “Coiffeurs justes” qui récupère les cheveux de plusieurs centaines de salons adhérents. Au total, les cheveux coupés pèsent 4000 tonnes ! Et ils représentent environ 50% des déchets produits par un salon de coiffure.
Capillum – Avec nos cheveux, révolutionner les cultures !
Applications environnementales et dépollution
Dans la dépollution : on le sait, les cheveux retiennent des substances grasses, certains plus que d’autres d’ailleurs. Formés en “boudins” ou en tresses, ils peuvent être installés dans l’eau. Matière organique, les cheveux peuvent être déposés dans le compost. Pensez à les récupérer au moment de la douche au lieu de les laisser partir dans les canalisations ! Il est donc possible de les enterrer sous celles-ci directement. Si vous n'êtes pas encore passé à la salle de bains zéro déchet et au réutilisable, de nombreux produits de cette dernière sont compostables. Si le sac d'aspirateur que vous utilisez est en papier il est parfaitement compostable. Le marc de café a de nombreuses vertus, dont celle d'être un activateur de compost car aide à digérer la matière organique.
Perspectives sur la biodiversité cultivée
Le jardinage en accord avec la nature implique de repenser nos déchets comme des ressources. Le liège étant naturel et biodégradable, tous les produits faits avec peuvent être mis dans le compost. En tant que jardinier-paysagiste et géographe de formation, je suis passionné par le monde végétal et ses innombrables curiosités. Fondateur de la Graineterie Alsagarden et militant d’un jardinage en accord avec la Nature, je suis aussi un fervent défenseur des variétés anciennes, libres et reproductibles. La gestion des matières organiques, comme les cheveux et les ongles, s'inscrit dans cette démarche de circularité. Chaque geste compte pour enrichir le sol, favoriser la croissance des plantes et réduire notre impact environnemental, transformant ainsi ce qui était considéré comme un déchet en un précieux auxiliaire de culture.