Les plantes, si elles embellissent nos jardins et nos intérieurs, peuvent parfois être la source de réactions cutanées inattendues, communément appelées phytodermatoses. Ces affections sont de deux ordres principaux : irritatives ou allergiques. Parmi les plantes souvent mises en cause, le lierre (Hedera helix), une liane grimpante commune, se distingue par sa capacité à provoquer ces désagréments, allant de simples irritations à des crises d’urticaire, voire des réactions plus sévères. Une session des Journées dermatologiques de Paris a d’ailleurs été consacrée aux phytodermatoses, soulignant l'importance de ce sujet pour la santé publique.

Les Phytodermatoses Irritatives : Une Réaction Directe
Les phytodermatoses irritatives résultent d'un contact cutané ou muqueux avec une plante, sans qu'une sensibilisation allergique préalable soit nécessaire. Ces réactions peuvent prendre plusieurs formes, souvent dues à des agents chimiques libérés par la plante.
Agents Irritants du Lierre : Saponines et Acides
Le lierre est particulièrement connu pour ses propriétés irritantes. Ses feuilles contiennent des saponines, des composés qui agissent comme des savons naturels, ainsi que différents acides. Ces substances peuvent provoquer des irritations cutanées chez les personnes sensibles, et ce, sans qu'il y ait eu de sensibilisation allergique impliquée. En cas de contact, des lésions évocatrices peuvent apparaître, telles que des vésicules et des bulles. Le plus souvent, les lésions étendues sont dues à un contact de longue durée. Cliniquement, on observe des réactions érythémateuses, œdémateuses et vésiculobulleuses favorisées par l’humidité (transpiration) et l’ensoleillement (chaleur). Ces manifestations sont localisées sur les zones ayant été en contact avec la plante.
Urticaire de Contact Non Immunologique
Dans certains cas, le contact avec des plantes irritantes peut déclencher une urticaire de contact de mécanisme non immunologique. Si l'ortie est un exemple classique provoquant rapidement une papule douloureuse par libération d’histamine, d’acétylcholine et de 5-0H-tryptophane, le lierre, avec ses saponines, peut également entraîner des réactions cutanées similaires. Ces réactions d'urticaire peuvent apparaître rapidement après le contact.
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Photodermatoses : Quand le Soleil S'en Mêle
Bien que le lierre ne soit pas la principale cause de photodermatoses, il est essentiel de comprendre ce mécanisme. Ces réactions sont dues au contact avec des plantes libérant des substances photosensibilisantes, majoritairement des furocoumarines. Le délai d’apparition varie autour de 24 heures, mais il est parfois très bref. Le problème majeur est la survenue de séquelles pigmentaires, persistantes et réactivées par l'exposition solaire. De très nombreuses plantes sont incriminées (figuier, rue, citrus, persil, carotte sauvage, panais, etc.). Si ces plantes sont présentes dans des huiles essentielles, il est conseillé de les diluer et de les utiliser au minimum 12 heures avant exposition au soleil.
Les Phytodermatoses par Allergie de Contact : Une Réponse Immunitaire
Contrairement aux irritations, les allergies de contact impliquent une sensibilisation du système immunitaire à certaines substances présentes dans les plantes. Le lierre, avec ses tiges coriaces et allergisantes, est une plante à éviter si l'on a un terrain allergique.
Fréquence chez les Professionnels et Utilisateurs de Plantes
Ces allergies sont fréquentes chez les professionnels qui manipulent régulièrement des plantes, tels que les fleuristes, les cuisiniers, les horticulteurs et les maraîchers. Elles se rencontrent aussi chez les personnes utilisant des topiques (huiles essentielles, huiles de massage) ou des plantes médicinales (baume du Pérou) à base de plantes. La prise ou la manipulation de lierre grimpant peut entraîner une allergie, en particulier après une exposition massive ou répétée. Les allergies ou irritations surviennent généralement dans les 12 à 24 heures suivant le contact avec la plante.
Manifestations Cliniques Variées
La clinique des allergies de contact est très variée. Il peut notamment s’agir d’un eczéma aigu ou chronique et surtout d’un érythème polymorphe. La topographie des lésions varie avec le type de contact. Celui-ci peut être aéroporté, avec atteinte préférentielle du visage, ce qui nécessite de distinguer ces lésions d'une photoallergie. Les réactions cutanées au lierre peuvent aussi se traduire par des œdèmes ou des brûlures chez les personnes sensibles.

Diagnostic des Allergies au Lierre
Pour diagnostiquer une allergie de contact au lierre, les praticiens peuvent s'appuyer sur la batterie standard européenne pour les patch-tests ou certaines batteries spécialisées qui contiennent les allergènes les plus fréquemment rencontrés dans les plantes. Il peut être utile de faire des tests directement avec la plante suspectée, mais il est impératif que le praticien connaisse précisément son identité botanique et ses propriétés. Il doit être capable de maîtriser le risque toxique, irritatif (faux positifs) ou d’allergie violente induit par les plantes utilisées pour ses tests.
Démarche Diagnostique : Identifier la Plante Coupable
Le diagnostic d'une phytodermatose, qu'elle soit irritative ou allergique, repose sur une enquête minutieuse pour identifier la plante responsable et les circonstances du contact.
L'Interrogatoire, Fondamental
L’interrogatoire du patient est fondamental. Il vise à préciser le type de lésion, son intensité et sa dispersion sur le corps. Concernant le contact supposé, il prend en compte son lieu géographique, les conditions météorologiques (ensoleillement, pluie), la saison de survenue et le délai d’apparition des lésions après ce contact. Une hypersensibilité immédiate survient dans un délai inférieur à une heure, une réaction caustique en moins de 24 heures et une hypersensibilité retardée après plus de 24 heures. Enfin, l’interrogatoire permet de préciser l’activité professionnelle du patient, un facteur de risque important pour les phytodermatoses.
Outils Numériques pour les Praticiens
Deux outils internet sont à la disposition des praticiens pour les aider à identifier les plantes coupables :
- BoDD (Botanical Dermatology Database) : Disponible en français canadien, cette base de données est extraordinairement complète, bien que son exhaustivité puisse parfois la rendre moins aisée à utiliser.
- Botaderma : Développé par le Pr Jean-Claude Rzeznick en association avec un botaniste (Yves Sell), ce site gratuit et très pratique rassemble la plupart des plantes mises en cause en France.
Le Lierre, une Plante aux Multiples Facettes Toxiques
Hedera helix, notre lierre commun, est une herbacée présente sur tout le territoire français. Elle affectionne les sous-bois et les endroits laissés à l'abandon. Le lierre peut être rampant au sol, ou grimpant grâce à des crampons. Les lianes qu'il émet peuvent atteindre jusqu’à 30 mètres de long, parfois même 30-50 m avec des racines crampons pouvant atteindre 20 m seulement sur les rameaux fructifères. Les feuilles sont persistantes (elles ne tombent pas), simples, vert foncé, luisantes et coriaces. Elles sont triangulaires à 3-5 lobes sur les rameaux stériles et ovales sur les rameaux fertiles, pointues au sommet sur les rameaux fructifères. Le lierre fleurit en automne (septembre-octobre), ses fleurs jaune-verdâtre étant disposées en ombelles simples et hémisphériques, souvent réunies en grappes.

Ingestion : Un Danger Insoupçonné
Ce qu’on sait rarement, c’est que cette plante grimpante si commune est toxique de la tête au pied. Les baies du lierre, bien que ressemblant à des myrtilles, ne sont pas comestibles et sont hautement toxiques. L’ingestion de 2 ou 3 baies suffit à déclencher des symptômes chez un enfant. Le responsable de cette toxicité est un ensemble de molécules appelées saponosides.
Les premiers signes d’intoxication par ingestion comprennent une sensation de brûlure dans la bouche et une hypersalivation. En cas d’ingestion plus importante, l’intoxication peut évoluer vers des hallucinations, des convulsions, un coma, voire un décès. Il est important de noter que les saponosides ne se limitent pas aux baies ; toute la plante (feuilles, tiges, racines) en contient. De ce fait, on déplore également des intoxications chez les animaux herbivores (chevaux, vaches, lapins…) par pâturage ou par le foin.
Le centre antipoison de Lille est régulièrement confronté à l’appel de parents angoissés après que leur enfant a avalé des baies inconnues, et le lierre fait partie des plantes fréquemment impliquées, même si les baies de lierre sont loin derrière le ficus en termes d'appels liés à des intoxications végétales.
Le Lierre en Phytothérapie : Précautions d'Usage
En phytothérapie, le lierre grimpant est utilisé pour dégager les voies respiratoires et apaiser la toux. On utilise essentiellement les jeunes feuilles et le bois des vieux troncs, qui servent à la fabrication d’extraits normalisés. Les principes actifs sont principalement des saponines (les hédérasaponines). L’Agence européenne du médicament considère les extraits de lierre grimpant « d’un usage médical bien établi comme expectorant en cas de toux productive (grasse) ».
Cependant, des précautions sont à prendre. Les personnes qui souffrent d’ulcère ou de brûlures d’estomac peuvent voir leurs symptômes aggravés par la prise de produits à base de lierre grimpant. La prise de lierre grimpant peut également provoquer, dans de rares cas, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, voire de la confusion. Les enfants qui consomment des baies de lierre grimpant présentent des symptômes d'intoxication similaires.
De plus, le lierre grimpant contient une substance, l’émétine, qui peut provoquer des contractions de l’utérus, ce qui justifie des précautions chez les femmes enceintes. L’Agence européenne du médicament déconseille l’usage des extraits de lierre terrestre chez les enfants de moins de deux ans. Une toux qui persiste ou qui récidive chez un enfant âgé de deux à quatre ans exige une consultation médicale rapide avant l’administration de tout traitement. En France, plusieurs sirops à base de Lierre grimpant sont commercialisés pour la toux grasse de l’adulte et l’enfant de plus de 2 ans.
Autres Plantes Toxiques à Connaître
Au-delà du lierre, de nombreuses autres plantes, qu'elles soient d'intérieur ou d'extérieur, peuvent présenter des risques de toxicité par contact ou ingestion. Il convient d'être très prudent, car avec certaines variétés, le pire scénario, c'est carrément la mort. Comme le dit Morgane Peyrot, autrice du Petit guide des plantes toxiques, « ce n’est pas parce que c’est naturel qu’il n’y a pas de risque ».
Plantes d'Intérieur
- Aloe vera : Malgré ses vertus cosmétiques avérées, l'aloïne, située juste sous la peau de la feuille, peut irriter la peau en cas de contact.
- Dieffenbachia : Rien que toucher les feuilles ou la tige peut provoquer des irritations chez les plus fragiles.
- Ficus caoutchouc : En cas de contact avec les yeux, il peut provoquer des brûlures ou des inflammations. Si une partie de la plante est mâchée, voire ingérée, elle peut entraîner des irritations de la bouche et de la gorge, des nausées, des vomissements ou des douleurs abdominales. Ces cas sont rares car la plante a un mauvais goût amer. En cas de maladie respiratoire ou d’allergie déjà présentes, un ficus peut exacerber les symptômes, voire provoquer des crises d’asthme.
- Croton : Cette jolie plante colorée est de la famille des euphorbiacées, dont le latex est très mauvais pour la peau. Un suc dans l’œil peut entraîner de très graves irritations.
Plantes d'Extérieur
- Laurier rose : Très commun dans les jardins, il est fortement toxique.
- Muguet : Trouvable en forêt et dans de nombreux jardins, toutes les parties de la plante, y compris l’eau dans laquelle elle repose, sont toxiques. Les symptômes peuvent inclure des vomissements répétés, des diarrhées parfois hémorragiques et des douleurs abdominales, ainsi que des troubles nerveux (convulsions, mouvements incoordonnés, tremblements). Il est également dangereux pour les enfants jusqu’à quatre ans.
- Lys : Symbole de la royauté, il est un danger mortel pour les chats, chez qui il peut provoquer de graves insuffisances rénales. Toutes les parties de la plante (tige, bulbe, fleurs, feuilles, et même l’eau du vase) sont problématiques.
- If : Régulièrement utilisé en tant que haie dans les jardins, cet arbre fabrique plusieurs molécules utilisées en chimiothérapie. Toutes ses parties sont toxiques, à l'exception de la partie rouge du fruit, mais la graine, qu'on retrouve dans le fruit, l'est. Il faut éviter de manger les petites baies et de faire brûler le bois, car les composés toxiques peuvent être libérés dans la fumée. En cas d’ingestion ou d’inhalation trop importante du pollen, des symptômes cardio-respiratoires, un ralentissement du pouls, voire une paralysie respiratoire peuvent survenir. Cet arbre est extrêmement dangereux pour les animaux, et particulièrement les chevaux, que quelques baies peuvent suffire à tuer.
- Berce du Caucase : Sa sève est photosensibilisante et peut provoquer de graves brûlures en présence de soleil.
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Surveillance Constante
Il est impératif d'être en constante surveillance si l'on a des animaux chez soi ou des enfants en bas âge. Une plante, c’est un réel être vivant, mais la réciproque n’est pas toujours là.